MAIS LE PÈRE MAREST NE VEUT PAS Y ACQUIESCER
Troisième lettre de Lamothe Cadillac écrite au Père Marest, supérieur des missions Outaouases, du 15 Juin 1703, en réponse à la quinzième lettre de ce mesme Père.
Mon très Révérend Père,
J'ai vu par vostre lettre du 12 May qu’on vous a inutilement envoyé un canot pour vous procurer le moyen de vous rendre dans la mission qu’on vous a destinée dans ce poste. J'ai exécuté, de ma part, ce qui a esté réglé par Monsieur le Gouverneur général, vous ne pouvez pas luy en offrir autant. Au contraire, vous avez commencé un acte d’hostilité, qui
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vous!
ravage entièrement le troisième article de son règlement. Si vous aviez des raisons indispensables pour descendre à Québec, le chemin que vous auriez pu prendre par cette rivière n’auroit rien gasté. Nous aurions pu convenir de tout ce qui regarde l’establissement de vostre mission, à quoy j'aurois donné mes soins pendant le cours de vostre voyage, afin que vous eussiez trouvé toutes choses en bon estat à vostre retour; j'aurois mesme cru que le R. P. de Carheil auroit pu faire vos commissions, ætatem habet, et, par conséquent, il n’auroit rien omis pour seconder vos bonnes intentions.
Il est vray que je vous ay escrit que je m'’estois volontiers soumis au règlement de M. le chevalier de Callières; il me paroist qu'il faut estre fort sensible pour se récrier sur cette expression. Sans doute, vous n’avez fait que deviner la lettre que vous escrit votre supérieur de Québec, qu'il m'a remise ouverte, lorsque j'en suis parti; faites-y attention, et vous verrez qu’il vous mande que c'est luy et les autres Révérends Pères de vostre société, qui ont demandé ce règlement. Donc, j'ai eu raison de dire que je m'y suis soumis volontiers ; je ne vois rien dans cette manière d’escrire qui soit barbare, ni insultant. J’ai lieu d'espérer que, lorsque vous serez ici, vous parlerez peut-estre mieux que vous n'escrivez, afin d'y maintenir l'union, comme on le désire. Vous dites encore dans vostre lettre que ce règlement a esté fait dans une matière, où il ne fallut jamais d'autre commandement de la part des hommes que celuy de votre estat, qui vous ordonne de la part de Dieu de faire observer à tous les hommes ce qui regarde le service du Roy. Par ce principe, je conviens que vous montez sur la chaire de Moyse, pour y prescher, ce que
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vous ne faites point. Je parle juste. Vostre supérieur de Québec vous escrit que le Roy veut que vous vous establissiez au Détroit, qu'il veut que vous y veniez ce printemps; il l'a ainsi réglé avec Monsieur le Gouverneur général, avec moy, avec les directeurs de la Compagnie ; et cependant vous avez de fortes raisons pour n’en rien faire. Appelez-vous ce procédé une observation du service du Roy?
Je n'avois point respondu à vostre lettre, parce que les Hurons, qui me l'ont apportée, me disent que vous partiez incessamment pour Québec; mais Koupanissé, qui est à raconter ici des galimatias, m'a dit que vous ne deviez partir que vers le 15 de Juillet. Ainsi, je me suis servy de cette occasion pour vous assurer qu'il ne tiendra jamais à moy que nous ne vivions en bonne intelligence, souhaitant que vostre voyage soit heureux, puisque je suis avec respect, mon très révérend père, votre très obéissant serviteur,
Signé : LAMOTHE CaDiLLAC.