LES POUTEOUATAMIS VONT S'ÉTABLIR VERS LES MIAMIS
Premier conseil tenu dans le fort Pontchartrain.
3 Octobre 1701.
Otontagan parle pour toutes les nations des Outaouas. — Nous avons, nostre Père, forcé les vents et les lames, tant nous avions envie de vous voir; cela mériteroit bien quelque coup d’eau-de-vie, pour délasser nos bras et réchauffer nostre corps, qui a esté bien battu par la pluye pendant nostre marche.
M. de Lamothe. — J'ay bien de la joye, mes enfans, de vous voir aujourd’huy; mais j'en ay davantage de vous voir en bonne santé. Je croyois, Otontagan, que vous aviez perdu
le souvenir de boire de l’eau-de-vie, parce qu'Onontio me l’a mandé.
Otontagan. — Il est bien vray que nous avons demandé à Onontio de défendre aux François de Montréal de nous vendre de l’eau-de-vie, parce que nous craignions de gaster les affaires, ainsi que le Gouverneur l'appréhendoit luymesme; mais ce n’est pas pour tousjours que nous luy avons fait cette demande. Nostre jeunesse voudroit bien boire un peu en arrivant; nous nous y sommes attendus pendant tout le voyage.
M. de Lamothe. — Vous ne devez point espérer de boire icy de l’eau-de-vie. Il n'en viendra que pour moy; j'en feray boire à ceux qui mangeront à ma table et quelques coups en d’autres occasions. Si vous escoutez la prière er que vous fassiez un bon usage de la boisson, je vous en feray vendre comme aux autres François; prenez courage, Otontagan, soyez un véritable homme; oubliez, tous tant que vous estes, cette malheureuse boisson qui vous dérobe l'esprit, qui fait maltraiter vos femmes et pleurer vos enfans.
Otontagan. — Nous avons, nostre Père, une demande à vous faire : Est-il vray que vous ayez escrit aux Robes Noires, qui sont à Missilimakinak, par les trois Iroquois, que vous avez rencontrés dans le lac Saint-Clair, lorsque vous estes venu avec le convoi?
M. de Lamothe. — Je n’ay point escrit aux Pères Jésuites par les trois [roquois dont vous me parlez.
Otontagan. — N’avez-vous point escrit par quelque autre voie; car on nous a montré une lettre qui vient de vous ?
M. de Lamothe. — J'ay escrit par des François une lettre de complimens aux Jésuites et pour avoir quelque bled par leur moyen; mais pourquoy me faites-vous cette demande ?
Otontagan. — C'est que les Jésuites nous ont montré une
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Sauvage:
LE DÉTROIT PONTCHARTRAIN. 255 lettre qui vient de vous !, qui nous avertit de ne point venir au Détroit, et, que si nous venons, nous sommes morts. Ce discours nous a rendus comme des fous et nous avons esté, depuis ce temps-là, comme des gens ivres; c'est ce qui nous a divisés et qui a fait prendre la résolution à plusieurs d’aller vers la Grande Rivière, vers l'Ours qui dort, et d’autres sont à la Baye. Cette lettre porte encore que les Sonnontouans doivent venir icy pour nous trahir, et elle dit que, si l’'Onnontagué y vient quelque temps après eux, que ce sera un bon signe et une preuve que tous les Iroquois auront le cœur bien fait, Les Hurons vous diront davantage, et vous entendrez ce que le P. de Carheil leur a dit en plusieurs conseils.
M. de Lamothe. — Je n’ay point escrit aux Robes Noires ce que vous venez de me dire; au contraire, je leur marque par ma lettre que je les attends icy, et j'ay espéré qu'ils viendroient avec vous, parce qu’Onontio me mande qu'il leur a escrit de le faire. Si ce que vous me dites est vray, je suis persuadé que vos esprits doivents’estre divisés, et je suis bien ayse de vous dire que vous avez bien fait de n'avoir point cru le discours des Jésuites. Vous devez les écouter, lorsqu'il s’agit de la prière et qu'ils vous instruisent touchant l'Esprit, qui seul a fait tout et qui gouverne toutes choses, parce que les Robes Noires et les Grises sont les maistres de la prière. Je les escoute moy-mesme, parce qu’ils ne mentent point en cela; mais, pour les autres affaires, je ne vous en responds point. Onontio est le seul, qui est le maistre de la terre; je suis un de ses bras, je ne vous parle que par son ordre et je ne mens jamais.
1. C’est une invention des Pères Marest et Carheil pour mieux convaincre les Sauvages de ce qu’ils disoient et leur faire peur des Iroquois, (Note de Lamothe.)
Koïissikouet, le plus ancien chef des Outaouas : — Ouilamek, chef des Poutouatamis, qui vous connoist, m'a chargé de vous dire qu'il alloit faire son village vers les Miamis, que ce printemps il prendroit son arc et ses flesches et qu'il vous viendroit voir; que si vous lui faisiez donner les marr:rundises à un prix raisonnable, qu'il y reviendroit souvent avec la jeunesse, qu'autrement il avoit maintenant un cherain nour en avoir.
M. de Lamothe. — Ouilamek sera le bienvenu, c'est moy qui l’ay fait chef; s’il veut aller ailleurs chercher des marchandises, il fera comme il l'entendre ; cela ne m’empeschera pas de dormir.
LES HURONS INVITÉS À ALLER AUX MIAMIS PUIS A RETOURNER A MISSILIMAKINAK.