‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 106 sur 267 · ET MESSIEURS DES MISSIONS ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

ET MESSIEURS DES MISSIONS ÉTRANGÈRES

Conseil des Hurons tenu dans le fort du Détroit, | le 4 Décembre 1701.

Saint-Choüan parle pour toute la nation. — Lorsque nous estions à Montréal assemblés pour la paix générale, Onontio nous a dit de partir promptement, de regommer nos canots, d’abord que nous serions arrivés à Missilimakinak, et de nous embarquer pour venir vous trouver icy ï.

Dans le temps que nous estions prests à partir, il a ton bé au milieu de nous une mauvaise parole qui nous a brouillé l'esprit 2. C’est le P. Carheil qui a parlé et qui nous a dit : « Que vois-je aujourd’hui? pourquoy coupez-vous vos peaux ? pourquoy les jetez-vous dans le feu ? Apparemment que vous

voulez faire vostre fort et vos champs autre part; je n’aurois

point le cœur malade, si je voyois tourner la pointe de vos canots vers les Miamis; peut-estre aussi que vous allez au

Détroit. Si vous avez cette pensée, je vous avertis que vous

1. Ceci se rapporte aux paroles que M, de Callières a dit aux Sauvages dans l'assemblée générale qui s'est faite à Montréal et à la réponse d'Otontagan parlant pour toutes les nations dans le troisième article des répliques du 6 Avril r17o1.(L, C,

2. Ce deuxième article se rapporte au complot qui fut fait à Missilimakinak par ls Jésuites, les sieurs de La Forest et de T'onty pour faire establir la rivière des Miamis et faire, par ce moyen, manquer le Détroit, {L, Ci)

estes des gens morts ; les [roquois vous y tucront (c'est-à-dire que les Iroquois les y doivent tuer, les François les livrant par trahison). Vous devez m'en croire, parce que nous, les Robes Noires, nous sçavons les nouvelles véritables. Il peut se faire que vous y serez en paix une année ou deux; après cela vous vous trouverez là seuls ". Comment l'homme qui est là pourra-t-il vous garantir contre les [roquois, puisque Onontio luy-mesme n’a pu le faire ? M. de Lamothe ne commande point au Détroit; c'est un marchand qui traite là les marchandises ; lorsqu'il les aura vendues, il descendra à Montréal, et il vous laissera à la merci de vos ennemis. »

Nous avons esté, pendant dix jours, en conseil sur cette mauvaise parole, parce que nostre esprit en a esté troublé, ct c'est ce qui fait qu'une parti: de nostre nation s'est divisée. Ccla ne nous a pourtant poirt empeschés de venir pour mettre nostre village proche du vortre, parce que nous espérons que vous ne nous abandonnere;. point en cas de guerre.

Donnez-nous de bonnes terres proches de vous; nous vous prions de vouloir venir vous-mesme nous montrer le lieu que vous avez destiné pour faire nostre fort,

Paroles de M. de Lamothe Cadillac aux Hurons, du mesme jour 4 Hécembre 1701.—J'aurois différé de vous respondre sur ce que vous venez de me dire; mais comme je vois que la saison çst avancée et que vos affaires pressent, je vous diray ma pensée en peu de mots :

« Je loue vostre conduite d’avoir obéy au Gouverneur *.

1. Cette manière de parler est contre l'Estat, parce qu'elle avilit la nation françois dans l'esprit des Sauvages et fait voir l'impuissance du Roi, selon le Père, (L, C. >, Cet article fait voir que M, de Lamothe a suspendu son jugement, comme il l'a fait dans sa lettre, escrivant à ces missionnaires, au Supérieur de

kinak, (L, €.)

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En venant me trouver icy, vous y risquez pas plus que moy.

Si le Pére de Carheil vous a tenu le langage et le discours que vous venez de me raconter, il a mal parlé, et il n'a pas dit la vérité, et, s'il estoiticy, je luy ferois bien voir que j'y commande, parce que je l'enverrois au Gouverneur, et je suis assuré qu'il n'y reviendroit pas davantage. S'il ne vient point ce printemps, je l’enverray peut-estre chercher pour l'oster de là, et le faire descendre à Montréal, afin qu'il ne vous trouble point l'esprit dans les suites. »

Satnt-Choian. — Si un, deux ou trois vous disoient ce que nous vous avons raconté, vous en pourriez douter; mais ce que nous venons de vous dire nous a esté dit aussi dans le Conseil, où toute la nation estoit assemblée. Nous ne pouvons point mentir tous ensemble ".

!. de Lamothe, — Ccla estant, ce Père ne vous a point uit la vérité, parce que je ne prétends point vous abandonner sitost, Asseurez-vous que je n'ay point de marchandises à vendre. Ce qui fait que les Robes Noires ne parlent pas bien aujourd'huy, c’est qu'ils ont du chagrin de ce que j'ay amené une Robe Grise, et qu'il y doit venir des prestres, qui ont des collets blancs. Cela les fasche parce qu'ils voudroient estre seuls, Il ne me reste qu'à vous dire que je suis bien aise que vous avez eu la pensée d'approcher vostre village du fort que j'ay fait faire, Par ce moyen, je pourray vous embrasser et vous renfermer entre mes bras, en sorte que ne faisant qu'un mesme corps, nous mourrons ensemble.

Le 6 Décembre, M. de Lamothe marqua les terres, qu'il

1, Cette réponse fait voir que cett nation a de l'esprit et prouve qu’ils n'avan-

nt rien contre la vérité et que la chose est publique, (L,

donna aux Hurons, et le terrain où il vouloit qu'ils fissent leur fort ; après quoy Saint-Choïüan et quatre autres des plus considérables crièrent avec M. de Lamothe par trois fois: Vivele Roy ! Ils le remercièrent de leur avoir donné ces terres, ce qu’il fit sous le bon plaisir de Sa Majesté.

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