LE DÉTROIT RÉGLERA DÉSORMAIS LES DIFFÉRENDS
Conseil tenu dans le fort du Détroit le 7 Décembre 1701 avec les Iroquots.
Aouendando, chef Sonnontouan, parle par quatre branches de porcelaine. — Mon père, ces quatre branches de porcelaine sont ma lettre. J'amène icy les os de trois femmes de la nation des Miamis(c'est-à-dire trois prisonnières), Onontio (c'est M. le Gouverneur général) m'a dit de les amener icy; il dépend de vous d’en faire ce que vous jugerez à propos, et, si vous agréez que je les amène moi-mesme chez leurs parens, je le feray. Vous n'avez qu’à me l’ordonner; je ne serois pas fasché d'aller en personne refaire le cœur des Miamis. Si vous me le commandez, donnez-moy quelque sauvegarde, afin que je sois bien reçu.
Nous regardons ce feu-ci (c’est-à-dire cet establissement ;
cela fait voir la nécessité de maintenir ce poste), nous, Iroquois,
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comme le plus haut de tous les feux, où toutes les nations viendront pour y parler d’affaires.
Il vient, après moy, un autre chef qui amène des prisonniers pour vous en faire le maistre.
Réponse de M.de Lamothe à Aouendando, du mesme jour. — Demain je vous diray ma pensée; je me suis resjouy en voyant les os de mes enfans les Miamis; j'espère en voir bientost davantage. Il est vray que ce feu sera bientost corisidérable ; toutes les nations les verront de bien loin et diront: Allons nous chauffer au feu de nostre père. C’est donc icy où il faut que vous veniez, nations [roquoises, et, s’il arrivoit que quelque esprit malfaisant voulust troubler une si belle paix, portez icy vos plaintes; suspendez vos haches dans le temps des troubles, jusqu’à ce qu'Onontio soit informé de tout, parce que sur ce que je lui escriray, il réglera nos différends. Jay la bouche fermée aujourd’huy, demain je l’ouvriray.
Paroles de M. Lamothe au chef Sonnontouan et autres Lroguois, le 8 Décembre 1701.-— Je suis ravy de ce que vous avez amené ici ces trois prisonnières, parce que les hommes n'auront plus maintenant que de bonnes pensées.
Par quatre brasses de tabac.—Ce tabac sera vostre lettre, Aouendando; vous la rendrez vous-mesme aux Miamis. Parlez-leur ainsi que je vais vous le dire: « Onontio m'a dit d'amener vos os au village des François, qui est au Détroit, je l'ay fait. Celui qui y commande a esté le maistre d’en faire ce qu'il vouloit, Je luy ay offert de vous les amener moymesme et de vous les remettre entre les mains ; il m'a dit de prendre courage et de les conduire dans vostre village, vous exhortant d'avoir pour moy les mesmes sentimens et le mesme
cœur, que s'il y estoit venu luy-mesme; il m'a recommandé
aussi de vous dire que nous fumions dans un mesme calumet:,»
Par deux brasses de tabac ?. — Voylà deux brasses de tabac pour fumer le matin en vous levant. Cela vous encouragera pour marcher et vous délassera le soir, lorsque vous chaufferez vos pieds devant vostre feu.
Par quatre livres de poudre, quatre livres de balles et un fusil, — Ce fusil, cette poudre et ces balles sont pour tuer des bestes pendant vostre voyage, afin d’en boire paisiblement le bouillon. Vous en régalerez aussi les Miamises que vous ramenez chez elles. Voilà un peu de rassade et de vermillon pour les décrasser, lorsqu'elles seront aux portes de leur village.
Paroles du mesme jour du chef Sonnontouan. — J'exécuteray de point en point ce que vous m'ordonnez; voicy ce que je diray aux Miamis, en y arrivant: « Je vous prie de vouloir m'escouter, parce que je veux vous informer de tout. » Je parleray par un collier etune couverte blanche aux Miamis et je leur dois dire :
« Ce collier et cette couverte blanche sont pour tarir vos larmes et pour couvrir le sang de vos morts. Je vois, mes amis, que vous avez encore l'esprit chancelant, mais je vous exhorte d'oublier le passé. Je vous prie d’avaler paisiblement beaucoup de bouillon, afin de laver vos cœurs. Je sçais qu'il vous est difficile de ne point songer à vos morts, mais puisque la terre est maintenant si belle, il faut vivre en bonne intelligence. Regardons tous le village françois, qui est au Détroit;
il réglera tous nos différends, s’il en survient *, »