‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 134 sur 267 · PR S · texte numérisé non relu

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nager ceux qui me traversent, ce qu’il n'est pas en mon pouvoir d'empescher, quelque mesure que je puisse prendre. Vous pouvez vous fier à ce que je vous en dis. Ainsi ayez la bonté de vous en expliquer décisivement. Vous ne devez rien craindre de ma part, je responds des événemens sur les choses que je vous escris.

On continue d'envoyer faire la traite parmi tous nos alliés sous des prétextes spécieux, qui est une continuation des congés, ce qui cause des désordres infinis par la mauvaise conduite des François, qui, se trouvant encore en plus grande liberté qu'auparavant, y causent tous les scandales que le libertinage est capable d'inventer, Il en survient des suites qui sont honteuses à la nation françoise et il s'y passe des énormités qui méritent corrections tout cela cause mesme des brouilleries si estranges parrni nos alliés, qu'il sera diflicile d'y pouvoir remédier.

On a envoyé, l’année dernière, le sieur Boudor, marchand de Montréal, pour ailer dans le pays des Sioux y joindre le Sueur. Il s’est si bien prévalu de ce voyage qu’il y a apporté pour vingt-cinq ou trente mille livres de marchandises dans la veue de les traiter dans tout le pays des Outaouas, comme il l'a fait quoyque inutilement, ayant esté pillé en partie par les Outagamis. Je crois qu'il est nécessaire que vous soyez informé de cette aflaire, afin que vous y portiez vous-mesme le remède convenable. Je vous en parleray avec connoissance de cause, puisque ce que je vous en diray est arrivé dans le temps que j'estois à Missilimakinak. Voicy le fait :

De tous temps tous nos alliés généralement ont eu la guerre contre les Sioux. Lorsque je fus arrivé à Missilimaki-

nak, en conformité des ordres de feu M. de Frontenac, qui estoit le plus habile homme qui fut jamais en Canada, je néyociay une trêve entre les Sioux et tous les alliés, Je réussis dans cette négociation et je me servis de cette occasion, faisant tourner les armes contre les Iroquois, à qui nous avions déclaré la guerre, peut-estre injustement sur de faux exposés, qu'on avoit faits à la Cour. Ensuite de cette trêve, je tis conclure la paix entre nos nations et celle des Sioux. Elle dura pendant deux années. Au bout de ce temps-là, les Sioux en grand nombre, sous prétexte de venir conformer cette paix ct la bien ratifier avec les Miamis, en furent parfaitement bien reçus, et après avoir passé quelques jours dans leurs villages, ils en sortirent fort satisfaits en apparence, ct ils avoient effectivement raison de l’estre par le bon accueil qu'on leur avoit fait. Les Miamis, les croyant desjà bien loin, s'endormirent tranquillement; mais les Sioux, qui avoient prémédité leur coup, rentrèrent la mesme nuit dans leur village, et ayant surpris les Miamis, ils en firent un carnage d'environ trois mille âmes et mirent le reste en fuite.

Cette perfidie irrita toutes les nations; elles vinrent à Missilimakinak m'en porter leurs plaintes et me prier de me joindre à elles pour aller exterminer les Sioux. Mais la guerre, que nous avions sur les bras avec les [roquois et les Anglois, ne permettoit pas d’escouter cette proposition. Il fallut prendre le parti de bien haranguer et de faire l’orateur pour venir à mes fins, et enfin la conclusion en fut de pleurer les morts, de les envelopper et de les laisser dormir chaudement, jusqu'à ce que le jour de la vengeance fust venu, en leur disant qu’il falloit premièrement nettoyer la terre du costé de l’Iro-

quois, qu'il en falloit mesme en esteindre la mémoire, après

quoy on vengeroit avec plus de facilité l'action énorme, que les Sioux venoient de commettre contre eux. Enfin je ménageay si bien les esprits que l’affaire fut résolue de la manière que je l’avois proposée Mais comme les vingt-cinq congés subsistoient dans ce temps-là, et que l’avarice et la cupidité de faire du castor pressoient les François d’aller en chercher chez les Sioux, nos alliés s’en plaignirent fortement, et me remontrèrent qu'il y avoit de l'injustice, que dans le temps mesme qu’ils avoient les armes à la main pour nostre propre querelle contre les Iroquois, les François alloient chez les Sioux porter des munitions de guerre pour les faire tuer, et ils me prièrent d'y remédier, d'autant mieux que les François passoient sur leurs terres et devant leurs villages, ce qui estoit violer le droit des gens. — J'en informay M. le comte de Frontenac et M. de Champigny, qui, ayant fait attention aux raisons que je leur en avois mandées, firent publier une ordonnance à Montréal, portant défense d’aller chez les Sioux pour y trafiquer à peine de mille livres d'amende, de confiscation de leurs marchandises, et d'autre peine arbitraire, suivant les avis que j'en donnerois. Cette ordonnance me fut envoyée à Missilimakinak, avec ordre de l'y faire publier et dans tous les autres postes esloignés, ce qui fut exécuté. Je descendis la mesme année à Québec, ayant demandé d’estre relevé, et depuis ce temps-là, malgré cette défense, les François ont continué d'aller commercer chez les Sioux, mais non pas sans avoir essuyé des affronts et des indignités par nos ailiés, mesme qui font déshonneur au nom François. Voicy maintenant où en sont les choses. Toutes les nations s’estant souvenues de la promesse que je leur avois faite, qu fut de me joindre à elles pour aller contre les Sioux, après que

que

la guerre seroit finie contre l'Iroquois, m’ontsommé de la leur tenir, mais comme le temps fournit un bon prétexte, je m'en suis servi, en disant que je me battois aujourd’huy contre l’Anglois et qu’il falloit patienter. Sur quoy elles m'ont répliqué que, si je ne voulois point entrer dans leur querelle, qu'ils avoient une prière à me faire, espérant que je la leur accorderois, qui est d'empescher, comme je l'avois fait dans le temps que j'estois à Missilimakinak, que les Francois n’allassent pas davantage chez les Sioux pour y porter des armes et des munitions de guerre, me déclarant estre dans la résolution de s'y opposer, qu’il venoit de se faire un combat, où il s’estoit trouvé deux Francois qui avoient esté tués parmy les Sioux, avec qui ils s’estoient joints.

J’ay envoyé à M. de Callières mon sentiment sur cette affaire, et à M. de Beauharnois, et je leur explique nettement qu'il est important de ne point violer ainsi nos promesses, et que nous ne pouvons le faire, sans nous exposer à perdre la confiance que nos alliés ont en nous, et qu'ainsi j'estime qu’il est à propos de ne plus permettre d'aller en commerce chez les Sioux, sous quelque prétexte que ce puisse estre, d'autant mieux que le sieur Boudor vient d’estre pillé par la nation des Renards, et que le sieur Juchereau a donné mille escus en marchandises pour avoir le passage libre pour aller à son habitation, parce qu'ils prétendent avoir le droit de le faire, puisque c’est un secours qu’on porte à leurs ennemis, Au bout du compte je ne crois pas qu’ils ayent grand tort.

Ils m'ont représenté aussi que le Sueur alloit chezles Sioux par le Mississipi, mais qu'ils estoient résolus de s'y opposer, et, s’il se mettoit en estat de les forcer, de luy faire une résis-

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