‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 135 sur 267 · TIRE RS · texte numérisé non relu

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tance. Ils ne respondoient pas des événemens. Ainsi c'est un avis, que vous pouvez donner au Sueur par le gouverneur de Mississipi.

Tous ces désordres ne viennent qu'à cause des habitations françoises esloignées, qui sont toutes très inutiles ou pour mieux parler très pernicieuses, puisqu'elles ne servent que de prétexte pour obtenir des permissions et des congés. Ceux qui les ont, au lieu d'aller en droiture, font le commerce de castor et de toute sorte de pelleteries par la Grande Rivière, dans le lac Huron, dans le lac Supérieur, dans le Michigan, et généralement dans tous les pays des Outaouas. C'est ainsi qu'on en a usé et qu'on en use encore actuellement. Les sieurs de Laforest et Tonty, et maintenant les sieurs de Juchereau et Pascaud, associés, commercent dans tout ce pays mesme jusqu'aux environs du Détroit ; c'est ce qui donne de la jalousie au public et qui cause toutes ces escapades des Canadiens libertins, qui disent sans façon qu’il n’y a que les sages et les obéissans qui en sont les dupes. En vérité, ils n’ont pas tout le tort en cela, car il leur est fascheux de voir que quelques particuliers escument le lait et tondent la laine du pays par les congés et permissions qu’on leur donne.

J'en ay escrit fort souvent, mais on garde un grand silence sur cela. Vous sçavez que le pays des Illinois a esté accordé à M. de La Salle, avec des clauses et des conditions, dont il n'en a effectué aucune, et ce poste n’a servi qu’à fournir bien des contestations avec les fermiers de Sa Majesté à cause de la méchante qualité du castor qui en sort.

C’est pourquoy la Cour a défendu aux sieurs de Laforest et Tonty d'y en faire le commerce; mais, en mesme temps, eile leur a permis d'y trafiquer les menues pelleteries, ce qui

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est une surprise manifeste, puisqu'il est certain qu'il n’y en a d'aucune espèce dans ces lieux-là, n'y ayant que des peaux de bœufs et quelques chevreuils; mais ils en trouvent assez par tout ailleurs, ayant tousjours eu la liberté de trafiquer en tous lieux, sans qu’on leur en dise mot, et il n’est pas difficile de pénétrer ce que ce peut estre. Pour moy, je ressemble à saint Jean Bouche-d'Or, parce que je dis ce que je pense. Ainsi je crois que toutes ces habitations trop esloignées et où il n’y a aucune règle, font beaucoup de mal et ne sont d'aucune utilité. Celles qui sont proches d'un establissement ne sont pas de mesme. En un mot, il est certain que les expositions que les sieurs de Laforest et Tonty ont fait qu'ils avoient fait des avances au sieur de La Salle, sont des illusions. Ils n'ont jamais esté en estat d'en faire. Tout le monde sçait leurs moyens et leur patrimoine, et ils s’en seroient bien payés depuis près de vingt ans qu'ils jouissent, non seulement de ce poste, mais pour mieux dire de tous ceux des Outaouas par le moyen de celuy-là.

Il est encore arrivé que les Sauteurs, comme je vous l’ay desjà dit, estant amis des Sioux, ont voulu donner passage par leur pays au sieur Boudor et autres pour aller porter des armes et autres munitions de guerre chez cette nation, mais les autres s’y estant opposées, il est survenu des différends entre elles, dont s’en est suivi le pillage, qu'on a fait au sieur Boudor, ce qui a donné lieu aux Sauteurs de faire coup sur les nations des Sakis et des Malominis, en ayant tué trente ou quarante, si bien que voilà la guerre parmi ces peuples.

J'aurois remedié à tous ces désordres et terminé tous ces différends, si je n'estois pas icy avec mon baston blanc, n'ayant aucun fonds du Roy pour l'employer en faveur des Sauvages,

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à qui on ne parle jamais pour des affaires importantes avec les mains vides. Il est arrivé assez de semblables tueries, mais j'ay tout pacifié, parce que feu M. de Frontenac m’envoyoit, tous les ans, des présens considérables pour en disposer, selon les conjonctures, dont je lui rendois compte et à Monsieur l’Intendant, prenant des certificats de la distribution que j'en faisois. Depuis sa mort, on a pris une autre route, on n'envoye rien au Détroit pour ces sortes d’occurrences. J'en ay escrit. On ne m'a rien respondu, au lieu de s'adresser à moy, n’y ayant point d’autre establissement que celuy-ci dans tout ce pays, dont M. de Callières m'a donné le commandement général, qui n’en seroit que l'ombre, si on continuoit de pratiquer ce qu'on a commencé, qui est d’envoyer les gens chez les nations avec des présens. Ces envois ne peuvent pas se faire sans frais, ou, du moins, sans donner permission à ceux qu'on destine pour cela de charger leurs canots de marchandises, ce qui fait que ces gens-là n’ont d’autres veues que d’amasser bien du castor, employant mesme à leur profit les présens dont ils sont chargés, n'ayant personne qui ait inspection sur leur conduite.

Il seroit bien plus naturel que tout cela fust adressé en droîture au Détroit, et que tout passast par mes mains, parce que je manderois aux chefs des nations de se rendre icy, et je réglerois avec eux toutes leurs décisions, et à l’esgard des distributions et emplois que je ferois des présens, qui me seroient adressés ou à tout autre dans ce poste, j'en donnerois mes certificats. Les autres Officiers qui y sont, missionnaires et mesme commis de compagnie, pourroient donner les leurs. Ainsi, il ne se commettroit point d’abus. Au surplus, qui peut-on choisir pour envoyer régler les querelles

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des Sauvages, qui connoisse mieux que moy leurs manières, leurs mœurs et leurs inclinations, et en qui ils ayent plus de confiance ? C'est ce dont les Jésuites ne demeureront point d'accord.

On me préfère de certains regrattiers, qui n’ont aucune autorité parmy nos alliés. Voilà pourquoy, Monseigneur, il seroit, je crois, expédient que vous eussiez la bonté de m'envoyer une commission de commandant général de ce poste et des autres esloignés pour m'espargner ces passe-droits.

Quelques Sauvages viennent de m’apprendre qu'il monte quatre canots pour aller dans le nord du Lac Supérieur, par le village des Sauteurs. Je ne sçais point ce que ce peut estre. Sans doute ce sera l'ordinaire, c'est-à-dire des prétextes spécieux.

Je vous escris bien des choses qui pourront peut-estre me donner bien des ennemis, mais n'importe, ayant la vérité et la justice pour moy, je suis au-dessus de tout. Je crois devoir cela au zèle que j'ay de bien servir le Roy.

Au reste, le Siou est une nation qui nous doit estre indifférente, et qui est trop reculée pour en retirer jamais aucun service.

Comme le convoy qui vient de Montréal ne reste icy ordinairement que deux ou trois jours, j'avois, afin d'espargner les vivres, disposé cette lettre pour ne le point arrester ; c'est pourquoy j'y parle souvent de M. de Callières, parce que je ne sçavois pas qu'il fust mort, ce que j'’ay appris avec douleur, par la perte générale qu'a faite toute la colonie, qui avoit besoin d'un homme d’une telle expérience. J'en ay fait une en mon particulier, puisque vous avez pu voir, par tous les bons tesmoignages qu’il vous a rendus de moy, qu'il m'honoroit de

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