‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 161 sur 267 · ÉTABLISSEMENT DU FORT L’HUILIER DANS LA RIVIÈRE VERTE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DU FORT L’HUILIER DANS LA RIVIÈRE VERTE

Nous estions fort impatiens de l’arrivée de M. d'Iberville,

CStant tous Îles jours, à la pointe du fort, à la descouverte.

Enfin, la veille des Rois en 1700, nous entendismes tirer du canon de l’isle Surgère, à cinq lieues de nostre fort. C’estoit M. d'Iberville qui arrivoit avec M. le comte de Surgère. M. d'Iberville montoit la Renommée et M. le comte de Surgère la Gironde, qui estoit une flûte de sept cents tonneaux. M. de Sauvole fit advertir tout le monde du fort pour sa réception au bruit des descharges des canons et de toute la mousqueterie des troupes. Il fut receu avec toute la joye possible, mais il ne resta que quatre jours au fort, au bout desquels il choisit soixante hommes pour aller avec luy au fleuve de Mississipi. Il prit pour venir avec luy d’entre les ofliciers MM. de Bienville et de Chatcaugué, ses deux frères, et de Boisbriand, aussy deux frères, et M. de Saint-Denis. Il laissa M. de Sauvole, qui estoit commandant du fort. pour faire descharger iss deux vaisseaux et faire placer les marchandises et les munitions dans les magasins du Roy. Après qu’il eust donné tous ses ordres, nous partismes avec luy pour rencontrer le Mississipi par son embouchure à la mer. Nous passasmes d'abord à nos vaisseaux pour ÿ prendre les vivres nécessaires. M. d'Iberville conféra avec M. le comte de Surgères pour la garde des deux vaisseaux pendant ce voyage. Nous partismes dans trois chaloupes. Nous fusmes coucher à dix-sept lieues à l’ouest du fort de Biloxi, proche la pointe à l’Assiette, ainsy nummée parce que M. d'Iberville y en perdit une. De là nous fusmes coucher à douze lieues plus loin, à une pointe nommée la pointe au Trépied. Le lendemain, nous allasmes coucher au bord d’une petite rivière, qui est à six lieues plus loin. Elle fut nommée la Rivière au

Chien, parce qu'un crocodile nous y en mangea un. De là, à

dix lieues plus loin, nous abordasmes à l'embouchure du

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Mississipi, où nous couchasmes sur le bord, à la droite, en remontant. Toute la coste de la mer depuis le fort de Biloxi et dix lieues en montant dans le fleuve sont des bords de terres basses. Il y a, à son embouchure, trois passes causées par deux petites isles; la plus estroite des passes est à la droite et la plus profonde, quoyqu'il n'v ait qu’onze pieds d'eau. Au bout de dix lieues que nous l’eusmes remontée, nous trouvasmes le commencement des bois, qui bordent le fleuve à droite et à gauche. [1 y a à cet endroit un petit détroit à droite dans lequel il entre de l’eau du fleuve. On nomma le petit détroit Mardy Gras. A huit lieues plus haut, M. d’[berville remarqua, à la droite, une place très propre à faire un fort, qu'il résolut de faire bastir en redescendant le fleuve. De là, huit lieues plus haut, on trouva un détour de trois lieues de long en rond, qui est nommé le Détour à l’Anglois. J'en diray la raison en son lieu, A vingt-quatre lieues plus haut, à la gauche en montant, or rencontre une rivière, appelée la Rivitre des Chetimachas. Ensuite nous trouvasmes à Six lieues plus haut, du mesme costé, la première nation Sauvage, qui habite le bord du fleuve du Mississipi, que l'on nomme les Bayagoulas. Aussitôt qu'ils nous aperceurent, ils s’enfuirent dans le fond des bois avec leurs femmes et leurs enfans, de sorte qu'estant entrez dans ieur village, nous n’y trouvasmes personne, mais seulement leurs petits meubles et autres ustensiles dont ils se servent pour leur travail. M. d’Iberville n’en fut pas surpris, remarquant bien que c’estoit la peur qui leur avoit fait abandonner leurs maisons. Il détacha

sur le champ deux François et un Sauvage, pour aller à eux

et les rassurer. Ils coururent après eux et les joignirent en

peu de temps, parce que les enfans les empeschoient d'aller

viste. Nostre Sauvage, qui estoit du Biloxi et les connoissoit tous, leur fit entendre que nous estions de bonnes gens, les exhortant de revenir, et quoy qu'ils ne s’y fiassent pas beaucoup, ils ne laissèrent pas de revenir, leur calumet de paix à la main. Quand ils furent arrivez à leur village, ils présentèrent à fumer à M. d’Iberville et à tous les officiers, comme aussi de la farine qu'ils mangent à l’eau froide, de leur pain, du poisson et d’autres denrées de leur façon. Peu de temps après, ils chantèrent leur calumet, comme c’est la manière des Sauvagés. Le soir ils demandèrent en leur langue à M. d’Iberville, si nous avions assés mangé et s’il nous falloit autant de femmes que nous estions d'hommes. M. d’Iberville, en leur montrant sa main, leur fit comprendre que leur peau rouge et bazanée ne devoit point s'approcher de celle des François, qui estoit blanche. Nous restasmes dans leur village trois jours, jusqu’à ce que leur calumet fut fini. On leur fit présent de quelques bagatelles, comme de miroirs, bagues, pioches, ce qu’ils regardèrent avec admiration, après leur avoir enseigné à quoy tout cela servoit. M. d'Iberville dit au chef des Sauvages qu'il vouloit partir le lendemain matin ct qu’il luy falloit de la volaille pour emporter avec luy. Le village en estoit rempli, aussy nous en donnèrent-ils grand nombre, On prit quatre Sauvages de leur village pour nous servir de guides. M, d'Iberville laissa entre les mains de leur chef un petit François pour luy apprendre la langue sauvage. Nous partismes le lendemain matin. Nous trouvasmes en remontant tousjours le fleuve, à cinq lieues sur la droite, le Manchac, petit ruisseau, dont j'ay déjà parlé, qui va aboutir au lac de Pontchartrain. Il a un courant excessivement rapide, ce qui le rend fort difficile à monter, outre qu'il est fort

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estroit. De là nous montasmes cinq lieues plus haut, où nous trouvasmes de bords fort élevés, que l'on appelle en ce pays des Ecores et en sauvage Istrouma, qui signifie Baston rouge, parce qu'il y en a en cet endroit un poteau rougi, que les Sauvages avoient planté, pour marquer la séparation des terres de deux nations, sçavoir : celle des Bayagoulas, d’où nous sortions, et d’une autre esloignée du Baston rouge de trente lieues plus haut, nommée les Oumas. Ces deux nations estoient si jalouses de la chasse de leurs terres qu'ils tiroient sur ceux de leurs voisins, qu'ils trouvoient chassant, passé les limites marquées par ce poteau rougi. Mais aujourd’huy ce n’est plus la mesme chose; ils chassent partout les uns chez les autres et sont bons £mis.

A cinq licues de ce poteau, plus haut à la droite, il y a des écores ou bords de terre blanche, fort hauts, de trois quarts de lieue de long,au bout desquels on trouve une langue de terre, qui, avançant fort avant dans le Mississipy, formoit sept lieues de tour. M. d'Iberville, pour éviter la longueur de ce détour, fit porter les chaloupes à travers cette langue, qui n’avoit qu'une portée de fusil de traverse et nous fusmes à l'instant de l’autre costé dans le Mississipy, où nous remismes nos chaloupes. Depuis quelque temps, la rapidité du fleuve l'a tellement miné, qu'il y fait maintenant passer son cours entier. C'est pourquoy cette langue de terre porte à présent le nom de la Pointe coupée. Vis-ä-vis une petite isle, huit lieues plus haut à la droite, il y a un portage remarquable par une croix que M. d’Iberville y fit planter. Nous y chantasmes un l’extlla Regis à genoux, ce qui parut fort estonnant à ces Sauvages. Nous leur fismes entendre que cette croix estoit une

chose que nous estimions fort dans nostre religion, et qu'ils

se gardassent bien de l’abattre. Ce lieu fut nommé à ce sujet le Portage de la Croix. C’est le grand chemin du village des Sauvages, appelés les Oumas, qui est à deux lieues de là.

M. d'Iberville et les officiers, ayant mis pied à terre à cet endroit, allèrent par ce chemin au village, après nous avoir donné ordre de faire le détour de la coste avec nos chaloupes pour l’y venir joindre. Ce détour a dix lieues. En le costoyant nous trouvasmes l'embouchure d’une grande rivière, appelée la Rivière Rouge. Cette rivière tombe à la gauche dans le Mississipy. Nous en parlerons plus amplement dans la suite. A deux lieues plus haut à la droite, nous trouvasmes la baye des Oumas, devant laquelle il y a une petite isle. Nous mismes pied à terre à la baye, au bord de laquelle est le village. Nous y trouvasmes M. d'Iberville et tous les officiers qui y estoient arrivez, il y avoit deux jours. Nous n'y restasmes que trois jours, ct après qu'ils eurent achevé de chanter leur calumet de paix, M. d'Iberville leur fit des présens, comme il avoit fait aux autres. Ils nous donnèrent aussy beaucoup de volailles et de gibier, que l’on embarqua dans nos chaloupes. On ne manqua point d'y prendre quatre de leurs Sauvages pour nous servir de guides, à la place des quatre Sauvages Bayagoulas, que l’on renvoya à leur village. Nous en changeasmes ainsy de nation en nation pour ne les pas fatiguer, et en mesme temps pour assurer les nations, en y arrivant, qui, nous voyant avec d’autres Sauvages, ne s’en effarouchoient point.

A la sortie du village des Oumas, nous continuasmes nostre route tousjours en montant, et à quinze lieues plus haut le Mississipy se partage en trois branches, ce qui forme deux

isles d’une demi lieue de longueur, et une lieue plus haut, sur

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la droite, nous costoyasmes des bords d'ür'e prodigieuse hauteur et d’une demi lieue de longueur, au bout desquels il tombe dans le fleuve une petite rivière qui vient d’un village à quatre lieucs plus haut, et esloigné du bord du fleuve d’environ une lieue. Nous débarquasmes pour aller à ce village, où nous fusmes parfaitement bien reçus. Ces Sauvages s’appellent les Natchez. C'est de tous les Sauvages la nation la plus civilisée. Ils firent beaucoup d’honnestetés à M. d'Iberville et à tous les officiers. Ils chantèrent leur calumet de paix, qui dura trois jours, au bout desquels nous partismes chargez de gibier et de volailles. M. d’fberville leur ñüt pareillement des présens, comme il avoit fait aux autres nations qui avoient chanté leur calumet. Nous parlerons dans la suite de leurs mœurs, de leur religion, de leur temple, etc. Estant partis des Natchez, nous costoyasmes à la droite, tousjours en montant le Mississipy, de grands bords de pierre pendant douze lieues, au bout desquelles nous trouvasmes un endroit, que l’on appelle le Petit Gouffre, à cause des tourbillons que le fleuve y forme, pendant un quart de lieue. Huit lieues encore plus haut, l'on trouvele Grand Gouffre, que nous passasmes, et, à deux portées de fusil plus haut sur la gauche, nous mismes pied à terre pour aller à un village qui est à quatre lieues dans les terres éloignées du bord du fleuve. On nomme ces Sauvages les Tinsas. Nous y fusmes très bien receus, mais je n’ay jamais vu de spectacle plus triste ny plus effroyable à la fois que ce qui arriva le second jour que nous estions à ce village. Il s'éleva tout d’un coup un orage espouvantable ; le tonnerre tomba sur leur temple, brusla toutes leurs idoles et réduisit leur temple en

cendres. Aussitost ces Sauvages accourent devant leur temple,

en faisant des hurlemens terribles, s’arrachant les cheveux et levant les bras en haut. Le visage tourné du costé de leur temple, ils invoquèrenr leur grand Esprit, en criant comme des possédés d’esteindre le feu ; puis ils prenoient de la terre dont ils s'en frottoient le corps cet le visage. Les pères et les mères apportoient leurs enfans et, après les avoir estranglez, ils Les jetoient dans le feu. M. d'Iberville eut horreur d’un si cruel spectacle, et il commanda d’arrester ce spectacle si affreux et de leur arracher ces petits innocens, ce qui n'empescha pas, malgré tous nos efforts, qu'ils n'y en jetassent dix-sept, et si nous ne les eussions pas empeschez, ils en eussent jeté plus de deux cens.

Au bout de trois jours qu'ils eurent chanté leur calumet de paix, M. d’Iberville leur fit un présent plus considérable qu’aux autres et leur dit d'abandonner cet endroit pour venir s’establir sur le bord du Mississipy, et, voyant que son temps s’approchoit pour retourner en France, et que les autres nations estoient trop esloignées, il prit le dessein de redescendre le fleuve. Nous partismes le lendemain matin et dans la mesme journée nous arrivasmes aux Natchez, où nous couchasmes. Le lendemain au matin leurs chefs vinrent reconduire M. d'Iberville jusqu’au bord de l'eau. Il leur promit de leur envoyer un petit François pour y apprendre la langue. De là nous vinsmes coucher au village des Oumas, parce qu’en descendant, les courans estant rapides, on fait beaucoup de chemin en un jour. Nous fusmes ensuite au Portage de la croix et le lendemain aux Bayagoulas, où nous trouvasmes le petit François, que M. d'Iberville en montant lefleuve y avoit laissé, qui parloit déjà fort bien leur langue. M. d'Iberville luy dit de rester dans ce village pour servir d’interprète aux François

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qui y passeroient. De là nous arrivasmes à cette place, que M. d'Iberville avoit remarquée en remontant pour y faire faire un fort, où nous trouvasmes un traversier que M. de Bienville y avoit amené du Biloxi, parce que M. d’Iberville avait envoyé des Natchez M, de Bienville, son frère, en avant, pour faire venir les provisions et les outils nécessaires pour faire bastir ce fort. M. de Bicnville, en descendant des Natchez pour aller au Biloxi, avoit trouvé un petit vaisseau anglois qui estoit en carène en un détour de trois lieues. M. de Bienville alla à luy et luy demanda ce qu'il venoit chercher au Mississipy, et s’il ne sçavoit pas que les François estoient establis dans le pays. L’Anglois, fort estonné, luy respondit qu'il n'en sçavoit rien et partit un moment après pour s'en retourner à la mer, pestant fort contre les François et M. de Bienville. C'est ce qui a fait nommer ce détour, le Détour à l’'Anglois, nom qu'il porte aujourd’huy.

Pour revenir à M. d'Iberville, après avoir fait tracer le plan et la grandeur de l’establissement de ce fort, qui fut bien avancé en quinze jours, il fit débarquer les munitions de guerre et de bouche pour les faire transporter dans les magasins du fort. Il fit dresser une batterie de six pièces de canons du costé du fleuve, et il y laissa M. de Bienville, son frère, avec M. de Saint-Denis pour commandant du fort avec vingt-cinq hommes. Ensuite il partit dans le traversier pour retourner au fort Biloxi, suivi de nos cha- -oupes et de cinq François Canadiens, marchands de pelleteries, qui, ayant sçu que nous estions establis au Biloxi, estoient venus pour commercer avec nous. M. de Bienville fit voguer nuit et jour en partant du fort de Mississipy, et le lendemain il aborda ses vaisseaux, où il conféra avec M. de

Surgère sur les vivres qui pouvoient rester dans les vaisseaux. Il se trouva qu'il n’y en avoit plus que pour trois mois; il alla ensuite au fort du Biloxi visiter les marchandises et munitions de guerre qui estoient dans les magasins ; il augmenta la garnison du fort de Go Canadiens, il ajouta 6o hommes que nous y estions, il les avoit amenez sur son bord avec M. Lesueur, et après avoir embrassé M. de Sauvole et M. de Boisbriand, il partit au mois d'Avril de cette année 1 700 pour son second retour en France. En partant, il recommanda à M. de Sauvole de donner à M. Lesueur vingt hommes pour aller avec luy à une mine de cuivre qui est dans le païs des Sioux, nation de Sauvages errants à plus de neuf cents lieues depuis l'embouchure du Mississipy, en le remontant jusqu’au Sault de Saint-Anthoine. M. Lesueur avoit eu connoissance de cette mine quelques années auparavant, estant en voyage dans le païs des Outaouas, où il commerçoit. Je fus commandé par M. de Sauvole pour estre de ce voyage que M. Lesueur entreprenoit, parce qu’estant charpentier de mon mestier au service de Sa Majesté et nécessaire pour faire des chaloupes et les radouber, j'ay tousjours esté de tous les partis que j'ay rapportés et que je rapporteray dans la suite, dont j’ay esté tesmoin oculaire.

Pour revenir à M. Lesueur, après qu’il eut pris toutes les provisions et les outils nécessaires et avoir embrassé M. de Sauvole, il partit sur la fin d'Avril de cette année, avec une seule chaloupe, dans laquelle nous n'estions que vingt-cinq personnes. Je ne m'amuseray point à faire une répétition inutile des endroits par où nous passasmes pour remonter. le fleuve du Mississipy. Nous en avons desjà fait la! description depuis son embouchure jusqu'à la nation des Taensas, qui est

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la dernière, jusqu'où nous montasmes avec M. d'Iberville, qui ne voulut pas aller plus haut que ce village. Je diray seulement qu'estant arrivez au nouveau fort, où MM. de Suint- Denis et de Bienville estoient, on nous donna un canot pour descharger nostre chaloupe qui, estant trop chargée, ne pouvoit faire que très peu de chemin par jour. Le lendemain nous partismes pour aller aux Tacensas. Nous fusmes vingt-quatre jours pour pouvoir yarriver, ne pouvant faire que cinq ou six licues par jour, en remontant le fleuve à cause des courans, qui sont, sur la fin d'Avril et au mois de May, très rapides dans le Mississipy, par suite de la fonte des neiges qui grossissent les rivières tombant dedans le Mississipy, et le font déborder dans ce temps-là, Quand nous cusmes passé les Tacnsas dix lieues plus haut à la droite, nous trouvasmes une rivière appellée la Rivière des Yazoux. À quatre lieues en montant dans cette rivière. on trouve à droite les villages, où demeurent six nations sauvages appellées les Yasoux, les Ofogoulus, les Tonicas (sic), les Coroas, les Ouitoupas et les Oussipés (s2c). Dans ce village noustrouvasmes un prestre francois avec un domestique aussy François, qui nousfit beaucoup d'honnestetés ct fut ravi de nous rencontrer. Îlestoit venu en mission parmi ces Sauvages pour tascher d'en convertir quelqu'un. Il nous dit la messe le lendemain matin avant nostre départ!. Nous luy dismes que

M. d'Iberville avoit amené un estabiissement de François

1. Mercredi 14 Avril, — J'ay envoyé prier M. Davion, prestre missionnaire aux Tonicas, à 7 lieues dans la rivière, de nous venir dire la messe...

Les premières habitations des Sauvages sont à 4 lieues dans la rivière, et M, Davion cest establi à 3 lieues plus haut, sur les bras de la mesme rivière Ce missionnaire nous a dit qu’on pouvoit monter dans cette rivière avec toutes sortes de barques près de 60 lieues, et qu'il y avoit plusieurs sortes de pierre de taille ctautres propres à bastir, (Journal du voyage de Lesueur sur le Mississipi.)

dans le pays, mais il en estoit desjà instruit. Après nous avoir donné la bénédiction, il nous embrassa tous et nous conduisit jusqu'à nostre chaloupe, où nous luy dismes adieu.

Nous remontasmes de cet endroit le Mississipy soixante lieues jusqu'à une rivière appelée la Rivière des Arkansas, moitié large comme le Mississipy, qui court du nord à l’est. Huit lieues plus haut, du mesme costé, à la gauche, est la nation des Arkansas, dont la rivière porte le nom ; il y a dans leur village deux autres nations de Sauvages qui demeurent avec eux, nommez les Torimas et les Kappas, qui nous receurent très bien et nous chantèrent le calumet de paix !; mais ils ne purent nous fournir que très peu de vivres, parce que, le fleuve du Mississipy ayant débordé, les bestiaux s’estoient retirez à plus de soixante lieues des bords du fleuve. Cette nation est fort guerrière, et ils sont grands chasseurs. Ils ne vivent que de chasse, quand le Mississipy est bas, parce qu’alors il y a beaucoup de gibier dans leur pays. C'est la cause qu'ils ne sont pas laborieux et très peu adonnés à la culture des terres. Les femmes y travaillent beaucoup plus que les hommes. Elles sont fort jolies et blanches; les hommes sont la pluspart gros ettrapus?. Nous y trouvasmes un marchand anglois * qui nous aida beaucoup de ses

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