‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 106 sur 304 · LS 4 FR · texte numérisé non relu

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une livres, dix-huit sols, six deniers, et il est de fait que les six castors secs pesant neuf livres, estant bien passés, mis en robe et faits veules, ne doivent peser que cinq livres, qui, estant estimées sur le prix du castor gras, ne peuvent valoir à l'habitant, par l’arrest de 1695, que dix-huit livres dix sols, le quart déduit; par conséquent, Messieurs les Fermiers gagnoient sur l’habicant du Canada, en six castors passés en veule, trois livres, huit sols, six deniers.

A l’esgard de l’arrest, que Messieurs les Fermiers ont obtenu en 1697, par lequel ils ont, de rechef, fait séparer le castor veule d'avec le gras, l’ayant réduit à un pi: bas xrix, tout cela n'a esté fait que pour recommencer ies scies difficultez, qui ont esté par le passé, et en veue d'enlever tout le castor gras du Canada, en ne le payant qu'au prix du veule, comme on l'a tousjours fait au bureau de Québec.

Pour répliquer à la première objection de Messieurs les Fermiers, on dit qu’il est d’une né’2ssité absolue de donner le mesme prix du castor demi-gras que du castor gras, afin d'éviter le mesme inconvénient qui est arrivé par le passé, car si on donnoit un moindre prix au castor demi-gras, ceux qui faisoient la recette du castor n’en recevroient jamais au prix

du gras, mais bien généralement au prix du demi-gras.

Il reste à scavoir comment on connois :: !: sistor demigras et de quelle manière on s'y prendra ÿ. : le distinguer

d'avec le castor gras.

On respond qu'il n’y a point d'enfant au Canada qui ne discerne et ne conroisse certainement le castor demi-gras, qui n’est tel que parce qu’il n'est point veule, car proprement,le veule n’est autre chose qu'un castor sec, gratté,raclé, passé, cousu et mis en robe, ne luy restant qu'autant de cuir

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qu'il luy en faut pour soustenir son poil, lequel est en dedans tout blanc et fort léger.

Le demi-gras, au contraire, tient un milieu, parce que son cuir est engraissé en dedans et au dehors, qu'ilest plus usé, plus poudreux, plus foulé que le veule et qu’il pue le sauvage; il n'est pol . tout à fait gras aussi, parce que son cuir du costé du poil n’est point jaune, mais disposé à le devenir. — Le castor veule c’est un verre bien net et bien rincé; le demi-gras c’est un verre sale, mais qui n’empesche pas pourtant de discerner, si le vin qui y est dedans est rouge ou blanc, et le gras est un verre si sale qu'on ne sçauroit distinguer qu'avec peine la couleur dont il est rempli.

Et pour respondre à la deuxiesme objection, qui est enchaisnée dans la première, on fait voir que Messieurs les Fermiers doivent cstre contens de la qualité du castor qu'on leur offre et qui leur donnera un profit raisonnable, car il est certain que pour faire un chapeau, il suflira d'employer un tiers de castor sec sur deux tiers de castor gras et demi-gras. Par exemple, sur six livres de castor on en mettra quatre livres de gras ou demi-gras et deux livres de sec. Ces quatre livres pesant de castor ne reviendront à Messieurs les Fermiers qu'à vingt-quatre francs sur le pied de six francs la livre, et le sec à un escu la livre, à six francs, faisant le tout ensemble trente livres. Il faut réduire ces six livres pesant de castor au tiers, en poil, le cuir en estant osté, cela fera au moins 33 onces de poil de castor; il en entrera au plus neuf onces dans chaque chapeau, si bien que cela fera, par exemple, 3 chapeaux et demi, qui, estant vendus à 18 livres pièce, vaudront» avec les cinq onces de plus, 63 livres, sur quoy il y a à dé-

duire 30 livres pour l'avance. On peut encore oster 15 francs

pour les faux frais; il restera donc encore 18 francs de profit, c'est-à-dire un escu par livre de castor, et par conséquent ce gain estant suffisant, il seroit injuste de diminuer le prix du castor sec, dont la perte accableroit l'habitant du Canada. Il vaudroit mieux, pour concilier toutes choses, confondre le castor Moscovie avec le bardeau, n’y mettant qu'un mesme prix.

Pour la troisiesme objection, il paroist qu'elle est tirée par les cheveux, car par ce moyen on feroit passer la plus grande partie du castor sec d’hyver pour castor illinois, et il semble qu'il faudroit qu'un habitant du Canada fust obligé de prendre une attestation ou un certificat du lieu. où ses castors seroient nés et où ils seroient morts, pour prouver qu’ils ne seroient pas castors illinois. En un mot, ne sont-ils pas les maistres à la recette de rejeter tous les castors qui ne sont pas de bon poil, de quelque endroit qu’ils puissent venir ?

Messieurs les Fermiers feront encore cette objection : que si on ne diminue pas le prix du castor sec, les habitans du Canada ne se mettront point en peine de le faire passer et de le faire engraisser, parce que ce castor sec leur vaudra autant que s'il estoit gras, à cause de ia diminution du poids.

On respond à cela que c'est une erreur, parce que six castors, comme on a dit, estant passés et mis en veule ne pèsevont que 5 livres, mais, lorsqu'ils seront engraissés tout à fait, ils pèseront 9 livres; si bien qu’ils vaudront à l'habitant 90 livres, le quart déduit, au lieu qu’en sec ils ne luy vaudroient que 21 livres, 18 francs, o deniers, ce qui vaut bien la peine de le faire engraisser, car plus il est gras et plus il est pesant, et ce sera là un moyen pour avoir peu de castor sec.

Si bien que mon sentiment seroit qu'on ne parlast plus de

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recevoir au bureau de Québec ni castor veule, ni Moscovie, ni gras d’été, et réduire le tout en castor gras et demi-gras, et en castor sec d'hyver autrement appelé bardeau, toutes les difficultés seroient ostées par ce moyen, s'ils veulent recevoir des manches et mitaines grasses, de les prendre sur le pied du bardeau.

Le sieur de Lamothe vous supplie très humblement, Mon. seigneur, d'estre persuadé qu'il n’a rien mis dans ce projet qu'il ne le croye utile au service de Dieu et du Roy, et que pour trouver des ajustemens pour conserver un pays qui a tant cousté à Sa Majesté, et à mesme temps pour conserver la bonne volonté de Messieurs les Fermiers, il voudroit avoir des occasions de mesnager leurs intérests. Il feroit son possible pour les contenter, et il est asseuré de faire réussir son projet, si on jette les yeux sur luy.

Il luy seroit, à la vérité, fascheux d’avoir battu le buisson et qu'un autre en prist le lièvre. Tout ce qu'ii peut asseurer, c'est que c'est battre de sa teste une muraille que d'espérer la conversion de ces peuples par une autre voye que celle qu'il a projetée, car tout le fruit que les missionnaires y ont fait consiste dans le baptesme qu’ils ont procuré aux

petits enfans et qui sont morts avant de venir à l’âge de raison.

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