‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 107 sur 304 · EN RÉTABLISSANT AUSSI LES VINGT-CINQ CONGÉS · texte numérisé non relu

EN RÉTABLISSANT AUSSI LES VINGT-CINQ CONGÉS

Mémoire pour répondre à celuy du sieur de Lamothe.

J’approuve fort le projet du sieur de Lamothe Cadillac, quoiqu'il y ait pourtant quelque chose à rectifier.

La situation du poste du Détroit seroit asseurément celle qui conviendroit le mieux dans tout le pays pour le climat, pour la bonté des terres et pour la commodité de la vie, et ce ne scroit pas une difficulté pour yréunir les Sauvages Outaouas. Ce projet pourroit avoir son succès dans les suites, mais j'y trouve, dans la conjoncture présente, deux grands empeschemens :

Le premier, c’est la proximité des [roquois, qui s’ombrageroient infailliblement de l’establissement de ce poste, qui les borneroit d'une telle manière qu'ils seroient gesnés à leurs chasses dans un pays qu’ils prétendent avoir conquis, quoiqu’à la vérité, les Outaouas ayent continué annuellement d'y faire leur chasse. Je trouve, après y avoir fait une sérieuse réflexion, que ce poste pourroit bien faire perpétuer la guerre entre nous, nos alliés et les Iroquois.

Le deuxiesme empeschement est que par la mesme proximité, il pourroit arriver que nos Sauvages commerceroient

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bien plus aisément leur castor avec les Anglois, qui feront tous les efforts imaginables pour les gagner, en leur donnant leurs marchandises à bon marché et en faisant bien valoir leurs peaux de castor, et il est constant que le commerce des Anglois avec nos Sauvages scroit un grand attrait pour eux, en sorie que nous pourrions les perdre nar ce moyen.

Je conviens que, si les Iroquois et les Anglois laissoient establir ce poste sans s'y opposer, on pourroit en tirer par les suites de grands avantages, en se conformant aux vues du projet.

Mais il me semble qu'il seroit plus à propos de remettre les garnisons dans les endroits, où elles estoient auparavant, avec les vingt-cinq congés, empeschant néantmoins les voyaseurs de sortir des postes, où il y auroit des commandans, pour aller faire leur traite dans la profondeur des bois; mais d'ailleurs seulement que les Sauvages vinssent faire leur commerce dans les lieux establis, afin d'éviter le libertinage ct les contestations que les coureurs de bois ont otdinairement avec les Sauvages.

L'affaire des pays esloignés cst assez importante pour exciter le Roy à y faire toute l'attention possible. Personne ne peut disconvenir que tost ou tard nos Sauvages tomberont sous la domination de Sa Majesté ou bien sous celle du Roy d'Angleterre. Ce seroit, à mun avis, une mauvaise politique d'abandonner <e qui est en nostre possession, je veux dire un si grand nombre de nations avec leur commerce, ce qui seroit une perte qu'on ne pourroit jamais recouvrer. Ce qu'on évitera en restablissant les congés e les garnisons dans les postes qui estoient desjà establis, et c'est par ce moyen qu’on retiendra un nombre de gens de ce pays, qui n’ont point

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d'autre mestier et qui ne scauroient subsister que par leurs leurs courses; car il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de les empescher de suivre leur fureur. Ce qui vient d'arriver mesme depuis peu des deux canots qui ont passé, quelque précaution qu'on ait prise pour les empescher, il est est à craindre que ceux-ci n’en induisent d’autres à faire la rieste route. S'ils ont attendu jusqu'à ce moment à se desbander, cela n'a esté certainement que dans l'espérance que les vingt-cinq congés supprimés seroient restablis. Ce sera un moyen aussi de faire revenir ceux qui sont résolus de vivre parmi les Sauvages, parce qu'ils espéreront de remonter à leur tour, et les officiers qui se trouveront dans les postes, où ils estoient auparavant, trouveront des expédiens de les faire piller, s'ils vouloient résister, par les mesmes qui exploiteront les vingt-cinq congés.

Si vous entrez, Monseigneur, dans mes sentimens qui, selon ma pensée, sont d'une très grande utilité au service du Roy et pour le bien de la colonie, je puis bien vous asseurer que les ordres seront exécutés avec tant d’exactitude de ma part, qu'il n'y aura jamais sujet de s'en plaindre, car il n'en montera, sous quelque prétexte que ce soit, que le nombre que le Roy ordonnera.

Signé : Le Chevalier nr CALLIÈRES.

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LE DÉTROIT PONTCHARTRAIN. 157 Ars à ù os- à Se | 'È SNU ssÉ, d'u) ft {RSS EE cé LAMOTHE CADILLAC :.1 N° 44e e la RAPPORTE LES DÉBATS QUI ONT EU LIEU A PROPOS DE SON PROJET it FA “4 des- DANS L'ASSEMBLÉE ORDONNÉE PAR LE ROI 5 à ..i que ET DANS SA CONFÉRENCE AVEC M. DE CALLIÈRES. fe Ah TT NES , us de IL COMBAT LES OBJECTIONS. 4 Le vivre | pi ir FER ter à Hey | s, OÙ s faire Vous m'avez si fort grondé qu'il est de mon devoir de justi- . teront fier ma conduite; il vous sera aisé de l’examiner à fond par le détail que je vais vous faire de tout ce qui s’est passé en Ni HE ui, Se- Canada sur le projet que j'eus l'honneur de vous présenter ti AA NS ice du l’année dernière. Vous n'y trouverez point l'indolence en TR sseurer face; elle n’a jamais esté placée au nombre de mes défauts; | $ ; de ma c'est un vice dont ma vivacité pour l'exécution de vos ordres | À iln'en : prendra soin de me garantir très-religieusement. nombre Voicy, Monseigneur, le fait mot pour mot : | Les principaux habitans du Canada estant assemblés au ER À à chasteau de Québec, par ordre de MM. de Callières et de hTe

Champigny, le sieur Daubenton leur fit ses propositions pour : TT les différens prix du castor. Cette matière estant fort débattue, et les esprits estant un peu eschauflés, M. de Champigny se servit de ce temps-là, et, en imposant silence, il sortit de sa poche le projet que vous luy aviez adressé. Il en fit la lecture, à quoy Lamothe ne s’attendoit point, n'en ayant eu aucun ji advis en France ny en Canada. “ei

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L'assemblée gardant le silence, Lamothe l'interrompit en prenant toute la substance de son projet.

Première objection de M. de Champigny. — L'expérience fait voir que les Sauvagesses qu'on instruit chez les Ursulines èt qui apprennent la langue françoise sont les plus grandes p....., parce qu’elles ne se desbauchent pas seulement avec les Sauvages, mais mesme avec les François, et c'est la mesme chose des garçons, qu’on instruit au séminaire de Québec.

Réponse de Lamothe rendue sur-le-champ. — M. de Champigny fait beaucoup d'honneur aux Ursulines et au séminaire de Québec ; il ne les récompense pas mal de leurs soins. Il semble s’estre un peu négligé de n'en avoir pas donné advis à la cour, pour empescher cette despense et empescher en mesme temps le mauvais usage qu'on fait des gratifications du Roy.

Il est vray qu’il y a quelques Sauvagesses francisées, qui se desbauchent pour être trop gesnées et parce qu’on souhaite qu'elles soient religieuses. En mesme temps qu’elles sont capables de religion, on doit les regarder comme des oiseaux sauvages qui n'aiment point la cage, et qui, se sentant encore de l'inclination libertine de leurs parens, se font une idée affreuse d’estre renfermées entre quatre murailles pour n’en sortir de leur vie. Cette objection ne destruit en rien ce projet, puisqu'on convient que les Sauvagesses apprennent aisément la langue françoise et que les Sauvages vont pius loin, puisqu'ils apprennent la latine. C’est sans raison qu’on les sollicite trop fortement d’embrasser l’état ecclésiastique; il vaut mieux les marier pour rendre les instructions qu’on leur donne plus heureuses et plus consolantes, et il est très-aisé de remédier

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à l'avenir aux fautes passées, pourvu qu’on veuille en conve-

nir de bonne foi.

Deuxième objection de M. de Champigny. — C'est une pure vision de vouloir establir des Sœurs et des Ursulines dans les bois, et cela est impraticable.

Réplique de M. Lamothe. — M. de Champigny prend mal le sens de ce projet. On ne prétend pas establir des filles incessamment dans les bois, on veut establir un poste proposé et les y appeler ensuite.

M. de Callières confirma la réponse de Lamothe, et s'adressant à M. de Champigny, il luy cit : « Pour achever un establissement, il faut commencer premièrement, et si on ne commençoit jamais, jamais aussi on ne feroit aucune entreprise.

Motif de M. de Champigny pour rendre le projet odieux. -— « L'auteur du mémoire a raison de dire qu’il empeschera, pendant deux années, qu’il ne descende point de castor; il est assez habile homme pour prendre le soin lui-mesme de le ramasser et de le mettre tout en sa man. »

Cela fit faire un mouvement à l’assemblée qui donna aisément dans ce panneau et en parut eflarée.

Réponse de Lamothe. — De tout temps on a empoisonné les intentions les plus pures, et la vérité mesme est sujette à recevoir des atteintes par l’erreur et par le mensonge; mais sa force est indoinptable, et elle triomphe de tout; c’est attaquer de bonne heure l’auteur du mémoire, puisqu'il ne paroist point qu’il soit choisi pour aller sur les lieux. Il y a longtemps qu'on a essayé de le rendre odieux, mais c’est un crachat qui est retombé sur la face de celui qui l’a poussé en Pair.

Paroles de M. de Callières. — Il y a de très-bonnes

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choses dans ce projet ; il mérite d’estre examiné attentivemen et ceci se fait un peu à contretemps.

On repassa aux propositions de M. Daubenton et il ne fut plus parlé de ce mémoire.

Conférence de MM. de Callières et Lamothe sur ce projet. — M. de Callières fait deux objections seulement, qui proprement ne sont que la mesme chose, l’une estant renfermée dans l’autre.

Par la première, il prétend que, par cet establissement, la guerre pourra être perpétuée à cause de l'ombrage qu'ils en pourroient avoir.

Pour la deuxiesme, que la proximité facilitera à nos Sauvages le commerce avec l'Ar *lois.

Réponse de Lamothe. - ?s Iroquois ont envie de continuer la guerre, rien ne les eu empeschera. Ils en sont fatigués maintenant, ct ils ne sont en estat de la continuer que contre nos Sauvages, en cas qu'on les abandonne.

Is n’ont aucun prétexte contre cet establissement. Le poste proposé est sur nos terres et sur celles des Outaouas; aussi ils n’ont aucun droit de s’y opposer ny de s’en plaindre.

L'ombrage qu’ils en peuvent avoir n'est pas un droit pour en empescher l’establissement, mais c’est un moyen pour ies mettre à la raison, parce que les forces de tous les Sauvages consistent dans l’esloignement et celles du François dans la

proximité. Ces premiers sont des loups des bois ; tous leurs coups se font par surprise et leurs jambes sont tousjours les garans de leur salut.

L'expérience fait voir que l’establissement de Montréal nous a réuni une partie des Iroquois et qu'il en a esloigné l'autre; sans le Montréai, Québec seroit exposé à leurs incur-

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Le poste proposé, lorsqu'il sera establi, couvrira parcillement le Montréal, parce que si l'Iroquois y fait des incursions, il se trouvera comme entre deux feux. S'il sort de son village, 1l l'afloiblira et l'exposcra d'estre enlevé par celuy du Détroit. Rien n'est si puissant pour tenir cette nation en respect que l'exécution de ce plan.

Réponse à la deuxiesme difficulté de ML. de Callières.— Ta proximité ne facilitera point le commerce de nos Sauvages avec l'Anglois; au contraire, celle les en détournera, parce que si ce poste n’est point estably, les Anglois et les Sauvages s'y establiront et y vien lront négocier sans aucun empeschement. Au lieu que, par cet establissement, on ménagera toutes les nations par les voies ordinaires, c'est-à-dire en engageant dans nos intérests les principaux par quelques présens et le reste par les alliances des soldats avec leurs filles, lorsqu’elles seront instruites, et les missionnaires, à l’envi les uns des autres, y contribucront par leur application à l’instruction des enfans qui gouvernent toujours l'esprit de leurs parens.

Cette conférence se termina de la sorte. M. de Callières a jugé que le restablissement des vingt-cinq congés est plus nécessaire que l'exécution de ce mémoire, et on a dit que M. de Champigny a csté du mesme sentiment.

Lariothe a bien sçu que M. de Champigny a escrit à la cour d’autres difficultés contre ce mémoire ; mais il n’ignore point qui sont ceux qui les luy ont suggérées et quel est leur motif, et sans perdre le respect qu’on doit à un Intendant,on peut dire qu'il s’est laissé surprendre et qu'il n’a pas escrit

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