‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 134 sur 304 · LES ANGLAIS CHERCHENT A S'ÉTABLIR A OUABACHE · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS CHERCHENT A S'ÉTABLIR A OUABACHE

Lettre du Père Marest à Lamothe Cadillac.

A Missilimakinak, ce 30 mai 1702.

Monsieur,

Tout ce que j’ay à respondre présentement, parce que vous m'écrivez par Mikinak, c'est que ce que nous avons fait sortir le P. de Carheil et moy n’a pas esté pour empescher l'establissement de vostre poste, mais pour le mieux faire. Vous ne le connoistrez peut-estre que trop dans la suite, condamnant vous mesme vos accusations précipitées. Les choses ne peuvent pas s’exécuter aussitost que vous les pensez et que vous les voulez. Nous nous expliquerons plus au long à nos supérieurs, en leur mandant ce que nous avons fait pour le mieux, et nous espérons qu’à bien iuger, selon la raison et la justice, on en sera content, car enfin nous sommes serviteurs et de Dieu et du Roy, sans nul autre interest qui puisse nous porter à faire contre.

Mais voicy une autre affaire à laquelle vous devez penser : nos pères des Miamis nous mandent vous avoir escrit par un de vos Hommes, qui hivernoit dans leur mission, envoyé exprès, que les Iroquois, les Loups et les Hurons qui sont auprès de vous, et surtout celuy qui crie si haut et duquel

vous escoutez les cris, qui apparemment ne fait tant de bruit que pour se mieux cacher en vous arrestant uniquement sur nous, agissent de concert pour former à Ouabache un establissement d'Anglois tout à fait opposé à celuy du Détroit, ct lequel, s'il vient une fois à se faire, renversera infailliblement le commerce de la colonie. Comme nos pères, qui sont surles lieux, vous en informent, nous n'avons rien à adjouster de nostre part à cequ’iis vous mandent, n’en ayant point d’autre connoissance que celle qu'ils nous donnent, car on se tient ici dans un fort grand silence à nostre esgard, qui sert mesme à nous jeter dans la défiance.

C'est à vous, sur un avis de cette importance, de ne pas attacher tellement sur nous vostre pensée, que vous ne preniez quelque moment pour la tourner à examiner la conduite de ceux qui sont auprès de vous, pour en reconnoistre la vérité ou la fausseté. Je nesçaurois comprendre que Mikinak, après tant d'obligations qu'il vous a, ait pu, sans une raison aussi ancienne et aussi forte que celle là, résister aux efforts que vous avez fait pour l'arrester au Détroit. Mais si on continue à nous faire aussi des crimes de tout, on nous réduira, mesme dans les choses, dont nous avons quelque connoissance, à la nécessité de n’accuser personne, de peur qu'on ne se serve de cette accusation auprès des accusés pour les faire parler contre nous. Au reste, les Sauvages d'icy, ayant vu la qualité de la terre du Détroit et reconnu, à ce qu'ils disent, qu’il n’y a point ou que fort peu de pesche, et que la chasse ne tardera pas à y marquer, plus le monde s'y assemblera près les uns des autres, se forment là dessus une disposition, qu'il ne dépendra pas de

nous de pouvoir changer, et il ne sera pas juste de nous

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vouloir faire un crime d’une impuissance apportée à nostre volonté.

Mikinak me dit hier, et me pria de vous escrire, qu'il a dejà invité les Nokés à se venir incorporer à eux, en quelque lieu qu’ils veuillent s’establir. Sur quoy ils ne se dé:larent pas encore. La mesme invitation se doit faire aux Sauteurs, ctilest probable qu'ils l'accepteront. Vous avez plus que moy de pénétration pour approfondir leurs desseins. Prenez garde que la Providence, par ce qu’elle pourra permettre, ne nous justifie, car nous sommes dans un lieu où nous pouvons en sçavoir plus que vous sur ce qui peut estre utile ou nuisible à vostre estabiissement.

Je suis avec un profond respect, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur.

Signé : Josépn J. MarEsT.

Note de Lamothe Cadillac. — Cette onzième lettre est du P. Marest, missionnaire de Missilimakinak. Cette manière d’escrire à M. de Lamothe, qui est son commandant, st trop impérieuse, et on voit que ce sont des expressions d’un cœur enflé d'orgueil, et qui ne peut souffrir l'autorité, mais comme M. de Lamothe a fait response à celle-cy, et qu'il en envoie la copie, il est superflu d'y faire ses observations.

Le deuxiesme article de sa lettre se rapporte à la neuviesme du P. Mermet et prouve le comnlot.

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