MAIS IL NE S'EN TROUBLE PAS
Deuxième lettre de M. Lamothe Cadillac écrite au Père Marest, en réponse à la onjième lettre de ce #esme
Père.
Mon très Révérend Père,
Je ne veux point vous imiter, je fais response à vostre lettre. Vous m'avez escrit, sans doute, sur les mémoires de votre fidèle mais mal informé correspondant. Le rang que je tiens dans le poste où je suis ne me permet pas d’accuser les personnes, Muis il me donne droit de les condamner sur les accusations qu'on m'en fait, et mes jugements ne sont jamais précipités, lorsqu'ils sont fondés sur des dépositions, qui sont soutenues par la voix publique. J'avois fait plus. Afin de suivre les règles de la prudence, j'avois fait en moy-mesme mon jugement conditionnel, et la lettre que je vous en ay escrite en fait foy.
Vous voulez bien que je vous dise que vous serez forcé tost ou tard de sentir, du moins vous mesme, vos accusations précipitées, si vous ne voulez pas les condamner touchant celuy que vous me marquez crier si haut, puisqu'il n'y
a personne ici qui puisse, sans faux tesmoignage, le charger
d'avoir ouvert la bouche contre aucun de vos Révérends
Pères. Je le justifie parce que la raison le veut et que la jus-
tice le demande.
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Faites attention à ce que je vais vous en dire, ct, si vous n'avez pas la force d’en convenir au dehors, vous ne pourrez du moins éviter de vous sentir remué au dedans. Ce prétendu mauvais trompette estoit à l'assemblée générale de Montréal ; il est venu icy par les lacs, il y est arrivé le 23 de Septembre, il en est party le 4 d'Octobre pour aller aux Miamis par le fond du lac Érié, et, ensuite par terre, d’où il n’est revenu que ce printemps, et vos Hurons de Missilimakinak sont arrivés ici à la fin de Novembre, et les paroles qu'ils m'ont dites dans le Conseil sont du 4 Décembre. Voyez et concluez maintenant où estoit et où avoit esté celuy dont j'escoute tous les avis.
J'avoue que vous avez accusé juste par un endroit dans vostre lettre, mais à mesme temps vous vous estes mespris par un autre. J'ouvre, il est vray, tant que je peux, deux grands yeux que vous n'avez pas encore vus. L'un se tient tousjours fixé sur tous les mouvemens que vous faites, mais quels qu'ils puissent estre, ils ne l'empeschent pas de dormir; l’autre veille tousjours et se respand partout autour de moy. En sorte qu'il semble n'estre animé et puiser sa lumière que dans la source de son propre zèle pour le service du Roy et pour ce qui regarde le bien de la colonie.
Je ne veux point entrer dans les discussions d’approfondir, si vous en sçavez plus ou moins que moy en ce qui regarde l’utile ou le nuisible de cet establissement. Je vous diray seulement que ie suis en lieu et en place de sçavoir mieux que vous que le Roy le veut, que c'est un monarque qui prend ses résolutions de luy-mesme, et que si, par hasard, il emprunte quelque esclaircissement, il a d’habiles ministres remplis de zèle et de pénétration, et dans ce pays un gouver-
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neur d’une protonde expérience qui sçait lui rendre compte de tout. Ainsi je crois que vous perdez du temps, lorsque vous vous fatiguez tant à pénétrer l’utile ou le nuisible de cet establissement. Il doit vous suflire, encore une fois, de sça+ voir que le Roy le veut, et c'est pourquoy vous ne devriez pas si fort attacher votre veuce et votre pensée sur moy, que vous ne preniez quelque moment pour les tourner sur les intentions de Sa Majesté et de Monsieur le Gouverneur général.
Je veux bien vous répéter que vostre correspondant vous à mal instruit. On ne s’est point servi ici, ou, pour mieux parler françois, je ne me suis pas servi des accusations, qu’on a faites contre ce chef, pour le faire parler contre vous. Le bon sens et la réflexion donnent sur cela un plein esclaircissement, puisque vos révérends Pères des Miamis ne l'ont accusé que vers la fin d'Avril, et que les paroles que vous avez cru qu'il a dites contre vous sont du 4 Décembre. Je sçais que, si on voujoit plaider sa cause, on pourroit concevoir que vous vous estes tous laissé prévenir contre luy, parce que vous avez présumé qu'il avoit esté l'âme et le mobile des paroles, que sa nation a dites contre le révérend Père de Carheil.
Je ne sçais point si sa cause touchant l'alliance qu’on dit qu’il médite avec les ennemis de l’Estat est noire dans le fond; tout ce que je sçais bien, c’est que toutes les circonstances qu'on m'en a mandées ne sc rapportent en rien.
Au reste, je ne comprends point, quelle méchante brume ou mauvaise influence du C'el peut avoir, cette année, changé la qualité de la terre du Détroit, puisque tous les mémoires, qui en ontesté fournis par tous les Révérends Pères de vostre
société, par tous les François et par tons les Sauvages, en ont
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parlé comme de la terre promise de toute l'Amérique septentrionale. 11 faut bien que le soleil ait changé sa route pour signe qu’il n’approuve pas cet estabiist ment. Cependant je vous diray que j'ai fait semer du bled cet automne qui nous promet une trés belle récolte ; que j'en ay fait semer ce printemps, qui la promet un peu moindre; que tous nos bleds d'Inde, quoique faits à lahäte, ‘"* l’une beauté ravissante. Ainsi je ne m'attacheray point à la qualité de la terre, pourvu qu’elle produise de bons grains et de bons fruits avec abondance.
Mikinak ne vous a pas accusé juste, lorsqu'il vous a persuadé que j'avois fait de grands efforts pour l’arrester. Je vous assure que ma boutonnière n’en a rien senti. Je ne lui ay parlé qu’en conformité de mes ordres; mais, sans doute, il veut devenir votre héros, à quoy je ne m'oppose point et je m'embarrasse encore bien moins de ses entreprises et de toutes ses irrésolutions.
J'ai fait jusqu'à présent ce que la Cour m'a ordonné. On m'a dit de venir prendre possession de ce poste, de m'y fortifier, de m'y loger, de faire des champs, d'inviter toutes les nations sauvages à s’y establir, de ne point m’embarrasser du reste. M. de Callières m'ordonne de vous protéger dans vos missions ct de prendre vos avis dans les occasions. Il me recommande l’union ct la bonne intelligence avec tous les missionnaires. Il ne tiendra point à moy, que cet ordre ne soit très exactement exécuté. Lorsqu'on ne fera rien contre le service du Roy ou ses intentions, j'auray toujours un cœur benin, un visage riant et une langue de miel. Je ne doute
point que vous ne soyez bons serviteurs de Dieu; j’en ay par-
tout rendu tesmoignage ct je n'ay jamais parlé contre vos
mœurs. Je crois encore que vous estes de bons serviteurs du Roy, mais ce qui gaste tout, c’est que chacun se mesle d'expliquer ce qui est de son service, et c'est de quoy je ne conviens point.
Enfin, que me fera-t-on ? Je veux servir le Roy. Que dirat-on ? Je veux servir Dieu. Je vous croyois avoir satisfait en faisant un establissement, où il ne devoit point setraiter d’eaude-vie, ayant bien résolu, pour vous plaire et pour vous dispenser de tant crier, d'y tenir sévèrement la main, mais je vois bien que le vieux levain s'est tellement aigri, qu’il ne peut plus revenir en pâte.
Cependant, je feray mon possible pour vous marquer en toutes choses ma bonne volonté, Vous vous mettriez hors d'estat d'en douter, pour peu que vous eussiez de confiance
en moy et que vous voulussiez rejeter le serpent souterrain, qui jouc si bien son rôle et comme la machine s’apesantit et qu'elle doit porter ses débris aux pieds du tombeau, j'y porte et j'y enterre volontiers et de bon cœur tous mes justes ressentimens, estant avec respect, mon réverend père, Vostre très humble et très obéissant serviteur, Signé : LAMOTHE CabiLLac.
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TONTY REMET A LAMOTHE CADILLAC UNE LETTRE DU PÈRE DE CARHEIL EN RECONNAISSANCE DE CE QU'IL LUI A PASSÉ UNE FAUTE CONSIDÉRABLE. LE PÈRE REPROCHE A
LAMOTHE CADILLAC D'ÈTRE CAUSE DE TOUTES LES ACCUSATIONS DIRI= GÉES CONTRE EUX.
Lettre du Père de Carheil à Alphonse de Tonty.
À Missilimakinak, le 17 juin 1702.
Monsieur,
Le bon tesmoignage, que vous avez bien voulu me rendre de l’assiduité de Monique à s’acquitter constamment tous les dimanches et tous les jours de feste des obligations du Christianisme, n'a pu m'estre que fort agréable, non-seulement parce qu'il m’asseure que de son costé elle souhaite son véritable bien, mais encore parce qu'il m'asseure conséquemment de votre costé que ce que vous estimez le plus en elle est aussi ce que vous estimez le plus en vous. Il seroit à souhaiter que tous ceux du Détroit ne regardassent les choses que par cet endroit là. On n'y auroit pas tant crié contre moy que l’on y a fait, mais j'ay entendu autrefois icy tant de semblables cris de la part des François, et je m’y suis tellement accoustumé, que je ne sçaurois m'estonner de ceux que j'entends aujourd’huy de la part des Sauvages. Le mesme principe, demeurant le mesme, ne produit jamais partout où il est que les mesmes effets. Les cris des François se sont dissipés sans
nuire qu’à ceux qui les avoient faits contre la vérité. J'espère que les cris des Sauvages se dissiperont avec le temps de la mesme manière. Il ne faut pour cela que distinguer les volontés du Roy que l’on veut confondre. Cette distinction, qui nous est marquée dans toutes les Iettres que nous avons recues soit de M. le gouverneur général, soit de M. l’intendant, soit de nos supérieurs, raccommodera tout en ostant la confusion qui a causé le bruit.
Mon impuissance d’estre à Missilimakinak avec ceux qui y sont restés ct au Détroit avec ceux qu'on v a attirés, n'est pas un sujet qui doive faire crier cont e moy, à moins que de vouloir m'obliger à l'impossible d’estre dans deux lieux tout à la fois. Pourquoy y at-on réduit le P. Vaillant (qu'on avoit envoyé pour nous aider), sans avoir rien pu nous v préparer, que pour nous réduire nous-mesmes à n’y pouvoir aller dans le mesme temps qu’il s’en retiroit, et que l’on a commencé à y faire crier contre nous. Cependant, nous n'avons rien fait que pour le mieux. Un peu de retardement pour prendre des mesures est toujours nécessaire à la prudence dans les entreprises, et principalement dans celles qui tendent à quelque chose de fixe et de permanent, tel qu'est un nouvel establissement. Au reste, nous sommes surpris qu'aucune des lettres qui nous sont venues du Détroit, ne nous marque rien d'une nouvelle fort importante que nos pères des Miamis nous mandent qu'ils ont fait sçavoir à M. de Lamothe par un exprès envoyé pour ce sujet.
Comme nous n’en avons point icy d’autre connoissance, que celle qu'ils nous en donnent, nous ne pouvons y rien adjouster de nostre part, et quand nous le pourrions et que nous eussions appris quelque nouvelle particulière, qui d'elle
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ce qui se passe à nostre esgard, nous ne sçavons s’il ne vaudroit pas mieux, pour nostre propre seureté, garder le silence que de nous exposer au danger d'estre encore accusés là dessus auprès des Sauvages ; car, enfin, on tourne tout en accusation et en procès verbal contre nos fonctions, auxquelles on en veut; mais on aura beau leur en vouloir, nous ne manquerons jamais de nous en acquitter fidèlement, quoy qu'il en arrive.
Pour vous, Monsieur, je 1e doute point que vous ne condamniez toutes ces..…., si opposées à la raison, à la justice et à la vérité. Vous n'avez pas oublié ce que nous disions autrefois ici dans quelqu'un de nos entretiens, que tous nos devoirs se pouvoient réduire à ces cinq articles :
« Serviteur de Dieu pour luy-mesme;
Serviteur de tout le monde pour Dieu;
Serviteur de personne contre Dieu ;
Scrviteur de Dieu contre tout le monde ;
Serviteur de Dieu contre soy-mesme. »
Personne ne sçauroit s’escarter de son devoir, en suivant ces cinq règles, que je souhaite avec vous qu'on suive au Détroit.
Je suis avec respect, et de vous et de Madame, que vous me permettrez de saluer, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
. Signé : ÉTIENNE DE CARHEIL.
Le Père Marest vous présente ses respects, et vous prie
d'agréer qu'il salue Madame.
Note de Lamothe Cadillac. — Cette douzième lettre du P. de
Carheil a esté écrite au sieur de Tonty qui est au Détroit capitaine.
Il l'a remise à M. de Lamothe pour la porter à M. de Callières, luy en ayant fait un sacrifice, en reconnoissance de ceque M. de Lamothe luy avoit passé une faute considérable. On peut voir par cette lettre la conduite du Ciel.
Il est certain que M. de Lamothe avoit une confiance particulière dans M. de Tonty, qui en profita, en bon élève de Naples, pour le trahir en travaillant, de concert avec les missionnaires, pour renverser l'establissement du Détroit.
Il pratiquoit cette affaire avec tant d'artifice qu’elle demeura pendant un assez long temps impénétrable à M. de Lamothe.
On voit par cette lettre comment cet Italien et ce missionnaire se
chatouillent sur le fait de la dévotion. Ne dirait-on pas que la Monique en question est au moins une demi sainte ? F Ce Père ne s'embarrasse de rien, et il fait entendre que M. de Lamothe est ce principe qui fait former toutes les accusations qu’on luy fait tant par les François que par les Sauvages. Il dit qu'elles se dissiperont parce qu’elles sont faites contre la vérité, et ii les soutient telles par deux raisons. La première est qu’il faut distinguer les volontés du Roi; la deuxième cest sans doute que M. de Lamothe le veut confondre, ct pour bien encourager le sieur de Tonty, il l’assure que cette distinction des volontés du Roi leur est marquée par toutes les lettres qu’ils ont reçues de Monsieur le Gouverneur général, de M. de Champigny, intendant;'et de ses supérieurs, et que c'est ce qui raccommodera tout en ostant la confusion, qui a causé le bruit, c'est-à-dire, en faisant rappeler M. de Lamothe de son poste et conséquemment en y faisant substituer M. de Tonty.
De tout cecy, il en faut bien tirer une conséquence sans réplique; ou ce que le Pèrea cscrit est vrai, ouilest faux. S'il est vray, Monsieur le Gouverneur général, Monsieur l'Intendant et les supérieurs des Jésuites ont travaillé de concert pour perdre M. de Lamothe et destruire l'établissement du Détroit. S'il est faux, c’est une imposture du P. de Carheil et une calomnie qu'il impose à ces Messieurs et mesme à ses supérieurs. |
Tout ceci s’est découvert par une voie du ciel, qui a renversé par terre le sieur de Tonty et son cheval, et par une lumière qui luy a
" érevé les yeux sur le chemin de Damas.
On voit encore l’emportement de ce Père, lorsqu'il affirme hardiment que M. de Lümothe a réduit le P. Vaillant à la nécessité de se retirer du Détroit, pour le réduire luy-mesme, dit-il, à n’y pouvoir venir:
Cependani le contraire paroist par les lettres du mesme P. Vaillant, du P. Bonnart, son supérieur, du P. Germain et du P. Marest. Ces deux premiers remercient M. de Lamothe des bons traitemens
EN
et qi
to co pr soir
Je Gou ment vages des F ture e susdit ils me adjou queroi Ils mé nombr!
quoyq ben m
+ luy nothe lettre
ulière our le verser
a pen-
aire SC la Mo-
» M. de is qu'on elles se les soustinguer Lamothe onty, il marquée uverneur s, et que i a causé e de son ty:
réplique; Monsieur rs des Jédestruire osture du et mesme
versé par qui luy a
me hardissité de se "y pouvoir
De P. Vail- P. Marest.
traitemens
et des honnestetés qu'il lui a faites, et ces deux derniers l’assurent qu'on attend à Québec le retour de ce Père,
Au surplus, on diroit que ce Père souffre une fièvre chaude, surtout lorsqu'il dit qu’on tourne tout en accusation et en procès-verbal contre leurs fonctions auxquelles on en veut. Où sont donc ces
procès-verbaux qu’on a faits? Il faut assurément qu'ils soient dans son coin spéculatif,
LE PÈRE AVENEAU