‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 14 sur 304 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

de ses adversaires dans la conduite du pays. Si le Roi donnait difficilement des audiences, quand on en obtenait, comme dit encore l’illustre peintre de sa cour, il y avait tout à gagner. « Là, quelque prévenu qu'il fût, quelque mécontentement qu’il crût avoir reçu, il écoutait avec patience, avec bonté, avec envie de s’éclairer et de s’instruire. [1 n’interrompait ps pour y parvenir. On y découvrait un esprit d'équité et de désir de connaître la vérité, et cela quoique en colère quelquefois, et jusqu'à la fin de sa vie. Là, tout se pouvait dire, pourvu que ce fût avec cetair de respect, de soumission, de dépendance, sans lequel on se serait encore plus perdu que devant; mais avec lequel aussi, en disant vrai, on interrompait le Roi à son tour, on lui niait vivement des faits qu’il rapportait; on élevait le ton au-dessus du sien, en lui parlant, et tout cela non seulement, sans qu'il le trouvât mauvais, mais en se louant après de l'audience qu'il avait donnée et de celui qui l'avait eue, se défaisant des préjugés ou des faussetés qu'on lui avait imposés, et le marquant après par ses traitements. »

C'était ce que le Comte de Frontenac avait éprouvé. Homme de beaucoup d'esprit, comme je l'ai avancé déjà d'après plusieurs témoignages et de nombreux passages de sa correspondance, il était doué d'une éloquence naturelle, cultivée par l'étude et entretenue par l'habitude de ce qu'il y avait de plus grand à la Cour. Son air noble, mêlé de douceur, son bras droit, dont il ne se servait plus, depuis qu'il avait été cassé à Orbitello en 1646, parlaient déjà en sa faveur, quand même, filleul du roi Louis XI Il, avec lequel son père, Henri de Frontenac, avait été élevé, il n'aurait pu invoquer la mort de celui-ci au combat de Saint- Antonin et les services de son grand-père. Ce dernier, compagnon de misère et de périls de Henri IV, lui avait sauvé la vie dans une circonstance, où, le Roi étant attaqué par deux ligueurs, Antoine de Frontenac avait abattu le baron de Frinet d’un coup de sabre, tandis qu'Henri IV faisait son affaire de l’autre assaillant, le Comte de Château-Regnault, en lui criant: Rends-toi, Philistin. Tous ces souvenirs, qui rattachaient ainsi ces trois générations de bons serviteurs à la famille roya’: et avaient assuré à Louis de Frontenac la protection de Gaston d'Orléans, après la mort de

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INTRODUCTION

Louis XIII, avaient, ainsi que sa belle conduite au siège de Candie, recommandé en 1672 le Comte de Frontenac, pour le gouvernement du Canada de préférence au Comte de Grignan ; mais Louis XIV se plut à reconnaître les nouveaux services que

1 le Comte lui avait rendus, et ceux qu’il pouvait lui rendre encore, 3 À lorsqu? il lui eut fait comprendre ce qui | Nouvelle-France du temps de M. du Chesneau et le danger que la Colonie courait par la guerre l'impression que le Roi reçut de son entretien avec le tils d'Henri de Frontenac se montra tout entière dans la grâce particulière qu’il savait mettre à ses actes de bienveillance : vous renvoye en Canada, lui dit-il, où je compte que vous me servirez aussi bien que vous avez fait ci-devant. »

Le Comte justifia la confiance des Canadiens comme celle du Roi, en se montrant à la hauteur des diflicultés que lui avaient créées ses prédécesseurs. Dans son premier gouvernement, avait ajouté à l'étendue et à la richesse de la Nouvelle-France par les grandes découvertes des hommes qu’il y avait employés; dans le second, il devait paraître surtout en chef politique autant que militaire, et les services qu'il allait rendre en cette qu. ‘ité devaient ajouter à la gloire d’un règne dont il a été, avec Jean Talon, le plus digne représentant en Amérique.

Il commença d'abord par relever les Canadiens de l'abattement 2% dans lequel ils étaient plongés. Et, pour cela, il prit aussitôt une

| conduite toute différente de celle de M. de Denonville avec lequel il se brouilla avant son départ. La prise de Corlar commença par répandre la joie dans la colonie, qui bientôt se trouva disposée à faire la guerre offensive. Frontenac envoya alors partis sur partis. Il fit connaître en même temps aux Iroquois que ce n'était pas à eux qu’il en voulait, mais aux Anglais, qui les avaient engagés à ne plus obéir à Onontio, leur père. Il avait ramené de France, en vue d'aider à la réconciliation avec eux, à trois [roquois, parmi lesquels le chef Goyogouin, Oréaoué, qu'il traitait comme un familier, le logeant près de lui au château de Québec, Il le leur envoya pour essayer un rapprochement, pendant qu’il animait les peuples des Pays d'en Haut, descendus à Montréal, à reprendre les armes.

s'était passé dans la

avec les Iroquois. En effet,

INTRODUCTION

On vit même, à ce propos {novembre 1690), dans une scène des plus saisissantes dont nous pouvons nous faire une idée par les dessins de Catlin !, comment cet homme, qui songeait pourtant à franciser les Sauvages, avait le talent de s'identifier avec leurs usages au point qu'on eût dit un véritable Indien.

Les Outaouas, les Hurons et les Népissiriniens étant venus

le saluer pour savoir sa'volonté à l'égard des Iroquois, le Gou- & verneur prit lui-même la hache qu'il avait fait suspendre chez M eux par Nicolas Perrot, puis il entonna la chanson de guerre la É hache à la main, ainsi que les principaux chefs français, qui se 4

joignirent à lui. De leur côté, à ce que rapporte La Potherie, les [roquois du Saultet de in Montagne, les Hurons et les Népissiriniens .nnaient le branie, de sorte que l’on eût dit autant de possédés, à voir les gestes er les contorsion: qu'ils faisaient. Le bruit de leurs chichicoués, espèces de gourdes qui contenaient des cailloux, leurs cris et leurs hurlements, que M. de Frontenac

imitait pour se conformer à leurs usages, augmentaient encore |

la fureur bachique. Certes le maréchal de Bellefonds n'eût pas reconnu là le danseur élégant des branles du Bal de la Reine,

Anne d'Autriche, où le Comte de Frontenac et lui figuraient dans ?

le carnaval de 1658.

Un mois avant, la venue des Anglais devant Québec avait donné lieu au Gouverneur de se montrer sous un aspect qui se sentait mieux de la grandeur de la Cou: de France.

L'obligation dans laquelle ils furent de lever le siège de cette ville montra aux massacreurs de La Chine et de La Chesnaye (août et novembre 1689) que les Français n'étaient pas tous morts, comme le disaient Messieurs de New-York et de Boston, qui craignaient à leur tour l'invasion de leur pays. Dans la nuit du Samedi au Dimanche 22 octobre de certe année, les ennemis, qui étaient descendus le 16 avec une assurance insolente, s'étaient rembarqués avec tant de désordre qu'ils avaient abandonné une partie de leurs canons.

Louis XIV fit consacrer par une médaille le souvenir de cette victoire, que le Comte avait en quelque sorte annoncée par li

1. Letters and Notes on the Manners, Customs and Condition of the North Am rican Indians, by George Catlin, planche 104, Ier volume,

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INTRODUCTION. LI

s une scène MS fierté de ses paroles à l'officier de William Phips qui venait e idée par les le sommer de rendre la ville et lui demandait une réponse it pourtant à A Gcrite. « Allez dire à votre commandant que je lui rendrai ma r avec leurs MN réponse par la bouche de mes canons. » Bientôt on sentit de toutes parts que le Comte avait ramené avec lui l'honneur et la fortune. Les [roquois le comprirent ois, le Gou- M aussi, mais quand il n'était plus temps de profiter de ses ävances. spendre chez MS Poussés par les Anglais, ils avaient brûlé les deux compagnons de guerre la 1 du chevalier d’Aux, envoyé en ambassade, et dont l’un était nçais, qui € MM Collin, l'interprète, avec lequel Oreaoué était revenu de France. La Potheric, Peu même s’en était fallu que l'ambassadeur n’eût un scrt semet les Népis- blable, si les Iroquois n'avaient dit aux Anglais, qui les y ût dit autant excitaient, qu'ils missent eux-mêmes le feu au bûcher. s'ils faisaient. Un jour, à la suite de cet événement, le Comte se vlaignait au ui contenaient chef Goyogouin de ce que les [roquois n'avaient pas voulu voir en lui, à son retour, l’ancien Onontio qui les avait tant aimés, et de ce que l’un et l’autre n'avaient pas mieux réussi dans

de Frontenac ntaient encore

leurs efforts pour rétablir l'harmonie entre les Français et les [roquois.

étant venus

»nds n'eût pas il de la Reine.

figuraient dans

«Je m'imaginais, dit Frontenac à Oreaoué, qu'à mon retour MA toutes les nations reconnaîtraient à qui mieux mieux un père qui Québec avait LA venait à leur secours et qui s'était allé reposer en son premier un aspect qui js pays, croyant tous ses enfants en paix. J'attendais une grande

nce. reconnaissance de tous les villages pour la vie que j'avais rendue e siège de cette La Chesnaÿt

aient pas tous

à Oreaoué, homme si considérable parmi eux. J'ai pleuré apprenant ton malheur, j'ai pleuré la désolation de Tsonnontouan: je l'ai cru devoir faire, car vous m'avez autrefois trop aimé pour k et de Boston, | que je n’aie pas les tendresses que j'ai dû avoir pour les en- $, Dans la nuit bants que j'ai adoptés le premier. Mes prédécesseurs avaient ic, les ennemis, D adopté les Outaouas et leurs alliés, mais c'est moi-même qui olente, s'étaient vous ai nommés les enfants d'Onontio, unissant votre cabane à abandonné UND 11 mienne. Si vous avez été trahis pendant mon absence, vous ne l'avez jamais été en ma propre personne ; prenez-vous-en à l’An-

buvenir de CES glais qui a voulu séparer les enfants de leur père et renverser la hnoncée par RE terre qui, depuis, a été ensanglantée de votre sang, de celui des Of the North Am Français et autres qui étaient vos frères ; c'est ce qui m'a obligé de me venger moi-même en vengeant mes enfants par Corlar, qui

nm

LIT INTRODUCTION

a été brûlé. Il ne tenait qu'à moi de faire tomber ma jeunesse sur Anié, on ne lui aurait pas résisté; mais j'ai toujours eu un cœur de père, et, bien loin de faire du mal, j'ai commandé que, si on en trouvait de ce village, on ne leur dît mot; mes ordres ont été exécutés. »

Après ces vues générales sur ses propres rapports avec les [roquois, Frontenac reportait son intérêt sur celui qui l’écoutait. « Ils ont bientôt oublié, disait-il, un chef aussi vaillant que toi. Ils ne reconnaissent non plus celui qui vient de si loin pour le leur ramener. » Frontenac disait encore qu’il avait fait renaître Oreaoué, afin d’en faire pour lui un véritable fils, à qui il serait tout entier, « et si ta nation a si peu de considération pour toi, sache, achevait-il, que je veux que tu sois considéré de toute celle des Français. »

Au rapport de Bacqueville de La Potherie, rien n'était plus touchant que cet entretien, et la manière, dont Oréaoué, le chet orgueilleux, écoutait les paroles du vieux gouverneur, donnait lieu de penser qu’il abandonnaïit désormais sa nation pour n'être plus qu’un même cœur et un même esprit avec Onontio. Si l'on joint l'impression d’un sentiment aussi élevé au spectacle de scènes telles que celles que j'ai rapportées ailleurs, on voit comment : gentilhomme fastueux de la cour la plus polie du monde avait 1. mériter le surnom que lui donne La Potherie de « Délices des Nations alliées ».

Le Comte de Frontenac voulut être aimé, et il l'était. Il voulut être craint aussi, et il finit par venir à bout des Iroquois, qu'il n'avait cessé de faire harceler, lorsqu'il vit qu’on ne pouvait rien obtenir d’eux que par la force. Et, en effet, ils se sentirent bientôt mal à l'aise par la vigueur de ces petites expéditions, de ces combats partiels, dans lesquels se distinguèrent les Hertel, les d'Hosta, les La Jemerays, les Greyselon Dulhut, les Clément Duvault de Valrenne. Ce dernier, qui avait plus de trente ans de services, qui avait reçu plusieurs blessures, comptait parmi ses aïeux quatre gentilshommes du nom de Clément, ayant porté le titre de maréchaux de France au temps de Philippe- Auguste et de saint Louis. Plusieurs chefs Sauvages signalaient également leur bravoure dans les combats contre les Iroquois

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INTRODUCTION. LH

t, parmi eux, Oréaoué et La Plaque, chef du Sault Saint- Louis. Oréaoué commandait partis sur partis, et c'était à qui “d'entre les nations aurait l'honneur de l'accompagner. Nos Saulvages se portaient parfois si près des ennemis qu'ils entendirent ‘un jour parler dans Orange.

Les [roquois, se voyant poursuivis avec une telle vivacité. par des chefs dont ils étaient les premiers à reconnaître la valeur, Mcommençaient à être lassés, et même les Sonnontouans, qui à taient le plus à la portée de nos alliés, avaient été forcés d'aban- “donner leurs villages, à cause des pertes qu’ils avaient éprouvées, et ils s'étaient joints aux Goyogouins.

N Enfin, en 1694, un chef d'Onontagué, Teganissorens, dont j'ai parlé plusieurs fois, venait le 23 Mai demander la paix au nom de sa Confédération, disant que, si elle était accordée, ils ne se vengeraient pas des coups que pourraient frapper sur eux les PHurons, les Outaouas, les Illinois, les Miamis, les Renards, les Sokokis et autres, jusqu’à ce qu’ils en fussent avertis. On fut surpris alors des dix colliers offerts par le chef Iroquois, Là l'appui de ses paroles pleines de respect et de soumission, quand lon songeait à l’orgueil que sa nation avait toujours affecté. Autrefois, ces [roquois ne présentaient que deux colliers, celui 4% de la guerre et celui de la paix : Choisissez, disaient-ils. Cette fois “1 Teganissorens s'excusait sur ce que les prédécesseurs du Comte Mavaicnt châtié trop rudement leur nation, qu'elle avait perdu l'esprit et fait la guerre aux Français. Teganissorens disait avoir ôté la hache à ses alliés, et il demandait que les Français fissent de même. Au nombre des colliers qu’il joignait à ses paroles, un d'eux se Brapportait au rétablissement du fort de Catarocouy. Teganissorens Mdisait que la terre était toute souillée de sang et surtout au fort de Catarocouy, que les Iroquois prendraient une pioche pour la

“Miouiller bien avant et en effacer toutes les traces. Le Comte ré-

à pondit le lendemain, dans une assemblée, qu’il avait plaisir à loir qu'ils voulaient nettoyer le sang du fort et qu'ils souhaitaient qu’on y replantât ce bel arbre (c'est-à-dire le fort), à l'ombre duquel ils fumaient autrefois si paisiblement et où l’on faisait de }si bonnes affaires. Il ajoutait qu'il y travaillerait au plus tôt et [que les racines entreraient profondément dans la terre.

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LIV INTRODUCTION

Le ro Septembre de la même année, Oréaoué, qui faisait merveilles dans la guerre, cherchait cependant à aider aux négociations, dans la pensée que nos ennemis étaient de bonne foi. Il venait, en conséquence, avec cinq chefs Sonnontouans ct Goyogouiss, prier Onontio de vouloir bien renverser la grande chaudière de guerre, suspendue en l'air, qui bouillait depuis si longtemps.

Mais le Comte de Frontenac s'était aperçu que les Iroquois se ser.

vaient des délais obtenus par eux pour se ravitailler et aussi pour tenter de détacher de nous nos alliés. [ls allaient à la Manhatte ct à la Nouvelle-Angleterre chercher des secours, et, en réalité, ils ne voulaient pas comprendre nos alliés dans la paix. Les Boston. nais poussaient les Iroquois et les habitants de la Nouvelle-York à faire la guerre pour opérer une diversion qui leur permit de se défendre contre les Abénakis ou d'obtenir le désarmement (1694-05). Frontenac déclara par conséquent que, tant que les Iroquois viendraient isolément et sans se soumettre aux conditions promises par Teganissorens, ils seraient regardés comme espions. I! reprenait après cela les hostilités et annonçait aux ennemis qu’ils en pouvaient faire autant; il disait à nos alliés qu'il n'écouterait plus de paroles de paix, qu’il n’accepterait {la paix qu'autant qu'ils y seraient compris. Ces peuples dirent alors que puisque Onontio ne les abandonnaït pas, il était réellement leur père et qu'il n'avait qu’à leur commander. La guerre avait donc recommencé, seulement il fallait entretenir les bonnes dispositions partout.

Ainsi, dès 1693, tout avait changé de face dans la Nouvelle- France, tant est puissante la force d’une volonté intelligente, qui laisse apercevoir son but et les moyens d’y arriver.

Au reste Frontenac n'avait pas moins relevé le moral des colons et des soldats par l'ardeur qu'il communiquait que par le soin qu’il prenait de parer à tout par son activité, par son adresse et son énergie.

Le Canada était ouvert de tous côtés, chaque maison était sur le bord des bois, par conséquent exposée aux incursions des ennemis. Pour y remédier, il avait fait réunir en villages tous les colons qui s'étaient fixés le long des côtes, au-dessus des Trois

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INTRODUCTION. LV

Rivières !. Il faisait entourer ces villages de bonnes palissades, élever de petites redoutes de distance en distance. En moins de

“six semaines, la clôture de Québec avait été faite de pieux et de petites redoutes de pierre intercalées. A son arrivée, le Château de Saint-Louis était dans un état à ne pas être réparé. [l en avait ordonné un sur les mêmes fondements, annonçant que cet ou-

vrage ferait la beauté de Québec, quand il serait achevé 2. De

même qu'il avait fait tracer l’enceinte de cette ville, Montréal Négalement avait reçu des fortifications. De plus, les compagnies de bourgeois pour la défense du pays avaient été organisées ; dans des parties plus éloignées, les forts de Sorel et de Chambly, qui “couvraient le Montréal, étaient réparés. Enfin il rendait impossibles les portages, par lesquels les ennemis étaient forcés de passer.

1. « Nous avons rendu compte à Sa Majesté, les années dernières, de la réunion, qui aesté faite en villages, de tous les habitans qui s'estoient estendus et habituez le long des costes au-dessus des Trois Rivières, sans quoy il n’y en auroit eu aucun

en seureté contre les incursions des ennemis: et si la même précaution n'a pas été prise pour ceux qui sont au-dessous, c'est que nous avons remarqué le peu

$ 1 d'apparence, qu'il y avoit, que les ennemis y pussent venir. Il sera aisé de faire ces

réunions partout, lorsqu'ils seront estendus dans la profondeur, mais n’estant

que le long de la rivière, et chacun ayant son champ derrière et aux costés de sa

maison, on ne sçauroit les obliger à se réunir, qu'en mesme temps on ne les con-

& traigne à les abandonner, et on leur osteroit par là toute facilité qu'ils ont de travailler sur leurs habitations; mais comme les terres descrtées ne se peuvent

plus estendre qu'en profondeur, ce qui se fait par l'accroissement des familles, on verra par la suite les peuples s'habituer dans ces terres, cet lorsque les bois en seront dehors, il sera facile d'establir des villages au milieu de chaque seigneurie, au licu que présentement, si on faisoit cette réunion, il seroit presque impossible aux habitans de planter leurs habitations, à moins qu'ils ne prissent la résolution d'y aller et venir sur la rivière, à cause des ruisseaux et des eaux qui sont tout le long, qui empeschent entièrement l'usage des charroyÿs. »

(1004, 5 novembre, Lettre de MM. de Frontenac et de Champigny.)

>, Voici l'inscription, fort bien gravée sur une feuille de cuivre, trouvée en 1854, pendant qu’on démolissait un bastion du fort Saint-Louis pour préparer la place Durham :

Anno reparalæ Salutis millesimo sexcentesimo nonagesimo tertio. Regnante

M Ausustissimo, Invictissimo et Christianissimo Galliæ Rege, Ludovico Magno XII.

Excellentissimus ac Ilustrissimus Dominus Ludoricus de Buade, Comes de Frontenac, totius Novæ Franciæ semel et iterim prorex Ab ipsomet triennio ante rcbellibus Novæ Angliæ incolis hanc civitatem Quebecensen obsidentibus pulsis ac ponitus devictis et term, hocce supradicto anno, obsidionen minitantibus, hanc arcem cum adjectis munimentis in totius patriæ tutelam, populi salutem, necnon in perfidæ tin Deo tm suo Regi legitimo gentis iterandam confusionem, sumpti bus rogiis œdificari curavit, ac primam hunc lapidem posuit. — Joannes Soullard

7 sculrrit,

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LVI INTRODUCTION

Le Bas-Canada était ainsi occupé à se défendre et à attaquer: mais l’action de Frontenac ne s’arrêtait pas là. Il ne croyait pas qu'on dût abandonner les Pays d'en Haut, non plus que ceux du Sud; il reprenait, en conséquence, le plan de la Chaine de postes.

Le Comte était à peine débarqué en 1690, qu'ayant appris que le Marquis de Denonville avait ordonné de faire sauter le fort de Catarocouy, il avait fallu l’empêcher de l'aller rétablir lui-même. En 1691r, il avait envoyé le sieur de Mantet dans ce fort, où cet officier trouva l'herbe poussée jusqu'a la ceinture, Frontenac en poursuivit le rétablissement.

Il devait avoir là, avec Chambly, les premiers postes de la ligne des Lacs, mais il fallait assurer aussi ceux des Outaouas. Il y avait déjà pourvu en partie, lorsqu'à son retour le sieur Zacharie Jolliet, frère du Découvreur, vint lui annoncer comment les Outaouas s’agitaient pour faire la paix avec les Iroquois avis que confirmait une lettre d'un des missionnaires, résidant en cette île. Ce missionnaire, qui était le Père de Carheil, mandait au Comte de Frontenac que les démarches basses et honteuses des Français auprès des Iroquois n'avaient que trop révélé notre faiblesse aux nations Outaouases et que la nouvelle du massacre de La Chine avait achevé de nous peidre de réputation. À la vérité, les procédés de MM. de La Barre et de Denonville avaient bien suffi pour exciter ces nations à des tentatives de rapprochement avec leurs anciens ennemis.

On les avait obligées à faire, à cesser et à recommencer la guerre, sans qu'elles en sussent les raisons, et, n’y comprenant

rien, elles n'avaient pu se défendre de la crainte qu'on neles laïssät accabler sans les secourir, ce qui les avait contraintes de chercher un accommodement pour leur sûreté. En conséquence, le Conte

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INTRODUCTION. LVII

“de Frontenac avait renvoyé des commandants et des soldats dans le pays des Outaouas, à la rivière des Miamis, à Chicago et dans “le Lac Supérieur. Laporte-Louvigny devait commander à Mis- ‘silimakinak ; ce poste était le centre des nations Outaouases, et es peuples du lac Supérieur, du lac Huron et de celui des Iilinois y tenaient ordinairement leurs assemblées solennelles, Nicolas Perrot était parti avec Louvigny, chargé de présents et de aroles pour les alliés.

. Ces divers officiers devaient essayer de rompre les négociations “engagées. De ce côté-là, les choses se présentèrent sous d'heureux auspices.

À Laporte-Louvigny signala sa marche en prenant neufdestreize

“canots iroquois, qui s'opposaient à son passage. Dans cet engage-

“ment il tuait plus de trente hommes, il en blessait autant et faisait

k quatre prisonniers, deux hommes et deux femmes. Un de ces

3 hommes, mené à Missilimakinak, fut donné par lui aux Outa-

…ouas, qui le mangèrent pour montrer aux [roquois qu'ils ne vou-

“laient pas de paix avec eux, si les Français faisaient la guerre.

î Néanmoins, tout était loin d’être arrangé. Quoique Nicolas + Perrot eût cherché, par les présents dont il était chargé, à rompre

les négociations avec les [roquois, deux partis restaient en pré-

sence, et, pour contenir les dissidents, il fallait plus que jamais se l'ortifier, en même temps qu'’agir par persuasion. Ce fut ce que

“hit Frontenac, qui écrivait le 20 Octobre 1691 :

« Comme il y a présentement des soldats et des François à Mis-

Æsilimakinak, où le sieur de Louvigny a fait un fort, qui met en

sûreté la maison des PP. Jésuites, et que nous en aurons un autre aux Miami: ce sera le moyen, avec celuy que M. de La Forest a

aux Illinois. le faire mieux encore agir toutes les nations. »

! Ce fut Legardeur de Courtemanche qui monta aux Miamis de “la rivière Sain:-Joseph avec le sieur Bissot de Vincennes, dont

“le dernier nom est aujourd'hui celui d'une ville de l'Etat d'Indiana.

7 En 1693, Nicolas Perrot était à la rivière Maramek, qui était

Ml'abord d'une infinité de notions. D'Ailleboust de Mantet était à Chicago et Le Sueur à Chagouamigon, le seul endroit par où @l'on püt monter aux Sioux.

LVIII INTRODUCTION

Henri de Tonty, ainsi que La Forest, était aux Illinois avec douze soldats.

Au moyen des postes qu'il avait rétablis, le Comte de Frontenac, toujours en rapport avec les Sauvages des Pays d'en Haut, ranimait peu à peu leurs bonnesdispositions pour la domination française et le commerce avec la colonie.

En 1693, cent quatre-vingt-six canots, partis des Outaouas, abordaient à Montréal, où ils étaient amenés par six cents hommes, dont cent cinquante à cent soixante Français. L'arrivée des castors dans l’intérieur de la colonie était comme celle de l'or des galions pour les Espagnols.

Chaque fois que des Sauvages venaient voir le Gouverneur, ce dernier les recevait avec une bienveillance généreuse qui les attirait, mais si éloquent, si habile qu’il fût à les mener où il voulait, les présents étaient encore le langage qu’ils comprenaient le mieux et qu’ils appréciaient le plus. — Aussi MM. de Frontenac et de Champigny écrivaient-ils le 5 novembre 1694, que la nécessité de faire des présents était plus grande que jamais, et qu'ils n'exécutaient pas l'ordre, qu'ils avaient reçu, de ne plus payer le prix des ennemis tués.

Les visites, que lui faisaient les Sauvages des Pays d'en Haute la résistance des [roquois à sa première intention comme à son espoir de les ramener, portaient le Comte à penser que son action pour arriver à un résultat serait plus grande, si l’on pouvait encore établir d'autres postes plus rapprochés sur le chemin de nos alliés, leur servant de retraite et de lieu de repos, après des voyages de plusieurs centaines de lieues, d’où ils pourraient repartir pour la guerre, approvisionnés et avec de nouvelles munitions.

L'établissement de ces postes lui semblait aussi un moyen de barrer le chemin aux Anglais, qui continuaient de nous disputer la traite des pelleteries et n'épargnaient rien pour nous écarter des marchés qu’ils convoitaient. Ils n'avaient pas réussi jusque-là, mais rien n'assurait qu'avec de la persévérance ils nt

parviendraient pas à s'avancer jusque sur nos terres. — IX que les nations alliées avaient su qu'elles pouvaient se procurer auprès d'eux ce qui leur était nécessaire avec moins de peine €

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INTRODUCTION. LIX

à meilleur marché, l'influence française avait été menacée, et,

dans l'opinion du Comte de Frontenac, il n’y avait, pour nous

“conserver leur attachement, que des garnisons dispersées sur des “points importants, et cela en aussi grand nombre que possible, pour épargner aux Sauvages la peine de venir négocier dans les villes du Canada, puisque les Iroquois et les Anglais étaient tout prèts à leur porter leurs besoins.

.. Sans doute le manque de population dans la colonie, dont Jai déjà dit quelque chose !, ne permettait guère d'étendre nos relations parmi ces nations autant que le Comte l'aurait voulu. * En 1692, le Canada ne comptait que 12,431 habitants; en 695, 13,639, et en 1698, époque de la mort de ce Gouverneur, Ma population n'était que de 15,355. — Assurément ces chiffres, uoique élevés relativement au petit nombre des émigrations, arce que les femmes peuplaient beaucoup et que les enfans Æmouraient peu, ces chiffres correspondaient mal aux conditions De xigées par l'œuvre à entreprendre. — Le Comte de Frontenac comprenait, aussi bien que le Marquis de Denonville, la nécessité d'une colonie forte sur le Saint-Laurent, et les graves inconlvénients, qu'il pouvait y avoir à éparpiller un petit nombre kd'hommes dans une étendue de terres assez grande pour que l'émigration constante de l'Europe, depuis plus de cent ans, soit “encore bien loin de la remplir

Cependant nous ne pouvions nous soustraire à ces conséfquences de notre position. Ne fût-ce que pour se défendre, nul peuple n'a fait autant que les Français en Canada, avec aussi

“peu de moyens, et ça été une gloire pour eux d'avoir affronté les n obstacles, même quand on ne les surmontait pas. Un des titres de MFrontenac également, c’est d'avoir eu confiance en lui-même “ct dans le pays qu'il gouvernait pour aller de l'avant. Ici il eut là cœur de réaliser, au moins, le programme du Marquis de De- Mnonville. Si le Marquis avait reculé après s'être avancé, cepen-

dant il avait vu juste les points principaux à occuper, et le

Comte, outre les postes qug nous l'avons vu réoccuper, songea à

“reprendre le Détroit des lacs Érié et Huron.

{ 1, Page xxvr,

LX INTRODUCTION

Deux jeunes officiers rappelèrent son attention sur ce point, et l’un d'eux finit par réussir à créer ce poste, qui est devenu l’une des villes les plus importantes des États-Unis.

Le premier de ces officiers était le Baron Armand de [a Hontan. En 1687, il avait été envoyé commander le fort Saint- Joseph du Détroit, que Daniel Greyselon Dulhut venait d'établir, sur les ordres du Marquis de Denonville, et il se souvenait parfaitement des vues de ce gouverneur dans l'établissement de ce poste. « [1 est absolument nécessaire pour le service du Roi et de la colonie, avait écrit le Marquis à M. de Ta Durantai (6 juin 1686), que vous reteniez auprès de vous tout le plus de Français que vous pourrez, au détroit du lac Érié et au portage de Toronto, puis dans une autre lettre, datée du même jour, adressée à Greyselon Dulhut, M. de Denonville expliquait que le lieu où il l’envoyait était d’une conséquence d'autant plus grande qu'il devait mettre le Canada en relations avec les Illinois », c'est-à-dire avec la Louisiane.

Cette dernière considération, qui faisait d’un établissement dans ce lieu un des anneaux les plus importants de la Chaîne de postes, devait intéresser encore davantage Frontenac, qui était le promoteur de la découverte de ce dernier pays.

Le Baron demandait cinquante matelots basques, à cause de l'habileté et de l’adresse des marins de cette province. Il exprimait ensuite le désir d'avoir deux cents soldats choisis dans les troupes du Canada. — Avec ces moyens, il se proposait de faire trois fortins en différents endroits, le premier à la décharge du lac Érié, le second au lieu où il avait commandé en 1687 et en

1688, et le troisième à la pointe de l'embouchure de la baie de Toronto. — Quatre-vingt-dix hommes devaient suffire, selon lui, pour garder les trois redoutes. De là il devait lui être facile de transporter, quand il voudrait, avec ses bâtiments, quatre cenis Sauvages dans le pays des [roquois, il en pourrait convoryer deux mille et porter autant de sacs de blé d'Inde qu'il en faudrait pour l’entretien de ces forts durant l'hiver et l'été. — L'occupation de ces postes permettrait de faire des chasses abondantes dans toutes les îles, d'entreprendre des traversées, où l'on poursuivrait les Iroquois dans leurs canots, que l’on coulerait à fond.

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sses abondantes , où l'on pouroulerait à fond.

INTRODUCTION. CXI

rce que ces derniers étaient lourds et que ceux des Français

taient légers.

Le Comte de Frontenac agréa ce projet, comme propre à cha- Briner les Iroquois en temps de guerre et à les contenir en temps ‘de paix. Le Baron de La Hontan, à ses yeux, méritait d’ailleurs toute sympathie par lui-même comme en mémoire de son père. 1] était venu en Canada avec les trois compagnies envoyées à M. de La Barre, en novembre 1683. — L'acte de vente et l'adjudication par décret de la terre de La Hontan, dont le jeune offi- Gier portait le nom, adjudication faite le 4 décembre 1684 sur Charles Carpentier, bourgeois de Paris, curateur créé à la sucession vacante du sieur [saac du Loin d’Arce et d’Estein, “Æmoignaient trop certainement qu’Armand de La Hontan, son “fils d'un second mariage avec Françoise de Tacheux de Couttes !, vait pris, en venant dans la colonie, une résolution désespérée.

n effet, le baron Isaac n'ayant pas eu d'enfant de sa première emme, Jeanne Guérin, qu'il avait épousée le 8 février 1648, ne nièce de cette dernière avait revendiqué une somme imporante, qui avait réduit à l'extrémité l'héritier d’un homme auquel

ent de Pau et réformateur du domaine des eaux et forêts de éarn, le baron Isaac de La Hontan était parvenu à grossir de uantité de ruisseaux les eaux des deux Gaves béarnais. — Grâce M lui, l'Adour avait été tellement renforcé que la barre de Bayonne 5 vait cessé d'être un obstacle, et qu’un vaisseau de cinquante canons à ouvait alors entrer avec plus de facilité qu'auparavant une Mrégate de dix. — En grossissant également les eaux du Gave #9 Oléron, il avait facilité la descente des mâts des Pyrénées. étaient là des services qui méritaient considération doubieent, car le Baron Isaac avait engagé l'avenir de ses enfants pour "æ Lien public. Il n'avait pas su éviter l'écueil dans lequel les “rands sentiments jettent souvent les hommes de médiocre forine,

1. Les noms du père et de la mère du Baron n'étaient pas lisibles dans l’obli- Eante communication qui m'en a été faite. Ses mémoires nomment d'Ecouttes abbé son oncle, qui lui donna cent louis, avec lesquels il paya les frais d'une evalerie de Saint-Lazare,

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LXII INTRODUCTION

Plus que d'autres, le Comte de Frontenac était capable d'apprécier une telle situation, et il se plut à l'espoir qu’il aiderait le jeune Baron à se relever. Il assura au Ministre que, malgré sa jeunesse, l'officier était fort capable de soutenir cette entreprise, s'étant attiré l'affection des Sauvages. Mais rien de tout cela ne devait aboutir. Le Baron de La Hontan, ayant été chargé par le Gouverneur de porter ses lettres en cour, sa belle conduite en passant par Terre-Neuve, où il concourut à délivrer Plaisance des Anglais, lui fit donner la Lieutenance de Roi de cette place. C'était une compensation, jusqu’à un certain point, du refus qu'on lui faisait des quarante matelots et de la permission d'élever ses trois forts, qui, dirent les Bureaux, porteraient les Sauvages nos alliés à faire la guerre aux Iroquois plutôt qu chasser le castor. — Quand cela eût été, il n’y avait là que du bien à en tirer, puisque l’on était en guerre avec ces peuples et qu'on ne pouvait leur arracher la paix. — Quoi qu'il en füt, le pauvre Baron, éconduit, fut réduit à s'en tenir au titre de Lieutenant de Roi auprès d’un gouverneur, avec lequel il ne pu s'entendre, ce qui l’obligea, pour éviter la Bastille, de s'échapper de Plaisance, presque aussi pauvre que quand il était venu en Canada et n’emportant de son passage dans la Nouvelle-France que la notoriété, due à la publication de vingt-cinq de ses lettres. encore furent-elles arrangées de manière à en discréditer l'auteur, au moins sur un point.

La contrariété qu'éprouva le Comte par le refus au Baron &

S qua Quan e- Labonté d{

Jusqi

La Hontan ne devait pas lui faire abandonner son projet, qui fut omme représenté, l’année suivante, par un autre officier, de grand avenir. æ M . : nent | ; 0184

du nom d'Antoine de Lamothe-Cadillac, e: qui était entré dan: Lémots

l'histoire de la Colonie par des circonstances assez singulières. de La e Wre en 10Nc

En 1689, M. de La Caffinière, que nous avons vu amener k tn Comte de Frontenac à Chedabouctou, en était parti pour aller i "proie

CORNE rs: : à : "était Port-Royal, d'où il espérait gagner ensuite les côtes de la Nou- era

ment s velle-Angleterre et de la Nouvelle-York. Mais, avant de quitter adillac Port-Royal, le commandant de l'Embuscade avait cru nécessaire pie ee

: à à 4 x en Aca de se procurer un guide, connaissant bien les pays de nosennemis urciss

or Lamothe-Cadillac, remplissant ces conditions, jui avait été terres d 2 . ? 2, N donné, à cette occasion, par le gouverneur, M. de Mennevil ;

INTRODUCTION. LXHI

C'était alors un homme âgé d’environ 28 ans, d’une bonne famille de Languedoc !. Son père, Jean de Lamothe, seigneur de Cadillac, de Launay (?) et de Montel |?), était conseiller au Parte entreprise, lernent de Toulouse; sa mère se nommait Thérèse Malenfant. , tout cela ne Antoine de Lamothe-Cadillac, qui porta du vivant de son chargé par ke “père le nom de Launay:, avait d’abord servi en France. Après avoir été cadet dans le régiment de Dampierre- Lorraine, il avait été lieutenant dans celui de Clairembault en 1677, nais soit qu'il ne s’y trouvät pas bien, soit qu'il fût tourenté du désir de voir, il avait passé en Canada vers 1683.

capable d'apil aiderait le ae, malgré sa

e conduite en rer Plaisance de cette place.

int, du refus

la permission Pensait-il aussi y trouver quelque toison d'or? je ne sais. En

>orteraient les out cas, il paraissait n'avoir encore, en 1687, rencontré d'autre | bonne fortune qu'une fille de seize ans, élevée chez les Ursuines. Elle se nommait Thérèse Guyon. C'était une paysanne, ee au dire du gouverneur de l'Acadie, qui n'aimait pas Ca- A) illac, et disait pis que pendre de lui, mais par le fait elle ait fille d'un bourgeois de Québec, et en outre filleule de

is plutôt qui vait là que du ec ces peuples oi qu'il en fût, ir au titre de

LA equel il ne pu k , de s'échapper 1. [1 m'a été jusqu'ici impossible de connaître d'une manière précise le lieu et mi HS a date de sa naissance, 1 était venu ai nu Son acte de mariage en date du 25 juin 1687 le dit âgé de vingt-six ans, c'est- 4 , ouvelle-France -dire, né en 1661 ou vers 1661; son acte de décès du 18 octobre 1730 lui fe : ie donne soixante-treize ans, ce qui nous reporte à 1657. Mais en 1703 il parle de k | q de ses lettres. ses quarante-sept ans, et ii ve ainsi Abe 1636, | | Î iscréditer l'au- Quant à son lieu de naissance, qu'on à déclaré avoir découvert à Saint-Nicolas À e-La-Grave, M, l'abbé Clavé, curé de cette paroisse, qui par deux fois a eu la +1 bonté de chercher pour nous, n’a trouvé aucun acte qui confirmät cette assertion. | us au Baron de “À Jusqu'à de plus amples informations, nous croirons Cadillac né à Toulouse, 4 | projet, qui fut ÆMcomme l'avance un acte notarié: reste à établir la date de son arrivée en Canada, Fa À soie cu M, l'abbé Ferland, notre honorable ami, a mis en avant l'année 1680, Je : 4 He grand CR rois qu'il y a là une erreur, dans la lecture du chiffre qui se trouve dans un É ® î “EM tait entré dan mémoire de Cadillac sur l'attaque de New-York, intitulé : « Projet que le sieur 2 singulières. de La Motte Cadillac a donné le premier et avant que personne y eût pensé 54 “Men 160, et sur lequel la Cour pourrait avoir fait quelque attention, c'est du ns vu amener le Mienps de M. le Marquis de Seignelay. M. le Comte de Frontenac ayant lu ce rti pour aller à proies fut du même avis. l'envoya en Cour, à ce qu'il me dit ». En 1680 l'on NAS x : ‘était pas en guerre avec l'Angleterre. Il faut, suivant moi, lire en 1689. Le docu- " ôtes de la Nou- ment sur lequel nous nous basons pour fixer 1653 comme date de l'arrivée de 7 vant de quitter Cadillac est ce passage d’une lettre de lui, datée du 31 août 1703, dans lequel il

dit qu'il n’avait pu vaquer à ses affaires depuis vingt ans qu'il était en Canada ou ! en Acadie, Comme on le voit, les brouillards de la Gäronne jusqu'à présent obs- ÿ ; curcissent tout ce qui concerne l'origine de ce personnage et jusqu’aux noms des Acrres de son père, rien ne nous apparaît clairement.

2, Notice de M, l'abbé Verreau.

t cru nécessairt de nos ennemis:

S, iui avait ét # . de Mennevil M

Sans

oo

LXIV INTRODUCTION

M. Chartier de Lotbinière, Lieutenant de la prévôté de cette ville, et elle avait apporté quelque bien à son mari qui comptait s'en servir pour exploiter des concessions qu'il venait d'obtenir, l’une d’une seigneurie de deux lieues sur la mer, nommée Douaquek (État du Maine), et une autre comprenant l'ile du Mont Désert !. Il attendait la confirmation par le Roi de ces concessions pour y faire un établissement considérable, écrivait le sieur de Goutin (27 novembre 1689). I] est possible qu’il ai été attiré de ces côtés-là par un de ses parents, nommé Gargas, qui avait précédé ce dernier en Acadie dans les fonctions d'ordonnateur, en même temps que par la présence d’un ami, nommc de Miramont. Gargas et Miramont sont deux terres du Lan-

guedoc.

Quoi qu'il en soit, et faute de mieux, Cadillac essayait d'arranger : vie, lorsque la Providence mit sur sa route M. dc ompl La Caffinière, qui l'emmena sur l'Embuscade, mais les vent bot contraires repoussèrent le navire jusqu’en France où il étaità M... Rc-hefort, le 29 décembre de cette année, Cela ne faisait pas les 1 q

affaires du Roi, non plus que celles du capitaine et du chevalier orsqu de Callières, qui s'attendait toujours à attaquer New-York. :

Lamothe-Cadillac, seul, devait profiter de ce contre-temps, ne füt-ce que par l'avantage de figurer avec honneur dans l'histoire, mais il lui fallut d'abord l'acheter par de cruelles épreuves. Pen-

auté,

iteurs

dant plus de sept mois à la suite de la Cour, il vivait d'emprunts ontr: et demandait de l'emploi. Pour ajouter à ses peines, pendant PR ilctte qu'il était ainsi retenu, le Port-Royal avait été pris et son habi- Mes pré tation pillée, sans qu'on lui eût laissé seulement « la valeur de Ah blus trente sous ». Le succès prend quelquefois d'étranges voies, qui xcité sembleraient conduire au désespoir. Ce fut ce qui intéressa vrai: amotl semblabiement à lui et concourut à le mener dans la direction près Id où il rencontra la renommée. Mon an Cadillac avait plus que de l'instruction, il avait des idées sur Mfeprése la politique, sur le militaire, sur la colonisation, sur le pouvoir outin royal dans ses rapports avec l'Église, sur la conduite à tenir était, 1. Il espère aussi que Sa Majesté aura égard qu'il a eu à l'Acadie une seigneurit dan de deux li‘ues avec une île de quatorze lieues en titre de haute, moyenne et bass Etat 4 justice et un fief au Port-Royal (placet de La Mothe Cadillac, 1718), e l’éc v,

vôté de cette qui comptait ait d'obtenir, er, nommée nant l'ile du oi de ces conle, écrivait ke ible qu'il ai mmé Gargas, »nctions d'or- 1 ami, nommé rres du Lan-

essayait d'ara route M. de mais les vents e où il était à > faisait pas les et du chevalier ew-York.

ntre-temps, nt dans l’histoire, preuves. Penait d'emprunts eines, pendant ris et son habt-

« la valeur dé”

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it des idées sur sur le pou voit bnduite à ten adie une seigneur

L, moyenne et basst 718).

INTRODUCTION. LXV

envers les Indiens, et ces idées, il les soutenait avec une certaine Verve gasconne. Il pénétrait au fond des questions, ses lettres omme ses mémoires avaient du trait et de la finesse, et Jacques Raudot, l'intendant, écrivait plus tard qu'il avait l'esprit insinuant. 1 ‘outes ces qualités réunies étaient déjà propres assurément à le

Maire distinguer; mais ce qui importait surtout alors, c'était la

“Connaissance qu'il possédait des côtes de la Nouvelle-Angleterre. “Sculement Cadillac avait contre lui des notes du gouverneur de l'Acadie, M. de Menneval, homme faible et encore moins maitre dans son gouvernement que M. de Denonville ne l'était dans le ien. Les prêtres y prétendaient à l'autorité rigoureuse qu'y avaient exercée les Capucins. Heureusement pour Cadillac que ‘on savait dans les Bureaux de la Cour comment les choses se passaient dans la Nouvelle-France, et Cadillac crut bon de ompléter leur science sur ce point, que de Goutin confirmait tcomplétait à son tour.

M. de Menneval, à ce qu’il paraît, n'ordonnait rien à ses habiants qu'il ne l'envoyät communiquer à un certain abbé Peti., et orsqu'il était question de proposer quelque chose à la Commuauté, M. de Menneval tenait l'assemblée devant le séminaire. es prêtres voulaient connaitre de tous les différends, faire les partages des successions, passer des actes, être parties et solliiteurs de toutes les affaires. — Un d'eux, Franc-Comtois, qui nontrait les rigueurs les plus grandes, jusqu'à propos de la vilette des femmes, voulait établir l’Inquisition. Un autre de cs prêtres abusait de la confession. La jeune Mme de Lamothe t plusieurs autres femmes s'en étaient plaintes. Tout cela avait xcité une grande irritation des habitants, irritation à laquelle amothe-Cadillac avait pris part avec son ardeur de Méridional, près le renvoi es sieurs de Gargas, son parent, et de Marimont, Mon ami. — Aussi M. de Menneval ne le ménageait pas, il le di feprésentait comme chef d’une cabale, tendant avec les sieurs de outin et de Soulègre à le traverser en tout ce qu’elle pourrait. était, à l'en croire, un méchant esprit, « un estourdy chassé de MTrance pour Je ne sais quels crimes », disait le bonhomme. — ‘était avancer bien légèrement des énormités; c’est pourquoi on e l'écouta pas trop, surtout quand la prise de Port-Royal eut

Va

en mere.

LXVI INTRODUCTION

justifié le reproche qu'on lui faisait de s'être trop confié à l'abbé Petit, instrument fatal de la perte de cette ville. — L'administration de la Marine se ressentait d’ailleurs de ce qui se passait autour d'elle, et, quand depuis sept ans les esprits étaient en France agités par les discussions sur les libertés gallicanes depuis l'assemblée de 1682, lorsque le Roi avait envoyé à Rome le Marquis de Lavardin maintenir ses privilèges à la tête d'officiers et de gardes de la marine, il était bien difficile aux bureaux d'être sévères pour des résistances à des excès de pouvoir du clergé. Dans ces circonstances, le premier Commis, que Cadillac était par. venu à intéresser à son sort, faisant un rapport sur lui, glissa, en raison de la jeunesse de son protégé sur les choses qui lui parais: genti saient mauvaises et, tout en reconnaissant que Cadillac « était rend:

assez éveillé pour être capable des pratiques dont M. de côtes Menneval l’accusait », dit « qu’il y avait lieu d'espérer qu'étant Au averti qu'il ne pourrait éviter d'être chätié, s’il retombait dans naire les mêmes fautes, il pourrait devenir un bon habitant et à même avion de rendre des services ». . D

En conséquence, le Marquis de Seignelay, qui était « le meilleur qui ti

cœur d'homme qui füt au monde, s'il était d’une vivacité inexpri- MSS entre

mable, rimant richement en Dieu, dans son premier feu », k Marquis de Seignelay avait fait dédommager Cadillac des frais

débri S officie

de son voyage involontaire et l'avait recommandé. Quelques cours mois après la mort du jeune ministre (3 novembre 1690), M. de qui y Pontchartrain recommandait à son tour Cadillac en ces termes: sur le « Le sieur de Lamothe-Cadillac, gentilhomme de l'Acadie, avant avait

eu ordre de s'embarquer pour le service du Rov, sur le vaisseau "8 tait :

l'Embuscade, sur lequel il avoit relasché en France, Sa Majesté, ayant esté informée que pendant son absence son habitation esté ruinée, sera bien aise que le sieur de Frontenac luy donne de l’employ en ce qu'il le jugera propre pour son service «tk qu'il l’assiste autant qu'il le pourra » (7 avril 1691). Mais, comme

s’il devait épuiser toutes les infortunes avant d'entrer dans une feront période de réparations, Cadillac, à son retour, avait encore k et à vl malheur de perdre, vers le mois de juin de cette année, tout & et pou

qui lui restait, en ramenant sa femme et ses enfants à Québe "Névéner

dans une barque, qui avait été prise à l'entrée du Saint-Laurent mens

INTRODUCTION. LXVII nfié à l'abbé "M par un corsaire de Boston. Ainsi avait paru sur la scène, dé- - L'adminis #% pouillé de tout, un homme à qui son intelligence et son activité qui se passait M allaient bientôt donner un rôle important.

ts étaient en MÙ Compatissant aux épreuves du pauvre gentilhomme, que icanes depuis k ballottaient depuis plusieurs années la mer et la fortune, le é à Rome À Comte de Frontenac, qui obéissait par là aux recommandations du Roi, nomma d'abord Cadillac lieutenant dans les troupes Mic la Colonie, à la place du sieur de Longueil, fait capitaine. ir du clergé. 4 Le Gouverneur ne croyait pas pouvoir moins pour lui, puisillac était par: qu'il avait été déjà lieutenant en France. Mais bientôt il avait lui, glissa, en reconnu qu'il ne fallait pas laisser confondre dans la foule un qui lui parais gentilhomme capable, « bien intentionné », qui savait plaire et se adillac « était rendait utile, — En 1692, il annonçait qu'il l’utiliserait sur les dont M. de cotes de l'Acadie et de la Nouvelle-Angleterre.

pérer qu'étant Z Aux yeux de Cadillac, New-York était la « source origi-

ête d'officiers

ureaux d'être

etombait dans ant et à même

naire et la pierre de touche » de toutes ies guerres que nous avions eues et que l’on devait avoir encore contre les Iroquois. — Donc il fallait prendre cette ville, après quoi ces Sauvages, qui tiraient d’elle leurs secours, seraient « comme un vaisseau entre deux terres, battu de la tempête et forcé de donner ses débris aux rochers ». Mais pour prendre New-York, notre officier voulait des vaisseaux seuls, sans qu’on empruntàt de secours au Canada. « Il est bon, écrivait-il, d'y laisser les forces qui y sont, car quelle apparence d'envoyer des troupes de terre, sur lesquelles on doit faire fond! » Et comme un homme qui avait l'expérience de l'affaire de M. de La Cafiinière, il ajoutait : « Qui peut promettre qu'elles arriveront dans l'endroit qui leur sera prescrit et dans le temps qu'on pourra prétendre? — Les ordres de France ne seroient pas plus tôt arrivés qu’il fau-

it«le meilleur vacité inexprimier feu », k dillac des trai dé. Quelque e 1690), M. dt en ces termes:

l'Acadie, avant sur le vaisseal ce, Sa Majesté à on habitation à à nac luy donnt son service tt} ]. Mais, com î entrer dans uit

avait encore ki

droit songer à trouver des bateaux, des canons et des vivres. Et qui sait et peut répondre que, lorsque les troupes et les habitans seront en marche sur les terres étrangères, les Iroquois ne feront pas une fausse route? Ils n'ont qu’à nous laisser passer et à venir, et ils trouveront le pays sans monde, sans défense, et pourront tout détruire sans danger. » Dans la crainte de pareils événements, Cadillac proposait ailleurs de garder avec des batimens légers les rivières, les détroits et les places qui se trou-

année, tout ct fants à Québe& Saint-Laureni

ne A mn à

LXVII INTRODUCTION

voient sur la route ordinaire des Sauvages et des Anglois venant d'Orange. (Lettre de Frontenac et Champigny, 4 novembre 1693.) La construction du Griffon par Cavelier de La Salle, le projet de La Hontan et les propositions de Cadillac marquent dans l’histoire de l'Amérique du Nord les débuts de cette marine intérieure, qui, dans les guerres de 1776 et de 1813, devait engager de brillants combats sur les lacs Champlain, Ontario et Érié.

L'activité de Cadillac, apportant, chaque année, pour le service le produit de ses études et de ses réflexions, lui mérita un avancement rapide. [l fut ainsi, aprés avoir reçu en 1605 1,500 livres de gratification, nommé en 1694 enseigne de vaisseau et capitaine des troupes, et dans une lettre au ministre de cette année, le gouverneur le qualifiait « d'homme de distinction, plein de valeur et de capacité ».

Ses desseins sur la défense des lacs semblent l'avoir indiqué naturellement pour remplacer M. de La Porte-Louvigny, que ses affaires personnelles appelaient en France. Il fut en effet nommé commandant du postede Missilimakinak et des paysenvironnants.

Par sa position entre les lacs Michigan et Huron, ce posu avait une importance très grande, premièrement parce que c'était là qu'abordaient toutes les marchandises, dont l'on trafiquait chez les Sauvages de la buie des Puants, chez les Illinois, les Miamis et les nations du Mississipi, mais aussi par ki raison que c'était le lieu de passage de ces mêmes peuples, sur lesquels les Français pouvaient avoir toute action.

Le fort s'appelait de Buade, nom patronymique du Comte de Frontenac, Ce fort était de pieux : la garnison en était bien disciplinée et les hommes qui la composaient étaient des plus robustes.

Il y avait là un couvent de Jésuites, un village de Français composé de soixante maisons, un village de Hurons et un autre d'Outaouas, contigus l’un à l’autre. Les maisons étaient sur ke bord du lac Huron. Les Sauvages représentaient environ 7,o0v âmes, mais de plus, pendant deux ou trois mois, il venait à Missilimakinak beaucoup d'autres personnes. — Enfin les terres, parfaitement cultivées, produisaient une quantité de blé d'Inde suflisante pour l'usage des Français et des Sauvages.

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e de Français ns et un autre étaient sur le environ 7,000 venait à Misfin les terres, de blé d'Inde

A voir si l'on ne pourrait

(4 qui

INTRODUCTION. LXIX

Ce poste, avec demandait un chef habile et feime, capable de diriger les Sau- | vages, nos alliés, contre les Froquois.

la subordination des postes circonvoisins,

Le Comte de Frontenac jugea sans doute que nul homme

ni À AG E A (4

n'était plus capable que Cadillac de s’identifier avec eux et de les Missilimakinak et Cata- À rocouv ctaient alors, dans son esprit, les deux termes sur les Lacs

4 pour venir à bout d'une hostilité }

: » tourner contre l'enne emi commun.

: diésolait depuis trop long-

ù temps le pays; mais, comme ils étaient bien éloignés l'un de

À l'autre, il ne perdait pas de vue le Détroit et Trronto, indiqués r le Marquis de Denonville, et, sans doute pour ne rien faire L 1 bon escient, il remettait à son lieutenant le soin d'étudier Mic terrain, le caractère et les inclinations des Sauvages, pour pas essayer de ces côtés élue plan s'accordât avec les pensées qu'avait déjà le gouverneur ! pour la francisation des Indiens, et que La Mothe Cadillac partageait.

Frontenac était rentré dans la colonie avec toutes les mêmes manières de voir de son premier gonveraement, et celle-là surtout lui tenait en tête. — En 1691, le 20 Octobre, il écrivait qu'on devrait toujours laisser les Sauvages avec les Français, afin de

les franciser, « autrement, ajoutait-il, ils seront plus nuisibles qu'utiles au service du Roï et à celui de Dieu même, mais c'est

un Evangile que je n'ai jamais pu faire recevoir en ce pays. Il

1 a si longtemps que je le presche sans succès que je devrois

en être rebuté et m'en taire. » Or Cadillac s'était exprimé de même sur son mémoire sur l'Acadie et la Nouvelle-Anglcterre, en rappelant comment, à Boston, les An-

ce sujet, dans

MU clais avaient enseigné leur langue à certains Sauvages et leur

“laaient donné de petites pensions, à condition qu'ils enseigne-

4% raient leurs camarades et leur jeunesse, après quoi, ils leur avaient appris à lire et à écrire, en augmentant peu à peu leur 3 pension, suivant le soin qu'ils prenaient de l'instruction de leur

nation, si bien, rapportait Cadillac, qu'insensiblement ces Indiens | avaient même oublié leur langage, s'étaient rendus habiles, sa-

vaient l'Ecriture sainte, prêchaient, et avaient des ministres de b de écoles et plus sages et plus religieux que les Anglais, aux-

LXX INTRODUCTION

quels ils étaient entièrement soumis par cet esprit de religion. bien plus que c'était le pilicr le plus fort de leur colonie.

Cadillac inférait de ce succès des Anglais, que nos mission. naires eussent dû observer la même pratique, *t il ajoutait: « Les gouverneurs qui ont été et qui sont dans ce p:-, ont toujours été dans ce dessein, mæis jusques ici ils n’en ont pu venir à bout. Je crois en connoitre le mystère, mais quelque autre K pourra développer. En tout cas, il n'y a rien de si certain qu'il n'est rien d'aussi incommode que de voir des gens qui arient tous les jours pour parler aux fouverneurs et auxquels on ne sauroit répondre, si un missionnaire ne sert d'interp:ète, qui bien souvent augmente ou diminue ce qui est dit de part «t d'autre, suivant que l'intérêt l'y engage. »

Pour terminer, Cadillac disait : « Ce qui est de plus ficheux, c'est que ces gens-là qui nous sont très nécessaires pour la guerre, 1 «us sont pour ja plupart du temps inutiles, parce que ni les officiers, ni les soidats, ni ceux mêmes du pays, ne savent les commander, ne sachant pas leur langue, «t qu'eux ’accommodent mal de nos injonctions, ne sachant pas li nôtre. :

Plus tard Cadillac devait tâcher de mettre en œuvre ces idées, mais, pour amrner les Indiens à parler le français, pour arriver à les franciser, il fallait connaître leurs caractères, leurs trauitions, parler soi-même leur langue; ce fut ce à quoi il s'appliqua dès son arrivée à Missilimakinak, — cela n'était pas facile. — « Avec ces barbares et très méchantes nations, il n’est pas de la

prudence, disait-il, de trop les questionner dans leurs premières

entrevues. [1 s'agit d'abord de les ménager et de les humaniser insensiblement. à quoi on ne réussit pas mieux que par la vo de la conversation, mais on n'arrive pas à ce but de plein saut on ne possède pas tant de langues différentes en un seul jour C'est beaucoup faire que de pouvoir s'énoncer dans ce qu est précisément nécessaire pour parvenir à toucher l'objet qu'on s'est proposé. »

Malgré ces embarras, Cadillac ne tarda pas à devenir très habil

à parler aux Sauvages, et il acquit même la réputation d'v sur-

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INTRODUCTION LXXI

Cette habileté lui permit de mener les conseils et de négocier “personnellement avec les chefs importants.

Le soin, que Cadillac prenait d'observer tout autour de lui, “nous a valu le mémoire publié dans ce volume, et il est curieux “d'y voir la préoccupation du commandant au sujet de l'origine “des indigènes avant les recherches du Père Lafitau et celles de d'abbé Bobé; mais ce qui est plus intéressant, ce sont ses vues Vsur le parti à tirer de ces régions, et notamment Île chapitre sacré à la Mer de l'Ouest.

! Ce mémoire, et celui qu'il avait écrit précédemment sur Al'Acadic et la Nouvelle-Angleterre, nous font reconnaître déjà en Cadillac un esprit d'observation très distingué; c'était évidem-

con-

“principal soit par le zèle et l'habileté qu’il déploya dans la guerre Mcontre l'Iroquois, soit par la fermeté avec laquelle il défendit la “dignité des commandants de poste, que les missionnaires avaient “voulu se subordonner, soit par sa constance à faire remarquer @limportance, les peines et les travaux des ofliciers et la nécessité À e leur donner de quoi vivre sans faire le commerce, soit enfin Dr la lutte qu'il devait engager contre une grande partie de la Molonic, pour assurer l'établissement du Détroit. Les hautes fonctions qu'il remplit ensuite dans la Louisiane et F l'influence qu'il eut sur son développement en lui donnant la Dprorction du financier Crozat, achèvent de faire de lui un person- Ænage important après Cavelier de La Salle et d'Iberville dans Ml'histoire de la chaîne de postes entre le Canada et le golfe du # Mexique.

Le premier service, par lequel il se fit remarquer dès son arrivée à Missilimakinak, fut le concours efficace qu'il donna au Comte “ic Frontenac de 1695 à 1696, pour la guerre contre les [roquois ct la conservation des diverses nations dans notre alliance.

Un chef Huron, nommé le Baron, cherchait alors à détacher

Ml: Outaouas de notre cause, et, quelque temps après, il essayait

de les porter à aller manger les Miamis, suivant l'expression des ASauvages (conseil 16 mai 1695).

les Miamis formaient un poste ressortissant de Missilima

LXXII INTRODUCTION

kinak, Un parti d'froquois avait, peu de temps auparavant. tent de frapper un coup sur cette nation; mais, après avoir pris de

femmes et des enfants, comme les [roquois s'approchaïient du fort français, où commandait Legardeur de Courtemanche. ik sera n n'avaient pas encore mis leurs fusils dans la palissade qu’un tu Pimpai terrible dirigé sur eux les avait obligés d'abandonner leur entre- Lt prise, en emmenant leurs morts sur des brancards, btils

Cadillac, averti de cette attaque des Iroquois, avait été égale- Bions ment informé des projets du Baron et il avait su les déjouer. cur Il avait eu toutefois de la peine à décider les Sauvages à mar- 1 \lc

cher contre les roquois, dans la persuasion où ils étaient que le d'On &

Comte de Frontenac avait fait la paix avec eux. à Néanmoins, à force de brigues, de cabales, de conseils, de soins, de fatigues et de ruses, Cadillac était parvenu à en échauffer un certain nombre, mais il dut remettre au Gouverneur le soin de les convaincre qu'il ne ferait pas sans eux la paix avec les Froquois. — Cette conviction, ils allaient l'avoir, lorsque, descendus à Montréal, ils verraient 1e Comte de Frontenac disposé à marcher contre leurs ennemis, par l'envoi qu’il venai de faire, à Catarocouy, pour rétablir ce poste, qui devait servir à protéger son attaque centre les Onnontagués. Qu Après tout, avait dit le Comte aux nations alliées, elles pourraient agir comme elles l’entendraient. I] était assez fort pour | faire la guerre sans elles, quoiqu'il eùt été bien aise qu'elles se joignissent à lui pour tirer vengeance de la mort du grand | nombre de leurs neveux massacrés et brülés par les Iroquois. | sous les yeux mêmes des députés, envoyés par les Outaouas pour | demander la paix.

| Le Baron, qui avait continué ses pratiques dans l'intention de faire la paix aux Hurons sans le concours d’Onontio, assistait à ces conseils, où le Com’e parlait si fièrement aux alliés, et il reconnut bientôt les effets de cette conduite ferme et loyale sur

les Outaouas et les Hurons, dont une partie à leur retour céda aux excitations de Lamothe-Cadillac, — Celui-ci les anima si bien alors que les deux chefs principaux des Outaouas acceptèrent la guerre dans un conseil tenu le 24 octobre 1695. ; dreusen

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INTRODUCTION. LXXII

le Comte de Frontenac allait faire ses préparatifs pour combattre 4 les Onontagués : « Regardez avec joie, leur avait dit Cadillac, c’est à qu'est la grande chaudière, où toute la terre va prendre ce qui “sera nécessaire pour soutenir la guerre jusqu'à la tin. Ne vous “impatientez pas, cette chaudière n’est pas encore cuite. Elle le

és

sera bientot. Pour lors, Onontio invitera tous ses enfans au festin, et ils y trouveront de quoi se rassasier. Les larmes et les soumisjsions d de l'Iroquois ne seront plus reçues comme par le passé. 18 eur perte est inévitable, »

À Alors Onaské proclama son dessein de se rendre aux désirs d'Onontio.

Le plus considérable des Outaouas, la Grosse-Tète, avoua que s'il avait trempé dans les projets de paix, c'était sans dessein,

td

puisque son fils Mikinak avait pleuré de voir les députés iroquois recus avec leur collier, qui proposaient la paix. « Il ne s’est point peigné depuis, mais tu vas lui voir le visage mataché et les cheveux rafraichis. Son cœur est gai. [1 entend à la guure, ainsi

que tu le souhaites. C’est ma pensée, qui est celle de cette terre. Qui me regardera et pourra trouver mauvais ce que je fais! » Tous les autres chefs parlèrent sur le même ton.

Quelque temps après, malgré les colliers et les présents que lui

offraient ceux de la nation, Onaské levait un parti. On cherchait à lui débaucher son monde; la brigue était poussée même si loin

“que, la nuit, on lui avait coupé ses canGts, mais rien ne l'avait Garrèté et il n'avait pas tardé à joindre Mikinak au détroit du Lac Erié, où Ouilamek, chef Pouteouatamis, les allait trouver avec 30

fhommes de sa nation. — Ces ‘1x ‘urent alors le théâtre d'une laction vigoureuse de nos trois chets.

Les Iroquois avaient chassé sur les terres voisines du détroit, #cn fort bonne intelligence avec les Hurons. Pendant tout l'hiver, \ les Outaouas avaient traité quantité de marchandises, dont les Anglais le: avaient chargés, quand l'avis, donné par les Hurons de Missilimakinak, des partis d'Onaské, de Mikinak et d'Oui- Hlaimcek les fit partir en toute hâte, mais les trois chefs firent si

Itaouas acccp-

grande diligence qu'ils les atteignirent et les attaquèrent vigou-

“arcusement. Les Iroquois, après un rüde combat, furent obligés

LAtArOCOUV, OÙ

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LXXIV INFRODUCTIOX.

furent pris, plus de quarante guerriers se novèrent et les trois chefs rapportèrent à Missilimakinak trente chevelures, et emmenérent avec eux trente-deux prisonniers, hommes, femmes et enfants. Le butin montait de quatre à cinq cents robes de castor, sans parler de plusieurs marchandises qui restaient de ce que le \oglais leur avaient donné,

Ce coup eut pour conséquence de rompre entièrement les commencements de paix entre les [roquois et les Nations des Pays d'en Haut.

Les services de Lamothe- Cadillac dans son poste de Missilimakinak étaient donc de la plus grande importance; mais, comme je l'ai fait entendre, ils en allaient acquérir une plus grande encore, de ce qu'ils étaient combinés avec les entreprises du Comie de Frontenac.

Le canot, que Lamothe-Codillac lui dépècha. le trouva luimême le 25 Juin. oubliant ses soixante-seize ans, pour alla attaquer Îes Onontagués avec ur * petite armée, qui pouvai s'élever à 2,400 hommes.

Le 26 juillet 1606, on était à l'entrée de leur rivière, qui état extrêmement étroite et pleine de rapides.

Le 30, le portage de tous les bateaux, canots et hardes conmença. On ne pouvait passer qu'à pied, et le Comte de Frontenx s'attendait à en faire autant, ainsi que tout le monde, quand il Jut enlevé dans son canot par une cinquantaine de Sauvages. chantant et poussant des cris de joie Jui durent trouver de l'écho à Paris, jusque dans le quartier de la place Royale et de l'Arsenal.

Le Comte de Frontenac eut toutefois le chagrin de n'avoir pa rencontré les Onontagués qui, ayant appris l’arrivée des Fran: cais, s'étaient entuis et avaient brülé leur village.

Pour châtier ces malheureux et les rendre incapables de nuire pendant longtemps, il brûla, lui, à son tour, leurs blés. Le Comte jugea un acte semblable également nécessaire contre le villag des Onneious. et le chevalier de Vaudreuil recut l’ordre de l'executer, quoique ces derniers eussent député vers lui, pour de mander la paix, un Français nommé Fleur d'Epée, leur

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INTRODUCTION. LXXV

u'à la condition de venir s'établir parmi nous avec leurs failles.

Ces rigueurs n'étaient pas dans le caractère du Comte de Fron- “henac, mais elles lui parurent forcées, parce que l'on n'avait pu Rtaquer encore New-York et la Nouvelle-Angleterre, comme Qui et le chevalier de Callières l'avaient toujours désiré. 4 L'année précédente, le 2 novembre 1695, il regrettait que l'enreprise sur les possessions anglaises de Terre-Neuve et de

Acadie n'eût pas été complétée par là. « On pouvait, disait-il, acilement entreprendre de bombarder Manatte et Boston, ce qui &crait d’une bien plus grande importance, en coupant tout d’un oup la racine du mal, qui nous vient de ce côté-là et principa- “lement de Manatte New-York). »

Les Anglais lançant toujours contre nous les [roquois, il était mpossible au Comte, faute de pouvoir frapper les premiers, de se “dispenser de réduire les seconds à toute extrémité, et en brûlant $ les blés des Onontagués et des Onneious, il avait pour objet Le prendre ses ennemis par la famine.

î \près l'expédition de M. de Denonville, qui avait diminué la puissance des Iroquois. les Sonnontouans avaient eu beaucoup \ e peine à subsister pendant plusieurs années. Les Anglais ne

eur avaient pu fournir suffisamment de vivres ni de poudre. Le lé valait alors à Orange jusques à 25 francs le minot, et la “livre de poudre ure pistole. Les Agniers avaient peu de ble “l'Inde, ceux des Onneious étaient détruits, et le Comte de Fron-

ors de leur ruine, puisque, pour en avoir de lui, les Sonnon- Mouans avaient été obligés de donner leurs colliers les plus pré-

* es voisins; mais pourrait-il v sutlire, pendant que les partis en Arampagne interrompaient la chasse et la pèche des Iroquois? après tous ces faits, le Comte de Frontenuc avait pensé qu'il Hontraindrait les [roquois à mourir de faim ou à accepter L

Konditions qu'il voudrait leur imposer, et il l'espérait d’autani s que la campagne contre les Onontagués avait été faite sans

e concours des alliés, qui ne crovaient pas cette entreprise pe

LXXVI INTRODUCTION

sible sans leur appui. Mais, si enfin ces derniers se mettaient de la partie, la victoire était assurée.

Seulement, je le répète avec le Comte de Frontenac, pour entretenir les Nations des Pays d'en Haut dans leurs bonnes dispositions à l’égard des Français et les engager à faire de leur côté de grands efforts pour la ruine de l'ennemi commun, il fallait qu'il demeuràt des Français à Missilimakinak et dans les autres postes, que le Comte avait rétablis dès son retour, afin de donner du cœur aux alliés. Comment, en effet, leur persuader de faire la guerre pour les Français, si ceux-ci ne leur en otffraient pas les moyens, c’est-à-dire, ni poudre, ni balles, ni marchandises ? — Comment, de trois à cinq cents lieues, détournerait-on l'exécution de leurs mauvais desseins ? Quels chefs pourrait-on gagner, quelles intrigues pourrait-on déjouer, puisque ceux qui étaient près d'eux avaient déjà bien de la peine à y réussir avec tous leurs soins et leur application ?

C'était ainsi que Cadillac avait pu surveiller etsurveillait encore les menées du Baron, qui était allé s'établir chez les Miamis avec trois ou quatre cabanes, et de là ne cessait point, pour attirer les Anglais dans l’intérieur des terres, de négocier avec les Froquois, chez qui un certain nombre des siens étaient allés se fixer

Toute la conduite de Lamothe-Cadillac à Missilimakina! depuis deux ans, la rupture des négociations des Outaouas ave les [roquois, à la suite des partis heureux qu'il avait lancés contre eux, prouvaient, en un mot, la nécessité d’un comman dant français dans les pays lointains pour diriger les esprits de nos alliés, pour effrayer nos ennemis et maintenir l’ordre parm toutes ces nations, car il s'élevait à chaque instant ventre elles des discordes, dont nos Français pouvaient devenir les victimes. Ainsi Nicolas Perrot, qui avait été pillé par les Miamis, eût brûlé par eux, si les Renards ne s’y étaient pas aphosés.

C'était, néanmoins, à ce moment où le gouverneur de la Nouvelle-France et le commandant de Missilimakinak hâtaient le triomphe des Français dans cette guerre, dont la faction contraire au Comte de Frontenac avait été l'instigatrice, que le Canada apprit avec terreur que les congés pour les Pays d'en Haut allaient cesser et que la suppression des postes devait suivre.

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