‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 15 sur 304 · INTRODUCTION. LXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXVII

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D'où partait le coup? Il fallait l'attribuer, jusqu’à un certain

“point, à la faction qui conservait toujours le ressentiment d’avoir “été écartée de la découverte des pays lointains et qui voulait y renfrer cn souveraine.

Dans l'opposition qu'elle avait résolu de faire au Comte, c'était ne partie du plan, sur lequel celui-ci avait eu certaines confidences.

Dès 1691, sa femme l'avait instruit des manœuvres que l'on ratiquait auprès de son parent le Comte Louis Phelypeaux de WPontchartrain, qui venait de succéder au Marquis de Seignelay. Malgré cet avis, le Comte de Frontenac avait pris la résolution “dc suivre la route qu'il s'était tracée dès son premier gouverne ment. Seulement, sans changer de conduite, il s'était proposé de ménager ses adversaires pout épargner au Ministre l'ennui de démélés semblables à ceux de son premier gouvernement. Mais | pria, à ce propos, M. de Pontchartrain de vouloir bien remar-

Ljucr que, tout en ayant maintenu le Canada en pleine prospérité ant en dedans qu'au dehors, il n'avait pas laissé d'être sacritié de succomber sous les artifices et les fureurs de ceux dont son devoir l'avait obligé de réprimer les entreprises ainsi que l'au- Morile excessive et abusive. Sa révocation les avait rendus maîtres Mo: conseils ct de la direction du gouvernement; Fon en avait

‘u les tristes effets, et il était occupé à réparer les maux qui en Muicnt résultés. «Je suis fort esloigné, écrivait-il le 20 Octo- Mie 1601, du dessein de blasmer la conduite de ceux qui m'ont précolé. Je vous laisse à en juger, mais je ne pourrois estre en À epos ny avoir toute la liberté d'esprit dont j'ai besoin pour vacuer à out ce que J'ai à faire, si Je n'estois dans une entière conance que la cabale, qui se renouvelle contre moy, ne pourra

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LXXVIN INTRODUCTION,

Le Comte de Frontenac parlait alors des difficultés que lui suscitaient « la jalousie de diverses personnes et l’iniquité des ecclésiastiques, qui commençaient à traiter d’impies ceux qui étaient obligés de résister à leurs passions et à leurs intérêts ». Au surplus, si l’on trouvait à propos qu'il leur laissät faire ce qu'il voudraient, il serait déchargé d'une infinité de soins et de ménagements, « dans lesquels, disait-il encore, je ne puis avoir d'autre intérêt que celuy de l’advantage de ia Colonie, du commerce du Royaume et du repos de ses sujets, dont je porte seul le fardeau »

Il semblait malaisé, en vérité, de taxer d'impiété le Comte de Frontenac, toujours préoccupé, à travers certaines faiblesses que je suis le premier à reconnaitre, de la recherche et de l'étude de ses devoirs dans ce qu'ils avaient de plus élevé. Depuis quarante ans, il s’astreignait rigoureusement, chaque jour, à une lecture spirituelle, et certes ce n’était pas à lui ques’appliquaient ces mot d'un saint directeur : «qu'il ne falloit pas s'attendre à de grandes choses de quelqu'un qui ne scavoit pas s'entretenir avec Dieu ». En 1691 (r5 octobre) il avait demandé au Roi un aumonier qui fut toujours à sa suite. Chaque jour il entendait la messe, même

dans les temps les plus rudes; il se préparait encore à la com Mmesur À

munion par la retraite, et, dans le bien qu'il répandait autour de lui, les malheureux seuls connaissaient ses charités. Cependant ses habitudes pieuses n'empéchaient en rien ks insinuations de ses ennemis : un d'eux, en effet, a eu le soin d: nous avertir que les lectures du Comte étaient des livres janscnistes et que ses retraites n'avaient guère de mérite, loin de car «il en revenait toujours plus animé contre l'Église et conte les gens de bien, persécutant la Confrérie de la Sainte-Familk, ainsi que les prètres et les magistrats qui défendaient la cause de Dieu et le parti de la Justice ». Il restait à savoir si l'Église, qu le Comte était censé attaquer, n'était pas une petite Église n'ayant rien de commun avec la grande, si la Sainte-Famille n'était pis une ces sociétés qui, à l’occasion, deviennent des ligues conti ceux qui n'en font point partie, et si la cause de Dieu cu réellement exposée lorsque le gouverneur veillait sur le repos & la liberté des peuples en les protégeant contre un régime qui menaçait d'être « pire que les Inquisitions d'Espagne et d'Italie ».

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“Messer jusques au sang dans ce Hiéricho;

INTRODUCTION. LXXIX

Ce n'est pas le lieu d'entrer dans de pareilles discussions : il “suit de montrer l'espèce de gens qui prenaient parti contre le ouverneur et jusqu'où ils allaient. On sait comment le rôle du omte de Frontenac à leur égard, dès 1672, lui avait été imposé

ar les circonstances dans lesquelles le Louienenient du Roi était venu enlever le Canada à une oligarchie qui avait tout prépre pour elle, qui ne voulait pas se laisser arracher le pouvoir

et qui pesait encore sur les consciences, au point que le Comte de

“rontenac était obligé de demander pour les Récollets de nouhour privilèges, par lesquels ils fussent autorisés à servir d’au- Mmonicrs aux troupes comme à faire les fonctions curiales.

| Les lettres patentes à ce sujet avaient été enregistrées à Québec “Me 12 octobre 1693.

L'existence de cet ordre, augmentation même de ses attribuions, étaient en effet bien nécessaires pour contre-balancer d'un ôté l'esprit d'intrigue d’un autre ordre tout-puissant, qui faisait de la confession un moyen de domination et d'espionnage,

auquel la Sainte-Famille ne concourait que trop. D'autre part,

“il était nécessaire de contenir un zèle irréfléchi qui manquait de

mesure et aurait dü se régler sur le besoin d'attirer des habi-

“tants en Canada, où personne ne devait vouloir venir, si l'on v Lamothe-Cadillac, du reste, ous à donné, en 1604, une idée de ce qu'eut été la vie dans Ja

tait moins libre qu'en France.

Nouvelle-France, si le gouverneur n'avait protégé les habitants contre certaines prétentions. « M. le Comte de Frontenac, “crit le futur fondateur de la ville du Détroit, n'auroit pas tant d embars sur les bras, s'il n'avoit pas aboli un Hiéricho, qui étoit une

aison que Messieurs du Séminaire de Montréal avoient fait ar pour renfermer, disoient-ils, les filles de mauvaise vie; s'il Jeur avoit permis de prendre des soldats et des ofhiciers pour Ier dans les maisons en arracher ies femmes à minuit, couchées vec leurs maris, pour avoir été au bal ou en masque et les faire s'il n'avoit rien dit œontre des curés, qui faisoient la ronde avec des soldats ei qui bligeoient en été les filles et les femmes à neuf heures de se ren- Mermer chez elles ; s'il avoit voulu défendre de porter de la denelle, S'il n'avoit rien dit sur ce qu'ils refusoient la communion à

WEBSTUR, N.\'. 14500

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des femmes de qualité pour avoir une fontange; s’il ne s'opposoit point encore aux excommunications, qu’on jette à tort et à travers, aux scandales qui s’ensuivoient; s’il ne faiscit les off. ciers que par la voie des communautés; s’i vouloit défendre le vin et l’eau-de-vie aux Sauvages, et s’il ne disoit mot sur le sujet des curés fixes et les droits de patronage. Si M. le Comte étoit de cet avis, ce seroit assurément un homme sans pareil, et il seroit bientôt sur la liste des plus grands saints, car on les canonise dans ce pays-ci à bon marché. »

C'étaient là, en vérité, sans aller plus loin, 1es griefs qu'on avait contre le Comte, et le ressentiment en était d'autant plus vii qu'on n'osait l'avouer, car il signifiait le regret d’un pouvoir possédé avant le gouvernement du Roi et presque recouvré un moment avec le Marquis de Denonville et M. de Champigny. Mais ce dernier, à l’arrivée du Comte de Frontenac, avait dû subir une vo- | lonté plus forte que la sienne. Son orgueil en avait souffert, à et la jalousie qu’il en avait ressentie, sentiment que le Comte» signalait, avait donné un chef naturel aux ennemis de ce dernier. dont 1es principaux étaient habitués d'ailleurs à s’effacer derrière & quelqu'un. î

Cet intendant fut pour le Comte de Frontenac, pendant son : second gouvernement, ce qu'avait été M. du Chesneau dans ke premier, seulement avec plis de tenue généralement. Dominé

par la supériorité réelle du Comte de Fro::tenac, il étouffait de M

vant lui ses colères; mais le Diable semble n'y avoir rien perdu, car elles éclatiient auprés du Ministre en contiadictions, en reproches, et surtout en insinuations, genre dans lequel M. de Champigny excellait.

Jamais, disait-il, M. de Frontenac n'avait autant maltrait M. du Chesneau qu'il le maltraitait lui-même. Selon lui, le Comt # voulait rendre un intendant sans autorité et le dépouiller de ses be fonctions; un intendant n'était que son caissier et son comptable M et sa conduite à son égard tendait à un excès de domination età à

une appropriation générale de toutes les affaires, sans excepter les Us

devoirs plus particuliers de l’intendant. M. de Champigny, enfin. M ajoutait qu'il n’entretenait la paix qu'en cédant sur toutes choses. M

Ces accusations et cette soumission par générosité s’accordaient "ii

INTRODUCTION. LXXXI

mal avec ce que mandait de son côté le Comte de Frontenac, qu’il hvait pour M. de Champigny toutes les complaisances qu’un amant a pour sa maîtresse. Par malheur, il ne savait comment on se rapprocherait, si, à chaque avance qu'il faisait, M. de Chambigny s'éloignait toujours. En admettant ies paroles du Comte, on pouvait trouver que son caractère et les rôles avaient bien hangé depuis son premier gouvernement, où il ne voulait as jgner avec M. du Chesneau, disant qu’il ne croyait pas qu'il fût e sa dignité de « coupier avec un intendant ». Mais il y a lieu e penser qu'il était sincère et que M. de Champigny eût dû lui ontrer plus de bon vouloir, lorsqu'on voit, après sa mort, cet ntendant le regretter devant la hauteur et les manières désoblieantes, avec lesquelles le Chevaïier de Callières Iui faisait Expier ses procédés envers son prédécesseur. M. de Champigny, à e propos, écrivait le 26 mai 1699 : « Je n’avois encore rien vu e pareil ny d'approchant depuis treizz ans que j'ay l’honneur tre intendant en ce pays. »

Au milieu des embarras suscités à M. de Frontenac par M. de Æhampigny, le point qui semble avoir préoccupé ce dernier le lus vivement, c’est d'eripêcher les voyages dous les Pays d’en Maut, et tout d'abord le rétablissement du poste de Catarocouy, tête de la ligne des Lacs, cette route qui nuisait au commerce Par Michilimakinak.

L'opposition de l’Intendant s'était manifestée sur ce point avec avoir rien perdu € ardeur stimulée autant qu'aveuglée par la passion de son ontiadictions, | rti, qui depuis 1674 mettait obstacle à cet établissement. ans lequel M. d Le à avait commencé par dire que le poste de Cataroccuy, situé Mans tin: baie, n'occupait aucun passage et empéchait seulement Sauvages de chasser à la portée du fusil. Mais le Comte avait u bon, et, le 15 novembre 1692, il écrivait au Ministre : ‘ose vous le dire et le souten'r contre qui que ce soit, au péril ma teste, que, quand l’occasion s’en offrira, je ne sçaurois renun plus grand service au Roi, ni rien faire de plus avantax pour la Colonie que de rétablir ce poste, qui est également essaire et pendant la guerre et pendant la paix. » Néanmoins de Champigny poursuivait son travail souterrain : le ministre s ndait au Comte de Frontenac, le 14 juin 1695, que le Roi ne

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LXNXI INTRODUCTION.

trouvait pas encore bon le rétablissement, à cause de la dépense. qui diminuerait, d'autant, les fonds destinés à faire la guerre aux ennemis. Frontenac répondit qu’il ménagerait mieux ces fond en brusquant la fin de cette guerre par une campagne contre le Onontagués. Et alors, fort du résultat obtenu par lui, il ne craignait pas d’annoncer à M. de Pontchartrain qu'il n'eût pu faire une marche, aussi difficile et aussi longue que celle des habitations chez les [roquois, sans avoir un lieu sûr pour retirer le malades et en faire les magasins de vivres et de munitions de guerre. « L'expérience, que l’on a eue en cette campagne, ajoutait il, doit prévaloir sur les spéculations de certaines gens peu instruits de la situation du pays, et je crois qu'il n’en reste guir en Canada, pour peu de bon sens qu'ils aient, qui ne conviennent que l’on ne peut absolument se passer de ce fort en temp: de guerre. Son utilité n’est contestée par personne. »

Il y avait, d'après les documents qu'on a pu lire, dans l'opposition de M. de Champigny à cet établissement une contradi: tion évidente avec les plans de M. de Denonville pour un chaîne de postes, plans que l'Intendant avait servis, mais que l\ faction n'avait pas eu l’habileté de mener à bien. Ce fut là & reste le rôle de ce parti, de 1689 à 1715, dans la succession dé faits d'où dépendaient la naissance et le maintien des établis ments des Lacs et au Sud. Lorsqu'il perdait le pouvoir, ce par combattait ce qu'il avait soutenu, jusqu'au jour, où, se retrouva en selle, il reprenait de nouveau les arguments de ses ancieï adversaires en faveur des projets qu’il avait repoussés.

Aussi le Comte, qui connaissait les « vilaines intrigues » des! ennemis, s’attendait-il constamment à quelque nouvel artitt Ex, en même temps qu'il agissait pour le bien, il se préparait. faire des apologies de sa conduite.

M. de Champigny opposait à l'établissement des postes élo gnés, ainsi qu’à la distribution des permis de traite, la nécess de faire prévaloir la culture des terres ou la création de pécheri sur le commerce des pellereries.

Il consentait à mettre en valeur les terres concédées depu 30 lieues au-dessous de Québec jusques à ro lieues au-dest# de Villemarie, mais il n'allait pas au delà. Il avait en haine FM

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