‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 168 sur 304 · NES · texte numérisé non relu

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LE DÉTROIT PONTCHARTRAIN. 305 pour leur nourriture et les hardes nécessaires pour leur usage, et qu'elle les feroit loger dans les villages des Sauvages, en attendant qu'on eust le temps de les bastir plus commodément.

J'ay satisfait de ma part aux mesures qu'on avoit prises; la Compagnie y a satisfait de la sienne, ayant envoyé ce printemps (en se conformant au règlement) un canot exprès chercher le P. Marest, supérieur de Missilimakinak, qui a prétexté de grandes raisons pour ne point venir icy, de sorte que ce sont des frais que la Compagnie a faits en vain, comme on l’avoit desjà fait pour le P. Vaillant.

Vous souhaitez que je sois amy des Jésuites et que je ne leur fasse pas de peine. Je n’ay trouvé, après y avoir resvé, que trois voyes pour y parvenir : la première est de les laisser faire; la deuxième, de faire tout ce qu'ils veulent; la troisième, de ne rien'dire de ce qu’ils font. En les laissant faire, les Sauvages ne s’establiroient point au Détroit et ne s'y seroient point establis; en faisant ce qu'ils veulent, il faut faire tomber ce poste, et en ne disant rien de ce qu’ils font, faire ce que je fais, et, malgré ce dernier point essentiel, je ne puis encore les engager à estre de mes amis.

C'est à vous, Monseigneur, à dire si vous souhaitez que je continue de faire establir icy les Sauvages, que ce poste soit conservé, soutenu avec éclat. Si ce sont là vos sentimens, comme je le crois, peut-estre suis-je propre pour les faire exécuter; mais j'ose vous dire que les sentimens des Jésuites de ce pays sont totalement opposés aux vostres, du moins en ce point-là.

Tout cela n’a pas empesché que les Sauteurs et Mississa-

gués ne soient venus, cette année, former encore un village

dans cette rivière. Ces deux nations se sont réunies et incorporées ensemble, ayant en cela suivi mon conseil et fait ma volonté. Je l’ay ainsi jugé à propos, estimant que leur réunion leur sera avantageuse et à nous, s’il arrivoit quelque rupture avec les ennemis de l’Estat et de la Colonie.

Trente Hurons de Missilimakinak sont arrivésici le 28 Juin, pour s’incorporer avec ceux qui y sont establis. Ainsi il n’en reste qu'environ vingt-cinq en ce lieu-là, où le P. de Carheil, qui est leur missionnaire, se tient toujours ferme. J'espère que cet automne je luy arracheray enfin cette dernière plume de l’aisle, et je suis persuadé que cet opiniastre curé mourra dans sa paroisse, sans avoir un paroissien pour l’enterrer.

Plusieurs cabanes et familles des Miamis se sont establies ici, aussi bien que des Népissiriniens; les uns se sont incorporés aux Hurons et les autres parmi les Outaouas et les Oppenago ou Loups. :

Le reste des Outaouas-Siragos, qui sont encore à Missilimakinak, m'ont envoyé un collier en secret pour me dire qu'ils viendront joindre leurs frères du Détroit, après qu'ils auront fait leur récolte. Six grandes cabanes de Kiskakouns m'ont envoyé dire la mesme chose. Je leur ay respondu par un collier que j’allois marquer les terres, où ils pourrornit faire leurs champs.

Ce procédé de la part des Sauvages fait voir combien on les gesne et qu'on les intimide beaucoup, par l'appréhension qu'on fait glisser dans leur esprit qu’on leur jouera icy un mauvais tour.

Je prends la liberté de vous envoyer la copie des lettres que les Jésuites de ce pays m'ont escrites depuis que je suis au Détroit, avec les Conseils en partie qui se sont tenus dans

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Lorsqu'il vous plaira que je fasse une entière réunion dans ce lieu, cela vous sera bien facile ; mais, pour y réussir comme il faut, il faut faire un fonds ou une destination sur l'extraordinaire de guerre du Canada de Goo livres, avec ordre de me remettre ces sommes pour les employer dans les choses que je jugeray nécessaires pour le succès de cette entreprise, dont je rendray pourtant un compte exact à MM. le chevalier de Callières et de Beauharnois, intendant,

J'ay desjà eu l'honneur de vous escrire que les présens ct les colliers qu'on donne aux Sauvages, lorsqu'il s'agit surtout de quelque transmigration, sont les gages de la fidélité des promesses qu’on leur fait, et un titre qui les met en droit de posséder ou de déluisser, comme les contrats le sont parmi les peuples policés.

Vous sçavez aussi que, jusqu'à ce jour, on ne m'a pas remis un denier pour contribuer à mettre les Sauvages en mouvement. Il est bien vray qu'on m'a mis en main un fonds considérable en marchandises pour donner une forme à cet establissement, sans qu'il en coustast quoy que ce soit au Roy. Je crois qu'on a eu sujet en cela d’estre satisfait de ma conduite par le bon ordre que j'ay tenu dans cette affaire, puisqu'il est certain que la Compagnie a plustost gagné que perdu ; et

c'est de quoy je suis mieux informé que personne. En tout cas, si l'on vient à se plaindre des frais qu’il a fallu ou qu'il

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faut faire pour soustenir cet establissement, je m'engage volontiers à la dédommager et à la pousser au point que Vostre Grandeur le désire; et, si vous en doutez, je vous en donneray une si bonne idée, quand il vous plaira, que j'ose me flatter que vous en conviendrez. Si ce pays n’eust pas tombé en exclusion de commerce, il se seroit fortifié par luy-mesme.

Je pense que le plus court seroit d'aller au fait avec moy.

Ayez la bonté de m’employerdansquelqueentreprise, appuyezmoy de l’honneur de vostre protection, et si, malgré la malice plus rusée de mes ennemis, je n'y réussis point, ne vous servez jamais de moy. Le génie de ceux qui me haïssent est de lLuer Le temps, en fournissant tousjours des raisons et des difficultés insurmontables dans tout ce que je veux entreprendre, et le mien c'est de prendre les moyens pour les surmonter.

Je ne sçais si le commerce des peaux de bœufs pourra se soustenir, par le mespris qu'on en fait, ne voulant les faire valoir aux Sauvages qu'environ cent sols ou dix francs, ce qui ne leur convient point, parce qu’une peau pèse 240 ou 300 livres, qu'ils sont obligés de porter de 3 ou 4 licues dans les terres, ce qu'ils tiennent trop pénible, aimant mieux s’attacher à la chasse du castor et d’autres bestes, parce que les cuirs en sont plus légers et plus faciles pour le. transport. Si la Compagnie n'en augmente pas le prix, je crois que les Sauvages ne voudront plus se réduire à cette chasse, que dans le temps qu'il n’y aura plus d'autres pelleteries.

Nous avons trouvé une mine de cuivre dans le lac Huron, dont je vous envoye un eschantillon qui me paroist tout pu-

rifié. J'en ay envoyé autant à M. de Callières et à MM. les Directeurs de la Compagnie, afin qu'ils puissent prendre des

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mesures pour connoistre si elle sea assez abondante pour mériter qu'on en fasse l’entreprise. La commodité en seroit grande, puisque les barques et les navires mesme peuvent aller dans les lieux où elle est, n’estant pas bien éloignée de ce poste.

Si vous voulez me permettre de faire chercher des mines dans les environs des lacs et des rivières, j'y donneray tous mes soins, et, sur les connoissances que je pourray prendre, je me transporteray moy-mesme sur les lieux, si vous le souhaitez. Par ce moyen, vous en serez plus certainement informé; mais,comme Je ne suis pas en estat de faire cette despense, je ne vous demande que la permission de choisir douze hommes capables dans le Canada pour cette entreprise, qui ayent la liberté de porter chacun seulement pour 400 livres dans les lieux où ils seront envoyés, et, au cas qu'ils trouvent des mines, que vous vouliez bien me promettre de les en faire récompenser. Cette affaire sera conduite avec exactitude. Elle ne peut nuire à personne, ct elle pourra devenir utile au Roy et avantageuse à la colonie.

Peut-estre on fera quelque objection touchant ce dessein, car voilà à quoy onest propre dans ce pays, mais il n’y a qu’à recevoir toutes celles qu’on y fera et les insérer dans la permission que je vous demande. En m'y conformant je fermeray la bouche à tout le monde. Je n’y entends point finesse, Par ce moyen, il ne restera aux envieux que le chagrin peut-estre de me voir réussir. En tout cas, cet essay ne coustera rien au Roy ny au public, et, par conséquent, on seroit mal fondé de de s’en plaindre.

La Grande Rivière, ainsi appelée dans le lac Erié, proche du fond de ce lac, environ 15 lieues d'icy, est fournie, sur ses

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rivages et dans ses profondeurs, d'une grande quantité de meuriers. La terre en est aussi parfaitement bonne. Si vous voulez avoir la bonté de m'en accorder six lieues de front des deux costés et autant dans la profondeur, en titre de marquisat, et de haute, moyenne et basse justice, avec les droits de chasse, de pesche et de traite, je feray l’entreprise des soies en y faisant venir des gens de France propres pour cela, qui apporteront la quantité nécessaire de vers à soie. Si vous m'accordez cette grüce, je prendray des mesures pour les faire venir par le: premiers vaisseaux, afin qu'ils puissent arriver icy avant l'hiver. A l’esgard ce la traite, je n’en. feray aucune qu'après le bail fini de la Compagnie.

Vous m'avez promis, Monseigneur, la dernière fois que vous m'avez renvoyé de France, que vous me permettriez d’y repasser, d'abord que le Détroit seroit establi. Le voilà maintenant sur un bon pied. Aussi, j'espère que vous aurez la bonté de m'envoyer une permission l’année prochaine pour y passer, et pour aller vaquer à mes affaires, une fois en ma vie, n'y ayant pu donner aucun ordre depuis vingt ans que je suis en Canada ou à l'Acadie, et je pourray, par ce moyen, vous rendre un compte exact de ce pays; si vous le souhaitez, je ne partiray point d'icy que je ne voie toutes choses hors de risque.

Comme je ne sçais point si Vostre Grandeur m'aura accordé le gouvernement de ce poste et de tous autres esloignés, ou, du moins, le commandement général, comme je l’ay eu du vivant de M. le Comte de Frontenac, et que M. le Chevalier de Callières me l’a accordé par son règlement du 25 Septembre

1763, dont je vous envoye copie, je continueray de vous sup-

plier très humblement de m'accorder cette grâce, et d’y vou-

loir joindre des appointemens convenables.

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Nous avons fait une très belle récolte, et je suis en estat de faire subsister grassement une garnison de 1 50 hommes, mais je crois que je ne seray pas en cette peine, par les difficultés qu'on me fait de me donner des soldats. Je me suis contenté d'en demander seulement 5o effectifs, parce qu'on ne m'en avoit laissé que 25, et je ne sçais si ce nombre me sera accordé. Je vous supplie de vouloir bien mander à M. de Callières de m'e : accorder encore 50 l’année prochaine, afin que cette garnison soit composée de 100 hommes, etque je puisse, par ce moyen, respondre de tous les événemens, tant de la part de nos ennemis que de nos alliés, qu'il est nécessaire de tenir un peu en respect; mais ce scroit encore mieux, si vous vouliez bien m'en envoyer de France.

Le chef des Hurons, qui est fort absolu sur sa nation, m'a prié de vous escrire qu’il seroit bien aise de passer en France pour aller asseurer S: Majesté de sa fidélité et du désir ardent qu'il a d'entrer dans son service, et, pour cet effet, il fera une compagnie de 50 hommes de sa nation, pourvu qu'on l'en fasse capitaine, qu’on luy donne un lieutenant et une enseigne et qu'on les payr par mois sur le mesme pied que les officiers et troupes de la Marine sont payés en ce pays. Il y a un autre chef de la mesme nation, qui s'oblige de faire la mesme chose. Ils vous prient aussi de leur faire donner passage dans les vaisseaux du Roy. Je crois qu'ils prétendent faire une charge de peaux pour vous en aire présent, ce qui est une marque de leur bonne volonté.

Le chef principal des Outaouas, qui est un des hommes les mieux fait: que j'aye encore veus parmi toutes ces nations, et qui est francisé, m'a prié de vousescrire pour le mesme sujet; mais, son âge ne luy permettant pas de faire un si long voyage,

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il vous enverra son neveu par la mesme occasion avec un autre de ses amis, pour faire offre au Roy de ses services. Si Sa Majesté veut faire cette despense, ce seroit le vray

moyen d’assujettir peu à peu et entièrement ces deux nations. :

J’estime qu’il faudroit les mesnager un peu dans le commencement, en leur faisant prendre les armes seulement une fois par mois, lorsqu'on en feroit les revues et mesme les en dispenser pendant trois mois d'hyver, parce que pour lors ils sont occupés à faire leur chasse ; mais il faut estre fort exact à payer tous les mois les compagnies. Ils demandent d’avoir des drapeaux, et qu’on leur permette de faire leurs habits à leur mode et qu'on leur donnedesestoffes rouges. Ils espèrent qu'on leur donnera les armes, comme on les donne aux soldats, et les hardes de mesme, dont ils sont maintenant instruits par l'explication que je leur en ay faite. Ils m'ont dit qu'ils m'obéiroient en tout ce que je leur ordonnerois pour lors pour le service du Roy et à tout autre qui auroit ses ordres. Je leur ay parfaitement bien expliqué comment il faut se comporter dans l'art militaire et comment il faut prendre l'esprit de subordination, ce qu'ils ont trouvé bon.

Il ne faut pas s’en estonner, parce que tous les hommes, en quelque estat qu'ils puissent naistre, ne manquent ny de vanité ni d'ambition, et il y en a toujours d'assez habiles pour prendre du crédit, se faire estimer et respecter des autres. Le chef Huron est déjà si enflé de cette proposition, qu’il a prié M. de Callières de le faire loger à la françoise et j'en ay receu l'ordre estant à Québec, à quoi j'ay satisfait, luy ayant fait faire une maison de charpente de chesne de 40 pieds de face sur 24 de largeur. Elle est située sur le bord de la rivière, sur une éminence qui domine le village de cette nation.

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A son exemple, le chef Outaouas est allé, je pense,à Montréal pour obtenir la mesme grâce de M. de Callières, d'où il n’est pas encore de retour. Sans doute qu’il ne la luy refusera pas.

Vous pouvez croire par ce commencement que les choses que j'ay projetées prennent un bon train. Mon sentiment est que cette voye est la plus assurée pour rendre ces gens-là sujets du Roy ct pour les faire successivement chrestiens. Cela fera un meilleur effet que cent missionnaires, puisqu'il est certain que, depuis qu’ils preschent l'Evangile à ces peuples, ils n'ont fait aucun progrès, et qu’on peut réduire tout le bien qui en revient au baptesme, qu'ils font des enfans qui meurent après l'avoir recu.

Permettez-moy d'insister toujours de vous représenter

combien il seroit nécessaire d’establir icy un séminaire pour

instruire les enfants des Sauvages parmy ceux des François dans la piété, et par mesme moyen pour leur apprendre nostre langue.

Les Sauvages estant natucellement glorieux, voyant qu’on mettroit leurs enfans parmi les nostres, qu’on les habilleroit de la mesme inanièr£, s'en feroient un point d'honneur. Il est vray qu’il leur faudroit laisser dans le commencement un peu plus de liberté, et qu’il faudrait seulement se réduire aux veues de les civiliser et de les rendre capables d'instruction, laissant le surplus à la conduite du Ciel et de celuy qui sonde les cœurs.

Cette despense ne seroit pas bien grande. Je crois que, si Sa Majesté accorde mille escus au séminaire de Québec, il commencera cette sainte et pieuse entreprise. Ce sont des Messieurs si pleins de zèle pour le service de Dieu, et de

charité pour tout ce qui regarde les sujets du Roy en cette colonie, qu’on ne peut se lasser de les admirer, et tout le pays leur a des obligations inexprimables pour la bonne éducation qu'ils ont donnée à toute la jeunesse par leur doctrine, ce qui a produit de très bons sujets dans le service de l'Église en la Nouvelle-France. J'ose vous dire que vous ne pouvez trop tost commencer cette œuvre. Si vous en appréhendez les despenses dans les suites, je vous fourniray des expédiens pour leur continuer cette gratification en la prenant sur les lieux, sans qu’il en couste rien au Roy.

Au reste, il n'y a point à craindre qu’on manque de Sauvages pour faire la chasse et pour fournir de castors et autres pelleteries. Il y a tant de nations dans les environs des lacs et dans les profondeurs des terres qui ne se réduiront peutestre jamais, qu'elles suffisent pour dépeupler tous ces animaux qui servent au commerce.

La sujétion de servir le Roy de la manière dont je vous ay parlé ne les empeschera point de faire leur chasse dans le temps prospère. On les mettra seulement par ce moyen en estat de les franciser et de prendre les armes pour le service du Roy, lorsqu'on en aura besoin.

Je prévois qu’on vous fera bien des objections sur ce que j'ay l'honneur de vous mander, c’est ce que je ne puis empescher. Toute l’asseurance que je pis vous en donner, c'est de réussir, si vous le voulez. Pour en venir à bout, il faut envoyer de bons ordres, bien décisifs et précis, et parler un peu avec les grosses dents. Ayez la bonté de me donner connoissance de vos intentions et laissez-moy le soin de faire le reste.

On voit par expérience que, si les Sauvages estoient au-

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jourd'huy sur ce pied-là, il en reviendroit de grands avantages à la colonie, puisqu'il est certain qu'au premier coup de tambour on mettroit sous les armes ceux qui seroient disciplinés, ce qui entraisneroit sans peine tout le reste à les suivre et faire comme eux. Ainsi, dans la guerre présente, ces gens-là, joints avec nous, feroient des incursions et des inondations terribles sur les Colonies Angloises, au lieu qu'ils sont partagés et qu'ils se contentent de nous regarder faire, trop heureux encore si nous pouvons les tenir en cet estat.

Si ces mémoires eussent été fournis par quelque personne qui eust eu la protection des Jésuites, on les auroit fait trouver d’un goust excellent, et rien n’auroit paru plus aisé d’estre mis à exécution; mais parce que je ne les ay point consultés ou plutost parce que je n'ay pas esté d'humeur à me laisser traiter en esclave, comme quelques-uns de mes prédécesseurs ont fait, qui ont commandé dans ce pays, on rend impossible tout ce que j'avance ou ce que je propose. Il me semble pourtant que, si la Cour vouloit faire attention aux projets et avis que j'ay eu l'honneur de luy présenter, dont M. de Latouche est bien informé, elle pourroit voir clairement si j'en ay raisonné sagement ou avec extravagance. Jusqu'à présent en quoy ay-je manqué de réussir dans les choses que j'ay annoncées n’estre pas impossibles ?

[Il n'est pas besoin de reprendre ny de remonter à divers desseins que j'ay donnés à la Cour, touchant plusieurs entreprises que Sa Majesté avoit projetées. Je me réduis uniquement à parler du Détroit, et je laisse à examiner si ce que j'en ay dit est vray ou faux.

Dans le temps que j'ay eu l'honneur de vous en présenter mon mémoire, souvenez-vous, s'il vous plaist, dans quel

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embarras on estoit de la trop onéreuse quantité de castors, dont on ne trouvoit point la consommation en France. C’estoient là les plaintes des anciens fermiers, par lesquelles ils exprimoient estre dans l'impossibilité de soustenir leur bail. Ce fut en quoy j’exposay par un article de mon mémoire que par le moyen de l’establissement du Détroit, je m'engageois à occuper les Sauvages à la chasse des cerfs, biches, orignaux, chevreuils, ours noirs, loups, chats cerviers, loutres, pecquans et autres menues pelleteries pendant l'espace de trois ans, sans qu'ils fissent la chasse du castor, afin qu’on trouvast par ce moyen le temps de faire la vente d’une partie considérable de celuy qui estoit en masse, Il reste à voir si ce que j'ay promis jusqu'à présent a esté exécuté, puisqu'il n’est sorti du Détroit qu'environ huit milliers de castors en trois années, et le surplus de commerce d'été en grosses peaux et menue pelleterie, le fait est incontestable,

Il n’y a qu’à voir les livres de la Compagnie, j'en ay devers moy. C’est ce qu’on disoit pourtant au commencement publiquement en Canada, et qu’on a hardiment et impunément escrit à la Cour estre une vision.

La seconde veue, que j’ay eue en donnant le projet de cet establissement, n'a pas esté d'en faire uniquement un poste pour le commerce, mais bien plutost pour la conservation du commerce, puisque c’est le seul endroit pour aller (par canot ou barque) chez toutes les nations qui sont sur les lacs, et que c’est la porte par où on peut entrer et sortir pour commercer avec tous nos alliés. Voilà un mauvais raisonnement d’avoir formé un tel poste.

Ma troisiesme veue a esté d'y réunir plusieurs nations, afin de le fortifier par ce moyen et de tenir les [roquois en res-

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pect à cause de la proximité; les ayant renfermés de cette manière, pour ainsi dire entre deux feux, ayant le Montréal d'un costé et le Détroit de l’autre, qui estoit le seul lieu de leur retraite, et où ils trouvoient tous leurs rafraischissemens, lorsqu'on brusloit par des marches générales (ce qui coustoit des sommes immenses) leurs champs et leurs villages. Or du Montréal au dehors il y a divers chemins, c’est-à-dire diverses entrées et sorties relatives l’une à l'autre sans passer mesme les lacs. Voilà donc un poste, en vérité, bien mal trouvé pour tenir en bride non seulement les Anglois et Iroquois, mais mesme nos alliés.

J'avoue que, pour y donner un bon succès, il faut accomplir et effectuer ce que j’ay expliqué dans mon mémoire, c'est-à-dire d'en faire un poste solide, d’y tenir une bonne garnison, de laisser la liberté de s’y establir, de l’inutilité des congés, de ne point souffrir d'autre establissement dans le Pays d'en Haut, parce qu'il n’y a que la cupidité et l’avarice qui font engendrer ces sortes de desseins qui causent une infinité de désordres.

Les autres veues contenues dans mon mémoire ne sont pas de l'essence de cet establissement ; elles n’en sont qu'un accessoire et pour le perfectionner. Cependant ce projet a donné l'alarme à toute la Colonie. On a fait sonner toutes les cloches pour faire un carillon et un tumulte confus où on ne connoissoit rien. Pour moy, je sçavois bien qui estoient les carillonneurs, je les voyois devant mes yeux, maïs cependant

J'avois mes raisons pour faire l’aveugle. Je vous les avois esnoncées en mon premier mémoire. J’ay continué de vous en faire apercevoir par toutes mes lettres. Vous en pouvez voir encore par celle-cy un petit trait.

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Je ne laisse pas de voir qu'ils ont pour eux la faveur et le grand crédit d’une grande machine quiesbranle toute la masse de l'univers, et que, se roulant sur ce pivot, ils continuent de me vouloir couler et estouffer sous les eaux de la vengeance et de la persécution ; mais tant que j'auray pour bouclier la justice et la vérité, je flotteray et surnageray sur les ondes, comme le nid de l’ingénieux alcyon. Je tascheray de mieux en mieux me conduire et de marcher à la clarté et au flambeau de ces illustres patronnes. Sans elles il y a longtemps que je n'auroys pu résister au torrent. Il est vray que, levant les yeux au ciel, je crie quelquefois dans la foiblesse de ma foy : Sancie Frontenac, ora pro me.

Comme plusieurs soldats désirent s’establir en ce lieu et qu’ils me demandent des concessions de terre, ayez la bonté de me mander si vous voulez que je leur en accorde, dont ils prendront la confirmation de MM. de Callières et de Beauharnois; et si vous souhaitez aussi qu'ils s’y marient, lorsqu'ils seront en estat de nourrir leurs femmes, il seroit, je crois, à propos d'en fixer un certain nombre par an. Ayez aussy, s’il vous plaist, la bonté de me faire sçavoir si vous voulez que je concède des habitationsaux Canadiens. Il yen a plusieurs qui me persécutent pour en avoir. C'est à vous de parler décisivement sur cela, car je ne puis vous taire qu’on n'en veut rien faire. Ma pensée est qu’on prétend que cette transmigration affoibliroit les forces du costé de Québec et Montréal. Quant à moy, je ne crois pas que quarante ou cinquante hommes de plus ou de moins dans ces lieux-là y paroissent beaucoup, et y empeschent d'exécuter ce qu’on aura envie de faire; or ce seroit un grand secours pour ce poste, sans lequel on ne fera jamais rien icy, et il est à pré-

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LE DÉIROIT PONTCHARTRAIN. 17

sumer que nos alliés qui y sont déjà establis et ceux qui sont en train d'y venir tireront un mauvais augure et de fascheuses conséquences de l’infidélité de nos promesses; car on leur a dit qu'on feroit icy un establissement considérable.

Vous pouvez estre informé qu'il n'y a point de poste dans ce pays, principalement où il ya de François, jusque mesme à l'habitation du sieur Juchereau, où il n'y ait des Jésuites. Il n'y a que le seul Détroit qui en soit exclus, quoyqu'ils se soyent tous empressés pour en desservir les missions; ce qui fait voir la bonne volonté qu'ils ont pour moy. et si on s'embarrasse beaucoup dans ce pays de ce qu’ils font, pour moy je n’ay pas d'empressement non plus de les y voir, parce que je sçais bien que les cures n’y sont pas si bonnes qu’ailleurs. Néantmoins, on devrait opter et se déclarer, parce qu'on prendrait des voyes pour y faire venir d’autres missionnaires. Peuvent-ils porter leur crédit plus haut, que de se dispenser non seulement de servir cette mission, ce que le Roy désire, mais encore d’empescher les autres d'y venir !

Il est bon que vous soyez instruit qu’il y a plus de cin. quante ans que les Iroquois avoient chassé par la force des armes la pluspart des nations dans les extrémités du Lac Supérieur, c’est-à-dire à 500 lieues dans le nord de ce poste, qui est un pays stérile et affreux, et qu’il y a euviron trente-deux ans qu'on les a rapprochés dans le lieu de Missilimakinak, qui est pareillement une terre ingrate et où ils ont esté réduits à la nécessité de vivre uniquement de poisson, de la manière que je vous l'ay expliqué par une petite relation ', lorsque j'estois en France, dont vous eustes la bonté de me dire que vous étiez très satisfait, Il semble donc que Dieu m'a suscité

1, Voir plus haut de la page 73 à la page 132.

comme un autre Moyse pour aller délivrer Ce peuple de sa captivité, ou comme un. Caleb pour le ramener dans le pays de ses pères et leur ancienne demeure, dont il ne luy restoit que de faibles idées.

Cependant le Montréal joue ici le personnage de Pharaon; il ne peut voir cette transmigration sans en frémir, et il s’arme pour la confondre. Mais j'espère que Ja Cour faisant attention que le peuple est une beste féroce sans guide et sans lumière, elle aplanira mon chemin et n’en rompra les digues que pour inonder et faire submerger ceux qui auront la témérité de vouloir renverser un dessein si légitime. Le peuple n'a jamais connu C€ qu'il a demandé : ila brisé le sceptre de son premier roy qui estoit Dieu mesme; il à voulu rejeter et mesme lapider celuy qui leur faisoit pleuvoir des viandes exquises Suf les terres les plus ingrates, et qui perçoit les rochers pour Îles désaltérer. De quoi se plaint le Montréal touchant le poste du Détroit, puisque c'estoit un pays abandonné et dont la possession estoit demeurée aux Iroquois et aux Loups ? C'estoient eux qui y faisoient la chasse et dans tous ses environs, qui en apportoient les peaux, les castors et la menue pelleterie aux Anglois. C'est un fait sans réplique et il faut estre plein d'opiniastreté et d'injustice pour en disconvenir: |

Donc j'ay bien pris mon temps pour commencer cet esta-

blissement. Les Iroquois s'en sont absolument retirés, ous S'il

y en reste, ils sont meslés avec n0$ alliés. Toute la chasse s'y

fait par nos Sauvages et dont lecommerce nous revient. C’est donc un avantage POUT je Royaume et un bien qu'on à SOUS” trait et arraché à l'Angleterre. Les particuliers Se plaignent que la Compagnie de la Colonie en profite. Je n'en discon-

ays toit

on ; rme tten-

18 luigues téméle n’a de son eter et jandes coit les ontréal S abanquois et et dans stors et réplique - en dis-

cet esta s, OUs s’il chasse S'Y ent. C’est

plaignent en discon-

viens point. Je leur laisse la liberté de crier. Je voudrois seulement qu'ils eussent des yeux pour sçavoir discerner que ce n’est pas la faute de l’establissement ni de celuy qui en a donné le projet.

J'avoue encore qu’il y a eu de la hardiesse de venir planter un commerce de Compagnie, au milieu des peuples non policés et qui commencent d’avoir quelque rayon de subordination, ce qui pourroit bien l’effacer, voyant qu'on les réduit tout d’un coup à la nécessité de prendre ce qu’on leur veut donner, et d’essuyer les brusqueries des commis de Compagnie, qui les traitent suivant leur caprice, ou, pout mieux dire, suivant leur humeur brutale, dont ces sortes de gens sont ordinairement farcis. Je veux croire que les affaires du Royaume ont déterminé la Cour de prendre ce parti-là pour un temps, dans les vues de réunir ce poste, après son bail consommé, au domaine de Sa Majesté. C’est dans ce mesme esprit que je me suis consacré à y servir le Roy, en mesnagean: nos alliés, leur faisant concevoir que cette seconde captivité, ou pour mieux dire cette barbarie plastrée, va bientost finir. Je ne sçais si toutes mes promesses pourront conserver leur patience jusqu'à ce temps-là. Je crains que cette espèce de servitude ne leur fasse prendre la résolution de faire alliance et commerce avec l’Anglois. Il ne faut pas s’en prendre à moy, si cela arrive. Moyse alloit, dans les occasions de murmure,

sur la montagne pour y consulter celuy qui l’avoit envoyé avec sa verge ou son baston seulement, et il luy respondoit ses oracles. Je marche sur ses traces. — J'escris à la Cour; je luy rends compte de ma conduite, des crieries et des murmures d'un peuple insensé, mais je ne reçois point de response. On laisse crier, on escoute mesme les piaillards, et on me laisse

cet os à ronger sans vouloir, il semble, s'en mesler, quoiqu'il

n'en couste qu'un COUP de tonnerre pour faire trembler et imposer silence à tous ces murmurateurs, Car, EN un mot, Monseigneur, je VOUS répéteray Ce que j'ay eu l'honneur de vous dire moy-mesmeé; que cet establissement est bon ou mauvais. S'il est bon, i] faut ie soustenir, Sans que cette affaire soit portée davantage en délibération avec jes habitans du Canada, ainsi que vous en avez desjà donné l'ordre à MM. de Callières et de Champigny! Pourquoy donc souffrir encore des délibérations Sur CE mesme sujet ? Vous avez tonné pour jes ordres que vous avez donnés pour commencer cet establissement. Il s’agit maintenant que vous fassiez gronder le tonnerre, que les esclairs y soient meslés, vour l'achever, et pour consommer votre Ouvrage et que les cœurs soient disposés à escouter vos ordres là-dessus, Sans avoir envie de vous en entendre parler davantage; Car enfin, il est temps que ces conversations finissent. Je sçais bien que Pour y parvenir il faudroit que les Jésuites se sentissent un PEU de la foudre.

Si cet establissement est mauvais, il est bon que la Cour Se détermine plus tost que plus tard. J'en ay dit mon sentiment. J'en ay expliqué les circonstances. Vous avez esté pénétré de la nécessité qu'il y a Eu de le faire, et de son utilité pour la gloire du Roy; le progrès de ja Religion et l'avantage de la Colonie. Que me reste-t-il maintenant à faire, qu'à imiter cé gouverneur de la Cité sainte, c'est-à-dire de prendre de l'eau et de m'en laver les mains !

Si vous aviez voulu m'en accorder le gouvernement, il en auroit esté de cette affaire comme de toutes les autres. Les criailleries et les murmures se seroient changés en félicitations

et complimens, Parce que ceux qui me portent envie, et qui

iqu'il ler et mot, ur de on Où affaire ans du M. de + encore iné pour establiser |e tonr, et pour disposés à vous En js que CES sarvenir il foudre.

la Cour Se sentiment:

pénétré de lité pour la Antage de la ‘à imiter ce

dre de l'eau

ement, il en autres. Les félicitations

envie, et qui

craignent sans sujet rnon avancement, trouvent tousjours a55€Z de forces pour noircir tout ce que je fais, dans la pensée que je mourray dans la peine, au lieu que, s'ils voyoient leur espérance achevée et finie, ils suivroient le cours ordinaire du monde, qui seroit d’applaudir au projet, contre lequel on s’est tant deschaisné.

Toute la grâce que je vous demande, c'est de vouloir esloigner de votre pensée que ce que j'en fais et ce que j'en dis, soit dans les veues uniquement de vous porter à ériger ce lieu en Gouvernement, et que vous ayez la bonté de me l’accorder avec le commandement général de ce pays; mais c'est parce que je suis assuré, et il vous est aisé de le pénétrer, que tout en iroit bien mieux dans ce poste. Tous les hommes se laissent frapner par l’esclat de l'élévation. Les Sauvages ne douteroient plus de la promesse que je leur ay faite de la part du Roy et de la vostre, qu'on y feroit un establissement considérable et qu'on ne l'abandonneroit point, et les Montréalistes et généralement ceux qui m'en veulent perdroient haleine et finiroient leur mauvaise volonté. Au bout du compte vous n'accompliriez vous-mesme que ce que vous avez eu la bonté de me promettre de vostre propre bouche, et que j'ay peut-estre mérité depuis tant de temps que je suis parmi ces barbares, où j'ay passé ma bonne jeunesse, ayant maintenant quarante-sept ans.

Si vous voulez bien vous-mesme régler les choses qui regardent ce poste, sans les renvoyer au Canada, tout en iroit mieux, parce que, ne me trouvant point sur les lieux, c'est-à dire auprès du Gouverneur générai et de l'Intendant, ils ont tousjours quelque raison particulière pour ne point m’accorder la

protection que je leur demande, 'et tout cela se fait pour mes- V. 21

ux qui me traversent, CE qu’il n'est pas en mon pou-

quelque mesure que je puisse er à ce que je vous en dis. Ainsi ayez la r décisivement. Vous ne devez rien nds des événemens sur les

nager ce prendre.

voir d'empescher, Vous pouvez vous fi de vous en explique part, je respo s escris.

er faire la traite par

ui est une continu a mauvaise con-

bonté craindre de ma choses que je vou

On continue d'envoy mi tous no$ alliés rétextes spécieux; 4 e des désordres infin se trouvant encor

sous des P ation des congés, ce qui caus duite des François, qui, liberté qu'auparavant, Y ca libertinage est capable d'inventer:

qui sont honteuses à la nation françois énormités qui méritent € tout cel des brouilleries si estranges P d'y pouvoir remédier.

On a envoyé: l'année de Montréal, pour aller dans le P Sueur. Il s’est si bien prévalu de € pour vingt-cinq ou trente mille livres de e de les traiter dans tout le P comme il l'a fait quoyque inutilement,

partie par les Outagamis. Je crois q s SOYEZ informé de cette affaire, afin q

me le remède convenable.

oissance de catise, puisque ce que je v

le temps que j'estoi

is par | e en plus grande les que le

usent tous les scand s suites

Ji en survient de get il s'y Passe des orrection; a cause mesme arrni nos alliés, qu'il sera difficiie

dernière, le sieur Boudor, marchand

ays des Sioux y joindre le e voyage qu'il y à apporté

la veu

vou vous-mes avec conn est arrivé dans le fait :

De tous temps tous nos alliés généraleme

e les Sioux. Lorsque je fus arrivé

guerre contr

marchandises dans ays des Outaouës; ayant esté pillé en y'il est nécessaire que ue vous y portie#

Je vous en parlerayÿ ous en diray

Ç à Missilimakinak. Voicy

nt ont eu la à Missihinaki-

Joudre.

rez a L rien \C les

; alliés es cone congrande que le S suites asse des e mesme a difficiie

marchand joindre le

a apporté dises dans Outaouas:

té pillé en essaire que sy portiez n parleraÿ Lus en diray

L4 ! * inak. Voic)

t ont eu la Missilinaki-

nak, en conformité des ordres de feu M. de Frontenac, qui estoit le plus habile homme qui fut jamais en Canada, je négociay une trêve entre les Sioux et tous les alliés. Je réussis dans cette négociation et je me servis de cette occasion, faisant tourner les armes contre les Iroquois, à qui ncus avions déclaré la guerre, peut-estre injustement sur de faux exposés, qu'on avoit faits à la Cour. Ensuite de cette trêve, je fis conclure la paix entre nos nations et celle des Sioux. Eile dura pendant deux années. Au bout de ce temps-là, les Sioux en grand nombre, sous prétexte de venir conformer cette paix et la bien ratifier avec les Miamis, en furent parfaitement bien reçus, ct après avoir passé quelques jours dans leurs villages, ils en sortirent fort satisfaits en apparence, et ils avoient cffectivement raison de l’estre par le bon accueil qu’on leur avoit fait. Les Miamis, les croyant desjà bien loin, s'endormirent tranquillement; mais les Sioux, qui avoient prémédité leur coup, rentrèrent la meme nuit dans leur village, et ayant surpris les Miamis, ils en firent un carnage d'environ trois mille âmes et mirent le reste en fuite.

Cette perfidic irrita toutes les nations; elles vinrent à Missilimakinak m'en porter leurs plaintes et me prier de me joindre à elles pour aller exterminer les Sioux. Mais la guerre, que nous avions sur les bras avec les Iroquois et les Anglois, ne permettoit pas d’escouter cette proposition. Il fallut prendre le parti de bien haranguer et de faire l’orateur pour venir à mes fins, et enfin la conclusion en fut de pleurer les morts, de les envelopper et de les laisser dormir chaudement, jusqu'à ce que le jour de la vengeance fust venu, en leur disant qu'il falloit premièrement nettoyer la terre du costé de l’Iro-

quois, qu'il en falloit mesme en esteindre la mémoire, après

quoy on vengeroit avec plus de facilité l'action énorme, que

les Sioux venoient de commettre CONTE eux. Enfin je ména-

geay Si bien les esprits que l'affaire fut résolue de la manière

que je l'avois proposée Mais comme les vingt-cinq congés Subsistoient dans CE temps-là, et que l'avarice et la cupidité de faire du castor pressoient les François d’aller en chercher chez les Sioux, n0$ alliés s'en plaignirent fortement, et Me remontrèrent qu'il ÿ avoit de l'injustice, que dans le temps mesme qu'ils voient les armes A la main pour nosiré propr' querelle contre Îles Iroquois, Îles François alloient chez Îles Sioux porter des munitions de guerre pour les faire tuer, €t ils me prièrent d'y remédier, d'autant mieux que Îles François passoient sur leurs wrres et devant Jeurs villages, €E qui estoit violer le droit des gens. — J'en informay M. le comte de Frontenac et M. de Champigny qui, ayant fait attention aux raisons que je Jeur en avois mandées, firent publier une ordonnance à Montréal, portant défense d'aller chez les Sioux pour y trafiquer à peine de mille livres d'amende, de confiscation de leurs marchandises, €t d'autre peine arbitraires suivant Îles avis que jen donnerois. Cette ordonnance me fut envoyée à Missilimakinak, avec ordre de l'y faire publier et dans tous les autres postes esloignés, Ce qui fut exécuté. Je descendis la MEsMe année à Québec, ayant demandé d'estre relevé, et depuis ce temps-là, malgré cette défense, les François ont continué d'aller commer cet chez les Sioux, mais non pas sans avoir essuyé des affronts et des indignités par nO$ alliés, mesme qui font déshonneur au nom François.

Voicy maintenant où en sont les choses. Toutes les nations s'estant SOUVENUES de la promesse que je leur avois faite, qu

fut de me joindre à elles pour aller contre les Sioux: après que

, que nénaanière congés dité de er chez remonmesme querelle s Sioux et ils me çois pasqui estoit comte de ntion aux er une OTles Sioux

de confis-

arbitraire, nce me fut publier et exécuté. Je ndé d’estre

les François

es les nations

ois faite, qu

ux:, après que

et, s’il se mettoit en estat de les forcer, de luy faire une résis-

cn à D 6 eu

la guerre seroit finie contre l’Iroquois, m’ontsommé de la leur tenir, mais comme le temps fournit un bon prétexte, je m'en suis servi, en disant que je me battois aujourd’huy contre l’Anglois et qu'il falloit patienter. Sur quoy elles m'ont répliqué ‘44 4 : que, si je ne voulois point entrer dans leur querelle, qu’ils Ci A nt avoient une prière à me faire, espérant que je la leur accor- Fe FE derois, qui est d'empescher, comme je l'avois fait dans le temps que j'estois à Missilimakinak, que les François n’allassent pas davantage chez les Sioux pour y porter des armes et des munitions de guerre, me déclarant estre dans la résolution de s'y opposer, qu’il venoit de se faire un combat, où il s’estoit trouvé deux Francois qui avoient esté tués parmy les Sioux, avec qui ils s’estoient joints.

Jay envoyé à M. de Cailières mon sentinent sur cette affaire, et à M. de Beauharnois, et je leur explique nettement

qu'il est important de ne point violer ainsi nos promesses,

et que nous ne pouvons le faire, sans nous exposer à perdre la confiance que nos alliés ont en nous, et qu’ainsi j'estime qu'il est à propos de ne plus permettre d'aller en commerce * chez les Sioux, sous quelque prétexte que ce puisse estre, d'autant mieux que le sieur Boudor vient d’estre pillé par la nation des Renards, et que le sieur luchereau a donné inille escus en marchandises pour avoir le passage libre pour aller à son habitation, parce qu'ils prétendent avoir le droit de le faire, vuisque c’est un secours qu’on porte à leurs enne-

mis. Au bout du compte je ne crois pas qu’ils ayent grand tort.

Ils m'ont représenté aussi que le Sueur alloit chezles Sioux par le Mississipi, mais qu'ils estoient résolus de s'y opposer,

tance. [ls ne respondoient pas des événemens. Ainsi c'est un avis, que vous pouvez donner au Sueur par le gouverneur de Mississipi.

Tous ces désordres ne viennent qu'à cause des nabitations françoises esloignées, qui sont toutes très inutiles ou pour mieux parler très pernicieuses, puisqu'elles ne servent que de prétexte pour obtenir des permissions et des congés. Ceux qui les ont, au lieu d'aller en droiture, font le commerce de castor et de toute sorte de pelleteries par la Grande Rivière, dans le lac Huron, dans le lac Supérieur. dans le Michigan, et généralement dans tous les pays des Outaouas. C’est ainsi qu'on en a usé et qu'on en use encore actuellement. Les sieurs de Laforest et Tonty, et maintenant les sieurs de Juchereau et Pascaud, associés, commercent dans tout ce pays mesme jusqu’aux environs du Détroit; c’est ce qui donne de la jalousie au public et qui cause toutes ces escapades des Canadiens libertins, qui disent sans façon qu’il n’y a que les sages et les obéissans qui en sont les dupes. En vérité, ils n’ont pas tout le tort en cela, car il leur est fascheux de voir que quelques particuliers escument le lait et tondent la laine du pays par les congés et permissions qu’on leur donne.

J'en ay escrit fort souvent, mais on garde un grand silence sur cela. Vous sçavez que le pays des Illinois a esté accordé à M. de La Salle, avec des clauses et des conditions, dont il n'en a effectué aucune, et ce poste n’a servi qu’à fournir bien des contestations avec les fermiers de Sa Majesté à cause de la méchante qualité du castor qui en sort.

C’est pourquoy la Cour a défendu aux sieurs de Laforest et Tonty d'y en faire le commerce; mais, en mesme temps, elle leur a permis d'y trafiquer les menues pelleteries, ce qui

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est une surprise manifeste, puisqu'il est certain qu'iln’y en a d'aucune espèce dans ces lieux-là, n'y ayant que des peaux de bœufs et quelques chevreuil:; mais ils en trouvent assez par tout ailleurs, ayant tousjours eu ia liberté de trafiquer en tous lieux, sans qu’on leur en dise mot, et il n’est pas difficile de pénérrer ce que ce peut estre. Pour moy, je ressemble à saint Jean Bouche-d'C- -+-rce que je dis ce que je pense. Ainsi je crois que toutes ces habitations trop esloignées et où il n'y a aucune règle, font beucoup de mal et ne sont d'aucune utilité. Celles qui sont proches d'un establissement ne sont pas de mesme. En un mot, il est certain que les expositions que les sieurs de Laforest et Tonty ont fait qu’ils avoient fait des avances au sieur de La Salle, sont des illusions. Ils n'ont jamais esté en estat d'en faire. Tout le monde sçait leurs moyens et leur patrimoine, et ils s’en seroient bien payés depuis près de vingt ans qu'ils jouissent, non seulement de ce poste, mais pour :nieux dire de tous ceux des Outaouas par le moyen de celuy-là.

Il est encore arrivé que les Sauteurs, comme je veus l’'ay desjà dit, estant amis des Sioux, ont voulu donner passage par leur pays au sieur Boudor et autres pour aller porter des armes et autres munitions de guerre chez cette nation, mais les autres s’y estant opposées, il est survenu des différends entre elles, dont s’en est suivi 1: pillage, qu'on a fait au sieur Boudor, ce qui a donné lieu aux Sauteurs de faire coup sur les nations des Sakis et des Malominis, en ayant tué trente ou quarante, si bien que voilà la guerre parmi ces peuples.

J'aurois remedié à tous ces désordres et terminé tous ces

de Laforest esme temps:

teries, Ce qui

différends, si je n’estois pas icy avec mon baston blanc, n'ayant aucun fonds du Roy pour l'employer en faveur des Sauvages,

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