‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 176 sur 304 · LE CHEMIN DE LA CAROLINE · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DE LA CAROLINE

Lettre du marquis de Vaudreuil au ministre.

1er Octobre 1701.

La paix générale, que M. le chevalier de Callières a faite avec les nations iroquoises, hormis l’Anié, ne laisse pas que de mettre l’Anglois en jalousie, et j'ay sceu d’un Sauvage de nos quartiers, qui estoit aux Aniez dès l’année passée, et qui s’est trouvé à Orange, dans un conseil général, que le gouverneur général de ces quartiers y a tenu, combien il avoit esté touché de Ja paix qu’ils ont faite avec nous. « Eh, quoy! leur a-t-il dit, ne voyez-vous pas que le François vous trompe? Il s'empare de vostre terre (parlant du Destroit). Demeurez icy, c'est vostre pays. Je vous défends d’aller en Canada, si ce n'est pour requérir vos parens. Si vous aimez la prière, je vous donneray des ministres. » Et, contre-balançant ensuite ce que leur avoit dit M. le chevalier de Callières, qui veult estre médiateur, s’il leur arrive quelques querelles : « Allés; si quelqu'un vous attaque, defendés vous, et je vous protégeray contre vos ennemys. » [l a appuyé cela de présens fort considérables et a fort insisté sur l'union qu'il veult avoir avec eux.

Jay eu advis aussy, Monscigneur, que la nouvelle que

j'avois eue l’année passée, etque j'eus l'honneur de vous mander, qu'ils vouloient s’establir sur le lac Ontario, estoit véritable. Vous ne vous estes point trompé. Les Iroquois s’y sont opposés ; 1l n'y a point de doubte que, si nous avons la guerre avec l’Anglois, il ne fasse tous ses efforts pour attirer les Iroquois. Je crois que le seul moyen de les tenir en bride seroit de faire un establissement devers Quinté, où nous avons eu autrefois une mission, au nord du lac Ontario. C'est leur lieu de chasse; ils en tireroient des secours, et il ne leur seroit point suspect. Le Détroit, d’un autre costé, attirant les gens d'En hault, je ne doubte pas que cela ne les empeschast de se déclarer.

Je suis persuadé que M. le chevalier de Callières vous donne de bons mémoires là-dessus, comme sur toutes autres choses.

J'ay instruit les marchands de Montréal des bontés que vous aviés pour eux, touchant ce quy leur estoit deub par les voyageurs du Mississipi et de vos sentimens pour les prests qu'ils feroient par la suite. Je souhaite, Monseigneur, que l’advis que je leur ay donné et le risque de leur argent les rende un peu plus retenus sur ces sortes de prests. J’ay beau faire, il en reschappe tousjours quelqu'un, dont je rends compte à M. de Callières.

Je ne manquerois pas, Monseigneur, de vous envoyer cette année les mémoires dont je vous ay parlé l’année passée, si ce n’est que les sentimens paroissent icy un peu partagés et que je ne veux vous en donner que de fort justes. Il est bien vray, cependant, que cinq de nos François ont esté à la Caroline par la rivière Ouabache, et qu'ils en sont revenus avec des

marchandises angloises et de grandes promesses. L'on ne

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sçait pas encore bien leurs desseins. Quelques-uns tiennent qu'ils doivent aller au bord de la mer trouver les François, pour sonder le gué de ce costé. ct prendre leur meilleur parti. Pour moy, Monseigneur, je reviens à mon but, c’est qu'ils y ont esté, et que voilà le chemin ouvert. Je ne doubte point que vous ne soyés informé de la sortie de Ouabache dans le Mississipi, qui a deux fourches. [ls sont entrés dans la première environ à quatre-vingts lieues des Tamaroas et ont monté environ quarante lieues dans ladite rivière, où ils ont trouvé la rivière par où ils ont esté à la Caroline. Ils lavoient mañquée d’abord, et avoient fait une quantité de chemin sans trouver d'autre rivière de ce costé. [ls furentobligés de redescendre pour prendre la mesme rivière, d'où ils ont esté aux Anglois, puisqu'ils en ont rapporté de la marchandise. Comme apparemment M. le chevalier de Callières vous mande la mesme chose, je le laisse à vous instruire des particularités de ce voyage.

AFFLUENTS pu MISSISSI pl,

POUR CONSERVER LE COMMERCE DES CASTORS,; Qui SE FAIT DANS LES PAYS ÉLOIGNÉS, LE CANADA DEMANDE DE LIMITER LA COLONIE À L'OUABACHE ET DE FAIRE, A PARTIR DE CE FLEUVE, DES POSTES

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