‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 205 sur 304 · A LA RADE DE L'ISLE DAUPHINE · texte numérisé non relu

A LA RADE DE L'ISLE DAUPHINE

Au commencement de cette année, M. de Bienville, ayant examiné ce qu'il y avoit de vivres dans les magasins et ayant veu qu’il n'y avoit environ que pour quatre mois de farine, donna ordre à M. de Bécancourt de monter le traversier avec vingt hommes pour aller à La Havane chercher des provisions de vivres. Pendant ce temps-là, il donna permission à cinquante hommes volontaires d’aller à la chasse pour vivre, où ils pourroient, chez les nations des Sauvages de nos amis, avec ordre de revenir quand ils apprendroient l’arrivée des vaisseaux.

Comme j'estois jeune et que j'aimois avec passion à courir, Je me mis de ce nombre. Nous allasmes avec plusieurs canots jusqu’à la bayede Saint-Louis, tous ensemble, où nous fismes très bonne chasse et pesche, avec quoy nous vivions. Au bout de quelquesjours, je proposay à vingt de mes camarades des plus jeunes d'aller ensemble, en remontant le Mississipy, voir quelques-unes des nations du bord du fleuve, je con-

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noissois toutes ces nations, parce que, pour mon particulier, je l'avois remonté desjà trois fois : la première fois avec M. de Bienville jusques vis-à-vis le lac de Pontchartrain; la deuxième avec M. d’Iberville jusqu'aux Taensas, et la troisième avec M. Lesueur jusques au sault de Saint-Antoine. Depuis cinq ans aussi que j'estois dans la Louisiane, j'avois appris assés bien leurs langages, surtout le Mobilien, qui est le principal et qu’on entend par toutes les nations.

Nous partismes donc une vingtaine, sans en rien dire à nos autres camarades, avec trois canots et une chaudière. Nous montasmes jusqu’au Soupnatcha, où nous trouvasmes les Biloxis, petite nation qui demeuroit auparavant auprès du premier fort que nou vions en arrivant dans le pais. M. de Saint-Denis les a ‘it venir depuis pour s’establir dans cet endroit, parce qu’estant plus proches de son fort, il en tiroit quelquefois des vivres pour subsister plus aisément dans son establissement. Après que nous eusmes couché dans leurs cabanes, nous en repartismes le lendemain matin. Ayant pris quelques petites provisions de vivres qu'ils nous donnèrent, nous portasmes nos canots par terre jusqu'à une demi-licue de là, où est le Mississipy, sur lequel nous nous embarquasmes. Quand nous fusmes au Baston-Rouge, nous mismes pied à terre pour chasser; nous entrasmes dans un bois, environ douze que nous estions ensemble, les autres ayant resté aux canots pour les garder et tenir du feu allumé. Au bout du bois où nous estions entrez, nous trouvasmes une prairie. Je n'ay jamais veu de ma vie une si grande quantité de bœufs sauvages, cerfs et chevreuils, qu'il y en avoit dans cette prairie. Nous y tuasmes cinq bœufs, que nous dépouillasmes et

coupasmes par morceaux pour porter à nos camarades qui

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RELATION DE PÉNICAUT, 443

estoient restez à nos canots, et, commeil y avoit du feu allumé,

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Gb pareillement dans nostre chaudière. Nos camarades firent des

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k cabanes sur le bord du Mississipy, pendant que nous estions la La ailés chercher le reste de nos bœufs, que nous apportasmes ! VASE que dans nos canots. Nous nous trouvasmes si bien dans cet en- 1,00 Ce, ) a vois lien, qui .

dire à nos ère, Nous rasmes Îles rès du pre- parce qu'entre nous autres, quoique jeunes, nous avions élu

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un chef à qui nous obéissions, et qui nous posoit en senti- , + .

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droit que nous y restasmes plus de dix jours. 11 y en avoit tousjours quelques-uns d’entre nous qui alloient tous les jours à la chasse, surtout le soir dans les bois, où l’on trouve ordinairement des outardes et des poulets d'Inde, qui y viennent se percher sur les arbres : ainsy nous changions de temps en temps de mets. Le temps ne nous paroissoit long que la nuit,

nelles, deux à la fois, quand la nuit estoit venue. Une de ces

sentinelles estoit avancée à la demi-portée de fusil de l'autre, nt dans son

: dans leurs . Ayant pris s donnèrent, e demi-lieue L'embarquas-

nous mismes

qui gardoit ceux qui dormoient dans les cabanes. Chacun à

son tour faisoit une heure de faction. Au reste, la prière se r disoit exactement soir et matin. Au bout de dix jours, après

avoir fait cuire ce qui nous restoit de viande, que nous por-

tasmes dans nos canots, nous partismes pour aller aux Ou-

mas, qui est une autre nation de Sauvages, amis des Fran-

x cois, qui demeure sur le bord du Mississipy, à trente lieues MCE si nr du Baston-Rouge. Ts nous receurent parfaitement bien, nous es ayant res

£, Au boutdu une prairie.

ntité de bœufs ans cette praiépouillasmes €t

camarades qui

donnant de leurs vivres en abondance. Nous n'y restasmes que six jours, au bout desquels nous en partismes pour aller aux Natchez, qui est la nation qui m'avoit paru la plus affable et la plus polie des bords du Mississipy. Nous y arrivasmes au bout de trois jours à midy; nous y fusmes receus avec toutes les marques possibles de bon visage et d'amitié. Tout

le monde y estoit en jove, parce que c’estoit le commencement d’une feste des danses, dont je feray la description. Nous restasmes très longtemps dans leurs villages, où nous oubliasmes presque les ordres de M. de Bienville, par les plaisirs que nous y receusmes.

Le village des Natchez est le plus beau que l’on puisse trouver dans la Louisiane. Il est situé à une lieue du bord du Mississipy. [l est embelli par de très belles promenades, que la nature y a formées sans artifice. Ce sont des prairies à lentour, garnies de fleurs, entrecoupées de petits costeaux, sur lesquels sont des bosquets de toutes sortes d’arbres odoriférans. Plusieurs petits ruisseaux d'une eau très claire sortent de dessous une montagne, qui paroist à deux lieues de ces prairies, et, après avoir arrosé en quantité d’endroits, ils se ramassent en deux gros ruisseaux, qui font le tour du village, au bout duquel ils se joignent ensemble, en forme d’une petite rivière, qui court sur un gravier finet va passer par trois villages, qui sont à une demi-lieue l'un de l’autre, et ensuite il tombe à deux lieues de là dans le Mississipy. L'eau en est très agréable à boire, parce qu'elle est en esté froide comme de la glace, et en hiver elle est tiède.

2e village a eu autrefois un missionnaire nommé M. de Montigny, un des quatre qui estoient venus du Canada. Mais il n'y est pas resté longtemps; n'y ayant pu faire aucun progrès, il a passé en France. On trou‘'e dans ce village tout l'agrément possible pour la société avec cette nation qui n'a point les manières farouches des autres Sauvages. On y trouve toutes les choses nécessaires à la vie, comme bœufs, vaches, biches, cerfs, chevreuils, poules et poulets d'Inde, et quantité d'oyes. Il y a aussi du poisson en abondance de

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