‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 3 sur 304 · Voir l'introduction du IVe volume · texte numérisé non relu

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IV INTRODUCTION

de la chaîne de postes, nous rattacherons cette partie du Nord avx premiers postes du Sud, dont le quatrième volume nous a offert la création dans ses détails.

Ici, après qu’une relation étendue aura continué d’esquisser, de 1699 à 1722, la naissance successive des établissements aux côtes du Mexique, sur le Mississipi et plusieurs de ses affluents, on remarquera une série de mémoires et de lettres concernant la fondation de la Nouvelle-Orléans et celle de la Balise. Nous aurons, ainsi,. accentué d’une manière plus ferme et plus précise le souvenir de la prise de possession effective du fleuve, au moment où le financier Law dirigeait une grande émigration sur la Louisiane, qui, suivant l'expression de l'ingénieur Pauger, « faisait alors toute l'espérance du Royaume et, pour, ainsi dire de l'Europe. »

Ces documents auront donc indiqué, tant au Nord qu'au Sud, les divers points sur lesquels se sont fixés les premiers groupes de population, qui ont rattaché le Canada à la Louisiane par deux courants d’émigration, partant l’un du Canada, l’autre du Bas-Mississipi. C’est alors que l’œuvre de Cavelier de La Salle, près de devenir féconde, aura commencé à s'emparer de l'avenir sous les apparences les plus humbles, comme le chêne qui vient de poindre à la surface de la terre.

Un illustre écrivain, ayant à parler de l'empereur Julien, proclamé à Lutèce et élevé sur le bouclier par ses troupes, s'arrête un moment au texte du Misopogon, qui décrit la ville des Parisii, située sur une île que des ponts de bois joignaient aux deux bords de la rivière : « On se plaît, dit-il, à rechercher l’origine des grandes cités comme à remonter à la source des grands fleuves. »

La découverte des terres, et ensuite la naissance des premiers bourgs, la formation des premières villes, sont les origines d'un pays. Par conséquent notre recueil, qui rassemble les documents concernant l’un et l’autre de ces grands actes, doit permettre de comparer les territoires et les cités, tels que nous les voyons, au sol trouvé sauvage et aux cités qui se sont élevées sur ce sol.

Pour se faire une idée approximative de l'importance de l'œuvre des Découvreurs et des Pionniers dans l'étendue de la

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INTRODUCTION. V

chaîne de postes que représente ce volume, voyons simplement les chiffres de population dans des lieux où les Français ont frayé la route.

En 1880, dans la partie voisine du lac Champlain, l’État de Vermont y présentait Burlington avec 11,364 et Rutland 12,149 âmes. En 1860, dans la partie nord du Ja Ontario, par exemple, le recensement anglais montrait dans le comté de Frontenac, c'est-à-dire à Frontenac, 27,437 habitants, et à Kingston, 13,743. A Toronto il y en avait 44,821. — Depuis vingt-cinq ans le chiffre doit s'être élevé de beaucoup, mais je n'ai pas sous la main d’élément d’information sur ce point.

Plus heureux du côté des États-Unis, je vois en 1880, sur la partie sud du lac Ontario, c’est-à-dire les côtes occidentales de l'État de New-York, Buffalo avec 155,134 habitants.

Puis sur le lac Érié, aussi aux côtes occidentales des États de Pensylvanie et de l'Ohio, nous distinguons Cleveland avec 160,146 habitants; Toledo, 50,137, et Sandoské, 15,838.

L'État d'Indiana, que parcourent l'Ouabache et la rivière des Miamis, nous offre Indianapolis avec 75,056 habitants. Vincennes, l’ancien poste français, n’en a que 7,680.

Le lac Saint-Clair et le lac Huron nous mènent à l'Etat de Michigan où est le Détroit Pontchartrain avec 116,340 âmes, et de là vers l'Ouisconsin où nous trouvons Milwaukee, peuplé de 115,587 habitans.

Au Sud de l'Ouisconsin est l'Illinois avec Chicago la Reine des Lacs, qui ne compte pas moins de 503,185 âmes, tandis que Peoria, un de nos anciens postes, en a seulement 29,259.

Dans l'État de Minnesota, au Nord-Ouest du Ouisconsin, s'élèvent Saint-Paul avec ses 41,473 habitants et Minneapolis avec 46,887.

Au Sud de l'État d'Illinois est l'État du Missouri; la ville de Saint-Louis y a des proportions considérables de population, 350,518 habitants.

L'État du Mississipi paraît bien pauvre. Les chiffres ne s’en

1. Tous ces chiffres de la population des villes que je cite sont tirés de l'American Almanac and Treasury of Facts, publié par M. Ainsworth Spofford.

VI INTRODUCTION

élèvent pas, aux Natchez, au-dessus de 21,373 habitants, à

Vicksburg, de 11,814.

A l'Ouest, en descendant le fleuve, l'État de Louisiane, dans lequel est la Nouvelle-Orléans, est fier de ses 216,090 habitants, fier aussi de son avenir, tandis que le premier chef-lieu des établissements français dans l’Alabama n’a que 29,132 âmes.

On peut apprécier par ces chiffres les effets de l'action de la France, continués par le temps. Nous ne représentons pas ici tous les États qui lui doivent leur origine; c'en est assez, pour admirer le point où l'on est déjà parvenu, de considérer les faibles commencements, que ce cinquième volume met sous les yeux.

Dans les comparaisons que l’on sera porté à faire, on remarquera, par exemple, à la date de 1695, Missilimakinak, qu'on surnomme le Gibraltar de l'Ouest américain, avec ses maisons de bois, de pièce sur pièce, couvertes d’écorces de cèdre; seules, les maisons des Jésuites l’étaient de planches.

En 1710, les cinquante et quelques pionniers, qui sont au fort du Détroit Pontchartrain, ne nous apparaissent pas mieux logés. Ils occupent des maisons construites de pieux debout et de terre, couvertes d'herbes, celle du Commandant comme les autres. Depuis que le Roi n’en fait plus la dépense, il n’y a que deux maisons de pièce sur pièce : la chapelle qu'habite le missionnaire récollet et le magasin de la Compagnie, hors du fort. A une demi-portée de fusil, il y a une méchante grange et une maison qui sert d'établie.

Telle était, quatre ans après sa naissance, la ville où, en 1851, Jacques Ampère admirait une rue d’une demi-licue de long, et large comme les plus grandes de Paris et de Londres. Quelle différence avec la ville de 1710, maïs aussi entre les deux époques que d'événements, que de changements opérés, auxquels le

Détroit a eu sa part. L’avènement de la Démocratie en Amérique, annoncé, en 1711, par un de nos administrateurs de l'Acadie, avait é'é déjà l'objet des études du comte de Tocqueville, venu au Détroit en 1831, et l'on pouvait avoir une haute estime pour elle en France, lorsqu'elle y était représentée, de 1836 à 1842, par un homme du Détroit, le général Cass, qui, après avoir fait

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INTRODUCTION. VII

à M. Ampère les honneurs de sa ville, y recevait encore en 1876 le prince Napoléon.

Les villes auxquelles les Français ont donné naissance dans l'Amérique du Nord conservèrent longtemps le pauvre aspect de leurs commencements, à en juger par l’état de la capitale de la Nouvelle-France, en 1726. — Québec, d’où trente-six ans avant, le Gouverneur lançait aux An; ais des paroles si fières, et qui aujourd’hui, sous la domination britannique, est d’une si grande importance politique, semblait alors au Marquis de Beauharnais et à l’intendant Dupuy tout ce qu’il y avait de plus disgracieux, même de plus effrayant à voir. Les murs de ses maisons n'étaient toujours composés que de pieux de bois de neuf à dix pieds de hauteur; la plupart étaient renversés par le travers des rues, de telle sorte qu’on eût dit que ce n’était qu’un chantier, et, pour ajouter à l’analogie, les particuliers faisaient de grandes provisions de bois à brûler, qu'ils plaçaient le long des maisons. C'était là un danger permanent d'incendie, auquel n'échappa pas la Nouvelle-Orléans, construite primitivement aussi en bois. En 1788 elle était entièrement détruite par les flammes, et il ne lui restait de son passé que son emplacement, du reste, si admirablement choisi :.

Je ne doute pas toutefois que le souvenir de ce choix ne soit assez intéressant pour faire, suivant la pensée de Chateaubriand, apprécier aux habitants de cette ville les documents, où ils verront les difficultés qu'elle a dû surmonter pour s'élever du sein d’une inondation presque continue sur le terrain, qui, d’après les ordres de la Compagnie d'Occident (14 avril 1718), devait être le long du Mississipi, dans l'endroit le plus commode pour la communication avec la Mobile, soit par mer, soit par le lac de Pontchartrain.

Le projet de cette ville étant déjà dans l'esprit des administrateurs dès octobre 1717, avec le nom même du Régent, on se

1. « Tout ce que l’on peut dire en faveur de celui qui en jeta les fondements, c’est qu'il n’y avoit, à une grande distance, aucune position plus belle, plus élevée ou plus saine, Plus haut elle aurait été trop éloignée de la mer, plus bas elle aurait été plus sujette encore aux inondations. » ! Voyage dans les deux Louisianes, 1801- 1803, par Perrin du Lac.)

Viii INTRODUCTION.

mit en 1718 en mesure de l’exécuter; mais les eaux du fleuve, qui débordaient deux fois l'an, inondaient les trois quarts des quarante lieues que la Compagnie se réservait depuis le Détour des Anglais jusqu'au canal de Manchac. Les eaux couvraient les îles qui se trouvaient dans les passages, principalement celles qui étaient entre les deux passes du fleuve. — Ces eaux y croupissaient des deux et trois mois, et rendaient l’air malsain.

C'était à désespérer de construire jamais une ville sur un terrain vaseux, spongieux, entouré de cyprières et de pays noyés. En 1719 il n'y avait que quatre maisons. C'était l'embryon de la ville du Croissant, de cette reine du Mississipi, aujourd’hui si fameuse comme l’un des plus grands marchés du Nouveau Continent; encore l’on ignorait si cet embryon pourrait subsister. Cette année-là, l’inondation, qui avait duré six mois, avait obligé les pionniers à quitter et à aller s'établir aux Natchez, où le terrain était plus élevé et les chaleurs moins grandes. Malgré ces obstacles, M. Leblond de La Tour, ingénieur en chef, ordonnait le 9 mars 1722 à M. de Pauger d'aller à la Nouvelle-Orléans dresser une ville régulière. En 1723, cette ville devenait le chef-lieu de la colonie, et bientôt après on y faisait des levées pour protéger contre des inondations périodiques les maisons construites, qui, en .1800, étaient plus de huit pieds au-dessous du niveau du fleuve. Mais, comme le disait alors un voyageur, le peu de solidité des ouvrages, dont dépendait la sécurité des habitants, faisait toujours frémir à l’idée du danger qu’ils couraient chaque année, aux mois de mai et de juin, d’être engloutis ou submergés.

Le rapprochement des commencements de ces villes avec leur importance présente n'est pas tout ce qui fait l'intérêt de ce volume, non plus que l'honneur d’avoir présidé à leur naissance. — L'éloignement où elles sont les unes des autres, perdues en quelque sorte au milieu des villes plus récentes, marque les espaces immenses, que les Pionniers avaient à parcourir pour communiquer entre eux, et l'appui que les premiers entrepôts leur prétaient dans leurs courses d’un point à un autre.

Le travail constant de l’homme pour améliorer la terre et pour se l’approprier, pour constituer des groupes de sociétés qui

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INTRODUCTION. IX

étendent peu à peu le monde civilisé, offre à l'esprit le spectacle d'une série de conquêtes de la volonté, spectacle qui oblige au respect. Ce volume, dont le titre nous indique le résultat général d'actions particulières, possède doublement ce caractère.

Il a fallu, en effet, pendant longtemps, une forte volonté pour obtenir le droit de tirer parti des terres découverts, de même que cela avait été nécessaire pour avoir la gloire de les découvrir.

Il a été nécessaire aussi de combattre non-seulement contre la rivalité des peuples européens, contre les indigènes propriétaires du sol, mais aussi contre des factions, qui s’efforçaient de substituer leurs intérêts particuliers à l'intérêt public.

Là où, aujourd’hui, se sont installés des millions d'habicants qui en attendent d’autres, quelques missionnaires prétendaient confisquer pour eux seuls cette immensité, dont ils voulaient éloigner les officiers du Roi, leurs garnisons et les voyageurs qui, suivant l'expression de Cooper, annonçaient l'approche de la nation, comme des vapeurs mobiles précèdent l'arrivée du jour.

Le manque de place nous a empêché de laisser voir suffisamment ce côté de notre tableau. — Ce qui importait avant tout, c'était de rendre, pour ainsi dire, visible, la création de la première chaîne de postes entre le Saint-Laurent et le golfe du Mexique. Nous l'avons fait, mais nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser de montrer, au moins en partie, la chute des obstacles, qui barraient le chemin de l’une à l’autre extrémité des pays nouveaux.

L’exposé de ces luttes doit précéder naturellement celui des progrès obtenus grâce à elles. Si l’on veut savoir ce que ces progrès ont coûté, il est nécessaire de voir les empêchements qui les ont retardés.

Je vais donc exposer sommairement comment le Comte de Frontenac, qui avait été rappelé en 1682, a, dans un second gouvernement, rendu libre le chemin et soutenu l'occupation des pays de l'Ouest et du Sud, dont il avait, après Jean Talon, protégé les découvertes.

Le lecteur va se retrouver ainsi devant la faction qui avait

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X INTRODUCTION

voulu les entraver et avait provoqué le rappel du gouverneur. On verra comment il triompha de ses ennemis et mérita le titre de Père du pays; mais il faut dire, auparavant, comment ses anciens adversaires rendirent nécessaire son retour en s’engageant dans une voie qui ne faisait pas que rendre inutiles les découvertes de Cavelier de La Salle, mais qui faillit perdre le Canada.

Si nous nous plaçons en face d’un pays, récemment découvert, dont il reste beaucoup à explorer, et où l’on veuille s'établir au milieu de nations sauvages, les premières conditions, qui nous paraissent essentielles, c’est la paix avec ces peuples, afin d'avancer facilement; c’est, à cet effet, le règlement équitable des rapports entre eux et les éclaireurs; c'est un choix habile des chefs qui dirigent ou surveillent les mouvements; c’est encore le choix des lieux, d'où l’on veut rayonner sur toute l’étenduc de ce pays.

Pour peu que l’on ait observé l'entrée des Français dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi, l’on a pu remarquer que ce grand acte s'est accompli dans l'intervalle de deux guerres avec les Iroquois, et que le Comte de Frontenac avait pris un soin tout particulier d'entretenir la paix avec eux, soin que certaines influences s'étaient comme appliquées à contrarier.

Au moment même de son rappel, le Comte écrivait en cour : « Vous verrez, Monsieur, par la lettre que m'adresse le Père exsupérieur de Michilimakinak, l'alarme que prennent les cinq nations des environs et les secours qu'elles demandent, et que vous

sçavés bien que je ne suis pas en estat de leur donner et moins encore de suivre le conseil, que le Père voudroit m'insinuer, de faire la guerre aux Sonnontouans, ce qui n'est qu'une suite de ceux qu'ils m'ont donnés, depuis quelques années, auxquels je

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Le Comte de Frontenac, en se refusant à ces invitations, avait

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suivi la politique que commandaient et son peu de forces et l’enseignement des précédents. Nous avions manqué, du côté du lac Ontario et de l'Atlantique, l'occasion de nous garantir, à l'avenir, d’un grand danger et de nous assurer un avantage précieux. Il ne fallait pas perdre par imprudence celui auquei nous étions réduits.

Ce péril, qu’il eût été sage et hardi de détourner de nous, avait été aperçu deux fois par les chefs du Canada, qui, de 1663 à 1667, avaient exposé la nécessité de le conjurer. Le 4 août 1663, dans ses beaux projets pour la grandeur de la France dans l'Amérique du Nord, le baron Dubois d'Avaugour avait, entre autres idées, émis celle que, si le Roi voulait lui accorder quelques milliers d'hommes bons au combat et au travail, il pousserait du côté des Iroquois pour dissiper cette canaille, qui menaçait sans cesse le Canada, puis pour arrester le progrès des hérétiques, c'est-à-dire les Hollandais et les Anglais possesseurs des costes, enfin pour s'ouvrir sur la mer une communication, qui ne füt pas sujette aux glaces comme le Saint-Laurent, fermé pendant six à sept mois. Le baron d’Avaugour trouvait bon alors d’exagérer la cruauté des Iroquois, afin de mieux couvrir les desscins que l’on pourrait former « de crainte que l'ignorance des Anglois et que la foiblesse des Hollandois n’en prissent jalousie et ne se précautionnassent ». Selon lui, cependant, l’on ne devait faire que très peu de cas de ce qu'ils occupaient. Ce n'était alors, à proprement parler, « qu’une coste pour des pescheurs et de petite considération au grand Estat de l’Amérique, dont le fleuve du Saint-Laurent estoit comme le centre et le traversoit d’un bout à l’autre ».

Quelques mois après cette lettre, ce que le baron d’Avaugour avait proposé de faire pour la France, sans être écouté, l'Angleterre l'exécutait pour son compte. En pleine paix, le roi Charles II concédait au duc d’York et d'Albany, Jacques, son frère, tout le territoire qui s'étendait depuis la rivière du Connecticut jusqu’à la baic de la Delaware ; une expédition partait sous les ordres du colonel Nicholl, et, en octobre suivant, toute l’ancienne possession des Hollandais était occupée. La Nouvelle-Amsterdam dans l'ile de Manhatte prenait le nom de New-York et Orange devenait

XII INTRODUCTION

Albany. Nous avions perdu par là un avantage, qui finit par tourner contre nous. Il y eut pouriant, un moment, le moyen d’en arrêter le danger. Cette usurpation de territoire ainsi que la prise de la Guinée, autre possession des Hollandais, avait suscité entre les deux peuples une guerre que Louis XIV avait voulu arrêter, mais le Roi s’était-trouvé engagé par le traité de 1662, qui l’obligeait de secourir les Provinces-Unies. Aussi, les Anglais de la Nouvelle-York, dans le commencement de leur occupation, avaient-ils été effrayés de voir arriver près de Schenectady, à quelque distance d'Orange, le gouverneur du Canada, M. de Courcelles, qui n’en voulait qu’à la nation iroquoise des Aniez, mais avait été égaré par son gnide. La crainte des Anglais, que notre gouverneur ne vint s'entendre avec les colons hollandais, était une indication de ce qu'il y avait à faire. On eût pu, en temps de guerre, accomplir le projet du baron d’Avaugour. Mais on s’en était tenu à une attaque des Aniez.

Le 13 décembre 1665, les Iroquois étaient venus demander que l’on leur confirmät la paix, tant pour leur nation que pour les Goyogouins. Le 25 mai 1666, les Sonnontouans reconnaissaient l'autorité du Roi. Le 7 juillet 1666, les Onneious demandaient la paix en leur nom ainsi qu'en celui des Aniez. Ces derniers, seulement, furent exceptés de la clémence du marquis Prouville de Tracy, qui, malgré son grand âge et l’éloignement, voulut les aller châtier. Ie colonel Nicholl aprela alors à son secours les colons de la Nouvelle-Angleterre, lesquels s’excusèrent. Les Français s’arrétèrent à prendre possession, le 17 octobre 1666, du fort d’Andaouagué et des quatre forts conquis sur les Iroquois. Dans l'acte de prise de possession figure un Duguesclin. Cependant Jean Talon vit alors, lui aussi, l'importance qu'il y avait à occuper la Nouvelle-Hollande, et, si on ne s'en emparait pas, combien le moment était propice pour l'obtenir par négociation. Malheureusement il fallut passer outre.

Le traité de Breda (31 juillet 1667) laissa les Anglais maîtres de la Nouvelle-York jusqu’en 1673, que les Hollandais la reconquirent, mais pour peu de temps. En novembre 1674, nous avions définitivement pour voisin et pour ennemi un peuple qui ne cesserait de pousser et de protéger les Iroquois contre nous,

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