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INTRODUCTION. XIII
afin de s’en faire un instrument utile à ses vues. C'était là le danger dont j'ai parlé plus haut.
Colbert avait objecté, au nom du Roi, qu'il trouvait, à former un grand et puissant État en Canada, divers obstacles qui ne pouvaient être surmontés que par le temps. Quelque respect que j'aie pour la mémoire de ce grand ministre, je me demande s’il ne lui était pas possible d'aider à cette action du temps, qui devait lui répondre par le succès de nos rivaux. [1 me semble que pour des résultats importants il faut savoir oser et savoir dépenser, quand, plus tard, une prétendue prudence doit nous faire perdre le fruit des efforts insuffisants, auxquels nous avons cru sage de nous borner.
Faute de mieux, en nous résignant à ce voisinage, nous devions empêcher que les Anglais n’usurpassent les avantages, que nous pourrions tirer de notre position acquise dans le pays des Iroquois. Partie par intimidation, mais surtout par caresses, il fallait contenter des peuples, sur lesquels les Anglais, également leurs voisins, devaient tenter aussi d’exercer leur influence à nos dépens. En conséquence, Talon avait, en 1670, proposé d'aller établir des postes au Nord et au Sud du lac Ontario, à la fois pour barrer le passage aux Anglais de la Nouvelle- York et d'Albany et en même temps pour conserver à la Nouvelle-France Jes pelleteries, que les Anglais de Boston et les Hollandais de Manatte et d'Orange tiraient des Iroquois et que ceux-ci chassaient sur les terres de la damination du Roi ou sur celles, dans l'étendue desquelles il pouvait donner la loi.
Le voyage de M. de Courcelles au lac Ontario en 1671 et celui de M. de Frontenac en 1673 n'avaient pas eu d'autre objet. M. de Frontenac avait commencé à le réaliser par l'établissement d'un fort à la baie de Catarocouy, dans le Nord du lac Ontario.
Et,comme après le châtiment des Aniez une partie des troupes était rentrée en France, il avait cru que le Canada, manquant de forces, avait tout intérêt à s’attirer l'amitié des Iroquois, qui pouvaient, en temps de paix, lui procurer un grand commerce, et, en temps de gucrre, fermer aux Français le chemin des lacs. i ‘esprit beliiqueux et la politique de cette nation l'avaient fait redouter, et avoir la paix avec elle, c'était l'avoir partout. Mais
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XIV INTRODUCTION
cette conduite ne convenait pas à tout le monde. Le fort de Catarocouy donnait au commerce des pelleteri®s nn cours différent de celui qu'il avait suivi jusque-là. Tout ce qui venait de pelleteries du côté des Outaouas descendait seulement par la rivière du Long-Sault, au Nord du Saint-Laurent et n'y entraii qu’au lac des Deux-Montagnes, à r0 ou 12 lieues de Montréal, tandis qu'avec l'établissement du fort de Catarocouy les pelleteries pouvaient descendre par la navigation des Lacs, qui se continuait depuis le Lac Supérieur et même jusqu'au Lac Ontario.
Dans ces conditions, des hommes, intéressés à faire le commerce par le Nord et à passer par la rivière des Outaouas voyaient dans les [roquois des concurrents au Sud, et en même temps des rivaux dans les Français, qui suivaient cette voie nouvelle.
Ces deux intérêts contraires étaient entretenus par les haines des Sauvages des Pays d'en Haut contre les [roquois.
Ceux qui faisaient le commerce des pelleteries du côté des Outaouas avaient choisi pour entrepôt Missilimakinak, où le Père Marquette avait établi une mission, en même temps que le Comte de Frontenac avait fondé Catarocony avec le concours de Cavelier de La Salle, qui déjà, dans ses voyages antérieurs, avait commencé un établissement à la rivière Saint- Joseph:.
Ainsi que les trois premiers volumes de ce recueil l'ont fait connaître, ces postes étaient devenus le point de départ d’entreprises rivales. Le Découvreur s'était porté, sous les auspices du Comte de Frontenac, de la baie de Catarocouy jusqu'au golfe du Mexique, tandis que le pays des Outaouas et la baie des Puants avaient été le foyer d'hostilités contre lui, sans cesse renaissantes. Il était alors advenu sur un plus petit théâtre entre nos Français ce qui était arrivé entre les Vénitiens et les Portugais, quand
1. Deuxième volume de l'Histoire de l'Amérique septentrionale par La Potherie, page 131.
« Les Illinois qui avaient accompagné Jolliet dans son voyage avec le P. Marquette, le ramenèrent par un chemin plus court de deux cents lieues et le
firent entrer dans la rivière Saint-Joseph, où M. de La Salle avait commencé un établissement, »
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INTRODUCTION. XV
ces derniers eurent découvert le passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance. Les Vénitiens avaient conjuré avec le Soudan d'Égypte la ruine du commerce portugais : ici les hommes, habitués au commerce par la Rivière des Outaouas, voulaient ruiner ceux qui se servaient de la route des Lacs, à moins qu’euxmêmes ne pussent s’en emparer. Or, parmi les inventions de ces adversaires, il n'avait pas été trouvé mieux, à cet effet, que de chercher à exciter le Gouverneur à la guerre contre les Iroquois, sous un prétexte ou sous un autre, cette guerre devant envelopper Cavelier de La Salle dans ses conséquences.
Les raisons que ses ennemis donnaient pour engager cette guerre étaient celles-ci :
Les Iroquois, ayant soumis depuis vingt ans tous leurs voisins, s'étaient atiachés au commerce avec les Anglais de la Nouvelle-York, avec lesquels ils avaient trouvé un commerce plus avantageux qu'avec nous, parce que le castor, exempt entre autres servitudes, du droit du quart qui se payait au Canada, valait chez les Anglais beaucoup plus que chez nous. En conséquence, les Iroquois avaient essayé d'accroître ce commerce, et comme ils ne pouvaient mieux y réussir qu’en détruisant les Outaouas, nos alliés depuis trente ans, qui nous procuraient à eux seuis les deux tiers de tout le castor destiné à passer en France, ils avaient saisi, pour faire la guerre à ces peuples, le prétexte de la mort d’un capitaine sonnontouan, tué en 1679 par un [linois dans le fort des Outaouas Kiskakons à Missilimakir K, et médité de s'emparer de ce dernier poste, où ils donneraient aux Anglais le moyen de s'établir avec eux.
Si un tel dessein réussissait, les Iroquois, en s’'emparant de cet entrepôt, empêchaient les Sauvages de ces contrées d'apporter du castor à Montréal. Il s'agissait donc d'éviter d'être dépouillés de nos avantages, et comme, quelque traité que l'on fit avec les Iroquois, la cause subsistant toujours, ils ne manqueraient pas de profiter de la moïndre occasion pour tâcher de se rendre maîtres de nos alliés et de nos postes, la conclusion naturelle était la destruction des Iroquois; mais, malgré ce qu’on pouvait dire, le Comte de Frontenac, pendant son premier gouvernement, avait persisté à tout faire pour s’attirer l'affection de ces
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XVI INTRODUCTION
derniers. C'était grâce à cette politique qu’il avait eu l'honneur de donner à la France la vallée du Mississipi, et la même conduite lui parissait nécessaire pour lui en conserver les immenses territoires. /mperium facile iis artibus retinetur quibus partum est.
Dans cette vue, depuis +673, époque de la fondation du fort de Catarocouy, Frontenac n'avait pas cessé, dans divers voyages, de témoigner aux Iroquois une bienveiliance qui les lui avait attachés, et, en 1682, lorsque les Outaouas, les Miamis et les Hurons, parmi lesquels se trouvait Andiaronk, depuis si fameux dans. sa nation, étaient venus lui demander de faire la guerre aux Iroquois, il ne la leur avait permise qu’à la condition de ne pas aller chercher les Iroquois, mais de se défendre dans leurs villages, où il leur conseillait de se fortifier et de s’entr’aider, les exhortant à faire courir un collier à cet effet parmi les Nipissingues, les gens du Sable, les Outaouas Sinagos, les Malhominis, les Pouteouatamis, les Puants, les Sakis, les Noquets, les Outagamis, les Illinois, etc.
Il y avait lieu d'espérer, nonobstant-des contradictions intéressées, que la paix aurait été maintenue, si ses ennemis ne l'eussent fait rappeler. Le 11 septembre 1682, Tegauissorens, chef Onontagué, député par les cinq nations iroquoises, et descendu à Montréal avec M. de La Forest, avait assuré que les Iroquois ne voulaient faire la guerre ni aux Kiskakons, ni aux
Hurons, ni aux Miamis. Le choix de Teganissorens pour député indiquait de bonnes dispositions, car il était le petit-fils de Niregouentaron, chef des Onnontagués, qu'avait gagné le Comte de Frontenac en 1673, et, en 1682, ce gouverneur avait témoigné au petit-fils les mêmes sentiments de bonté. Il était vrai que les Goiogouins et les Sonnontouans poussaient à la guerre. Oréaoué, chef Goiogcuin, avait fait retirer le Pè e Carheil de sa mission et amené dans son village, par surprise, six Tionnontatés, de nos alliés. Oréouahé était un homme extrêmement fier et jouissant d'une grande influence dans sa nation, mais le Comte de Frontenac eût su le ramener,comme la suite le prouvera. Malheureusement son rappel avait tout perdu, en livrant son successeur aux passions de la faction qui lui avait été contraire.
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INTRODUCTION. XVil
La guerre allait donc se renouveler hientôt, et les conséquences les plus funestes devaient en découler.
A son arrivée en 1682, M. de La Barre avait dit qu'il ne faisait pas grand cas des explorations de M. de La Salle, qu'au surplus il n'avait pas l’esprit de découverte, mais celui de faire valoir le pays connu (12 novemhre 1682). On avait appris bientôt
. ce qu'il entendait par l’art de ta. loir ce que d'autres avaient . cu tant de peine à découvrir. Comme on l'a vu dans les volumes précédents, il envoyait des hommes à lui s'emparer des forts de À Catarocouy et des Illinois, appartenant à Cavelier de La Salle, »t Ÿ il remplaçait dans les missions de ces postes les Récollets par les Jésuites, leurs rivaux et leurs ennemis, avec lesquels la lettre du Père Enjalran, écrite en date du 26 août 1683 et placée en tête de ce volume, constate qu'il était d'accord. Pendant ce temps-là, plus de deux cents canots, auxquels il en avait vendu la permission, étaient sur les chemins du pays des Outaouas. Les alliances des niembres du Conseil Souverain avec les Coureurs de bois empéchaient celui-ci de rendre des arrêts contre eux. Le parti, opposé au Comte de Frontenac et à Cavelier de La Salle, ne pouvait mieux manifester les raisons de son hostilité. Il n’en avait pas eu d'autre que sa jalousie des privilèges du Découvreur nécessaires pour payer les dépenses de ses explorations, et aussitôt que ce parti avait eu le pouvoir, il l’en avait dépouillé pour en jouir M lui-même. Seulement la jalousie et la cupidité de ses ennemis n'avaient pas tardé à retomber sur leur tête. — [1 n’y aurait eu là rien assurément de très regrettable, si le Canada n'en eût souffert, " pendant près de dix-huit ans, jusqu'à manquer d'en périr, sans “compter que la Louisiane demeura comme inutile durant ce "même nombre d'années.
Ü Lapermission que M. de La Barre avait accordéeaux Iroquois,