‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 37 sur 304 · CXXVII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXVII INTRODUCTION

sa paye, et les subalternes, avec une bien médiocre, à plus forte raison les soldats, puissent subsister et fournir tout à leurs frais, sans faire aucun commerce? »

Le Gouverneur défendait par là Cadillac. Mais l’ancien commandant de Missilimakinak ne l'avait pas attendu par la peinture qu’il avait faite de sa vie dans son poste. « Il n’y a personne, avait-il écrit, qui puisse se dispenser de vous dire, en honnête homme, que c'est le plus terrible séjour qu'on puisse jamais imaginer. On n'y mange n. pain ni viande, et l'on n’a pour toute nourriture qu’un peu de poisson avec du blé d'Inde, qui vaut, la plupart du temps, 50 livres le minot. Vous pouvez m'objecter qu’il y a bien du castor et des orignaux, mais c'est à deux cents lieues que les Sauvages les vont tuer. Ainsi il est impossible d'y avoir part. Et pour prendre le poisson et pour se faire conduire jusque-là, il en coûte 1,600 livres pour un canot, équipé de trois hommes, leur nourriture non comprise. Inférez, s’il vous plaît, quel doit être le revenant bon de la valeur de cent pistoles, qu'on permet au commandant d'y apporter. Si c'est là les avantages qu’un officier retire de sa capacité et de sa vigueur et du choix qu'on : fait de lui, il serait bon de n’en avoir donné aucune marque Le Roi a-t-il jamais obligé un officier, que dis-je! un soldat ou matelot, de passer une année entière sans pain, sans vin, sans viande et sans pois? Un pauvre officier, qui sera obligé de ménager quarante nations, dont l'humeur et les inclinations sont tout opposées et les intérêts tout différents, après une année d'une misère déplorable, aura pour récompense le chagrin de se trouver endetté à son retour. C'est une fine politique pour en dégoûter les plus hardis. »

Après cette peinture, on admet aisément avec le Comte de Frontenac que, quand il serait vrai que les commandants eussent fait dans les postes quelques médiocres profits, les risques et les fatigues, qu’ils étaient obligés de supporter parmi ces nations barbares, ne devaient pas leur être enviés. « Je trouve, écrivait le Gouverneur, que, si le sieur de Lamothe y avoit rencontré quelque douceur, ce seroit une légère récompense après les services qu’il a rendus, et dont je vous ai déjà marqué, l’année dernière, que j'étois très satisfait. »

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INTRODUCTION. CXXIX

Les dispositions, prises ultérieurement pour les commandements des postes, firent voir que l’on avait senti non seulement les avantages qu'ils procuraient, mais encore la nécessité d'être plus juste envers les chefs qui en avaient le soin, tandis que M. de Champigny, avec une parcimonie de comptable, ne considérait que les chiffres et non les services qu'ils doivent représenter. « Ces postes, disait-il, causent tous les ans des dépenses

dont on s’exemptera en les abandonnant. »

Le mérite, qu'avait eu le Comte de Frontenac, d’avoir soutenu la nécessité de ces postes était donc bien réel, comme celui de l'initiative prise par lui dans les mesures qui devaient rendre possible leur établissement. Mais, comme le Comte n'avait pas encore plaidé la cause des officiers, la Cour, qui voyait mal de loin par les yeux de l’Intendant, en apprenant qu'il avait été résolu par le Gouverneur d'abandonner les postes de Missilimakinak et des Miamis, malgré les moyens de conciliation qu’elle croyait avoir trouvés, se montra plus persuadée que jamais de la vérité de l’avis, qui lui avait été donné, que c'était surtout pour satisfaire à l'avidité de quelques officiers que ces postes avaient été fondés. Néanmoins, comme la guerre avec les Iroquois continuait, elle admettait, jusqu'à la paix, qu'il y eût dans ces lieux quelques personnes fidèles pour faire parvenir aux Sauvages alliés qui étaient de ce côté des armes et des munitions. Elles devaient les donner gratuitement, sans tirer aucune rétribution des Sauvages.

Le Ministre écrivait, à ce propos, au Comte de Frontenac et à M. de Champigny {21 mai 1698) : « Sa Majesté ne croit pas qu'il soit plus malaisé de faire subsister ces personnes qu'il ne l'estoit pour les François qui alloient ci-devant en traite de ces costés. Ils chargeront ces gens-là, aussi bien que les Missionnaires, de faire sçavoir à ces Sauvages que Sa Majesté a voulu, en supprimant les congés, leur faire avoir les denrées et les marchandises de France à meilleur marché, et leur payer le castor à un plus haut prix, qu’ils n’en retirent dans le bois, et comme l’expérience les convaincra de cette vérité, ils ne seront pas longtemps à reprendre ce chemin, et cela les engagera plus à s’atta-

cher à la colonie que la prétendue commodité dans les bois. »

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