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CXXX INTRODUCTION
Au cas où la guerre avec les Iroquois aurait cessé, le Roi ordonnait non seulement la suppression de Missilimakinak, des Miamis, mais encore du fort de Catarocouy. Quant au poste des Illinois, le Roi trouvait bon qu'ils l’abandonnassent, s'ils ne pouvaient le soutenir autrement que par la traite des castors. Le Sueur pouvait continuer son établissement sur le Mississipi pour la découverte des mines.
Après cela les Missionnaires restaient seuls maîtres des pays éloignés, suivant leur désir, dont Champigny s'était fait l’interprète.
C'était donc pour aboutir à faire en leur faveur le vide autour du Canada que l'Intendant, depuis bientôt neuf ans, combattait le projet de la chaîne de postes, qu’il avait soutenu au temps du Marquis de Denonville. Le Comte de Frontenac et Cavelier de La Salle avaient pensé avoir ajouté d’immenses provinces à notre empire dans l'Amérique du Nord, mais M. de Champigny et ceux dont il reçevait le mot d'ordre ne le permettaient pas, s’ils devaient y partager le pouvoir avec d’autres Religieux et si les officiers du Roi ne laissaient d'autre rôle aux missionnaires que
d’évangéliser. N’avaient-ils pas jugé inconvenant qu’un officier du Roi voulût s'élever jusqu’à eux en commandant aux Français ctaux Sauvages?
En homme vigilant, habitué à combattre, le Comte de Frontenac ne se découragea pas plus devant les ennemis intérieurs que devant les Anglais et les [roquois. Et tout vaincu qu'il paraissait dans la question des postes éloignés, il revenait à la charge, ne perda. . pas de vue non plus l'occupation du Mississipi, dont la découverte, sous son premier gouvernement, avait étonné les savants, mais qui restait encore sans résultats.
Du côté des Anglais, il regrettait, comme le Chevalier de Callières, que la paix de Ryswick (7 Novembre 1697), dont le frère de ce dernier avait été le négociateur, eût encore une fois arrêté
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INTRODUCTION. CXXXI
leurs projets de 1689 contre la Nouvelle-Angleterre et surtout contre New-York. C'était un mécompte, mais c'était aussi une raison de plus pour ne pas laisser nos rivaux s’avancer dans la voie où ils s »péraient nous surprendre des avantages qu'on leur avait justement déniés.
Les Anglais prétendaient alors que les Français devaient cesser la guerre avec les Cinq Nations, puisque les Iroquois étaient sujets de la Grande-Bretagne. Ils en avaient donné divers motifs auxquels le Comte était loin de se prêter.
Tout d’abord, avant que l’on connût officiellement en Canada la fin des hostilités. avec l'Angleterre, le sieur Dellius, ministre d'Orange, qui était venu l’annoncer au Gouverneur de la Nouvelle-France, avait demandé, afin de rendre la paix solide, qu’on fit la séparation des deux colonies par des alignements tirés sur des aires de vent. D’après ce projet, le pays des Outaouas devait appartenir aux Anglais aussi bien que les parties du Sud. Par là il ne s'agissait pas moins que de toutes les régions qu'avait découvertes Cavelier de La Salle. C'était la conséquence des maladresses de M. de La Barre. Le Comte de Frontenac dit au sieur Dellius « qu’il voyait bien qu’il avait bon appétit, mais qu’il lui serait difficile de démontrer sur quoi il fondait ses prétentions, puisque les Anglais n'avaient d’autres titres que ceux qu’ils tenaient des Hollandais ; que les Français avaient découvert les pays du côté des Iroquois longtemps avant qu'aucun Hollandais eût connaissance des Sauvages, et qu'assurément nous n'abandonnerions pas sur leurs terres un droit de possession interrompu seulement par la guerre qu’on avait dû leur faire ».
Ainsi, le premier mot du Comte de Frontenac, à la nouvelle de la paix, était pour sauvegarder les pays que M. de Champigny avait sinon abandonnés, du moins rendus inutiles. Au souci que montraient les Anglais de les acquérir, on peut se rendre compte du patriotisme ou de l'étendue de vues de l’Intendant. Plus clairvoyant, le Gouverneur, en rendant compte de cet incident à M. de Pontchartrain, représentait que si les Anglais étaient en possession des terres des [roquois, ils auraient le moyen de faire des magasins à Niagara, au lac Érié, ce qui leur donnerait