‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 39 sur 304 · CXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXXII INTRODUCTION

la facilité de ruiner la colonie en attirant le commerce de nos Sauvages des Pays d'en Haut.

Or il avait fait assez déjà pour avoir le droit d'espérer que les Iroquois viendraient bientôt, à leur tour, conclure la paix dans laquelle il les obligerait à comprendre nos alliés. Il est vrai que les Anglais ne voulaient pas de cette paix préparée en dehors d'eux; mais le Comte de Frontenac n'admettait pas que l’on regardât la guerre avec les Iroquois comme une conséquence de celle des Anglais avec nous. Suivant lui, c'était une confusion qu’il ne fallait pas laisser établir. ‘Aussi, quoique la négociation continuât avec les Cinq Nations, avait-il toujours quelques partis en guerre contre elles, et il notifiait au Gouverneur de la Nouvelle-Angleterre qu’il n’eût pas à s’ingérer de traverser une affaire commencée, qui était pour nous toute domestique; qu'au reste, le Roi de France et celui d'Angleterre nommeraient des commissaires à l'effet de régler les limites des deux colonies.

C'était là une conduite sage, ferme et digne à la fois, ce les sentiments mêmes qui animaient le Comte dans ses rapF ec les Sauvages. Il voulait la paix avec les Iroquois, sans la chercher par des faiblesses, et il continuait de repousser avec indignation ceux qui voulaient exclure nos alliés de tout traité avec eux.

Un jour, un jeune Onontagué lui remettait un collier, représentant des propositions dans ce sens, ayant pour objet de venger la mort du chef de leur nation, nommé la Chaudière Noire. Le Comte lui avait alors jeté son collier au nez, en lui disant que puisque sa nation pleurait pour un coup si peu important, il leur donnerait bientôt l'occasion de pleurer d’une autre sorte.

Et il exhortait en même temps les Outaouas à conserver toujours le casse-tête à la main. Des Onontagués étaient présents. Presque aussitôt un d’eux, qui était à la Montagne, envoyait trois colliers aux siens, pour les inviter à effacer cette mauvaise impression de l'esprit du Gouverneur et exciter sa nation à ne pas écouter les mauvais conseils des Anglais. Ceux-ci, disait-il, ne songeaient qu’à s'emparer de leurs terres.

Les embarras, qui se succédaient ainsi devant le Comte, ne faisaient que mettre en relief davantage son habileté et sa constance. Il contenait les ennemis, il ne demandait qu’à réparer les maux

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de la guerre, &* ses soins continuaient de rendre l'espérance aux Canadiens. Des terres déjà cultivées avaient été abandonnées. Les Canadiens y retournaient; mais, de plus, dès que le traité de Ryswick avait été publié, beaucoup de soldats des trente-cinq compagnies, qui garnissaient les forts, dem.ndaient leur congé. Cette faveur, lorsqu'elle leur était accordée, faisait d’eux autant d'habitants, On leur donnait pour s'établir toutes les facilités désirables ; leurs habits d'ordonnance leur restaient; en outre, pour qu’ils pussent subsister, une année de solde leur était accordée, en attendant que les terres qui leur étaient concédées portassent du blé et les autres denrées nécessaires.

La colonie, ainsi augmentée, tendait à retourner dans les anciens postes, et Frontenac, pour exciter M. de Pontchartrain à protéger les mouvements dans cette direction, lui faisait entrevoir le désir des habitants d’aller cultiver les terres du côté des forts de Catarocouy et de Chambly. Il exprimait même la pensée que les Iroquois, autrefois établis dans le premier de ces postes avant la guerre, y rentreraient à cause de la commodité de la chasse, de la pêche et d’autres avantages.

C'étaient, de la part des Canadiens, autant de manifestations de leur désir de recouvrer tous leurs champs d'action.

A cet effet, Frontenac reprenait son thème sur les inconvénients de la suppression des congés dans les Pays d'en Haut et sur la nécessité du rétablissement des postes. Il niait encore que les abus dans la profondeur des bois fussent aussi grands qu'on les représentait. Comme en 1696, il répétait que les personnes qui avaient le plus crié contre les excès des coureurs de bois étaient celles qui y avaient le plus contribué par les gens qui leur étaient affidés et avec qui elles avaient intérêt (ro Octobre 1698). En cela il n'avait peut-être pas tort, car en 1704, sans rappeler des témoignages déj exposés, le sieur d'Auteuil, Procureur général, le 14 Novembre, écrivait beaucoup au sujet du commerce des PP. Jésuites :, et plus tard deux Gouverneurs,

1. (Non seulement, Monseigneur, ces Révérends Pères en veulent aux biens-fonds, ils n’ont pas moins d’attachement aux meubles. — Par exemple, ils font un commerce public et ouvert d’un ou plusieurs canots qu'ils ont la permission d'envoyer aux Outaouas, sous prétexte d'y porter les besoins de leurs missionnaires et

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