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ment le temps qu'il a pris pour obtenir cette permission), de pouvoir faire seul et promptement tout le commerce des Pays d'en Haut et de se trouver comblé des avantages qui en proviendroient sans qu’on pût y remédier lorsqu'on s’en apercevroit. »
« On peut aussi, continuait Champigny, regarder Le Sueur comme l'auteur des troubles et des guerres qui sont survenus entre les Sioux et les autres nations qui vivoient en paix auparavant qu'il leur eût porté des armes et des munitions, ce qu’il a fait par la seule vue de traiter plus avantageusement. Dès le moment que ces Sauvages Sioux et d'autres nations fort éloignées tireront des Outaouas leurs besoins, et qu’ils seront obligés de passer chez eux pour venir les prendre dans la colonie, ils se garderont bien de leur faire la guerre (14 Novembre 1698), »
D’après l’Intendant, qui se répétait, Le Sueur et les gens du sieur de La Forest, ayant seuls la permission d’aller aux pays éloignés, devaient seuls jouir indirectement des grâces des 25 congés, qui valaient autrefois 25,000 livres de rente aux familles pauvres du Canada, « et qui vaudroient infiniment plus entre leurs mains, n'ayant point de concurrents pouvant former des obstacles à leur traite sur tel pied qu'ils la voudroient faire, et même d’eau-de-vie ».
M. de Champigny semblait supporter d'autant moins aisément une pareille pensée qu'à la tournure que prenaient les choses le reste des Français, dont on attendait le retour dans l’intérieur de la colonie, menaçaient de ne pas revenir. Il craignait qu’alors les cinquante hommes de Le Sueur ne fussent un renfort pour eux et ne leur fournissent des marchandises, Le Sueur ayant la liberté d'en porter autant qu’il lui plairait, Une bande de coureurs de bois qui se révoltaient avait pour chefs Giguières et Bellefeuille. M. de Champigny ne s'était pas attendu à cette révolte. Il était également contrarié du dessein qu’avaient certains chefs Outaouas d'abandonner Missilimakinak. Il pouvait juger par là que l'ordonnance de 1696 aliénait de nous nos plus anciens alliés et jetait Le trouble dans la colonie.
Pour répondre à tout ce que la malveillance pouvait suggérer, ainsi que pour obtenir du Ministre certaines concessions sur les divers points qu'il avait à cœur comme utiles au développement
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et à la tranquillité des pays qui lui étaient confiés, le Comte de Frontenac envoya en France Lamothe-Cadillac représenter l’état de la Colonie, disant que cet officier en était parfaitement instruit. Le Gouverneur ajoutait : « Je suis persuadé que vous serez satisfait du compte qu’il vous en rendra, si vous voulez bien souffrir qu’il vous en entretienne. Il a toujours très bien fait son devoir, comme je vous en ai informé déjà par plusieurs de mes lettres, et surtout dans le commandement des Outaouas, où il a été pendant trois ans. C'est un homme qui mérite l’honneur de votre protection. »
L'envoi en France de Lamothe-Cadillac, qu'une telle recommandation allait mettre en lumière, était comme une de ces dernières dispositions que prend un homme public sentant la vie lui échapper, et qui, en récompensant ses bons serviteurs ou en gratifiant ses amis, tâche d'assurer, avec leur avenir, son œuvre personnelle.
En effet, presque aussitôt après le départ du vaisseau qui emmenait l’ancien commandant de Missilimakinak, le Comte de Frontenac ‘ombait malade et mourait le 28 Novembre 1698, après plus de dix-huit ans de gouvernement dans la Nouvelle-France.
il fut alors enterré dans l’église des Recollets de Québec comme syndic apostolique, père et protecteur spirituel de leur ordre; mais une clause de son testament énonçait le désir que son cœur fût remis à Mme Anne de La Grange, sa femme, pour être placé dans la chapelle de MM. de Montmor, en l'église de Notre-Damedes-Champs, à Paris, près de la fameuse abbaye de Saint-Martin.
Ces Montmor étaient une famille qui avait de grandes alliances et jouissait d’une véritable notoriété dans le monde des sciences, des arts et des letires.
1, En 1688, le maréchal de Vivonne avait exprimé la même volonté pour cette même église, — Saint-Nicolas-des-Champs, dont la paroisse comprenait une partie considérable de ce qu’on nommait le Marais, et, qui en 1652, avait pour marguillier le duc de Beaufort, le Roi des Halles, renfermait des caveaux pour les familles de Beauvilliers Saint-Aignan, des d'Ormesson, des Tallard, des Machault, et elle avait reçu les dépouilles mortelles de Budé, de Gassendi,'de Madeleine de Scudéry, des historiens François et Adrien de Valois et du poète Théophile Viau.
On admirait dans la chapelle consacrée aux Habert de Montmor, sur le mur
opposé à l'autel, une figure de la Mort sous la forme d’un squelette en marbre blanc.
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