‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 6 sur 304 · OST · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION. XXV

Essayant de restreindre, de 1672 à 1682, un état de choses qui existait avant lui, le Comte de Frontenac avait vigoureusement poursuivi ces libertins, qui menaçaient, disait-il, de renouveler les Bandits de Naples et les Boucaniers de Saint-Domingue. Il n'y était pas parvenu, .mais, en homme habile, il s'était rendu compte des raisons qui portent toujours aux extrémités des colonics une classe turbulente, ennemie de tout ce qui la gêne, et il s'était heureusement servi de cette population : amoureuse des forêts, de la chasse et des aventures, pour les découvertes, qui rendront à jamais célèbre son premier gouvernement.

Toutefois, nos frontières ainsi reculées tant au Nord qu'au Sud, il fallait diminuer le nombre de ces éclaireurs. Ces enfants perdus de la civilisation devaient faire place à d’autres, plus réglés dans les relations qui allaient continuer avec les Sauvages, chez lesquels on avait pénétré. Il était nécessaire de les préparer au rôle de colons ou de les y maintenir. En 1685, il y avait plus de six cents hommes dans les bois. Le Marquis de Denonville en voulut réduire le chiffre au nombre, que l'arrêt du Conscil du 3 mai 1681 avait autorisé par l'octroi de vingt-cinq congés. Chaque congé était une permission d’équiper un canot d’écorce, conduit par trois hommes et pouvant porter trois ou quatre cents livres tant pour la traite que pour leurs vivres. Ces congés étaient accordés aux familles de pauvres gentilshommes ou aux officiers chargés d'enfants, qui pouvaient les faire valoir par eux-mêmes ou par des gens, auxquels ils les cédaient moyennant mille livres et qui les cédaient, à leur tour, à des voyageurs.

Le Marquis de Denonville ne fit pas que diminuer le nombre de ces derniers, il voulut l’épurer en établissant parmi eux une certaine discipline, et en faisant participer aux bénéfices des congés plus d’infortunes dignes d'intérêt; il donnait souveat ce congé à trois personnes.

Pour établir cette discipline, il fit contrôler le choix de ceux qui achetaient ces congés et de ceux qu'ils employaient.

Jusque-là, les Gouverneurs ne s'étaient pas préoccupés de savoir ceux qui s’en rendaient acquéreurs. C'étaient Le plus souvent de petits marchands assez déréglés et de méchante conduite,

XXVI INTRODUCTION

n'ayant, par conséquent, pas de scrupule à faire trois congés de deux, ni à les faire valoir par des fripons et des débauchés. Or, ces derniers ne se gênaient pas non plus pour porter avec eux dans les bois de l’eau-de-vie, malgré l'ordonnance du Roi en date du 24 mai 1679, au lieu de hardes et de marchandises. Il arrivait aussi qu’au lieu de rapporter leurs pelleteries dans la colonie, ils les conduisaient aux Anglais, qui les payaient plus cher. M. de Denonville veilla sur tous ces éléments de désordre et renouvela la défense de porter de i'eau-de-vie, au delà de trente pots pour l'aller et le retour d’un canot monté par trois hommes.

De cette manière, le marquis de Denonville crut avoir, en arrètant la dissipation, donné satisfaction au Ministre de la Marine. [l lui promit, également, d'empêcher tout établissement sans ordre exprès du Roi, malgré l'envie qu'avait chacun d’être à la iète de la colonie pour avoir les castors des Sauvages avant tout le monde. Cette envie portait certains habitants à s’aller établir momentanément aux lieux où ceux-ci abordaient, et, si on ne les en eût empêchés, d’autres, probablement, eussent poussé jusqu'aux Outaouas. M. de Denonville assura que cela n'arriverait pas tant que le Roi le laisserait maître dans la Nouvelle-France. Muis il n'était pas libre autant qu'il le croyait de suspendre le mouvement, car il aliait lui-même yÿ prendre part. En effet, la première partie de sa iâche remplie, c'est-à-dire d'arrêter la dissipation de la Colonie, le Gouverneur s'occupa de la fortifier et de la garantir contre les Iroquois et les Anglais. Il crut, pour l'accomplissement de ce dessein, nécessaire de former une Chaîne de postes le long des Lacs. Et il lui fallait, pour cela, se porter en avant, seulement le spectacle qu'il avait sous les yeux ne lui donnait guère d'espoir d'y réussir.

Le Canada manquait de monde; la colonie semblait au Gouverneur avoir été plantée comme au hasard, tant les habitations

étaient dispersées et éloignées, incapables, par là, de s'entresecourir, de telle sorte, écrivait M. de Denonville, que « cent hommes bien décidés pouvaient détruire ia colonie ». Chaque seigneurie avait deux ou trois lieues de front. Les plus habitées ne comprenaient guère que trente où quarante personnes, la plupart, douze ou quinze, et même cinq ou six seulement. Le plus fà-

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INTRODUCTION. XXVIT

cheux pour le peuplement, c'était, continuait-il, qu'il ne lui paraissait alors de remède que dans le grand nombre d'enfants, lesquels, pour ne pas perdre la société de leurs parents, viendraient s'établir auprès d'eux. Le Marquis demandait, néanmoins, que l'on changeât les concessions des particuliers, que l'on forçät ceux-ci à les mettre en valeur, que l'on en fît des villages, sans quoi, si les habitants ne demeuraient pas ensemble, l'on ne ferait jamais rien du Canada, ni pour la religion, ni pour la discipline. |

Ensuite, pour arriver à quelque chose de bon, il fallait dépenser beaucoup, et pendant plusieurs années. Or, il n'était que trop vrai, le Marquis le rappelait souvent, que «le Roi n'était pas assez grand seigneur pour mettre en valeur un pays si vaste, dans lequel nous n'avions encore que commencé à pénétrer ». Et l'on admettait aisément ce jugement décourageant à voir le domaine du Roï dans la Colonie, où le souverain avait l'air, écrivait encore M. de Denonville, d’un gentilhomme dont les terres auraient été en décret.

Le Marquis alla du moins au plus urgent et s'occupa d'occuper les Lacs, ces lacs qui avaient si vivement frappé Dubois d'Avaugour, comme nous le voyons dans les lignes suivantes de son mémoire :

« La ville de Genève, pour estre sur un lac de 23 lieues de circuit, entourée de ses alliées qui la peuvent aisément secourir, pour cela, est très considérable, qui, d'ailleurs, ne seroit qu’une place de dix jours de tranchée à un corps de dix mille hommes.

«Si donc il en va de la sorte pour un poste si médiocre, que serace de plusieurs villes sur divers lacs de plus grande considération et, de plus, que sera-ce des provinces entières, établies sur le grand fleuve Saint-Laurent, dont les eaux avec tous les lacs n’en font qu'un, qui n'a point d'autre entrée que Québec, si ce n'est à la manière des Sauvages dans de simples canots d'écorce? »

Le Baron, plein de foi et d'ardeur, ne pouvait deviner ce que l'avenir réservait à ces mers intérieures. Des villes commerçantes se sont élevées en cetlet sur leurs rives, comme il l'entendait, Des flottes de navires à voiles et à vapeur parcourent

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