XXVIII INTRODUCTION
ces eaux, sur lesquelles Cavelier de La Salle a lancé le premier bâtiment. Mais, hélas! ces eaux ne sont plus françaises. Et qui sait si les choses ne se seraient point passées autrement, dans le cas où Louis XIV aurait soit pris, soit acquis New-York, et pu, dans une certaine mesure, écouter les projets du baron d’Avaugour et ceux de Vauban? Malheureusement, notre nation impatiente et ne voyant que ce qu’elle a sous les yeux, ne sait pas sacrifier avec persévérance pour ce quil faut attendre.
Quoi qu'il en soit, les peuples, nés sur les bords de ces lacs, ne sauraient oublier les rêves que formait pour la France cet homme distingué, non plus que les projets du Marquis de Denonville, qui, lui aussi, résolut à son tour de faire la quelque chose de grand.
Le Marquis conçut, de 1685 à 1687, le essei; 2 mettre en sûreté la colonie et toutes ses avenues contre les iroquois et les Anglais par la formation d'une chaîne de postes qui devait s’étendre du lac Champlain jusqu'à Missilimakinak et aux Illinois, laissant probablement à régler tout ce qui se ferait au Sud, lorsque Cavelier de La Salle en serait revenu.
Chambly, Catarocouy, Niagara, fixèrent d’abord son attention.
Dans sa pensée, Chambly était nécessaire pour que l'on nût communiquer par les terres et la prairie de la Madeleine et afin de veiller sur ce qui se passait au lac Champlain et à la rivière Richelieu (19 octobre 1686).
Catarocouy, sur le lac Ontario, semblait à M. de Denonviile d'une conséquence extrême à conserver, et Niagara devait assurer la communication des lacs Ontario et Erié, rendre les Fr:nçais maîtres du passage par lequel les Sonnontouans allaier: : ‘eir chasse de pelleteries. Ils n’en avaient pas sur leurs terres. & 4 © at également là qu'ils allaient pour se procurer de la viande.
Poursuivant son plan, M. de Denonville voulait des postes au bétroit du lac Huron et à Toronto pour couvrir les chasses des Outaouas et leur servir de retraite. Je ne serais pas étonné que l'idée de ces derniers postes ne lui eût été inspirée par le Père Enjalran, homme de tête, qui en soutenait le projet quinze ans plus tard.
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INTRODUCTION. XXIX
Huron, fut nommé le fort Saint-Joseph '. Au moment où il préparait sa marche contre les [roquois, le 1 r novembre 1686, le Marquis de Denonville écrivait : « Il sera très à propos que nos Canadiens maintiennent le poste, que le sieur Dulhut a retranché au Détroit du lac Erié. De cette manière, nos Coureurs de bois pourroient prendre ce hemin pour venir de Michilimakinak par le lac Érié à Niagara. »
Le 7 juin 1687, Morel de La Durantais, commandant pour le Roi au pays des Outaouas, Miamis, Pouteouatamis, Sioux, venait sur les bords de !a rivière Saint-Denis, à trois lieues des lacs Érié et Huron, au Sud du Détroit, et là, au nom du Roi, réitérait la prise de possession des terres. dont il avait les chefs auprès de lui, et il ordonnait qu’il fût fait plusieurs logements pour l’établissement des Français et Sauvages Chaouanons et Miamis, depuis longtemps propriétaires du Détroit.
Au Nord, Missilimakinak formait la communication avec le lac Supérieur comme avec les pays du Sad. En 1687, Morel de La Durantais y élevait un fort, pour lequel le sieur Pachot prêtait de l'argent, qu'il réclamait encore en 1702. Les Coureurs de bois y avaient un établissement considérable. C'était là qu'on assemblait toutes les pelleteries venant du Nord ou du Sud et les marchandises y restaient avant qu'on les transportât dans l’intérieur de la colonie.
Après le rappel de M. de Baugis, Saint-Louis des Illinois était commandé par Henri de Tonty et La Forest, les anciens lieutenants de Cavelier de La Salle.
En 1689, le sieur de Boisguillot commandait les Français aux environs d'Ouiscouche (Ouisconsin).
A la même époque, Nicolas Perrot résidait au poste des Nadouesioux. Il y était commis pour ménager les intérêts du commerce, tant au haut du Mississipi que parmi les Sauvages de la baie des Puants et Maskoutens et autres.
De 1682 à 1689, je trouve pour missionnaires, à Missilimakinak, le Père Enjalran, le Père Marest avec Nicolas Perrot; le
1. Greyselon Dulhut « established a jost at the head of the Straight, or very near the present Fort Gratiot », (James V. Campbell, Outlines of the Political History of Michigan, 1876.)
XXX INTRODUCTION
Père Allouez, aux Illinois, malgré les ordres du Roy. Le Père Milhet, à Catarocouy, occupait ce dernier poste. Le Père Lamberville était à Onnontagué; le Père de Carheil, chez les Goyogouins, avant qu'Orehaoué ne l'en fit retirer.
On voit ici à peu près l’ensemble des postes et des missions qui devaient iormer déjà, sous le gouvernement du Marquis de Denonville, autant de jalons pour les progrès d’un peuple à venir.
Le Marquis semblait indiquer nettement son dessein d'établir dans tous les endroits, où il y aurait des eaux et des cascades, des sorts et des barques, qui empêcheraient nos ennemis de naviguer d’un lac à l'autre. [1 pensait qu'avec des barques sur les lacs, il pourrait tenir les Outaouas en respect et prêter la main aux Jlinois, sans queles Français fussent obligés de subir l'ennui des nombreux portages qu'il y avait à faire.
Tous ces desseins ne sont pas entièrement inconnus, au moins partiellement, de ceux qui se reportent aux documents des précédents volumes. Loin de le cacher, le Marquis de Denonville s'appuyait sur les actes du grand Découvreur.
« Le poste que j’ay fortifié à Niagara n'est pas une nouveauté, écrivait-il, puisque le sieur de La Salle y a eu une maison qui n'est ruinée que depuis un an, que le sergent Lafleur, que j'ay mis à Catarocouy, a abandonné par les menées des Anglais, qui ont sollicité le Sonontovan de le chasser. Il faut, ‘fonscigneur, soutenir ce poste, celuy de Dulhut au Détroit et demeurer en possession de tous les Lacs, si vous ne voulez perdre tout le commerce des Pays d'en Haut. »
Le Comte de Frontenac et Cavelier de La Salle n'auraient pas
dit autre chose.
Les événements venaient d’ailleurs confirmer la nécessité d’un pareil plan. Il fallait élever des barrières autant contre les Anglais que contre les Iroquois, et Denonville, le 8 novembre 1685,
2 PNR a ANNE ES
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