‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 8 sur 304 · PE 2 MANS · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION. XXXI

visait pour la troisième fois New-York, après d'Avaugour et Jean Taion. « Le plus sûr remède, écrivait-il, contre les Anglois de la Nouvelle-York, seroit de l'acquérir du roi d'Angleterre, qui, dans l'état présent de ses affaires, aura besoin de l’argent du Roy, et par là nous serions maistres des [roquois, sans faire ia guerre »; mais lui-même, le 25 août 1687, ne croyait plus à un traité possible après la conduite des Anglais de New-York à l'égard de leurs compatriotes de la Virginie et de la Pennsylvanie, qu'ils faisaient attaquer par les [roquois, pour leur ôter tout sujet de commerce avec eux. Leur avidité se servait de ces peuples comme d'un coin qu'ils enfonçaient partout où ils voulaient s'ouvrir une voie; ils prétendaient acquérir le lac Ontario, les terres du Saguinan, celles des Hurons, si ces derniers s'alliaient aux [roquois, ainsi que toutes les terres du côté du Mississipi. En 1687, le colonel Dongan avait envoyé, sous la conduite de trois Coureurs de bois, à qui nos Français firent casser ja tête, soixante hommes pour surprendre Missilimakinak. Si ces deux partis n'avaient été arrêtés et pillés, une révolte des Hurons et des Outaouas n'aurait pas manqué d'éclater, et eût été suivie de celle des autres nations plus éloignées. En 1688, sur un autre point, les Anglais tentaient également de nous traverser par l'occupation de la rivière Ouabache.

Il importait donc d'arrêter leur ambition, mais on n'était déjà plus en mesure de le faire aisément.

La faction, opposée au Comte de Frontenac, avait tenté d’arrèter tous les projets d’une chaîne de postes, lorsque ce gouverneur, par les mains de Cavelier de La Salle, commençait à la former en pleine paix. L'esprit de domination etd’exclusion des RR. PP. de la Compagnie de Jésus, qui menaient cette faction, n'avait pu pardonner au Comte d'avoir mis à exécution la lettre du 17 mars 1674, par laquelle Colbert faisait connaître que ces missionnaires, qui avaient demandé de pousser en avant leurs missions dans les pays éloignés, « feroient mieux de s'appliquer à ce qui étoit proche », et cela au moment où le Gouverneur avait obtenu un renfort de Récollets pour contrebalancer le pouvoir des Robes noires, et lorsque ces Robes grises étaient destinées en Partie à entreprendre les missions dans les régions d’où le minis-

XXXII INTRODUCTION

tre écartait la Compagnie. « Se venger de ceux qui nuisent à nos projets en renversant les leurs, c’est ce que chacun fait », dit un des personnages de Beaumarchais. Le rappel du Comte avait vengé, en partie, la Compagnie de Jésus. Mais après cela, il restait à celle-ci de s'emparer de l'espace ouvert par les Récollets et par les Sulpiciens. Elle ne manqua pas de Je tenter ; seulement, ici, sa politique se trouva prise dans ses propres pièges. La guerre, à laquelle cette faction avait poussé, croyant peut-être qu’elle l'arrêterait, quand elle voudrait, à cause de l'influence de ses missionnaires sur une grande partie des Sauvages, devint un obstacle insurmontable par les fautes qu’elle commit.

Toutefois, la Compagnie, confiante en elle-même, pensa que, si elle tenait définitivement le pouvoir, elle parviendrait au moins à tourner la difficulté, dans le cas où elle ne saurait la renverser.

En conséquence cette faction, habile à accaparer hommes et choses, qui avait tourmenté MM. d’Argenson, d'Avaugour, de Mézy, Jean Talon, M. de Courcelles et le Comte de Frontenac, avait, après le rappel de ce dernier, attiré à elle M. de La Barre. Elle ne le tenait pourtant pas si bien qu'il ne justifiât le Comte de Frontenac dans une lettre du 12 novembre 1682, où il disait « que M. du Chesneau avoit donné dans bien des pièges qu'on lui avait tendus, qu'il avoit esté beaucoup plus loin que le Comie dans des choses bien plus essentielles, et que l'Évêque avait contribué à cette division », enfin que M. de Laval continuait à lui donner à lui-même beaucoup de peine, « voulant, par toute sorte de moyens, maintenir son autorité dans la politique et dans le civil, comme il l'avait dans le spirituel, se servant à tous propos de l’un pour parvenir à l'autre. »

Il y avait dans l'expression de ces sentiments comme l'écho de ceux de l'intendant de Meule, qui avait été le secrétaire de M. de Frontenac. Aussi, quand M. de La Barre eut quitté la colonie, M. de Meule n'avait-il pas tardé à le suivre. Les meneurs du pays voulaient des autorités plus souples. M. de Denonville, à son arrivée dans le gouvernement, avait courbé la tête devant eux. Honnête homme, je pense, il n'avait su ni qui croire ri à qui se fier, tant il avait « trouvé de manège et d’intéressement chez ia

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