‹ Première formation d'une chaîne de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le golfe du Mexique (1683-1724) [microforme]Chapitre 89 sur 304 · De La Chesnaye met : Ounasacoctois · texte numérisé non relu

De La Chesnaye met : Ounasacoctois

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en lyons, ils agissent en renards, et mettent tout en usage

pour brouiller les affaires entre nous et nos alliez.

Pour ce qui est des terres, chaque nation prend son quartier et chaque famille marque son terrain et ses champs; ce sont les femmes qui ont soin de cultiver et d'ensemencer la la terre, et c'est en vérité un plaisir de les voir, avec un outil en bois dur en forme de gratte par un bout et plat par l’autre, réduire la terre avec une vigueur et une diligence incrovables. Leur récolte consiste en bled d'Inde, pois, fèves, citrouilles et melons d'eau.

La pesche très-abondante et la commodité qu'il y a pour la faire ont donné occasion aux Sauvages de faire un establissement sédentaire en ces licux-là. C'est une manne quotidienne et qui ne manque jamais; il n'y a point de famille qui, dans le cours de l'année, ne fasse une pesche suffisante pour sa subsistance. Au reste, il est impossible que l’on puisse mange

de meilleur poisson; aussi est-il baigné et nourrv dans l'eau la plus belle et la plus chure, la pius cristalline qu'on puisse jamais voir.

Je crois qu'il seroit inutile d'exoliquer la manière de pescher, puisque chaque pays a sa méthode, Mais ce que je crois devoir dire, c'est le plaisir de voir lever en un filet jusqu'à cent poissons blancs. C'est le plus délicat du lac. [ls sont gros comme des aloses en France, On prend aussi quantité truites qui pèsent jusqu'à 50 livres; c'est asseurément un très bon manger. Enfin l’esturgcon, le brochet, la carpe, le hareng, le poisson doré et cent sortes de poissons diflérens abondent en cet endroit du lac.

On sera peut-estre bien aise aussi de connoistre de quoy et de quelle manière les François et les Sauvages se nourrissent.

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Voicy ce qu'on fait.

On scie un gros arbre, et on fait une bille d'environ 3 pieds de long; on la creuse d'environ 2 pieds, à peu près comme un mortier. On fait ensuite avec du bois dur un pilon de 5 pieds de long; on met après cela du bled d’Inde dans cette pile et on l'écrase à force de coups de pilon. Après qu'il est suffisamment pilé, on le vanne, et le son en esr séparé, si bien qu'il ne reste que le gru, que l’on sasse pour en oster la farine; cela fait que ce gru demeure tout pur, net et blanc comme du ris. On le met bouillir dans une marmite ou chaudière avec de l’eau, et en mesme temps on fait cuire du poisson blanc dans une autre chaudière, et lorsqu'on voit que le gru est à demy £uit, on oste le poisson et on le délaye avec le bouillon du gru, qui se réduit en eau blanche comme du lait; on le jette ensuite dans la marmite, et avec une mouvette on le remüe, de mesme qu'on fait leris, jusqu’à ce qu'il soit entièrement cuit, et comme la coustume du pays est d’avoir chacun son plat, chacun emplit le sien de cette soupe, que les Sauvages appellent Sagamité, c'est-à-dire diverses choses meslées ensemble pour les manger.

Cette nourriture n’est point friande, mais elle est asseurément très-saine, car elle tient toujours le ventre libre, cet elle est très-apéritive, car on urine jusqu'à cinquante fois par jour, et si jamais on ne mangcoit autre chose, on ne seroit jamais altéré, ainsi qu'il est arrivé à plusieurs qui ont passé des mois entiers sans penser à boire. Je puis asseurer que j'ay esté vingt jours sans ressentir la moindre altération, ce qui me donne lieu de croire que ce scroit une bonne nourriture à ceux qui sontattaquez de la gravelle. Le soir on mange

du poisson à toutes sauces, frit, rosty, bouilly, boucané, ou

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en ragoust; on n'a ny huile ny beurre, mais on adela graisse ou moëlle d'orignal, de cerf ou de bœuf sauvage, qu’on apporte à Missilimakinak des [linois ou de Chicagou, et dans le fond je crois que cette sauce est aussi bonne que celle des Chartreux ou des Minimes.

On fait du pain avec de la farine de bled d'[nde, qu'on fait cuire sous la cendre ou dans le sable bruslant. Il est bon, quand on a bon appétit, et il engraisse à merveille.

En tout temps on possède à Missilimakinak une bonne santé ; on peut l'attribuer à la bonté de l'air ou de la nourriture, mais il est encore mieux de l'attribuer à lune cet à l'autre. Une preuve certaine de la bonté de ce climat, c'est d'y voir des vicillards, dont les petits-tils grisonnent, et on diroit que la mort n'a pas la force d'assommer ces spectres, qui ont néantmoins l’ouye bonne, et la veüe aussi, mais leur mémoire fait souvent des incartades, car ils soustiennent quelquefois estre agez de cent cinquante et deux cents ans ; ils disent des contes et des histoires qu'ils soustiennent estre arrivées de ce temps-là, ce qui n’est point croyable, mais ils ont cet avantage qu'il ne se trouve personne qui puisse les contredire ou les démentir que par induction.

Les castors sont très-rares aux environs de Missilima kinak cet les Sauvages de ce poste les vont chasser jusqu'à 200 lieues. Un bon chasseur n’en tue ordinairement, depuis le mois d'Octobre jusqu'au mois de May, que cinquante ou soixante, quelquefois pius, quelquefois moins. [ls changent et troquent leurs peaux de castors avec nos marchandises; c'est ce qu'on appelle traiter, ou faire la traite. Nous leur fournissons de la poudre, des balles, des armes, de

l'estoile, du tabac et de tout ce qui est en usage parmi nous.

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Si on pouvoit comprendre quelle fatigue il y a pour trouver du castor, on ne mespriseroit pas tant cette marchandise, car il faut sçavoir que le convoy des Francois part ordinairement du Mont-Réal au commencement du printemps, ou bien vers le 15 de Septembre, si bien que dans ce payslà les deux saisons sont fascheuses : l’une parce que c’est à la fonte des glaces et des neiges qui rendent l'eau vive et trèsfroide ; l'autre parce que c’en est le commencement; orilya quantité de rapides en chemin. Presque tousjours invincibles à la pesche, les Canadiens, qui sont ordinairement en chemise, nu-pieds et nu-jambes, lorsque leurs canots ne peuvent tenir contre la rapidité des eaux, s'y jettent dedans hardiment ; à force de bras, s'entr'aydant les uns les autres, ils en viennent à bout, mais non pas sans avoir leurs pieds et leurs jambes souvent escorchés, les roches estant si froides qu'elles se collent fort bien à leur peau et ne s'en détachent point sans enlever la pièce. Si cela n’arrivoit qu’une fois par jour, ce seroit peu de chose, mais ils font, au contraire, ce manège-là dans tout le cours de leur voyage.

Ce n'est pas tout : on trouve en chemin très-fréquemment des chütes d’eau ou cascades, par où on ne peut monter ny descendre, si bien qu'il faut débarquer au pied des cascades et porter son canot sur les espaules par dedans le bois, et toutes les marchandises ou castors par-dessus les chûtes, et l'on se rembarque; c’est ce que lon appelle faire un portage. il en à qui sont de 200 lieues.

Il faut donc que les Canadiens fassent 300 lieues dans ce mouvement perpétuel et pénible avant d'arriver à Missilimakinak, ee qui fait voir leur force, leur vigueur et leur

endurcissement à la fatigue, et 11 semble incroyable que ie

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corps humain puisse résister à un froid si extraordinaire.

Lorsqu'ils sont donc arrivez là, au lieu de songer à se refaire un peu de leurs fatigues, ils se dépeschent au plustost pour prendre leur party ailleurs, et passer outre. Ils se réquipent ordinairemen, ue canots, de vivres; après quoy les uns gagnent le nord du lac Supérieur, et les autres le sud, er s’enfoncent par des rivières dans la profondeur des terres jusqu'à 200 ou 300 lieues ; il y en a qui, suivant le lac Michigan, vont par le sud jusqu'aux nations les plus esloignées. Tous ensemble n'ont en veüe que de faire des peaux de castor.

Lorsque les voyageurs ont débité leurs marchandises, ils s’en reviennent à Missilimakinak et s’y rendent ordinairement au commencement de juil'st, où ils se réquipent de nouveau pour descendre en convoy, si le commandant du païs le juge à propos. Il est donc clair et très-intelligible que ceux qui commercent êt font trafic des peaux de castor, sont obligez de faire pour le moins 1,000 lieues, avant d’estre de retour à

Montréal, mais, outre cela,onne peut concevoir les périls où

ils s'exposent en sautant et passant par des bouillons d'eau,

des chûtes et des cascades, qui font dresser les cheveux à la teste, lorsqu'on y fait réflexion.

Ce n’est pas tout : il faut risquer d'y perdre la vie par ia main des Iroquois, qui dressent des embusches dans les défilez, et si le est pris en vie, il faut se résoudre d’estre grillé à petit feu. Il est vray qu’on prend toutes les précautions nécessaires pour éviter ce malheur, et qu'il est rare-

ment arrivé que nos convoys ayent esté battus.

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