‹ Première mission des jésuites au Canada [microforme]Chapitre 11 sur 46 · ÊTES · texte numérisé non relu

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is plus que tous les hommes de la terre , et pour rien du monde ne voudroyent quitter leur enfance et chetiveté. Mais ce n’est pas de merveille; car, comme j'ay dict , ils sont enfans.

Ne pouvans doncques pour encores baptiser les adultes, comme nous avons dict, nous restent les enfans, à qui appartient le royaume des cieux ; ainsy nous les baptisons de la volonté des parens et soubs la caution des parrains. Et en cette façon , en avons ja baptisé quatre, Dieu mercy. Les adultes qui sont en extreme necessité, nous les instruisons autant que Dieu nous en donne le moyen; et la pratique nous a faict veoir, que lors Dieu supplée interieurement le défaut de son outil externe. Ainsy, une ‘ieille femme dangereusement malade, et une jeune fille, ont esté receues au nombre des enfans de Dieu. La vieille est encore debout; la fille est allée à Dieu.

Je vis cette fille de 8 a 9 ans, toute transie et n'ayant plus que la peau et les os. Je la demanday à ses parens pour la baptiser. Ils me respondirent que si Je la voulois, ils me la donnoyent tout à faict. Car aussy bien , elle et un chien mort, c’estoit tout un. Ainsy parloyent-ils , d'autant que c’est leur coustume d'abandonner entierement ceux qu’ils ont une fois entierement jugés incurables. Nous acceptasmes l'offre, affin qu'ils vissent la difference du

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Christianisme et de leur impieté. Nous fismes conduire ce pauvre squelette en une cabane de l'habitation, la secourusmes et nourrismes à nostre possible , et l'ayant tolerablement instruite, la baptisasmes. Elle fut appelée Antoynette de Pons, en memoire et reccgnoissance de tant de benefices qu’avons receus et recevons de Madame la Marquise de Guercheville ; et laditte Dame se peut resjouir que jà son nom est au ciel, car quelques jours aprés son baptesme, cette ame choysie s’en vola en ce lieu de gloire.

Ce luy aussy fut nostre premier né, sur lequel nous avons pu dire ce que Ioseph prononça sur le sien, que Dieu nous avoit faict oublier tous nos travaux passés et la maison de nostre Père. Mais à propos de ce que les Sauvages abandonnent leurs malades, une autre occasion de semblablement exercer la charité chrestienne envers ces délaissés, a eu son issûüe plus joyeuse, et profitable pour détromper ces nations. Cette occasion fut telle,

Le second fils du grand sagamo Membertou , de qui nous parlerons tantost, appelé Æctodin , jà chrestien et marrié, estoit tombé en Lie griefve maladie. Monsieur de Potrincourt, s’en allant en France, l’avoit visité, et, comme il est bon seigneur, l’avoit invité de se faire porter en l’labitation, pour y estre medicamenté. Je m'attendois à cela, qu’on

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