‹ Première mission des jésuites au Canada [microforme]Chapitre 12 sur 46 · EE · texte numérisé non relu

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le nous apporteroit ; mais on n’en faisoit rien. Ce voyant, pour ne laisser cette ame en danger, je m’y en allay de là à quelques jours (car il estoit à 5 lieués de l'habitation). Mais je trouvay mon malade en un bel estat. On estoit sur le poinct de faire tabagie ou convive solemnel sur son dernier adieu. Trois ou quatre vastes chaudieres bouilloyent sur le feu. 11 avoit sa belle robe soubs soy (car c’estoit en esté), et se preparoit à sa harangue funebre. La harangue devoit finir en l’adieu et comploration commune de tous. L’adieu et le deuil se clost par l'occision des chiens à ce que le mourant ait des avantscoureurs en l’autre monde. L’occision des chiens est accostée de la tabagie et de ce qui suyt la tabagie, du chant et des danses. Après cela, il n’est plus loysible au malade de manger ou demander aucun secours , ains se doibt jà tenir pour un des manes ou citoyens de l’autre vie. Je trouvay donc mon hoste en tel estat.

l'invectivay contre cette façon de faire, plus de geste que de langue, car pour la langue, mes interpretes ne disoyent pas la dixiesme partie de ce que je voulois. Neantmoins le vieil Membertou, pere du malade, conceut assés l'affaire, et me promit qu'on s’arresteroit à tout ce que j'en dirois. Ie luy dis donc que pour l’adieu et deuil moueré, et encores pour la tabagie, cela se pourroit tolerer ; mais

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pour convoÿer nostre voyage en ces quartiers. Nous

Ce que le carnage des chiens, et les chants et danses Vy sur un trespassant , et beaucoup moins l’abandon- LR 15 nement d’iceluy , ne me playsoyent point ; que plus | de tost, selon qu'ils avoyent promis à Monsieur de Po- 1l ta- trincourt, ilsl'envoyassenten l'habitation; qu’àl’ayde | eu. de Dieu, il pourroit bien encore guerir. Ils me don- | sur nerent parolle d’ainsy faire le tout ; ce neantmoins, le | on languissant ne nous fut apporté que deux jours aprés. ha- Il prenoit des symptomes si mortels, que souvent Je nous n’atiendions sinon qu’il nous demeurast entre oc- les mains. En effet un soir, sa femme et enfans l’anis- bandonnerent entierement , et s’en allerent cabaner lens ailleurs , pensant que c’en estoit vuidé. Si pleut-il à \ba- ; Dieu tromper heureusement leur desespoir; car, de plus là à peu de jours, il fut plein de santé, et l’est encore cun aujourd’hui (à Dieu en soit la gloire); ce que M. Hénes bert, Parisien et maistre en Pharmacie assés cognu, non qui solicitoit ledit malade, m'a souvent asseuré estre un vray miracle. De moi, je ne sçay qu'en dire, s de d'autant que je ne veux affirmer ny le si ny le non iter- en ce dont je n’ay évidence. Cela scay-je,. que nous l que mismes sur le dit languissant un os des previcuses Î pere reliques du glorieux Sainct Laurens, archevesque | omit de Dublin en Hibernie , que M. de la Place, digne ! luy abbé d’Eu, et Messieurs les Prieurs et Chapitre de j nco- laditte abbaye d’'Eu nous donnerent de leur grace mais :

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doncques mismes sur le malade de ces sainctes reliques , faisant vœu pour luy, et depuis il emmeilleura.

Par cet exemple, Membertou , le pere du guery, comme j'ay dict cy devant, fut fort confirmé en la foy , et à cette cause sentant le mal dont depuis il est decedé, voulut aussy tost estre apporté icy; et quoyque nostre cabane soit tant estroitte que trois personnes estant dedans, à peine s’y peuvent-elles remuer, neantmoins si demanda-t:il de grande confiance qu’il avoit en nous, d’estre logé dans l’un de nos deux licts; ce qu'il fut poursix jours. Mais aprés, sa femme, fille et brue estans venues, il cogneut bien de luy mesme qu'il falloit tramarcher; ce qu’il fit, s’excusant fort, et nous demandant pardon du continuel travail qu’il nous avoit donné jour et nuict en son service. Certes le changement de lieu et traitement ne lui allegea pas son mal. Par ainsy , le voyant sur son declin, je le confessay au mieux que je pus, et luy aprés (c’est tout leur testament) fit sa harangue. Or en sa harangue, entre autres choses il dict sa volonté estre d’avoir sepulture avec ses femmes et enfants, ez-anciens monumens de sa maison.

Je me monstray f2rt mal content de cecy, craiignant que les Françoys et Sauvages ne prinssent de la suspicion qu'il n’estoit mort gueres bon Chres-

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