‹ Première mission des jésuites au Canada [microforme]Chapitre 15 sur 46 · RE RE ER RENE SPENCER ARE · texte numérisé non relu

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sanguinaires esprits ne voltigeast toute cette nuit là, attendant à chaque heure et moment un horrible massacre de ce peu de Chrestiens qui estions là; mais la bonté de Dieu les brida, les malheureux. Il n’y eut aucun sang espandu , et le jour suyvant, cette nocturne bourrasque finit en un beau et plaisant calme, les ombrages et fantosmes ténébreux s'estant esvanouis en serenité lumineuse.

De vray, la bonté et prudence de M. de Biancourt parust fort emmy ce fortunal de passions humaines. Mais aussy je recogneus assés que le feu etles armes estans une fois entre les mains de gens mal disciplinés, les maistres ont beaucoup à craindre et à souffrir de leurs propres. le ne sçay s’il y eust aucun qui fermast l'œil de toute cette nuit. Pour moy je fisprou de belles propositionset promesses à Nostre Seigneur, de ne jamais oublier ce sien benefice, s’il plaisoit faire qu'aucun sang ne fust respandu. Ce qu'il nous donna de son infinie misericorde.

Il estoit trois heures aprés midy du jour suyvant, que je n’avois pas eu encores loysir de sentir la faim, tant j'estois empesché à al'er et venir des uns aux autres. Enfin environ ce temps là, tout fut accoysé, Dieu mercy.

Certes le capitaine Merveilles et ses gens monstrerent leur piété non vulgaire, Car nonobstant cet heurt et rencontre si troublant, le deuxiesme jour

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d'après, ils se confesserent et communierent avec grand exemple, :: si, à nostre départir, ils me prierent instamment trestous et par spécial le jeune du Pont, de les aller veoir et demeurer avec eux à ma commodité. Ie leur promis d’ainsy le faire, et n’en attends que les moyens. Car de vray j'ayme ces gens de bien de tout mon cœur.

Mais, départans un peu de pensée d'avec eux, comme nous fismes lors de presence, continuons nostre route et voyage. Au retour de cette rivière Sainct Jean, nostre voyage s'addressoit jusques aux Armouchiquoys. Deux causes principales esmouvoyent à cela M. de Biancourt : la premiere, pour avoir nouvelle des Angloys, et sçavoir si on pourroit avoir raison d'eux; la seconde affin de troquer du bled armouchiquoys, pour nous ayder à passer nostre hyver, et ne point mourir de faim, en cas que nous ne receussions aucun secours de France.

Pour entendre la première cause, faut sçavoir que peu auparavant, le capitaine Platrier de Honfleur, cy devant nommé, voulant aller à Kinibéqui, il fut saisy prisonnier par deux naviresangloys qui estoient en une isle appelée Emmetenic, à 8 lieües dudit Kinibéqui. Son relaschement fut moyennant quelques presents (ainsy parle-t-on pour parler doucement)et la promesse qu’il fit d’obtemperer aux prohibitions à luy faictes, de point negotier en toute

ceite coste. Car les Angloys s’en veulent dire mais-

tres, et sur ce ils produysoyent des lettres de leur

Roy, mais à ce que nous croyons fausses.

Or Monsieur de Biancourt ayant ouy tout cecy de la bouche mesme du capitaine Platrier, il remontra serieusement à ces gens combien il importoit à luy , officier de la Couronne et Lieutenant de son pere, combien aussyÿ à tout bon Françoys, d'aller au rencontre de cette usurpation des Anglois tant contrariante aux droits et possessions de sa Majesté. « Car, disoit-il, il est à tous notoire (pour ne reprendre l’affaire de plus hault} que le grand Henry, que Dieu absolve, suyvant les droicts acquis par ses prédecesseurs et luy, donna à Monsieur des Monts, l'an 1604, toute cette région depuis le 40° degré d'élévation jusques au 46. Depuis laquelle donation ledit Seigneur des Monts, par soy mesme et par Monsieur de Potrincourt, mon très-honoré pere, son lieutenant , et par autres, a prins souvent reelle possession de toute la contrée, et trois et quatre ans avant que jamais les Angloys ayent habitué, ou que jamais on aye rien entendu de cette leur vindication. » Ceci et plusieurs autres choses discouroit ledit Sieur de Biancourt encourageant ses gens.

Moy, j'avois deux autres causes qui me poussoyent au mesme voyage : l’une, pour accompagner

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