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près de mourir, chacun de ses proches se fait un devoir d’en hâter le moment, en jetant des sceaux d’eau froide sur le ventre de cet infortuné. Telle est la compassion de ces esclaves du démon! Il n’y a pas lieu de s’en étonner : il est toujours l'esprit de mensonge, tandis que l'esprit de Dieu est toujours l'esprit de vérité. Il faut dire cependant que cette troupe de sorciers a bien perdu de son crédit depuis l’arrivée des français, et qu'ils se plaignent maintenant partout que leurs démons n'ont plusla même puissance qu'ils avaient du temps de leurs pères, ainsi que quelques-uns le racontent.
En ensevelissant leurs morts, ils ensevelissent aussi leur mémoire, de manière qu'ils ne veulent pas même entendre prononcer leurs noms.
Ils ont quelque idée confuse de l’unité d’un Dieu suprême, mais altérée par leurs vices et leurs coutumes. Le démon est, comme je l’ai dit, l’objet de leurs hommages.
Pour fournir à leurs besoins; ils supportent avec un courage étrange le froid et la faim; s’il le faut, ils poursuivront pendant huit à dix Jours une bête sauvage, sans prendre de nourriture. La chasse se fait surtout dans les temps des grandes neiges et des froids aigus. Cependant ces mêmes hommes, nés pour ainsi dire pour le froid et la glace, ne sont pas plutôt assis dans leur cabane, à côté de leur butin,
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qu'ils deviennent paresseux et incapables du plus petit travail. Ils laissent tout à faire à leurs femmes. Outre le soin si pénible d'élever et de porter les enfants, c'est à elles à aller prendre la bête fauve au lieu où elle a été tuée. Elles doivent entretenir la cabane de bois et d’eau; faire les ustensiles du ménage et en prendre soin; préparer la nourriture, écorcher le gibier, passer les peaux comme les tanneurs, confectionner les vêtements, aller à la pêche, ramasser les coquillages pour la nourriture, et souvent même s'occuper de chasse. Avec de l'écorce, elles construisent les canots, ou plutôt des nacelles, d’une admirable rapidité. Elles dressent la cabane dans les lieux où l’on veut passer la nuit. Enfin, à l'exception de la chasse la plus pénible et de la guerre, les hommes n’ont absolument rien à faire. C’est là le motif qui engage les chefs surtout à prendre plusieurs femmes. Il leur semble que pour maintemr leur autorité et leurs bonnes relations avec ceux qui sont comme leurs sujets, il leur faut nonseulement un grand nombre d'enfants qui servent à les faire craindre ou qui les aident à étendre leurs faveurs, mais aussi plusieurs esclaves chargés de
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travail. Or leurs femmes sont regardées et traitées comme des esclaves. Ils sont très-généreux entre eux. Ils partagent
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volontiers , avec ceux qui sont présents, tout ce qu'ils ont en fait de richesse ou de nourriture. Celui qui fait tabagie, c’est-à-dire qui donne un festin, ne se met même pas à table avec les convives, mais il les sert, sans se réserver les restes d'un seul plat, et il le distribue tout entier, en sorte que le maître du festin doit souffrir la faim ce jourlà, si quelqu'un des convives n’a pas pitié de lui, et ne lui donne pas quelque chose de ce qui lui reste. Ils ont souvent exercé cette même générosité envers des français, victimes de quelque grand malheur ; mais les autres qui sont ici ou sur les vaisseaux leur ont appris à ne pas donner facilement quelque chose gratis.
Ils recherchent la vermine de leur tête et regardent ces animaux comme un régal. Leur importunité, quand ils mendient, ou qu'ils demandent quelque chose est très-grande , et ils ont tous les défauts des mendiants et des pauvres, c'est-à-dire, ils sont menteurs, calomniateurs, jureurs et orgueilleux. Ils ont dans leurs discours un souverain mépris pour les français et toutes les autres nations. En leur particulier, ils se raillent de tout , sans épargner la religion qu’ils ont embrassée. Ils peuvent en tout lieu dresser facilement et en peu de temps leurs cabanes qui ne sont formées que de perches ou de branches recouvertes d'écorces, de
peaux, ou même d'herbes. Le foyer se place au centre. Mais c’est assez, et plus qu'il n’en faut sur ce pays et ses habitants, surtout puisque j'envoie une carte ! exacte de la contrée. Avec elle on saisit clairement au premier coup d'œil tout ce que j'ai dit sur la position des terres et des mers.
Venons maintenant au second point que j'ai annoncé , c’est-à-dire racontons comment notre Compagnie a obtenu une mission dans ces contrées. Depuis plusieurs années , nos Pères de Bordeaux, par zèle pour le salut des âmes, avaient jeté les yeux sur ces contrées pour porter secours à ces peuples malheureux. Mais ces pieux et généreux desseins, que n'arrétait pas la vue du danger, restèrent longtemps sans résultat , faute de ressources pour les mettre à exécution. Après le rétablissement de notre Compagnie en France, ils s’adressérent au P. Coton pour obtenir de notre grand Prince la faveur d’aller travailler dans ce pays.
Le Roi, affectionné à notre Compagnie , approuva des désirs aussi saints et aussi héroïques, mais malgré sa protection, mille entraves empéchèrent longtemps l'exécution. Jusqu'ici, aucun français n'allait dans ce pays avec le dessein de s’y fixer, et le premier qui reçut du Roi la mission d'explorer la con-
‘ Celte carte n’a pas été retrouvée avec le manuscrit.
mu 00 = trée et d’y faire un essai d'établissement, était étranger à notre religion. Son entreprise n'ayant pas réussi, et ne donnant même presqu'aucune espérance , il revint en France. Cependant Sa Majesté nous fit dire de ne pas nous décourager, mais de désigner ceux qui devaient partir et d’attendre; il les avertirait quand le temps serait venu. Pour leur donner comme des arrhes de sa parole, il fixa de suite une somme pour leur viatique.
Malheureusement la mort fatale de ce bon Roi arriva sur les entrefaites : Mais Dieu vint à notre secours presqu'en même temps. Jean Biencourt, sieur de Potrincourt, homme noble et couregeux, qui avait obtenu pour lui l’année précédente les terres de la colonie, envoya quelqu'un de ses gens au nouveau Roi. On profita de l’occasion pour solliciter de la reine régente, Marie de Médicis, femme d'une haute piété, la réalisation des généreux projets du feu Roi, et la permission pour deux des Nôtres de prendre place sur le navire qui allait bientôt faire voile pour ces contréee. La Reine y consentit, et seconda généreusement ces désirs. Un de nos Pères fut immédiatement appelé de la Province d'Aquitaine, l’autre fut choisi dans la Province de France. Cependant ils éprouvèrent d’autres retards, et satan se remua de nouveau.
Dieppe était le lieu du départ, et le navire qu’on