‹ Première mission des jésuites au Canada [microforme]Chapitre 23 sur 46 · LL · texte numérisé non relu

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Christ, comme il le fait souvent, se servit des efforts des ennemis pour confirmer les siens, de l'injustice pour leur procurer les secours nécessaires, et des piéges et des opprobres pour les faire paraitre avec éclat au grand jour. À Dieu seul en soit la gloire en tous les siècles!

Nous sommes partis de Dieppe avec un temps très-défavorable, le 26 janvier de cette année 1611. Le vaisseau était petit, mal équipé, et monté par des matelots la plupart hérétiques. Comme nous étions en hiver et sur une mer très-orageuse, nous avons éprouvé de nombreuses et terribles tempêtes, et notre voyage a duré quatre mois. On peut juger par là de tout ce que nous avons eu à souffrir sous tous les rapports. Un de nous était faible et malade, et resta au lit une grande partie de la traversée.

Nous avons cependant tâché de nous livrer aux œuvres ordinaires de notre Compagnie. Chaque jour, le matin etle soir, nous réunissions les matelots pour la prière. Les jours de fête, nous chantions une partie de l'office. Nous donnions souvent des instructions religieuses, et nous avions de temps en temps des discussionsavecleshérétiques. Nousavons combattu avec succès l'habitude des jurements et des paroles obscènes, sans négliger en même temps beaucoup d'œuvres d’humilité et de charité. Avec la grâce de Dieu, nous avons obtenu que les

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hérétiques qui, sur le témoignage de leurs ministres, nous regardaient d'abord comme des monstres, reconnussent non-seulement qu'on les avait trompés, mais devinssent même nos panégyristes. Voilà en peu de mots comment nousavons été conduits ici. Il me reste à parler maintenant de la 3‘ chose que je me suis proposée en cominençant, c’est-à-dire exposer l’état dans lequel nous avons trouvé la religion chrétienne.

Certainement avant cette époque, les français ne se sont presque jamais occupés de la conversion des habitants. Bien des obstacles s’y opposaient. Les français ne venaient pas ici pour se fixer, et ceux qui voulurent s’y établir éprouvèrent tant de malheurs, qu’ils ne purent guère s’en occuper. Cependant, de temps en temps on transportait quelquesuns de ces Sauvages en France, et là ils recevaientle baptême; mais sans instruction et privés de pasteurs, ils n'étaient pas plutôt revenus ici, qu'ils retournaient immédiatement à leurs anciennes pratiques.

Nous abordämes ici le 22 de mai, jour de la Pentecôte de l’année 1611 , l’année même où celui que nous serons obligés de nommer souvent, M. de Potrincourt, était venu avec un prêtre séculier pour s’y fixer et fonder un établissement.

On dit que ce prêtre avait baptisé, cette année là.

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