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avec les simples protestants. Tout le monde avait la liberté de venir nous voir, quoique nous ne pussions pas-sortir de la maison. Pour tout le reste, nous étions très-bien traités, comme j'ai dit.
Nous recevons enfin l’ordre de nous embarquer pour Londres. Ce fut un long voyage, et il survint des retards très-ennuyeux. Pour ne pas énumérer tous ces détails, qu'il me suffise de dire que le roi d'Angleterre nous fit conduire dans la ville de Douvres, et nous fit passer de là à Calais, en France. Le gouverneur de la ville de Calais et le doyen nous reçurent avec bonté, et nous retinrent trois jours pour nous remettre. Nous avons ensuite gagné Amiens, où nous sommes maintenant.
Nous avons été prisonniers pendant neuf mois et demi, toujours dans le navire, à l'exception, comme j'ai dit, des jours que nousavons passés à Pembrock. Pendant trois mois, nous ne recevions par Jour qu'environ deux onces de pain, et un peu de poisson salé et d’eau presque toujours saumâtre. Aussi sommes-nous surpris que nous ne soyons pas tombés malades, tandis que la plupart des anglais l’ont été ; quelques-uns même ont succombé. Assurément le Seigneur nous a gardés, grâce aux prières de Votre Paternité et à celles de toute notre Compagnie. Fasse le ciel dans sa bonté que tout cela tourne à sa
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plus grande gloire, à l'amendement de ma vie et à mon salut! Je l'espère, à l’aide des prières et de la bénédiction de Votre Paternité que je sollicite à genoux très-humblement, et avec toute l’ardeur dont je suis capable.
Que le Seigneur Jésus protége toujours Votre Paternité, et daigne la combler de ses grâces, mon L très-Révérend et trés-bon Père.
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de Votre Paternité, Le fils obéissant et le serviteur indigne, PIERRE BIARD,
Amiens , le 26 mai 1614.
LETTRE DU P. CHARLES LALLEMANT, SUPÉRIEUR DE LA MISSION DU CANADA, AU T. R. P. MUTIO VITELLESCHI, GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS A ROME. (Traduile sur l'original latin, conservé aux archives du Jésus, à Rome.)
De la Nouvelle-France, 1er août 1626.
Mon TRÈs-RÉVÉREND PÈRE, Pax Christi,
Que Votre Paternité ne soit pas étonnée si vous n'avez pas reçu de lettres de nous depuis les dernières, c’est-à-dire depuis un an; nous sommes si éloignés de la mer, que nous ne sommes visités par les vaisseaux français qu’une fois chaque année, et seulement par ceux qui en ont le droit; car cette navigation est interdite aux autres. Ce qui fait que si par hasard ces vaisseaux marchands périssaient, ou s'ils étaient pris par les pirates , nous ne pourrions compter que sur la Providence de Dieu pour pouvoir nous nourrir. En effet nous n'avons rien à attendre des Sauvages qui ont à peine le strict nécessaire; mais celui qui a pourvu jusqu'à présent aux
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besoins des français qui sont ici depuis tant d’années, ne cherchant cependant qu’un gain temporel, n’abandonnera pas ceux qui ne s'occupent que de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Nous ne nous sommes guère occupés cette année qu'à l'étude de la langue des Sauvages, à l'exception d’un ou deux mois employés à cultiver la terre afin de pouvoir en retirer notre subsistance.
Le P. Jean de Brebeuf, homme tout à la fois pieux, prudent et robuste, a passé avecles Sauvages la rude saison d'hiver, et il a pris une très-grande connaissance de leur langue. Pendant ce temps-là, à l’aide des interprètes, malgré leur répugnance à faire connaitre cette langue, nous avons pu, contre l'attente de tout le monde, obtenir tout ce que nous pouvions espérer, et encore ne s'agit-il que des éléments de deux langues; or, il y en a beaucoup d'autres. Autant de nations, autant de langues; et ce sol très-étendu en long et en large est habité par cinquante nations, au moins. Vaste champ! où notre zèle trouvera à s'exercer. « La moisson est abondante, et le nombre des ouvriers est petit »; mais les Nôtres sont disposés, avec la grâce de Dieu, à nese laisser effrayer par aucune difficulté, quoiqu'il n’y ait pas encore grande espérance de succès, tellement les naturels sont grossiers et se rapprochent de ia brute.
Certainement une seule chose nous console, c’est que , dans la distribution de ses récompenses, Dieu, très-bon et très-grand , a moins d’égard au succès qu'à la bonne volontéet aux efforts. Pourvu que nos désirs tels quels lui soient agréables, nous n'avons pas à craindre que notre peine soit perdue. Quant à nos rapports avec les Sauvages, nous n'avons donc pas fait autre chose cette année que d’acquérir la connaissance des lieux , des personnes et de l’idiôme de deux nations; mais pour nos français qui ne sont ici qu’au nombre de quarante-trois, nous ne nous sommes pas épargnés. Nous avons entendu leurs confessionsgénérales après avoir faituneexhortationsur la nécessité de la confession. Tousles mois, en outre, nous leur donnons deux sermons. Dieu aidant et bénissant cette entreprise, comme il l’a
fait jusqu’à présent , nous aurons quelque chose de plus l’année prochaine.
Tous les Nôtres, grâce à Dieu , se portent bien. À peine y en a-t-il un qui ne se couche tout habillé. Ce qui nous reste de temps après les exercices spirituels ou les œuvres apostoliques, nous l’'employons tout entier à cultiver la terre.
Leur progrès dans la vertu eût été plus consolant s'ils eussent eu un meilleur supérieur que moi; Votre Paternité peut facilement y apporter remède. Je m’entends bien mieux à obéir qu’à commander.
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J'espère qu’elle. m'accordera cette grâce, que je lui demande humblement. Ce faisant, les Nôtres lui devront leur avancement spirituel.
On nous a envoyé de France, cette année, des ouvriers pour construire la première résidence de la Compagnie, ce que nous avions regardé comme absolument nécessaire à cause des français'qui habituellement se fixent ici. On en établira plus tard chez les nations qui donnent le plus d'espérance et qui ont des habitations fixes, Nous devons sous peu leur envoyer un des Nôtres, ou plutôt deux, le P. Jean de Brébeuf et le P. Anne de Noue. Si leur mission réussit, elle ouvrira un vaste champ à l'Evangile. Ils voyageront dans les canots des Sauvages ; car on ne peut pas employer d’autres marins.
Je renvoie en France le P. Philibert Noyrot, pour s’occur"r des intérêts de notre mission. J'espère que Vc*r2 Paternité lui prêtera son appuiauprès des personnes qui veulent bien protéger nos travaux. Il sera nécessaire même auprès de nos Pères de Paris, qui semblent ne pas comprendre les besoins et l'avenir de notre mission. Si le défunt Père Coton, de pieuse mémoire, ne nous eût pas été favorable, notre œuvre était comme impossible, Comme le P. Noyrot doit revenir au commencement du printemps, il faudra nécessairement, si Votre Paternité l’approuve, qu’il y ait à Paris ou à Rouen un des Nôtres chargé
de le remplacer, de prendre soin de nos affaires, de nous envoyer chaque année les objets de première nécessité et de recevoir nos lettres.
Nous restons donc ici au nombre de sept. Quatre Pères , le P. Ennemond Masse, admoniteur et confesseur ; le P. Jean de Brébeuf ; le P. Anne de Noue et moi ; trois frères coadjuteurs, Gilbert Burel, Jean Goffestre et François Charreton : tous, Dieu merci, bien disposés à travailler généreusement.
Tous se recommandent aux saints sacrifices de Votre Paternité.
De Votre Paternité, le très-humble fils,