‹ Première mission des jésuites au Canada [microforme]Chapitre 29 sur 46 · TR · texte numérisé non relu

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de quelques sauvages. J'apprend que les Sauvages qui sont aux Trois-Rivières sont tous malades et meurent en grand nombre. Le P. Brebeuf mesme qui a passé par là, m’escrit qu'il seroit à propos que j'y allasse : je suis dans les écritures, je n'ay rien ou peu de choses prestes, les vaisseaux seront bien tost prests, à faire voile; je seray surpris de mes lettres et informations, que j'envoie à V. R. touchant nos besoins; je me dépêche tant que je peux. Si je n’estois point Superieur, je serois délivré de tout cela ; il y a longtemps que je serois là hault, Je me dispose pour y aller tout à fait jusques au printemps ou jusques à la venue des vaisseaux. Je n’ay pas l'esprit capable de tant de choses : le soin de nos gens, tant de sortes de petits travaux qu'il y a, bref tout s’addresse au Supérieur, et cela le divertit infiniment, notamment à Kebec, où nous sommes bon nombre de personnes. Adjoutés les sermons, confessions, visites : je veux croire que tout cela empescheroit peu le P. Lallemant de l’estude dela langue ; pour moy, je le dy devant Dieu, cela m'en détourne grandement. Depuis le mois d’avril, auquel je retournay d'avec les sauvages , je n'ay pas regardé un seul mot de leur langue. Le P. Lallemant, qui n’est pas si assidu à l'estude, a voulu, au commencement de sa venue, prendre un petit garde au travail de nos hommes. Enfin il s’en

est défait, me confessant ingénuement , ce qu’il n'avoit pas voulu croire, qu'il estoit impossible d'’estudier avec ce soin. On donne un temps tout libre à ceux qui estudient dans nos classes; ils ont de braves maistres; ils ont de bons livres; ils sont logés commodément : et moy qui suis sans livres, sans maistres, mal logé, pourray-je bien estudier avec un soin qui m'occupe quasi tout entier bien souvent? V. R. considerera cecy devant Dieu, s’il luy plaist ; je ne veux que sa plus grande gloire. Il est vray que je me bas contre mon ombre; le temps parle pour moy : il y a plus de trois ans (ou il y aura à la venue des vaisseaux) que je suis en charge ; le Père Lallemant estant ce qu’il est, et demeurant à Kebec, contentera infiniement. Je remercie desjà par avance V. R. de ce qu’elle m’accordera cette requeste. Voicy la seconde.

Le P. Benier m'’escrit qu’il ne se scauroit consoler de ce qu’il newient point en Canada, sinon dans la veue de ses péchés qui l’en empêchent; il me prie d’escrire à Rome pour luy. Je dy tout mon cœur à V.R. il espère que de là on luy ouvrira la porte, les Provinciaux luy fermans en France. J'en ay escry, comme il m’en supplie; mais ce n’est pas de là que j'attend ma plus grande consolation, mon R. P. Permettés moy, que je le demande pour Dieu, au nom de Dieu et en Dieu, pour le salut de plu-

sieurs âmes; je renonce entièrement à tout ce qu'il y auroit de déréglé dans mon affection; non, mon R. P., ce n’est point l'affection de la créature qui parle. Si V. R., à qui Dieu se communique plus abondamment qu’à un pauvre pécheur , juge dans un dénuement de tout en la présence de Jesus Christ, qu'il soit plus nécessaire en France et auprès d'une femme !, qu’au milieu de ces peuples barbares, je ne le demande plus : #7ajorem Dei gloriam specto. S'il rend tant soit peu plus de services à Notre Seigneur où ilest, qu'il ne feroit en la Nouvelle France, qu’il y demeure, au nom de Dieu ; c’est là où je le souhaitte. Mais si V. R. juge que Dieu le veuille icy, je le demande de tout mon cœur. La crainte que J'ay qu’il n’arrive quelque changement, me fait conjurer V. R. de nous donner selon le cœur qu'elle a pour nous. Si je scavois que celui qui luy pourra succeder dût hériter de son amour, je ne serois pas si importun; car il est vray que je suis honteux de tant presser.

Encore ce coup, mon R. P., qui sera conforme à son affection : dounez-nous, s’il vous plaist, le P, Benier,, et le P. Vimont, si le P. Benier ne passe pendant qu’elle est en charge, je ne l'attend plus;

‘ Le P. Benier était confesseur de la princesse X***,

je le demanderay tant à Dieu, et j'ay une confiance en luy , qu'il nous le donnera.

V. R. trouvera-t'elle bon que je parle encore une fois librement pour un moment de temps. Le P. Lallemant Supérieur à Kebec, le P. Vimont et le P. Buteux demeureront au fort, le P. Benier, le P. Pinette ou le P. Garnier , et le P. Le Jeune aux Trois- Rivières. Le P. Pinette ou le P. Garnier, et le P. Mercier, qui est au collége de Paris, pour les Hurons; je ne cognoy pas ce dernier, mais on m'en dy du bien. Pardonnez moi mon R. Père, pardonnez moi mes sottises, j'entend que toutes mes demandes soient des refus , si elles ne sont conformes aux volontés de Dieu , qui me seront déclarées par celle de V. R. que j'embrasseray de tout mon cœur jusques à la mort, si je puiset ultra. Je ne peux ny ne veux déterminer de moy en aucune façon, ny des autres; je propose avec amour et confiance et avec indifference; mais je demande les meilleurs ouvriers que je peux, pour ce qu’il faut icy, en vérité, des esprits qui viennent à la croix et non aux conversions, qui soient extrêmement souples et dociles : autrement il n’y a icy plus de paix et par conséquent point de fruit. Il faut la chasteté de nos constitutions tout-à-fait angélique ; il ne faut qu’estendre la main pour cueillir la pomme du péché.

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C'est à ce coup que mes longueurs seront ennuieuses; car ce n’est pas encor fait. Parlons de

l'estat auquel est notre maison ! pour le présent.

Nous avons une maison qui a quatre chambres basses : la première sert de chapelle, la seconde de réfectoire, et dans ce réfectoire sont nos chambres. Il y a deux petites c1ambres passables, car elles sont de la grandeur d'un homme en quarré; il y en a deux autres qui ont chacune huict pieds; mais il y a deux litsen chaque chambre. Voila pour six personnes fort étroitement ; les autres , quand nous étions tous ensemble, couchoient au grenier. La troisième grande chambre sert de cuisine; la quatrième c’est la chambre de nos gens : voilà tout nostre logement. Dessus nous est un grenier, si bas qu'on n'y sçauroit loger ; nous y montons avec une échelle,

Il y avoit un autre bastiment de mesme grandeur vis-à-vis de celuy-cy. Les Anglois en ont bruslé la moitié ; l’autre moitié est couverte seulement de bousillée; elle sert de grange, d’estable, et de menuiserie, Nos gens, cette année, ont fait des aix, ont esté quérir les arbres dans les bois; ils ont mis des portes, des fenestres par tout ; ils ont fait les petites chambres au réfectoire, quelques meubles, tables,

‘ Notre-Dame des Anges, près de Québec.

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escabeaux , crédences pour la chapelle et autres choses semblables ; ils ont enfermé notre maison de grands pieux de sapin, nous faisant une belle cour d'environ cent pieds en quarré, le Pere de Noué conduisant cet ouvrage, Ces pieux ont quatorze pieds de hault; il y en est entré près de douze cent. Cela est beau à voir et bien utile. Nous y avons mis de bonnes portes, que Louys a bien ferrés; avec tout cela on a cultivé, labouré , et ensemencé nos terres défrichées : voilà les plus gros ouvrages de nos gens, et l’estat de la maison.

Voicy ce qu'il faut faire doresnavant :

Il faut dresser une petite maison en une pointe de terre, qui est vis-à-vis de nous!. Il n’y a que la rivière à passer; l’eau tourne quasi tout à l’entour de cette pointe, faisant une peninsule, Nous avons commencé à la fermer depieux du costé de la terre, et nous logerons là dedans notre bestial, scavoir est, les vaches et les cochons; il faut à cet effet dresser là une petite maison, pour ceux qui en auront soin, comme aussy de bonnes estables bien

abbritées contre le froid.

an passé, on nous envoya un homme pour charpentier qui ne l’estoit pas, ce qui est cause qu’on n'a point basty cette année, ce qui nous a fait un

‘ La pointe aux Lièvres , à l'entrée de la rivière Saint-Charles.

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grand tort. Il faut en outre achever de dresser ce bastiment bruslé par les Anglois. On est après depuis la venue des navires, qui nous ont apporté un charpentier ; il faut des planches pour le couvrir, faire les portes, fenestres, etc. Il nous faut faire une grange pour mettre ce qu'on recueillera de la terre. Il faut faire un puis : nous allons querir l’eau à deux cents pas de la maison; c’est une grande peine, l'hiver notamment qu'il faut casser la glace de la rivière pour avoir de l’eau. Il faut raccommoder et agrandir notre cave, que nous avons «ntretenue Jusques icy. Il faut redresser plus de la moitié du bastiment ou nous logeons, et recouvrir toui, car i! pleut et neige par tout : au commencement nos Pères ne firent qu'un meschant todis, pour se loger; les Anglois le négligeans, il seroit desjà par terre, si nous ne fussions retournés pour l’entretenir ; ce ne sont que des planches et de petites lattes, sur lesquelles on a bousillé. Il faut du monde pour le bestial ; il faut labourer et ensemencer le peu que nous avons de terre; il faut faucher et faire la moisson ; il faut faire le bois de chaufage, qu'on va desjà quérir assés loing sans charrette ; il faut faire de la chaux.

Il ya mille choses que je ne sçaurois rapporter : que V.R. voie si c’est trop ‘!& dix personnes pour

tout cela. Nous en demanderions vingt ou trente, L. 10

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s’il y avoit de quoy les nourrir et payer; mais nous

nous restreignons à dix, avec trois de nos Frères, et

encore ne sçay-je si on pourra fournir, en France,

ce qu'il faut pour cecy et pour nous, tant il y va de dépenses.

Ce qu'on peut prétendre de cette maison pour soulager la mission et frais qu'elle doit fuire

pour notre entretien.

Il y a quatre gros articles qui font la plus grande dépense de cette mission : les lards qu’on envoie, le beurre, les boissons et les farines; avec le temps, le pays peut fournir cecy. Pour les lards, si dès cette année nouseussions esté bastis, il n’en eût point fallu envoyer, ou pas tant, l'année prochaine : nous avons deux grosses truies qui nourrissent chacune quatre petits cochons; il a fallu nourrir cela tout l’esté dans notre cour à découvert. Le P. Masse nous a esleve ce bestial. Si cette pointe dont j’ay parlé estoit fermée, on les mettroit là, et on ne leur donneroit rien l'esté; je veux dire que dans quelque temps nous aurons du lard pour notre provision, c’est un article de 400 livres défalqué. Pour le beurre, nous avons deux vaches, deux petites genisses et un petit taureau. M. de Caen laissant icy son bestial, voyant qu’il se fust perdu, nous retirasmes trois vaches; de

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la famille, qui est icy, trois autres; eux et nousavons donné à M. Giffard chacun une vache; il nous en reste ce que je viens de dire. Faute de logement, elles nous coustent plus qu’elles ne valent : car il faut détourner nos gens de choses plus nécessaires; elles gastent ce que nous avons semé, et on ne les peut garder dans ces bois , les mouches les tourmentent. Elles sont venues trois ans trop tost; mais elles fussent mortes, si nous ne les eussions recueilly ; nous jes avons prises comme abandonnées, Avec le temps elles donneront du beurre pour la provision, et des bœufs pour labourer, et parfois de la chair.

Pour la boisson, il faudra faire de la bierre ; mais nous attendrons encore que nous soyons bastis, et qu’il y ait une brasserie dressée : ces trois articles sont assurés avec le temps. Pour les blés, on a douté si laterre, où nous sommes, n’estoit pointtrop froide. Allons par ordre, et voyons la nature du sol : voicy deux années que tout ce qui est du jardinage, qui ne lève que trop, a été mangé par la vermine, qui provient ou du voisinage des bois, ou de ce que la terre n’est pas bien encor exercée et purifiée ny aérée. Au milieu de l’esté, cette vermine meurt, et nous avons de fort beaux jardinages.

Pour les arbres fruitiers, je ne scay ce qui en sera. Nous avons deux allées, l’une de cent pieds

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et plus, l’autre plus grande, plantées de sauvageons de part et d’autre fort bien repris; nous avons huit ou dix antes de pommiers et poiriers qui sont aussy fort bien reprises : nous verrons comme cela réussira. J’ay quelque créance que le froid nuit grandement aux fruits; dans quelques années nous en aurons l'expérience. On a vu icy autre fois des belles pommes,

Pour le bled d'inde, il meurit bien l’an passé; cette année il n’est pas beau.

Pour les pois, je n’en ay point veu chez nous de beaux ; la terre pousse trop. Ils réussissent fort bien chez cette famille qui est en lieu hault et plus aéré.

Le seigle a réussy deux ans. Nous en avons semé pour en faire l'expérience; il est fort beau.

L'orge peut aussy réussir. Reste pour le froment : nous en avons semé à l'automne en divers temps ; il s’en est perdu en quelque endroit soubs les neiges; en un autre endroit il s’est si bien conservé qu’on ne voit point en France de plus beau bled. Nous ne sçavons pas bien encor le temps qu'il faut prendre pour semer devant l'hiver; la famille qui est icy a toujours semé du bled marsais, qui meurit fort bien en sa terre. Nous en avons semé un peu cette année; nous verrons s’il meurira. Voila les qualités du sol où nous sommes.

Je rapporte tout cecy, pour ce que M. de Lauson

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nous mandoit que nous transportassions nos gens aux Trois-Rivières, où l’on va faire une nouvelle habitation, disant que tout meuriroit mieux en ce quartier là. Cn a esté bien en branle s’il le falloit faire; du moins on y vouloit envoyer trois ou quatre hommes. J’ay toujours creu qu'il ne falloit point diviser nos forces , et qu’il falloit faire réussir une maison, qui füt par après le soutien des autres ; qu'il falloit voir le bien devant que d’y rien entreprendre. Enfin ceux qui sont passés les premiers mandent que la terre y est fort sabloneuse; que tous y meurira mieux pour un temps, mais que ce sol sera bien tost las. Je m'en vay demeurer là, comme j'ay dit, avec le P. Buteux; nous verrons ce qui en est. Quand la terre seroit très-bonne, je ne serois pas d’advis qu'on quittast le soin de cette maison où nous sommes : c’est l’abord des vaisseaux; ce doit estre le magasin , le lieu de refuge ; la comodité pour le bestial, à cause des prairies, y est grande ; pour les farines, au pis aller on peut avoir des seigles, mais j'espère qu’on aura aussy de bon froment , et que le temps enseignera quand il le faut semer ; si le bled marsais meurit, le fourment , le seigle et l'orge viendront icy fort bien. Tirons quelques conclusions de ce qu’il faut faire.

Primo, il se faut bastir pour nous loger, et les animaux et les bleds.

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Secundo, il faut semer maintenant ce qui est nécessaire, seulement pour le bestial, et tascher, au plus tost dans peu d'années, d’avoir des lards et du beurre.

Tertio, estans logés, tous nos gens s’appliqueront à la terre, à défricher et cultiver, pou: avoir des bleds. Voilà ce me semble l’ordre qu'il faut faire garder pour le temporel ; quand on sera basty, on ne tiendra plus ny charpentiers, ny artisans, mais seulement des défricheurs et laboureurs, pour l’entretenement de la maison. On empruntera par fois du fort un artisan, donnant un homme en sa place pour le temps qu'on le tiendra.

Ou bien ce qui me semble le meilleur , on tiendra serviteurs, domestiques, et on nourrira des hommes qui défricheront et cultiveront la terre à moitié , et ainsy, estans interessés dans leur travail, on n’aura que faire de se mettre en peine d’eux. Il y a encore du temps pour penser à cela.

Voicy une autre affaire :

On parle de commencer de nouvelles habitations en divers endroits, et d’avoir là de nos Peres. J’ay une pensée, que nous ne sçaurions pas entreprendre de nous loger et bastir partout; ce sera bien tout si nous faisons bien réussir le lieu où nous sommes, et partant, pour les autres habitations, derx nu trois de nos Peres, ou deux Peres et un garçon y pourront

aller, et ces messieurs les logeront et entretiendront, et fourniront tout ce qu'il faudra pour l’église ou chapelle, s’il leur plaist. Nous allonsle P. Buteux et moy, comme j'ay desjà dit, demeurer aux Trois-Rivières expressement pour assister nos françois, car nous n'irions pas sans cela ; cependant nous portons des meubles pour la sacristie, et habits pour nous, et,

ce que je trouve plus étrange, nos propres vivres

que nous leur donnerons : car nous mangerons avec eux, faute de logis où nous puissions nous retirer. Nous faisons cela volontiers, car j'apprend que ces messieurs nous aiment fort, et nous assistent tant qu'ils peuvent, selon l’estat de leurs affaires; aussy faisons nous, et ferons nous tout ce que nous pourrons en leur considération : car outre que nous portons aux Trois Rivières jusques à de la cire et de la chandelle, nous avons envoyé aux Hurons trois ou quatre personnes plus que nous n’eussions fait, n'estoit leurs affaires que j'ay recommandées à nos hommes. Il est vray qu'ils ont donné .quelque chose pour ce subject, à ce que m'a dit le

Pere Lallemant. Je ne desire pas les importuner ; mais je sçay leur aise qu'ils sçachent que nous les servirons de bon cœur, et que nous esperons qu'ils donneront ce qu'il faut pour l'entretien de [nos] Pères aux nouvelles habitations, et qu'ils monteront leur chappelle, comme ils ont fait cette année celle

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de Kébec !; et qu'ils donneront aussy des gages et des vivres aux hommes que nous tiendrons en leur considération ; et pour leurs affaires soit dans les Hurons, soit ailleurs, nous tenons ces hommes avec nous, afin qu'ils ne se débauchent avec les Sauvages et ne donnent mauvais exemple, comme ont fait autrefois ceux qui y estoient. Voila pour le temporel de cette mission ; si je me souviens d'autre chose, je l’escriray en un autre endroit.

Venons au spirituel.

Premiérement nous esperons une grande moisson avec le temps dans les Hurons, plus grande et plus prochaine si on y peut envoyer beaucoup d'ouvriers pour passer dans les nations voisines, le tout soubs la conduite et l'ordonnance du Supérieur qui sera aux Hurons. Ces peuples sont sédentaires et en grand nombre; j'espère que le P. Buteux sçaura dans un an autant du langage montagnais que j'en sçay, pour l’enseigner aux autres, et ainsy J'iray où on voudra. Ce n’est pas que j'attende rien de moy ; je tacheray de servir pour le moins de compagnon. Ces peuples, où nous sommes, sont errans et en fort petit nombre; il sera difficile de les con-

‘ « L'an 1634, Messieurs de la Compagnie ont envoyé pour cent escus de meubles et ornements entre autres l'image de saint Joseph en bosse qui est sur l'autel, » Catalogue des bienfaiteurs de Notre- Dame de Recouvrance (Archives du Séminaire de Québec).

s et vertir, si on ne les arreste; j'en ay apporté les eur moyens dans la Relation.

les Pour le Seminaire, hélas ! pourroit-on bien avoir vec un fond pour cela? Dans les bastimens dont j'ay au- parlé, nous désignons un petit lieu pour le comont mencer, attendant qu'on fasse exprès un corps de : le logis pour ce subject. Si nous estions bastis, j’esitre pérerois que dans deux ans le P. Brebeuf nous envoiroit des enfants hurons; on les pourroit instruire icy avec toute liberté, estans éloignés de leur Dis= parens. O Île grand coup pour la gloire de Dieu, si » et cela se faisoit!

db Quant aux enfants des Sauvages de ce pais-cy, il out y aura plus de peine à les retenir ; je n’y voy point Giié d'autre moyen que celuy quetouche V.R. d'envoyer rés un enfant tous les ans en France : ayant esté là eux deux ans, il y reviendra sçachant la langue ; estant ais desjà accoustumé à nos façons de faire, il ne nous | sy quittera point et retiendra ses petits compatriotes. Il ien Notre petit Fortuné, qu’on a renvoyé pour estre bm- malade, et que nous ne pouvons rendre à ses parens, ans car il n en a point, est tout autre qu'il n'estoit, | pn- encor qu 'il n'ait demeuré que fort peu en France; tant s’en faut qu'il courre après les Sauvages, il les | en fuit, et se rend fort obéissant. En vérité il m'estonne: È car il s’encouroit incontinent aux cabanes de ces

barbares sitost qu’on lui disoitun mot; il ne pouvoit

souffrir qu’on luy commaudast quoy que ce fust : maintenant il est prompt à ce qu'il peut faire. Je voulois envoyer cette année une petite fille, que la famille, qui esticy , m’a donnée, peut-être encore un petit garçon, selon le désir de V.R. Mais M. de Champlain m'a dit que M. de Lauson luy avoit recommandé de ne laisser passer aucun Sauvage petit ou grand. Je l’avois prié l'an passé du contraire; j'ay quelque pensée que le P. Lallemant a quelque part en ce conseil et en cette conclusion. Voicy les raisons pourquoy ils jugent qu'il n’est pas expédient qu'il en passe : 1° L'exemple des deux qui sont passés, et qui se sont perdus. Je respond que Louys! le Huron, fut pris et corrompu par les Anglois, et encor a-t-il fait icy le debvoir de chrestien, se confessant et communiant, l’an passé , à sa venue et à son départ de Kébec; il est maintenant prisonnier des Hiroquois. Pour Pierre le montagnais ?, mené

‘ Louis Amantacha, surnommé de Sainte-Foy, qui avail été baptisé en France.

* Ou Pierre-Antoine Patetchoanen, « qui depuis cinq ans (1620-5) avoit élé envoyé en France par nos religieux de Kébec; lequel après avoir été bien instruit et end':ctriné aux choses de la foy, fut baptizé et nommé par deffunt M. le Prince de Guiménée, son parrain, Pierre Antoine, qu'il entretint aux études jusques après sa mort, que l'enfant fut congru en la langue latine, et si bon françois, qu’estant de retour à Kébec, nos religieux furent contraints le renvoyer pour quelque temps entre ses parens, afin de reprendre les idées de sa langue maternelle, qu'il avoit presque oublié, » (F, Sagard.)

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en France par les Pères Récolets, estant icy de retour, il fu yoit les Sauvages : onle contraignit deretourner avec eux pour apprendre la langue, qu'il avoit oubliée ; il n’y vouloit pas aller, jusque là qu’il dit : On me force, mais si j'y retourne une fois on ne m'aura pas comme on voudra. Les Anglois sont survenus là-dessus, qui l'ont gasté: adjoustés que je n’ay point veu sauvage si sauvage et si barbare que luy.

L'autre raison du P. Lallemant est que ces enfans cousteront à nourrir et entretenir en France, et la mission est pauvre. S'ils sont en un collége, on demandera pension; s’ils sont ailleurs, cela retardera lesaumônes que feroient les personnes qui lesnourriront. Je répond que les collèges ne prendront point de pension, et quand il en faudroit , je trouve la chose si importante pour la gloire de Dieu, qu'il la faudroit donner. Le P. Lallemant commence à gouster mes raisons; car je l’assure qu'on ne peut retenir les petits Sauvages, s’ils ne sont dépaisés ou s'ils n’ont quelques camarades qui les aident à demeurer volontiers. Nous en avons eù deux : en l'absence des sauvages , ils obéissoient tellement quellement; les sauvages estoient-ils cabanés près de nous, nos enfants n’estoient plus à nous, nous n'osions leur rien dire.

Si nous pouvons avoir quelques enfants cette

année, je feray mon possible pour les faire passer, du moins deux garçons, et cette petite fille, qui trouvera trois maisons pour une. On m'en demande en plusieurs endroits. Si M. Duplessis m'écoute, au nom de Dieu, soit. Quant le P. Lallemant aura expérimenté la difficulté qu’il y a de retenir ces enfants libertins, il parlera plus haut que moy. V.R. voit, par tout ce qui a esté dit, le bien que l’on peut espérer pour la gloire de Dieu de toutes ces contrées, et combien il est important, non-seulement de ne rien divertir ailleurs de ce qui est donné pour la mission de Kebec, mais encore de trouver quelque chose pour faire subsister du moins une maison qui serve de retraite aux Nostres, qui serve de séminaire pour des enfants et pour les Nostres qui apprendront un jour les langues, car il y a quantité de peuples différens tous en langage.

Voici encore...........….

(Le reste manque au manuscrit).

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LETTRE DU P. JEAN DE BRÉBEUF AU T. R. P. MUTIO VITEL- LESCHI , GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS À ROME. (Traduite sur l'original latin conservé aux Archives

du Jésus à Rome.)

De la Résidence de Saint-Joseph, 20 mai 16317.

Mon TRrÈès-RÉVÉREND PÈRE, Pax Christi.

J'ai écrit l’année dernière à Votre Paternité de l'état et des coutumes des Hurons, au milieu desquels se passe notre vie, et des fruits que nous espérons recueillir. Votre Paternité a dù pareillement recevoir les Relations des deux années passées, qui, avec celle que nous lui envoyons aujourd’hui, donnent une connaissance assez complète des

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affaires de notre mission.

Il me reste à vous apprendre deux événements qui ont retardé parmi nos Sauvages les progrès de l'Evangile. C’est d’abord une maladie contagieuse, qui, depuis huit mois, a causé de grandsravages dans le pays. La divine Providence a permis que nous ne fussions pas entièrement à l’abri de ce fléau. De six prêtres que nous étions ici et de quatre domes-

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tiques qui étaient à notre service, sept ont été frappés en même temps : mais, grâce à la brnté ‘'ivine, tous, quoiqu’en danger de mort, ont ï:ivié la santé et leurs forces premières, et se portent bien maintenant.

Pour nos Hurons infidéèles, qui ignorent les promesses de la vie future , ils cherchaient avec tant d’anxiété et d'inquiétude le remède à leurs maux temporels, que nous avions bien de la peine à nous en faire écouter, quand nous leur parlions de l'autre vie. Si nous leur eussions promis la santé, ils nous auraient accueillis bien plus volontiers. Malheureusement le plus grand nombre de ces pauvres gens, trop préoccupés de l’amour de la vie présente, ont, en la perdant, perdu pareillement le bonheur éternel.

Ce qui, en second lieu, a nui à la propagation de la foi, c'est que le démon avait fait courir parmi eux le bruit que nosfrançais ,et nous en particulier, nous étions la cause de cette maladie, et que nous n'étions venus dans leur pays que pour les faire mourir, D'autres mensonges du même genre ont circulé sur notre compte. Il n’est point étonnant que cela nous ait aliéné pour un temps les habitants de quelques villages. Quelques-uns même voulaient nous faire périr comme ennemis de leur nation.

Mais celui qui seul donne la mort et ressuscite , peut conduire aux portes de l'enfer et en retirer, nous a sauvés de tous ces périls et a même amené ces barbares à venir nous demander humblement pardon, Toutes ces calomnies sont à peu près tombées aujourd’hui, On nous écoute volontiers; nous avons donné, cette année, le baptême à plus de deux cents personnes, et il n’y a presque aucun village qui ne nous ait invité à l'aller visiter. Bien plus, ce fléau et ces calomnies mêmes ont contribué à nous faire mieux connaitre de ces peuples. Ils ont compris par nos actes que nous ne sommes pas venus ici pour acheter des pelleteries ou faire le commerce , mais uniquement pour les instruire, les unir à Notre-Seigneur, et par là, leur procurer la santé de l'âme et une vie éternellement heureuse. Il y a même eu quelques familles qui, sans être encore baptisées, avaient, à notre persuasion, mis en Dieu toute leur confiance. Comme elles ont été, presque seules, épargnées par la contagion, elles ont maintenant une foi vive et réclament instamment la grâce du baptème que nous leur conférerons, j'espère , dès que nous les aurons suffisamment éprouvées.

Nous avons eu la consolation de voir, dans plusieurs de ceux que nous avons baptisés, des signes non équivoques de la grâce du sacrement : aussi

avons-nous la douce confiance que bon nombre,

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tant d'adultes que d'enfants, sont maintenant au ciel et prient Dieu pour le salut de leurs frères.

Enfin , nous en avons l’espoir, ce fléau, qui sévit encore, dès que les esprits auront recouvré la tranquillité nécessaire pour entendre et bien comprendre les vérités de la foi, aura préparé la conversion d’un grand nombre d'infidéèles.

Dans ce moment nous formons une nouvelle résidence dans le village que nous nommons La Rochelle et les Sauvages Ossossané. Il est très-peuplé ; la maladie y a fait de grands ravages ; mais nous y avons toujours été bien accueillis, bien écoutés et bien demandés. Nous l'appellerons la Résidence de l’Immaculée Conception.

Nous pensons aussi à envoyer, dès cette année, deux des nôtres à la nation des Attignenonghas, pour s’y fixer, s'ils voient Jour à y opérer quelque bien. :

Il parait que le séminaire des Hurons établi à Québec , au cinq jeunes Sauvages ont passé l'hiver, commence déjà à produire quelques fruits. Nous en envoyons d’autres, et nous espérons contribuer beaucoup par là à gagner l'affection des Hurons et à les attacher à Notre-Seigneur, C'est ainsi que la foi se propage , mais dans le travail, les veilles, les tribulations et la patience, W nous faudra longtemps arracher. et semer : plus tard viendra la ré-

colte. Quoiqu'à présent nous ne semions que dans

nt au | les larmes et les gmissements, nous comptons {| ) ° ñ . + . . . . | Loi bien un jour recreillir dans la joie une aboni sévi | dante moisson. | | tran- D | | Mes compagnons dans cette résidence sont les k | ipren- k | Gent à P PP. François le Mercier, Pierre Pijart, Pierre Chasersion | bn ee n R | telain, Charles Garnier et Isaac Jogues, ouvriers Ile ré des plus distingués, qui savent allier admirable- | 6: e re- À | . 14 R ment le zèle ardent du salut des âmes, avec l'orai- h | À O- Ü « . È 1 i , son et l'union avec Dieu. En un an ou deux, ils {| euplé; y . | \ | ont fait des progrès vraiment remarquables dans {| ous y Re. He | F é une langue à peine connue, et qui n’est pas encore | ites € : . rt : S | | réduite en principes, tant est grande l'ardeur qu'ils nce de | | 0 à :

y mettent. Mais le P, Charles Garnier, à ce qu'il me | semble , les surpasse tous en ce point. | nnée , re D'après cet exposé, pouvons-nous ne pas attennghas nt Cab dre de l’infinie bonté de Dieu, les plus heureux ] î uelque : :

résultats de nos travaux : | | + Je suis de Votre Paternité, tabli à ne. | 1: Le très-humble serviteur et le fils très-soumis hiver, .

| en Notre-Seigneur, ous en | A AN ü “RKI.

"ons et v n | De la Résidence de Saint-Joseph aux Hurons, ue la | Le ee T dans le village d'Ihonatiria , 20 mai 1637. veilles, a long- T ss ë (P, 8.) Depuis ma lettre écrite, la nouvelle résia ré-

dence de l’Immaculée Conception a été établie, et nous avons commencé à l’habiter le jour de la fête des saints Martyrs Prime et Félicien, 9 juin. On ne saurait exprimer avec quelle affection et quelle joie nous avons été accueillis. Le jour de la sainte Trinité nous avons baptisé avec solennité un homme de cinquante ans : grand sujet d'espoir pour l'avenir. Car il est bien instruit et a passé par de longues épreuves. Il a de l'autorité et jouit de l'estime générale des sauvages. C’est le premier adulte que nous ayons baptisé en santé. Son exemple nous en a déja amené quelques-uns qui demandent instamment le baptême.

Du même lieu, 16 juin.

e, et à fête

On uelle ainte : un spoir 8 par it de mier xemman-

LETTREDU P. JEAN DE BRÉBEUF, AU T.-R. P. MUTIO VITEL- LESCHI, GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS À ROME. | | (Traduile sur l'original latin conservé aux archives | du Jésus, à Rome.)

Mon TRès-RÉVÉREND PÈRE,

Pax Christi.

La Relation de cette année et celle de l’année

dernière donneront à Votre Paternité une connais-

sance suffisante de ce qui concerne la mission que nous venons d'établir ici, chez les Hurons, peuple

de la Nouvelle-France ou Canada. Si votre Paternité ne les a pas déjà recues, je pense que le R. P. Provincial ne tardera pas à les lui envoyer. Il ne me reste donc qu’à lui faire part de nos espérances

pour le salut des habitants de ce pays.

Les Hurons ne sont pas errants dans les forêts à

la façon bêtes fauves, comme plusieurs autres peuplades de ce pays. Ils ont une vingtaine de villages, dont quelques-uns sont entourés d’une forte palis-

sade en bois. S'ils changent parfois de place, ce

n’est que lorsqu'ils n’y trouvent plus ce dont ils ont besoin pour vivre, par exemple, le bois de chauffage, ou lorsque le sol épuisé ne rapporte presque plus rien. Car, ils cultivent la terre et en tirent du bled d'Inde, des fèves ou haricots-fèves, des citrouilles qui y réussissent à merveille et sont trés-bonnes, et enfin du tabac. La contrée est à souhait pour la chasse et pour la pêche. En un mot, les Hurons trouvent, sans sortir de leur pays , une nourriture, sinon recherchée, du moins suffisante et saine. Ils ont même du surplus qu'ils peuvent vendre. Ils ne sont pas tellement sauvages qu'ils n’aient presque tous du bon sens et même un jugement naturel très-droit.

Quant aux mystères de la Religion, si nouveaux, si étranges peur eux, loin de les contredire, de les mépriser ou de les tourner en ridicule, ils les admirent plutôt, les approuvent, les louent même et ne témoignent aucune aversion pour ces saintes vérités. Seulement leur réponse uniforme à tous nos raisonnements est celle-ci. « Nos usages ne sont pas les mêmes; votre pays est si différent du nôtre, que ce ne peut être le même Dieu qui les a faits. » Puis la force de la mauvaise habitude en retient beau-

coup dans les filets du démon. Un grand nombre

adorent volontiers le Dieu que nous leur annonçons; mais vienne une occasion de reprendre leurs

t ils s de porte et en

èves, sont est à mot, , une sante ivent qu'ils

juge-

PAUX, le les dmiet ne véris nos it pas , que Puis Jeaumbre nonleurs

vieilles superstitions, ils ont bien de la peine à y résister. Ce qui fait sur eux le plus d'impression, ce sont les tourments de l'enfer et les délices du ciel : c’est par là que nous les gagnons et qu'ils ouvrent enfin les yeux à la lumière de la foi.

Depuis deux ans que nous sommes revenus ici, nous avons baptisé près de cent personnes. Plusieurs, tant adultes qu’enfants, sont déjà au ciel, comme nous l’espérons. Ils prieront pour le salut des autres sauvages. Les parents qui survivent à leurs enfants, nous disent qu'ils ne veulent pas en ètre séparés toujours, mais qu'ils désirent les aller rejoindre après leur mort.

Nous n’étions ici l’année dernière que trois Prétres de la Compagnie ; nous avons été cinq cette année et nous avons vécu dans une grande union. Les santés se sont si bien soutenues que les sauvages le regardaient presque comme une chose miraculeuse. Ils voyaient là une marque de la bonté du Dieu que nous servons, puisqu'il prend un si grand soin de ses amis. Mais ce qui les a surtout frappés, c'est que l’année dernière nous avons été épargnés par la contagion, dont un si grand nombre d'entre eux avait été la victi: 4e.

Deux de nos Pères qui sont ici, les PP. Antoine Daniel et Ambroise Davost, retourneront prochainement, je pense, à Québec pour y conduire

quelques jeunes gens du pays, qui vont donner commencement au séminaire Huron. Nous attendons deux ou trois autres Péres pour les remplacer, et nous demandons encore d’autres missionnaires pour l’année prochaine. En effet le besoin de nombreux ouvriers se fait vivement sentir, non pas, il est vrai, pour moissonner, mais pour faire les semailles, ou plutôt pour apprendre la langue, sans laquelle il nous serait impossible de répandre la bonne semence de la parole de Dieu.

Je commence à connaitre la langue suffisamment , et mes compagnons font de rapides progrès dans cette étude.

Ce qu'il faut demander , avant tout, des ouvriers destinés à cette mission, c’est une douceur inaltérable et une patience à toute épreuve. Ce n'est ni par la force, ni par l'autorité qu’on peut espérer de gagner nos sauvages.

Tous ceux des Nôtres, qui sont ici, font de généreux efforts pour acquérir la perfecton. Je suis le seul, à ce qu'il me semble, qui vive dans la tiédeur.

Je suis de Votre Paternité, Le très-humble serviteur et fils très-obéissant en Notre Seigneur.

Jean pe BRÉBEUF.

De la résidence de Saint-Joseph chez les Hurons,

peuple du Canada, au village d’Ihonatiria.

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LETTRE DU P. FRANÇOIS DU PERON, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS , AU P. JOSEPH-IMBERT DU PERON, SON FRÈRE, RELIGIEUX DE LA MÊME COMPAGNIE. (Copiée sur l'aulographe conservé aux archives du Jésus, à Rome.)

Au bourg de la Conception de Nostre-Dame, ce 27 avril 1699.

Mon REVEREND PERE,

Pax Christi.

J'escrivis l'an passé à V. R. le succès de mon

à \] © Q { voyage dès mon depart de la France, jusques à mon | arrivée dans le Canada : je la prie de me mander si |

elle a receu les quatre lettres que je luy escrivois ; Je n'auray les responses à celles de l’année passée qu'après l’envoy de la presente. Je luy mandois mon employ ; Dieu m'en a donné un autre; il m'a fait passer au pais des Hurons. J'estime tant ma

condition que je m'’estime grandement obligé à Dieu : 1° de m'avoir amené en Canada ; 2° de m'avoir faict passer au pais des Hurons, et j'estime ce second benetice plus grand que le premier a raison que Dieu seul nous est icy nostre tout, et qu’il y a plus grande moisson qu'en aucune part du Canada. Do-

resenavant donc je ne luy manderay que des nouvelles des Hurons; car pour celles des montagnets et algonquins nous n’en recevons les nouvelles que par la Relation imprimée qui nous est envoyée de France d'année en année. Vous pouvés faire response à mes lettres; pour moy, il me fault une année entre deux, à raison que les Hurons descendent d'icy aux Trois-Rivières, à mesme temps que les navires y arrivent de France. Ceste lettre sera commune à mes deux frères et aux Pères de ma cognoissance que je salue tous ex animo.

Je partis des Trois-Rivières le 4 septembre et J'arrivay au pais des Hurons le jour de saint Michel, à douze heures du soir : la traite est de 300 lieues par eau, par un très grand nombre de saults très dangereux et fort longs, quelques uns de deux et trois lieues, en sorte que d’autres que des sauvages ne sçauroient entreprendre le voyage. Ils ont des canots d’escorce qui ne font qu'effleurer l’eau, et un homme seul en porte un sur l’espaule. Par bonheur Je m'embarquay avec un capitaine huron qui me rendit toute sorte de courtoisie le long du chemin. Le R. P. Lallemant, notre supérieur, et le P. Lemoyne, qui estoient partis devant moi, ne rencontrerent pas si bien. Le premier pensa être etranglé par un sauvage de l’île; (c'estune nation algonquine qu'on rencontre sur le chemin ,) qui s’efforça plu-

re et chel,

ieues

s très ix et vages t des et un heur li me min.

, Leconanglé juine

plu-

sieurs fois de luy mettre un lacet au col, pour venger, disoit-il, la mort d’un sien petit enfant, qui avait esté seigné par un de nos hommes qui estoit monté un jour ou deux devant le Père. Je rencontray ce mesme sauvage proche l'isle, qui d'abord qu'il me vit, dit qu’il m’en falloit faire le même, et fût longtemps à persuader à nos Hurons qu'ils ne devoient point amener des françois en leur pais ; que c’etoit nous qui les faisions tous mourir ; mon capitaine l’adoucit le mieux qu'il püt : nonobstant tout ce discours, un de ses camarades me vint trouver le matin et le soir, pour le faire prier Dieu en sa langue algonquine; ce que je fis.

Quant au P. Lemoyne, il füt contraint de quitter ses sauvages, n'ayant rien plus de quoy vivre. Ils le laisserent donc au bord de l’eau avec un de nos hommes, qui le nourrit durant quinze jours de la chasse qu'il faisoit fort heureusement. IL s'embarqua donc dans un canot de notre troupe. Le maître du canot, après deux journées, le voulut laisser sur un rocher : il me fallut luy donner ma couverte pour le contenter.

Durant le chemin, notre vivre n’a été qu'un peu de blé d'Inde concassé entre deux pierres rt bouilly dans l’eau ; notre gîte sub dio. Cependant je me suis toujours bien porté, graces à Dieu. Le long du chemin nous avons rencontré trois nations algonquines

« FA sh Ep ES abattre nbisnsa

errantes : 4° la petite nation ; 2° ceux de l'ile; 3° les sorciers; le reste forêts et rochers incultes, sauts et précipices ; Je m'étonne comme les sauvages osent entreprendre tel voyage. Pour le pays des Hurons, c'est une terre assez unie, force praieries, force lacs, force bourgs; de deux où nous snmmes l’un est de 80 cabanes, l'autre de 40 ; dans chaque cabane il y a cinq feus, et deux familles à chaque feu. Leurs cabanes sont faites de grosses écorces en berceau, longues , larges et hautes à proportion ; il y en a de 70 pas de long. Leur terre ne produit que du blé d'Inde, des feves et des citrouilles. Ce sont les delices du pays, qui n’a rien de commun avec notre France, de quoy, il jouisse, que les quatre élémens. On y voit néanmoins pour les oiseaux, poissons et bêtes des forêts presque les mêmes qu’en France. La terre, comme ils ne la cultivent pas, ne porte que dix ou douze ans au plus, et ils sont contraints, les dix années expirées, de transporter leur bourg en un autre endroit. S'ils la cultivoient, elle porieroit comme celle de France. Voilà pour ce qui est de la terre, qui est l'occupation et l'employ des femmes huronnes : celle des hommes, c’est la pêche, la chasse, la traite aux françois et autres nations voisines, comme la nation du petun, la nation Neutre, celle du Sault, celle des cheveux relevés, celle des gents puants, etc. Ils sont robustes et tous

J°les auts et osent urons, . force es l’un que Cahaque "ces en rtion ; roduit les. Ce mmun quatre seaux, s qu’en as, ne s sont sporter oient, pour ce mploy est la res nanation elevés,

et tous

grands de beaucoup plus que les françois ; ils ne sont couverts que d’une peau de castor, qu'ils mettent sur les deux épaules en forme de manteau ; des chausses et souliers en hyver, un sac à petun derriére le dos, le chalumet en main; au col et aux bras, des colliers et brasselets de porcelaine; ils en pendent aussi aux oreilles et au tour de leur moustache. Ils se graissent les cheveux et le visage; ils se balafrent aussi le visage avec de la pzinture noire et rouge. Leurs recreations consistent: au jeu de paille, jeu de plat, jeu de crosse auxquels ils perdront vaillant les deux et tr : cents écus.

Le naturel des Sauvages est patient, liberal, hospitalier; mais importun, songeard, pueril, larron, menteur, trompeur, libertin, superbe, faineant; ils ont parmi eux plusieurs fous, ou plutôt lunatiques et frenetiques. Le langage est langue regulière autant qu'il se peut, pleine de composition comme la grecque, differente de celle-cy en ce que les changemens de modes et personnes se font au commencement, ayant quasi toujours la même termination ; un accent change la signification d’un mot. Elle n’a pas la barbarie qu’on se figure : les noms se conjuguent aussi bien que les verbes; de syntaxe, je n'en sache guère d'autre que celle de la langue françoise, aussi bien ne sçavent-ils que c’est que cas; ils ont des petites particules d’elegance : ils n'ont point

Z O [= « æ — « > LAS O < Z

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