‹ Première mission des jésuites au Canada [microforme]Chapitre 38 sur 46 · T10 VITEL- > À ROME · texte numérisé non relu

T10 VITEL- > À ROME

à Rome.)

re 1643.

Pax Christi.

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ont été pris et pillés à la fin de cet été par nos ennemis. Outre cette perte matérielle, nous avons à regretter bien des morts, Il avait y onze canots, conduits par vingt-trois Hurons ; les uns ont été tués, les autres menés en captivité, pour y être brülés. Tout ce qu'ils portaient avec eux a été pillé ou détruit.

Que Votre Paternité ne soit donc pas étonnée de recevoir si peu de nouvelles de nos missionnaires chez les Hurons. Je ne parlerai pas des autres incursions de l'ennemi qui ont été continuelles tout l'été, ni du massacre de nos français pris et tués au nouveau fort de Montréal. Le peu que j'en dis à Votre Paternité lui montre assez nos embarras et les dangers auxquels nous sommes exposés dans nos voyages. Peut-être serons-nous forcés, le P.

Joseph Bressani, le P. Gabriel Druillettes et moi,

de passer le prochain hiver à Québec. En second lieu, je dois informer Votre Paternité, que le P. Isaac Jogues vient de tomber entre les mains des Iroquois. Ceux des nos Pères qui sont chez les Hurons nous le donnent déjà pour mort, si bien que d'avance ils vous envoient son éloge, comme on a coutume de faire pour les défunts. Mais nous avons appris par ses compagnons d’infortune, heureusement échappés à leur captivité, et par des lettres du Père lui-même, que, grâce à Dieu, il respire encore,

et que ses ennemis lui donnent, comme aux autres captifs, la liberté d'aller et venir au milieu d'eux.

Ce bon Père et les deux domestiques pris avec lui, en arrivant dans les villages des Iroquois, furent torturés de toute manière. Entre autres choses, on a coupé au Père le pouce de la main gauche et écrasé l'index de la main droite. Un des domestiques a eu l'index coupé. A tous, on a arraché la barbe et les ongles; on les a tourmentés par le feu , sans cependant achever de les tuer. On leur a même promis qu'ils seraient délivrés, et qu'ils pourraient nous étre rendus. Mais l'esprit des sauvages est tellement changeant que, peu de jours après, leurs dispositions n'étaient plus les mêmes. Un des domestiques fut tué au moment où on s’y attendait le moins, et le dessein de rendre les autres a été abandonné. Depuis ce moment jusqu’à aujourd’hui, les Iroquois n’ont cessé de nous dresser des embüches et de nous faire du mal comme aux Hurons et aux Algonquins. Au moment même où je vous écris, un courrier nous annonce que neuf Hurons ont été tués, un grand nombre blessés, et que toutes nos provisions qu'ils portaient avec eux sont perdues. Elles étaient indispensables à la subsistance des Nôtres qui demeurent là-bas : Que le nom du Seigneur soit bénil Le Seigneur nous l'avait donné, le Seigneur nous l'a ôté.

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Vous voyez par là dans quel mauvais état sont les affaires du Canada, mais d'un autre côté ces malheureuses contrées sont d'autant plus riches en dons célestes qu'elles abondent en croix. Dans la mission d’où je vous écris, ce n’est pas le vice qui règne, mais la vertu et la piété, et non-seulement parmi les Nôtres, qui se montrent partout de vrais et de légitimes enfans de la Compagnie, mais aussi parmi nos français et parmi les sauvages, soit qu'ils aient déjà embrassé la foi, soit qu’ils n’en aient pas encore fait profession. Ils n’ont presque rien conservé de leurs anciennes superstitions , et si nous avions la paix, en peu de temps ils deviendraient tous chrétiens.

Je me recommande instamment aux saints Sacrifices et aux prières de Votre Paternité, et à deux genoux Je la conjure de bénir celui qui est,

de Votre Paternité, le très-humble et très-obéissant serviteur en Notre-Seigneur.

JEAN DE BRÉBEUF

De la Résidence de la Conception, aux Trois- Rivières, 23 septembre 1643.

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LETTRE DU P. CHARLES GARNIER, AU T. R. P. VINCENT CARAFA, GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A ROME. (Traduile du latin sur l'original conservé à Rome.)

De Sainte-Marie des Hurons, le 3 mai 1647.

Mon TRÈs-RÉVÉREND PÈRE,

Pax Christi.

Nous avons éprouvé ici une grande joie, en apprenant que le Gouvernement de notre Compagnie venait d’être confié à Votre Paternité; mais notre bonheur n’a pas été moins vif en recevant la lettre, dans laquelle vous avez bien voulu témoigner votre affection à vos enfants , qui sont au bout du monde, et les exciter en même temps à travailler avec cou-

rage dans la vigne du Seigneur. Ces exhortations de

Votre Paternité ont augmenté notre ardeur

Je suis porté à croire qu'en France, quelquesuns des Nôtres craindraient, en venant dans nos Missions, d’y trouver une vie moins occupée et plus de liberté qu’en Europe. Je ne crains pas de le dire : ce serait une erreur; Car je puis assurer, autant

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que je l’ai pu voir, qu’on trouve ici autant de régularité que dans nos maisons les plus édifiantes. Tous ici recherchent purement Jésus-Christ, ont les mêmes sentiments, et obéissent aux supérieurs et aux règles avec une telle ponctualité, que tout mon désir à moi , le dernier de tous, c’est d'arriver un jour au même degré de vertu.

Le P. Paul Ragueneau , le supérieur de cette Mission des Hurons, contribue particulièrement à cette grande ferveur, par ses exemples et son zèle. Je ne pense pas qu'on puisse, sans un grave inconvénient, lui donner un successeur, quand il aura terminé ses trois ans de supériorité ; J'ajoute même qu'il serait souverainement avantageux pour cette Mission de le voir continuer dans sa charge aussi longtemps que possible. Mes sentiments sont les mêmes par rapport au P. Jérôme Lallemant; à mon avis, il serait utile de lui laisser l'administration générale de toutes les Missions; toutefois , j'en vois beaucor:p mieux les avantages dans ce qui concerne le P. Ragueneau.

Par rapport aux œuvres extérieures, nos Pères travaillent avec zèle dans le champ que le Seigneur leur a confié. Leurs travaux font naitre de jour en Jour des fruits plus abondants ; toutefois la récolte ne se fait que peu à peu. Les sauvages sont lents à se rendre aux vérités de la foi, qu'il faut ensuite

pen

exciter continuellement. Nous n'avons point cependant à nous repentir de notre entreprise; car Dieu nous a donné un bon nombre de chrétiens d’une foi vive et d’une piété sincère et solide. Mais le manque de Missionnaires nous surcharge à l'excès. C’est pourquoi nous avons recours à Votre Paternité, et nous, et ceux que nous avons engendrés à Jésus-Christ; et nous vous prions de nous envoyer des ouvriers qui partagent nos travaux. Ne craignez pas que nous manquions des choses nécessaires à l'entretien de ceux que vous nous enverrez; il n'y a nulle difficulté à cela ; le genre de vie n’est pas le même ici qu’en France ou en Italie.

Mais je m'arrête , en demandant à Votre Paternité le secours de ses prières, et pour tous nos sauvages bien dignes assurément de toute sa commisération , et pour celui qui est,

Mon Très-Révérend Père,

Votre fils très-humble et très-obéissant en Notre-Seigneur.

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