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LETTRE DE MUNSEIGNEUR FRANÇOIS DE LAVAL-MONTMO- RENCY, ÉVÊQUE DE PÉTRÉE, VICAIRE APOSTOLIQUE AU CANADA, AU T. R. P. GOSWIN NICKEL, GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A ROME. (Traduile du latin sur l'original conservé à Rome.)
Québec, août 1659.
Mon RÉVÉREND PÈRE,
Dieu seul qui sonde les cœurs et les reins, et qui pénètre jusqu’au fond de nion âme, sait combien j'ai d'obligation à votre Compagnie , qui m'a réchauffé dans son sein lorsque j'étais enfant, qui m'a nourri de sa doctrine salutaire dans ma jeunesse , et qui depuis lors n’a cessé de m’encourager et de me fortifier. Aussi je conjure Votre Paternité de ne point voir, dans cette expression de mes sentiments de reconnaissance, le simple désir de remplir un devoir de convenance; c’est du fond de mon cœur que je vous parle, Je sens qu'il m'est impossible de rendre de dignes actions de grâces à des hommes qui m'ont appris à aimer Dieu et ont été L. 47
mes guides dans la voie du salut et des vertus chrétiennes.
Si tant de bienfaits reçus dans le passé m'ont attaché à votre Compagnie , de nouveaux liens viennent encore resserrer ces relations affectueuses. Il m'est donné , en effet, mon Révérend Père, de partager les travaux de vos enfants dans cette mission du Canada, dans cette vigne du Seigneur qu'ils ont arrosée de leurs sueurs et même de leur sang. Quelle joie pour mon cœur de pouvoir espérer une méme mort, une même couronne | Le Seigneur sans doute ne l’accordera pas à mes mérites; mais j'ose l’attendre de sa miséricorde. Quoi qu’il en soit, mon sort est bienheureux , et le partage que m'a fait le Seigneur est bien digne d'envie. Quoi de plus beau que de se dévouer, de se dépenser tout entier pour lé salut des âmes ? C'est la grâce que je demande, que j'espère, que j'aime.
J'ai vu ici et j'ai admiré les travaux de vos Pères; ils ont réussi non-seulement auprés des néophytes qu'ils ont tirés de la barbarie et amenés à la connaissance du seul vrai Dieu, mais encore auprès des français auxquels par leurs exemples et la sainteté
‘ de leur vie, ils ont inspiré de tels sentiments de
piété , que je ne crains pas d'affirmer en toute vérité que vos Pères sont ici la bonne odeur de Jésus- Christ, partout où ils travaillent, Ce n’est pas pour
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vous seul que je leur rends ce témoignage , mes paroles pourraient paraître suspectes de quelque flatterie; j'ai écrit dans les mêmes termes au souverain Pontife, au Roi très-chrétien et à la Reine sa mère, aux Illustrissimes Seigneurs de la Congrégation de la Propagande, et à un grand nombre d’autres personnes. Ce n’est pas que tout le monde m'ait approuvé également ; vous avez ici des envieux ou des ennemis qui s’indignent contre vous et contre moi; mais ce sont de mauvais juges qui se réjouissent du mal et n'aiment point les triomphes de la vérité. Daigne Votre Paternité nous continuer son affection ; du reste, en nous l’accordant , elle n'’aimera rien en moi qui ne soit à la Compagnie. Car, je le sens, il n’est rien en moi que je ne lui doive, rien que je ne lui consacre. Je veux être à vous autant que je suis à moi-même ; je veux être tout à Jésus-Christ dans les entrailles duquel j'embrasse Votre Paternité, et je la prie de m'aimer toujours, comme elle le fait, d’un amour sincère. Que cet amour soit éternel!
Je suis de Votre Paternité Le très-humble t obéissant serviteur,
+ François DE LAVAL, évêque de Pétrée, Vicaire apostolique.
Québec, août 1659, Nouvelle-France.