GABRIEL MAREST, S, J
LETTRE DU P. JULIEN BINNETEAU, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A UN PÈRE DE LA MÊME COMPAGNIE. (Provenant de notre ancien Collège de Louis-le-Grand.)
Du pays des Illinois, 1699.
Mon RÉVÉREND PÈRE,
Pax Christi.
Dieu continue d’estre icy servi, malgré les oppositions du démon, qui suscite des gens tout à fait ennemis du Christianisme : nous les nommons icy Jongleurs. Ils font en public cent mommeries pleines d’impiété, et ils parlent à des peaux de bêtes, à des oiseaux morts, comme à des divinités; ils prétendent que les herbes médicinales sont les dieux de qui ils tiennent la vie, et qu’il n’en faut point adorer d’autres; ils chantent tous les jours des chansons en l’honneur de leurs petits manitours, comme ils les appellent; ils s'emportent contre nostre religion et contre les missionnaires. Où est le Dieu , disent-ils, dont nous parlent ces robes noires ? Que nous donne-t-il, pour les aller entendre? Où sont les festins qu'ils nous font? car, mon Révé-
PAGNIE DE . (Proverand.)
Pax Christi.
les oppoout à fait mons iCy ommeries de bêtes, inités ; ils les dieux aut point ours des anitours, ntre nos- Où est le obes naientendre ?
ion Révé-
rend Père, c’est par les festins que le parti du démon se soutient icy.
Quoique ces sortes de gens là paroissent fort éloignés d’embrasser le christianisme , plusieurs d’entre eux ne laissent pas cependant de respecter ou de craindre nos mystères et de faire bon visage aux missionnaires; il y en a mesme peu dont les enfants ne viennent à la chapelle; plusieurs les y envoient et quelque motif qui fasse agir les parents, il y a espérance que les jeunes plantes porteront un Jour leurs fruits, et que le méchant parti tombera insensiblement. Ce qui vous surprendra, c’est que plusieurs de ces jongleurs, quand ils tombent malades, ont volontiers recours au missionnaire, et il y en a peu qui ne l’écoutent et qui n’avouent qu'il n’y a qu’un Grand Esprit, ouvrier de toutes choses, et qu'il faut seul adorer. Depuis peu, un des plus considérables s’est fait instruire, après avoir longtemps résisté ; estant ensuite tombé malade et se sentant proche de la mort, il n'a point eu de repos qu'il n’ait enfin reçu le saint baptême, en exhortant tous ses enfants à embrasser nostre religion.
Les jeunes gens ne mettent pas moins d'oppo-
sition au progrès du christianisme que les jongleurs.
Ce sont, parmi eux, des monstres d’impuretés, qui s’abandonnent sans honte aux actions les plus
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infâmes ; ce qui fait que nous ne voyons presque aucun jeune homme sur qui on puisse compter pour les exercices de religion ; il n’y a que les hommes entre deux âges ou les vieillards qui ayent de la constance
En récompense, les femmes et les filles ont de | grandes dispositions pour la vertu, quoique suivant leurs coustumes, elles soient esclaves de leurs frères pour espouser ceux qu'ils jugent à propos, mesmes les hommes déjà mariés à une autre femme. Il s’en trouve néanmoins plusieurs parmi elles, qui résistent alors constamment etqui aiment mieux s’exposer aux mauvais traitements qu’on leur peut faire, que de rien commettre, en cette occasion, contre ce que prescrit le christianisme pour le mariage.
Il y a plusieurs ménages où l’homme et la femme vivent dans une grande ferveur, sans se soucier de ce que les jongleurs et les jeunes libertins peuvent dire; ils sont toujours les premiers à l’église, assidus aux prières publiques et soutiennent courageusement le parti. Quelques-uns s’assemblent chez un des plus considérables du village, et là, tout l'entretien est de matière de piété, du catéchisme, des prières qu'ils se font réciter les uns aux autres, ou enfin sur les cantiques spirituels. Comme les enfants sont persécutés pour la prière, je connois de bons chrestiens qui les exhortent à se retirer
presque compter les homayent de
s ont de ique suide leurs à propos, "e femme.
elles, qui ieuix S'EXeut faire, n, contre ariage.
la femme soucier de S peuvent e, assidus ourageulent chez t là, tout téchisme, x autres, pomme les
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chez eux, s’offrant à les nourrir et leur faisant part de ce qu'ils ont, comme s'ils étoient leurs propres enfants.
Il y a aussi des femmes mariées à de nos françois qui seroient d’un bon exemple dans les maisons de f'rance les mieux réglées; quelques unes de celles qui sont mariées aux sauvages ont un soin extraordinaire d'entretenir la piété dans les familles ; elles instruisent elles-mêmes leurs enfants; elles exhortent leurs maris à la vertu, leur demandent le soir s'ils ont fait leurs prières, les portent à fréquenter les sacrements, et pour elles, elles se confessent au moins tous les huit jours et communient souvent.
Après vous avoir parlé de la mission, je vous diray quelque chose, mon Révérend Père, des missionnaires. Le P. Gabriel Marest y fait des prodiges; il a les plus beaux talents du monde pour ces missions; il a appris la langue en quatre ou cinq mois jusqu’à en faire maintenant des leçons à ceux qui sont icy depuis longtemps, il est d’une (résistance à la) fatigue incroyable, et son zèle lui fait regarder comme rien, tout ce qu'il y a de plus difficile. Je n'aurai jamais de repos, dit-il, tant que je vivrai; je ne croirai jamais en avoir assez fait.
Nous avons trois chapelles et nous faisons le catéchisme en quatre endroits. Des Kikabons, pareillement'1llinois, se sont logés auprès de nous,
pour faire du bled dans le voisinage de nostre premier village; ils ont part à la parole de Dieu, ainsy nous ne manquons pas d'occupation icy tous deux. Nostre maison ne désemplit pas, depuis le matin jusqu'au soir, de gens qui viennent se faire instruire et se confesser; il a fallu faire nos chapelles plus grandes qu’elles n’estoient. Le cher Père Marest se livre un peu trop à son zèle; il travaille excessivement le jour et veille la nuit pour se perfectionner dans la langue; il voudroit en cinq ou six mois savoir tout le dictionnaire. Dieu nous conserve un si brave missionnaire; il ne vit que d’un peu de bled cuit, où il mêle quelquefois un peu de petites fèves, et il mange un melon d’eau qui lui sert de boisson. Il ÿy a un autre missionnaire à soixante lieues d’icy qui vient nous voir tous les hivers, il est de la Province de Guyenne et se nomme le P. Pinet, si vous le connoissiez, je vous en dirois davantage de lui. Il a eu le bonheur d'envoyer au ciel l’âme du fameux chef Péouris et de plusieurs jongleurs, et a attiré à nos chapelles, diverses personnes qui sont l'exemple du village par leur ferveur : il me reste à vous parler de ce qui me regarde.
Je suis présentement à Hiremé avec une partie de nos Sauvages dispersés. J'ai esté depuis peu aux Tamarois, en voir une partie sur le bord d’un
nostre e Dieu, Icy tous epuis le se faire 10$ chaher Père travaille r se percinq ou eu nous + vit que efois un on d’eau missionous voir
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bissiez, je bonheur éouris et hapelles, u village ler de ce
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des grands fleuves du monde, que nous appelons pour cela le Mississipi, ou la grande rivière; on en a découvert plus de sept cents lieues où elle est navigable, sans en avoir encore trouvé la source. Je dois retourner chez les Illinois de Tamaroa le printemps; il y a une fort grande différence de ce climat icy à celui de Québec, où le froid est Jong et les neiges fort hautes, au lieu qu'icy d'ordinaire, la neige ne dure que fort peu. A peine
tout ce mois cy de Janvier avons nous senti le froid ;
la vigne se voit attachée aux arbres de tous costés et montant jusqu'au haut, le raisin en est sauvage et n’approche pas de la bonté de celuy de France, Il y a une infinité de noyers et de pruniers de différentes espèces ; on y voit. encore quelques petites pommes. Il se trouve icy deux autres sortes d'arbres fruictiers. que l’on ne connoit point en France, ce sont des Assimihes et des Piakimines; le fruit en est bon : de tous nos autres beaux fruits de France nous nous en pass::: en ce pais-cy. Le gibier y est en quantité ; les canards, outardes, oies, cignes, grues, poulets d'Inde; le bœuf, l'ours et le chevreuil sont les grosses viandes que l’on mange au païis de chasse. Le bœuf en ce païs est d’un brun tirant sur le noir; c’est ce qu’on appelle le bufle en Europe ; il a une grosse bosse vers le chignon du cou, le poil fort épais, comme celuy des mou-
tons en France , et nous fait de bonnes couvertures de lit. On voit encore plusieurs autres animaux, comme chats sauvages, loups cerviers, rats de bois; la femelle de ceux cy porte ses petits dans une espèce de bourse qu'elle a sous le ventre.
Voicy quelle est la vie de nos Sauvages; ils partent sur la fin de septembre pour chasser. Tout le monde marche ,. ou se rend en pirogue au lieu de l'hivernement. De là, les plus lestes hommes, femmes , filles, vont dans les terres chercher le bœuf : cet animal est dangereux, courant résolument sur celuy qui l'attaque, surtout quand il est blessé ; il soufle d’une manière furieuse et jette des œillades terribles. Quand les Sauvages l'ont tué, ils enlévent particulièrement la viande de dessus les côtes, la partagent en deux moitiés; cétte viande est ensuite exposée pendant quelque temps sur un gril de bois de trois ou quatre pieds de haut , sous lequel on fait un feu clair, puis on la plie; ainsy desséchée, elle se garde fort longtemps sans se corrompre. On appelle ces sortes de pièces des plats-côtés, dont il se fait grand débit au village , quand on est de retour. Cette chasse finit vers le temps de Noël; les Sauvages en reviennent chargés de ces plats-côtés , et il est surprenant combien les hommes et les femmes
portent pesant dans la marche. Le reste du temps
jusqu’au mois de mars se passe dans l'hivernement,
ivertures DIMNAUX , de bois;
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; ils par- . Tout le lieu de es , femle bœuf ; nent sur blessé; il œillades enlévent côtes , la t ensuite l de bois equel on sséchée , pre. On dont il se e retour.
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où les femmes travaillent presque sans cesse; les hommes vont de fois et d’autres chasser le chevreuil ou des ours, sinon ils jouent, dansent, chantent partisque fruuntur. Ce sont tous gentilshommes, vivants sans autre mestier, que celuy de la chasse, de la pesche et de la guerre.
La vie que les Sauvages mènent au village est à peu près dé même que celle de l’hivernement ; les femmes seules y labourent et sèment la terre; ce qu’elles font avec grand soin ; aussi pour l'ordinaire les bleds sont-ils fort beaux et en abondance. La fainéantise où vous voyez que vivent les hommes, est la source ‘de toutes leurs débauches et de l’aversion qu'ils ont pour la religion chrestienne. Le bal se tient icy comme en France, tandis que dans une cabane des danseurs suivent la cadence d’une espèce de tambour, vous entendez d’un autre costé quelque vieille qui chante.
J'oubliois de vous parler de nos jardins; un de leurs plus beaux ornements est ce que nous appelons les melons d’eau; ils viennent exorbitamment gros; le goût en est fort doux , et ils sont différents de nos melons en ce qu'ils ne jaunissent pas ; ils se mangent sans sel, et la quantité n’en est pas malfaisante.
Voilà, mon R° Père, un petit narré du climat et des mœurs de nos Illinois. Les jeunes enfants nous
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y donnent toujours une grande espérance pour l'avenir, ils ont un empressement merveilleux pour se faire instruire , et l'envie d’avoir une aiguille et un grain rouge , ou quelque petite croix ou médaille, fait qu'ils s'appliquent à bien répondre et qu'ils apprennent beaucoup en peu de temps.
Je suis,
Mon Révérend Père,
Vostre très humble et très obéissant serviteur en Notre-Seigneur.
Junien BINNETEAU, de la Compagnie de Jésus.
ar l’aur se et un laille , ils ap-
LETTRE DU P. JACQUES BIGOT DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A UN PÈRE DE LA MÊME COMPAGNIE. (Provenant de notre ancien Collége de Louis-le-Grand.)
Du pays des Abnaquis , 1699.
Mon RÉVÉREND PÈRE,
Pax Christi.
Je partis sur la fin du mois d’aoust, pour aller dans une de nos Missions de l’Acadie, prendre la place de mon frère qui estoit incommodé (le P. Vin- fl cent Bigot). J'y arrivai la veille de la Nativité de la jh sainte Vierge, où j'eus d'abord la consolation de confesser avec luy et de communier plus de deux cents de nos Sauvages. Comme c'est le preinier hyver qu'on ait passé dans ce village tout récemment estably, je vous avoueray que j'ay eu quelque chose à souffrir, tant pour le logement que pour les vivres; mais toutes ces peines ne sont rien en comparaison de la consolation que j'ay eu de jouir dans cette mission des fruicts des travaux de mon frère , et d’y trouver la plupart des Sauvages dans une très grande ferveur. On ne sauroit entrer dans
leur chapelle, sans qu’on y en trouve quelqu'un adorant Jésus-Christ dans le Saint Sacrement ; ils s’excitent les uns les autres dans ce saint exercice, et tâchent de tesmoigner par là combien ils sont reconnaissants de l'honneur que leur fait ce Dieu caché, de demeurer ainsy dans leur pauvre chapelle ; quelques uns v viennent dès trois heures du matin; plusieurs y passent les deux heures entieres à genoux; j'en connois qui ne manquent jamais d'y aller tous les jours à midy. D'autres en revenant de la forest , après avoir mis leurs charges de bois dans leurs cabanes, vont aussitost saluer Notre Seigneur. Comme la plus grande partie des Sauvages de ce village ne sont baptisés que depuis peu de temps, et qu'ils n’ont pu estre tout à fait instruits, j'ay toujours fait deux instructions publique dans la chapelle, et une troisième dans une cabane particulière pour leur apprendre et pour leur expliquer des chants sur les mystères ; cela ne les contentoit pas encore, de sorte que quand j'allois dans les cabanes, ils me faisoient mille questions, importunité sans doute bien agréable. Dès que je faisois le cri dans le village pour l'instruction dès enfants, plusieurs, tant hommes que femmes venoient se joindre à eux pour en profiter. Quelques uns, dés la fin de septembre , avoient coutume de se retirer dans les bois jusqu'au printemps, pour y passer l’h; ver plus com-
u’un
; ils e, et econché, quelatin; ; gealler de la dans neur, le ce PS ; touchaticur des t pas anes, sans dans eurs , À eux sepbois com-
modément ; cette année, ceux-là ont différé plus de trois mois à le faire , afin de pouvoir estre instruits.
Je désesperois quasi de la conversion de deux jeunes sauvages d'environ vingt-cinq ans, grâce à Dieu, ils. ont tellement changé depuis quelque temps, qu'aujourd'hui je suis autant consolé de leur ferveur et de leur docilité que j'estois auparavant affligé de leur fierté et de leur indifférence pour le christianisme. Un troisième estant retombé dans ses désordres, après avoir esté baptisé, J'ay esté obligé de modérer les mortifications et les austérités que vouloient faire deux de ses parentes pour obtenir de Dieu sa conversion.
Une jeune femme m'est venue dire que, depuis deux ans, elle avoit promis à Dieu de ne se jamais remarier, qu’elle vouloit lui garder sa parole et que pour cela elle me prioit de dire à ses parents de ne luy plus parler de mariage.
Une autre de même âge, dans la première communion qu’elle fit après la mort de son mari, promit à Jésus-Christ de ne se plus marier. Comme je la blämois d’avoir fait cela sans m'en avoir parlé, elle m'a dit tout simplement que, possédant Jésus- Christ après la communion, elle n’avoit pu s'empescher de luy dire : Je suis maintenant toute à vous, mon divin Jésus, et jamais je n’auray d'autre espoux que vous. Je ne puis vous exprimer tout ce
qu'a voulu faire cette fervente chrestienne pour le repos de l’âme de son mary.
Depuis quelques jours nos Abnaquis ont commencé à rendre par échange les Anglois qu'ils avoient pris en guerre, et c’est icy, mon Reverend Père, où la religion catholique a triomphé de l’hérésie en la personne mesme des enfants. Selon l’accord fait entre les deux nations, il est libre à ceux qui ont plus de quatorze ans de rester chez les ennemis, mais on a droit de part et d'autre de reprendre, malgré eux, ceux qui sont au-dessous de cet âge. Quand on vint à ramener un pauvre enfant de douze à treize ans, vous n’eussiez pu retenir vos larmes , voyant comme il conjuroit les sauvages de le retenir : Je vais me perdre, s’écrioit-il en pleurant, gardez-moi avec vous, afin que je demeure dans la vraye religion et que je ne sois point damné. Il confondit le capitaine de sa nation , qui estoit venu faire l'échange, luy soutenant que les François et les Sauvages prioient beaucoup mieux que les Anglois. Quelques jours auparavant, à Québec, un jeune Anglois, en pareille circonstance, avoit fait la même confusion à un ministre, en présence de M. le Gouverneur. Quatre filles angloises ont absolument refusé de retourner à Boston, et ont mieux aimé demeurer avec nos Sauvages que de se mettre en danger, ont-elles dit, d’estre perverties par les mi-
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comqu'ils erend l’hé- | J’ac- | CEUX 2z les re de us de enfant ir VOS es de pleu- > dans é. Il venu et les glois.
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nistres. Une autre vient de me dire qu'elle estoit résolue d'en faire autant, ne comptant pour rien, m’a t-elle dit, la dureté de la vie misérable et pauvre des Sauvages pour se conserver dans la vraye religion. Sept petits Anglois ayant entendu parler que l'échange alloit se faire, se sont cachés dans les bois, de peur qu'on ne les ramenast; deux autres,
plus avancés en âge, et qui sont morts, il y a quel-
ques mois, après avoir fait icy leur première communion , m'avoient bien assurés qu’il ne retourneroient point. Cette ferveur des Anglois, parmy nous, doit faire honneur à nos bons Sauvages, qui ont un soin et un zèle admirable, pour les mener aux missionnaires et pour les instruire eux-mêmes, dès qu'ils les ont pris. Je les trouve d’abord fort prévenus contre nous; mais peu à peu ils se laissent persuader par la dévotion et par l’assiduité à la prière de nos Abnaquis; ce qu'ils ne voient point, disent-ils, dans leur colonie.
Je vous écris cecy, mon Reverend Père, sur le bord de la mer, où je suis avec nos sauvages, qui y sont venus pour traiter de paix avec un vaisseau anglois qui est à la rade. Le voyage m'a extremement fatigué, outre que nous manquons quasi de vivres à cause du mauvais temps; j'en avois un peu apporté; mais dès la première nuit, un chrestien, qui avait bon appetit, mangea le sac de cuir où je les
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avois mis, et n’épargna pas ce qu’il y avoit dedans. Nous nous régalons d’huitres, que nous allons prendre quand la mer est basse : c’est aussi tout ce que nous avons à manger, depuis quelque temps. Le capitaine du vaisseau dit d’abord que le Gouverneur de la Nouvelle Angleterre vouloit absolument que les Abnaquis chassassent les missionnaires françois, et qu'il leur en donneroit de sa nation. Nous n’en ferons rien, dirent aussitost les capitaines Abnaquis. Vous voudriez nous faire prier comme vous, mais vous n’en viendrez pas à bout. La proposition des Anglois les a tellement irrités, qu’ils ont répondu que l’Anglois eut à sortir de leur pays, qu'ils ne souffriroient jamais qu'il s’y établisse; que par leur choix ils s’estoient donnés au grand capitaine des François, et qu'ils ne reconnoissoient que luy. Les Anglois en ont mal usé d’ailleurs, en retenant depuis trois ans, malgré leur parole donnée plusieurs fois, deux Abnaquis, par lesquels ils ont reti-
ré des mains de ces Sauvages plus de trente Anglois, promettant toujours de rendre ceux qu’on leur avoit demandés, et cependant n'en avoient encore rien fait. Il faut avouer aussy que d’un autre costé, les Abnaquis, animés par cette perfidie, leur ont pris ®t tué bien du monde.
Le capitaine anglois m'a fait faire beaucoup d'honnétetés, m'invitant même à venir sur son
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ce que ps. Le ouverument s fran- . Nous es Ab- > vous, osition nt réqu'ils ue par pitaine ie luy.
tenant e plunt retite Anqu'on voient a autre e, leur
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bord, mais je n'ay eu garde de me mettre ainsy entre ses mains; si je l’avois fait, je crois que de longtemps je n’aurois revu ma chère Mission. Je me suis contenté de lui escrire une lettre de remerciement. Je pars pour Québec avec quelques-uns de nos Sauvages, pour rendre compte à M. le Gouverneur de ce qui s’est passé dans cette entrevue avec l’Anglois.
J'arrive de Québec après avoir salué et entretenu Monsieur le Gouverneur, qui est très-content de la manière dont nos Abnaquis ont répondu aux Anglois. Je m'étois remis au plustost sur les glaces, afin d’arriver à l’Acadie avant que les rivières fussent déprises; mais le dégel me surprit au bout de quelques jours, ce qui augmenta la fatigue du voyage, de telle sorte qu'une grosse fièvre me prit: je croyois en mourir le jour de l’Annonciation de la sainte Vierge, et on me ramena le mieux qu'on püt à Québec, où j'ai esté malade près de cinq semaines, Je repartis enfin après Pâques, et par mon retour je donnai bien de la joye à mes chers Sauvages, qui me croyoient mort. Aussitost je me mis à parcourir les trois villages, pour les confesser, leur faire faire leurs Pâques, et les fortifier contre les sollicitations des Anglois, qui font tout ce qu'ils peuvent pour les engager à recevoir des ministres.
Toutes ces fatigues m'ont redonné la fièvre, je n’ay pas laissé cependant de faire toutes mes fonctions et je n’ay passé qu’un jour sans avoir eu la consolation de dire la Messe.
Je suis, de Votre Révérence, Mon Révérend Père,
Le trés-humble et très-obéissant serviteur ,
Jacques BIGOT.
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LETTRE DU P. LOUIS AVOND AU P. DE VITRY, MISSION- NAIRE A LA NOUVELLE-ORLÉANS ‘.
La Rochelle, 24 juin 1745.
Mon RÉVÉREND PÈRE,
Pax Christi.
J'ai lieu d'appréhender que la lettre que j'ai û l'honneur de vous écrire, ne parvienne pas jus- N 1 qu'à vous. Le sujet de ma crainte ne regarde pas ll! beaucoup ma lettre , quoique je serois bien mortifié que vous ne reçussiez pas, par cette occasion, les assurances de mes respects et de ma reconnois-
‘* Les trente lettres précédentes sont toutes du XVile siècle (1611-1699), et toutes concernent la Mission du Canada; celle qu’on va lire est de la moitié du XVIILe siècle et contient fort peu de chose sur nos Missions d'Amérique. Si nous la donnons, c'est pour rappeler aux Canadiens que, depuis la captivité du P. Biard , jusqu’à celle du P. Avond, les protestants Anglais, ces libéraux modèles, n’ont cessé de détester et de persécuter le Catholicisme, la liberté de conscience et les Jésuites, qu’ils voulaient bien confondre dans une haine commune et persévérante. l Nous devons cette lettre, comme presque toutes les précédentes, aux recherches du P. Félix Martin, ancien recteur du collége Sainte- Marie, à Montréal.
EN Do or NE RE ue OP on TT on D AC RE EU
sance pour toutes les marques d’amitiés que j'ai reçues de votre part, depuis que j'ai eu l’honneur de vous connoître; mais ce qui me fàcheroit infiniment, c'est que vous ne recevriez pas non plus des secours dont je sçais que vous avez un extrême besoin, et dont la perte vous mettroit mal dans vos affaires. Je souhaite de tout mon cœur que le vaisseau qui vous les porte ces secours, ne fasse nulle mauvaise rencontre, et qu’il arrive heureusement au lieu de sa destination.
Vous a-t-on déjà annoncé à la Louisiane, le malheur de l’Eléphant ? ou bien ce vaisseau-ci vous en porteroit-il la première nouvelle? et seroit-ce lui qui vous apprendroit que nous avons été pris et conduits en Angleterre, et que nous sommes revenus en France , au moins la plupart ? Voilà, mon Révérend Père, quelle a été notre destinée. L'on nous avoit comme assuré à la Nouvelle-Orléans le contraire. Nous devions étre arrivés en France, avant que les Anglois eussent aucun vaisseau en mer. La saison rigoureuse, les jours courts, l'approche de l'équinoxe, tout nous favorisoit. L'on nous promettoit plus de beurre que de pain. Tout cela n’a de rien servi , ou pour mieux dire, avec tout cela nous avons été faits prisonniers , et cela, le propre jour des Cendres, environ à quatre-vingts lieues du cap. Finistère.
que j'ai onneur | infinilus des me beans vos le vaisse nulle sement
le malous en lui qui et conevenus 1 Révén nous le con- , avant 1er. La che de rometn'a de la nous re jour
du cap,
Voicy, mon Révérend Père , le détail de nos
aventures. Nous eümes, comme vous savez, un très-beau temps pour passer la Barre. Dès le lendemain , les vents changèrent , et nous tinrent onze jours dans le golfe. Nous débouquons ensuite, et après le débouquement, nous trouvons les vents les plus favorables, qui nous conduisirent au delà du Grand Banc, nous faisant faire grande route, L'on commencoit à parler, dans le vaisseau, comme si nous étions déjà arrivés. L'un devoit prendre telle route, l’autre faire telle chose; chacun faisoit son plan. Nous bâtissions tous des châteaux en Espagne. Les vents changèrent , et nous devinrent tout-à-fait contraires, parce que nous étions beaucoup dans le nord, et ne nous servirent que pour nous faire prendre. L'on court des bordées du nord au sud, et du sud au nord, pendant sept à huit Jours, et cette manœuvre inévitable nous conduisit à la gueule du loup, ou pour mieux dire, au lion qui cherchait sa proye, en se promenant le long des côtes de France et d'Espagne.
Les ennemis nous découvrirent vers les dix heures du matin , et nous, nous ne les aperçümes que vers midi; encore füt-ce par hazard, en prenant hauteur, que les yeux de quelqu'un de nos pilotes tombérent sur les deux vaisseaux anglois, qui nous donnoient la chasse depuis près de deux heures. A cette nou-
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