ALTÉRATIONS ANATOMIQUES DES SOLIDES
1° Les unes sont des engorgements passifs avec tuméfaction, des engorgements séreux, œdémateux ou
sanguins du tissu cellulaire et des vaisseaux capillaires, qui ne sont d'abord accompagnés, ni de chaleur, ni de douleur, mais qui peuvent s'accompagner plus tard de ces symptômes et par conséquent d'inflammation. Ils se développent souvent sous l'influence de la situation déclive de la partie malade ou sous l'influence d'un obstacle au cours du sang veineux.
2° D'autres sont des congestions actives, des engorgements inflammatoires sanguins des vaisseaux capillaires, souvent avec œdème du tissu cellulaire ambiant, avec épaississement ou tuméfaction des tissus malades, avec augmentation de rougeur, de sensibilité et même de chaleur au toucher, du moins dans les phlegmasies externes. Elles surviennent sous l'influence d'une irritation physique, mécanique ou chimique, sous l'influence d'un trouble fonctionnel ou d'une cause inconnue, et en apparence spontanément.
3° D'autres sont des sécrétions, des productions morbides, qui, succédant à la phlogose, peuvent être désignées sous le nom commun de produits inflammatoires ou de phlogosies, pour éviter toute périphrase et leur donner un nom méthodique et clair. Ce sont : le pus, ses différentes variétés et la membrane pyogénique qui se forme à l'entour ; les hydropisies inflammatoires, qui sont des sécrétions séreuses dans les membranes de ce nom; les flocons, dits albumineux, qui s'observent si fréquemment dans ces hydropisies, et surtout leurs fausses membranes, qui sont des sérosies ; les hydropisies des membranes synoviales et des bourses muqueuses; les granulations en grains de riz des synoviales, dont on ne me paraît pas plus apprécier l'origine que la nature, et que je désignerai sous le nom de synoviosies,
parce qu'elles n'ont point encore reçu de nom particulier; les concrétions qui s'organisent dans le tissu cellulaire enflammé, qui sont si remarquables dans le tissu fongueux développé autour des arthrites chroniques, et que nous nommerons des cellulosies; enfin les fausses membranes qui se développent sur les muqueuses dans les phlegmasies couenneuses, et que nous nommerons des mucosies.
Toutes ces sécrétions renferment de la fibrine et proviennent, comme toutes les sécrétions, du sang, qui dans les inflammations contient précisément de la fibrine en excès, ainsi que l'ont démontré les recherches de MM. Andral et Gavarret.
A ces produits inflammatoires il faut ajouter les ulcérations ou les solutions de continuité par inflammation 5 les fistules ou les solutions qui forment un conduit anormal.
4° D'autres consistent dans la mortification ou la gangrène des parties vivantes, et sont consécutives à l'inflammation, à des violences mécaniques, à la privation du sang qui les nourrit ou à d'autres causes encore.
5° D'autres sont des altérations qui portent surtout sur la structure, peu ou point sur le volume. Ce sont des dégénérations, et souvent en même temps, des productions nouvelles qui se confondent ensemble. Elles sont le résultat d'une altération de nutrition etde formation, parfois précédée d'une inflammation évidente, qui a été produite elle-même, dans certains cas, par une irritation mécanique ou chimique.
Ces dégénérations et formations organiques sont les dégénérations celluleuses , fibreuses ou albuginées, muqueuses, cartilagineuses, pierreuses ou calcaires, squirrheuses, lardacées, encéphaloïdes, mélanées, colloïdes, spongieuses ou érectiles, tuberculeuses, etc.
llli CHAPITRE VI.
6° D'autres sont seulement des productions ou formations nouvelles, des polypes, des kistes, deshydatides, des vers, qui se développent, souvent sans cause connue, et spontanément en apparence, dans l'économie.
Il faut y ajouter les formations nouvelles dues à l'inflammation et qui ont été indiquées un peu plus haut, savoir : les fausses muqueuses ou mucosies, les fausses séreuses ou sérosies, les nouvelles synoviales et bourses muqueuses ou synoviosies, les cellulosies ou productions fongueuses du tissu cellulaire autour des arthrites complexes, déjà mentionnées un peu plus haut et caractérisées.
7° D'autres consistent dans l'augmentation, l'épaississement ou Y hypertrophie, dans la diminution, l'amincissement ou l'atrophie des parties, sans altération notable de leur structure, et sont produites, les premières par une exagération de la fonction de l'accroissement, les secondes par un développement diminué ou arrêté; d'autres enfin consistent dans un développement perverti, comme on en a des exemples dans les difformités congéniales, connues sous le nom de monstruosités.
8° D'autres, généralement produites par des violences mécaniques, quelquefois par l'inflammation, consistent dans des lésions ou dans des dispositions mécaniques, d'où résulte la série des affections que nous avons indiquées sous le nom de chirurgicales et qui sont, pour les rappeler, les étranglements, les contusions, les plaies, les divisions à bords cicatrisés séparément, les ruptures, les fractures, les entorses et les luxations, les hernies et les procidences, les relâchements, les dilatations des vaisseaux, les rétrécissements, les rétentions, les corps étrangers.