IV. ALTÉRATIONS DE LA SALIVE
Dans son état normal la salive est un liquide transparent, incolore en petite quantité, d'une teinte bleuâtre en masse considérable, légèrement visqueux, se mêlant assez difficilement a l'eau, devenant spumeux quand on l'agite ; sans odeur ni saveur-, sa densité est de 1006 à 1008 ; il est alcalin surtout au moment des repas. La salive telle qu'on la recueille dans la bouche est mêlée de mucus, et celle que l'on retire du conduit parotidien en contient déjà. On le reconnaît au microscope par les corpuscules qui le caractérisent et qui ne se retrouvent plus dans la salive filtrée; on y voit aussi des lamelles d'épithelium.
Suivant Berzélius, la salive, sur 1000 parties, contient : eau, 992; pepsine, 'J,9 : mucus, 1,4 ; — chlorures de sodium et de potassium, 1,7 5 — lactate de soude et matière animale, 3,9; — soude 2 Dans ces derniers temps, M. Mialhe a cru y reconnaître un principe particulier qu'il nomme diastase animale.
Relativement à la quantité de salive que peuvent sécréter les glandes salivaires, a l'état normal, en vingt-quatre heures, M. Burdach, par Je calcul, et M. Donné, par l'expérience, sont arrivés à peu près au même résultat, 390 à 400 grammes.
La quantité de salive est notablement augmentée dans plusieurs maladies, particulièrement dans la variole, dans différentes affections nerveuses telles que l'hystérie; dans les gastralgies, dans la grossesse, etc. Dans les affections de la bouche elle devient d'une abondance excessive et revêt, en outre, quelques caractères particuliers, comme nous le dirons tout à l'heure, sous l'influence des raercuriaux et de quel-
ques autres substances médicamenteuses. Elle est au contraire diminuée dans les affections fébriles graves, telles que la fièvre typhoïde, et dans les cas où une sécrétion très-abondante a lieu par une autre voie, chez les diabétiques, par exemple.
Son odeur devient d'une fétidité très-remarquable dans la salivation mercurielle, dans les affections de la bouche et dans le scorbut. Sa saveur est quelquefois aussi modifiée; elle devient amère ou salée dans différentes maladies des voies digestives. M. Donné, qui s'est livré à une série de recherches intéressantes sur la salive (Hist. phys. etpalli. de la salive, br. in-8° ; Paris, 1836), avait cru reconnaître que ce liquide était manifestement acide dans les affections inflammatoires de î'estomac, et que, dès lors, ces phlegmasies devenaient très-faciles à distinguer des simples embarras gastriques, avec lesquels on les confond si souvent. M. Lhéritier a constaté le même phénomène dans des cas de fièvre typhoïde (ouv. cit., p. 301)5 ces remarques ont été contredites par les cliniciens (Andral, Acad. des se, juin 1850). Suivant M. Bouchardat (Ann. dethérap., pour 1841, p. 192), le peu de salive qui humecte la bouche des diabétiques offre une réaction franchement acide; mais M. Andral a fait voir que cette acidité dépend du mucus buccal. (Id. ibid.) M. Samuel Wright a étudié avec soin la constitution chimique de la salive dans les différentes sortes de salivation, et il l'a trouvée alcaline et albumineuse dans la salivation mercurielle, mais il n'a jamais pu y retrouver le mercure. ■ — Elle devient amère, mais ne contracte pas de fétidité dans la salivation par l'iode et les iodures, et ces produits s'y retrouvent par l'analyse. On conçoit au reste que les altérations dont nous venons de parler n'offrent pas une grande ceTtitude, parce que ce liquide ne peut pas être examiné
pur, et qu'il est toujours mélangé en proportion plus ou moins considérable avec le mucus buccal. Un fait qui sera surtout signalé dans Tétiologie , c'est le caractère dangereux que Ton attribue à la salive chez les animaux, ou même chez les hommes violemment irrités. Textor prétend que dans ces circonstances la proportion des sels est augmentée tandis que celle des substances organiques est diminuée. (Lhéritier, ouv. cit., p. 295.) Un fait certain, c'est que les fluides buccaux renferment le principe du virus de la rage, puisqu'ils l'inoculent ave tant de facilité.