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V. ALTÉRATIONS DE L* URINE

Elles ont fait depuis bien longtemps l'objet des recherches des médecins, surtout aux époques où l'on croyait trouver la source de toutes les maladies dans les lésions des liquides. Que Galien soit ou non l'auteur d'un traité sur les urines qui est dans ses œuvres, le fait est qu'il s'est occupé des modifications que ce liquide peut subir dans les maladies ; les médecins Byzantins, Théophile et Actuarius ont écrit sur ce sujet des livres assez curieux, dont Mercuriali a donné un bon résumé. Mais cette étude avait subi le sort de toutes celles qui avaient rapport à l'humorisme, quand les recherches des chimistes modernes, mais surtout les travaux de Bright, de MM. Bayer, Martin-Solon, Becquerel, etc., sont venues fixer de nouveau l'attention des praticiens sur les urines et leur faire voir que Yuroscopie pouvait fournir au diagnostic des éléments dont il fallait souvent tenir compte.

L'urine est le liquide sécrété par les reins : dans l'état normal, ce liquide varie selon l'époque delà journée à laquelle on l'observe. De là, la distinction

établie par les anciens entre l'urine rendue immédiatement après le repas, qui est claire, aqueuse (urine des boissons), et celle qui est rendue quelques heures après et qui est déjà plus chargée de sels (urine du chyle ou de la digestion), et enlin, celle qui est émise le matin et qui est concentrée (urine du sang ). C'est cette dernière qui doit servir de type. En général, elle est transparente, d'une couleur qui yarie du jaune d'ambre au jaune orangé, d'une odeur particulière assez forte, surtout au moment de l'émission, d'une saveur acre, salée; sa pesanteur spécifique est de 1017 ou 101 S. Abandonnée à elle-même, elle laisse déposer un léger sédiment jaunâtre, quelquefois briqueté, formé d'acide urique et même d'acide phosphorique; puis elle se décompose et donne naissance à l'ammoniaque. Le liquide, normalement acide, devient dès lors alcalin.

L'analyse suivante, donnée par Berzélius, a été adoptée par tous les auteurs : sur cent parties d'urine, eau, 933,00; — urée, 30, 10 5 — sulfate de potasse, 3,71 ; — sulfate de soude, 3,1 6; — phosphate de soude, 2,94 ; — hydrochlorate de soude, 4,45;^phosphate d'ammoniaque, 1,65; — chlorydrate d'ammoniaque, 1,50; — îactate d'ammoniaque et matière animale soîuble dans l'alcool, 17,14; — phosphate de chaux et de magnésie, 1,00 ; acide urique, 1,00; mucus de la vessie, 0,32 ; — silice, 0,3.

Des analyses plus récentes de MM. Lecanu et A. Becquerel ont donné quelques différences; ainsi ces chimistes ont trouvé plus d'eau (97 1-) et moins d'urée, 12 seulement. Ce qui paraît tenir à ce que Berzélius opérait sur l'urine de la nuit, tandis que MM. Lecanu et Becquerel ont agi sur l'ensemble des urines rendues en vingt-quatre heures.

On s'est aussi occupé de la question de déterminer

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]a moyenne des quantités d'urine émises dans l'espace de vingt-quatre heures à l'état normal, ce qui est très-important pour l'appréciation des différences qne ce liquide peut offrir dans sa quantité à l'état pathologique. M. Becquerel a trouvé 1267,3 gram. chez l'homme, et 1374,7 chez la femme ; les extrêmes étant 900 et 1400.

Relativement à sa quantité, l'urine est augmentée dans certaines maladies, le diabètes, la polydipsie, certaines névroses, tandis qu'au contraire elle est diminuée dans les pyrexies , dans les inflammations vives avec réaction fébrile, et surtout quand des sécrétions abondantes ont eu lieu par d'autres voies, comme des sueurs copieuses, Phydropisie, les diarrhées excessives, le choléra, etc. Les urines sont ordinairement d'autant plus claires et plus ténues qu'elles sont plus copieuses. Dans le cas contraire les urines sont plus foncées en couleur, rouges ou brunes, et plus denses, ce qui tient à la concentration beaucoup plus grande des matériaux solides sous un même volume. Les anciens regardaient la couleur foncée des urines, et surtout la présence d'un dépôt, comme des signes de coction annonçant une crise ou solution prochaine. On sait avec quel soin minutieux ils étudiaient les différentes couches de l'urine, la pellicule, le nuage, Yénéorème et le sédiment, pour en déduire des inductions pratiques; mais l'expérience et un examen sévère des faits ne permettent pas d'adopter les conséquences qu'ils en tiraient.

Les différences de proportion des matières so-> lides en solution modifient singulièrement la densité des urines, non -seulement suivant l'état de santé ou de maladie, mais encore chez un sujet sain à différentes heures de la journée, suivant qu'il a beaucoup ou peu bu, beaucoup ou peu transpiré, etc. D'après les

expériences de M. Rayer, le minimum de densité de l'urine normale serait 1001 et le maximum 1040. Cette question de la densité des urines a été étudiée d'une manière spéciale par M. le docteur Becquerel, à l'aide d'un aréomètre construit et. gradué avec beaucoup de soin. Il est arrivé à déterminer la proportion de matières solubles contenues dans 1000 gram. d'urine. Ces questions peuvent offrir de l'intérêt dans certaines maladies des voies urinaires, notamment le diabètes et la polyurie. Notons aussi que la couleur claire ou foncée de l'urine est en rapport avec sa pesanteur spécifique diminuée ou augmentée. Claires, aqueuses et légères dans les affections nerveuses, les urines sont rouges et plus consistantes dans les affections fébriles, troubles dans beaucoup de phlegmasies, surtout vers la fin, et laissant déposer, par le refroidissement, un sédiment briqueté, orangé, et tachant fortement le linge en jaune dans l'ictère, etc.

L'urine au moment de son émission exhale une odeur légèrement aromatique qui, par le refroidissement, devient sui generis, urineuse, comme on le dit. Cette dernière est plus ou moins promptement rempla^cée par une odeur ammoniacale très-prononcée. Dans beaucoup de maladies des reins et de la vessie, l'urine à sa sortie exhale déjà une odeur fétide, qui annonce une lésion grave des voies qu'elle parcourt. Son odeur est aussi très-prononcée dans les phlegmasies et dans les cas où nous avons vu sa consistance et sa couleur augmentées. Notons que certaines substances peuvent modifier profondément l'odeur de l'urine sans qu'il y ait maladie; telles sont la térébenthine, les asperges, l'ail, les poireaux, etc.

La saveur est probablement acre quand le liquide renferme beaucoup de sels solubles; on ne s'est guère occupé de cette propriété physique que dans le dia-

bète sucré ; mais aujourd'hui , grâce à l'ingénieux appareil de M. Biot, il n'est plus besoin d'avoir recours à la dégoûtante opération de la dégustation des urines.

Ce qui intéresse plus particulièrement la chirurgie dans l'examen des urines, c'est de savoir si ce liquide contient du sang, du pus ou du sperme.

Le sang peut se trouver dans l'urine en quantité variable. S'il y est abondant, il communique à l'urine sa couleur rouge, et on trouve au fond des caillots fîbrineux rougeâtreset molasses. Si le sang est en moindre quantité, il ne colore pas les urines, il se réunit au fond du vase où il forme un petit caillot ou plutôt des grumeaux d'un brun rouge. Enfin, si la quantité est trèsfaible, il faut avoir recours au microscope, qui décèle la présence de globules de sang très-souvent altérés, mais cependant encore reconnaissables. Un fait important à savoir, c'est que dans un assez bon nombre de cas, le sang s'étant trouvé mélangé avec l'urine dans la vessie, la séparation du caillot a lieu dans celle-ci. L'émission entraîne alors au dehors un liquide coloré en rouge, tandis que le coagulum fîbrineux peut séjourner plus ou moins longtemps dans la vessie, d'où, l'on a souvent beaucoup de peine à le retirer. Quand les caillots se sont formés dans les uretères, ils sortent souvent sous formes de lombrics, et plusieurs fois ils ont été pris, par des observateurs peu attentifs, pour des vers formés dans les voies urinaires. Il ne faut pas s'en rapporter à la couleur rouge de l'urine pour croire à la présence du sang dans ce liquide, car cette coloration peut être communiquée par plusieurs substances colorantes éliminées par cette voie, ou par des matières organiques, etc. L'examen microscopique est alors nécessaire.

La présence du macus, lorsqu'il est en quantité con-

sidérable, est facile à constater, parce qu'il se réunit et forme un dépôt reconnaissable à ses caractères; on y trouve au microscope des globules aplatis, circulaires, blancs, à surface chagrinée. S'il ne s'y trouve qu'en très-faible proportion, il cesse d'être appréciable à la simple vue, et comme les urines normales en contiennent toujours un peu, provenant de la muqueuse génito-urinaire , la recherche cesse d'être aussi importante.

Il n'en est pas de même du pus; il est souvent trèsutile de s'assurer si l'urine en contient, même une petite quantité; il y a là des questions de diagnostic relatives aux maladies de la vessie ou des reins.

Lorsque du pus est mélangé à l'urine en certaine quantité, celle-ci, au moment de l'émission, est trouble, laiteuse, mais elle s'éclaircit par le repos, et il ne tarde pas à se produire un dépôt blanchâtre. La limite de cette couche purulente est parfaitement formée et ne se fond pas avec la couche inférieure de l'urine qui lui est adjacente. D'abord acide, quelle que soit d'ailleurs la proportion du pus, l'urine, dès le deuxième jour, devient alcaline, et exhale une forte odeur d'ammoniaque. Examinée au microscope au moment de l'émission, une goutte d'urine acide, rendue trouble par le pus, offre une quantité de globules qui la plupart sont réguliers, plus volumineux que ceux du sang, sphéroïdes ; leur circonférence est bien arrêtée, et leur surface demi-transparente est blanche, grenue. Cette dernière apparence est due à un certain nombre de petits grains grisâtres contenus dans les globules. Plus tard, lorsque l'urine est devenue alcaline, que le dépôt purulent est devenu filant, visqueux et adhérent au vase, les caractères microscopiques sont modifiés : les globules sont déchirés, brisés, détruits en totalité ou en partie, et n'offrent

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plus que des débris (Rayer et Vigla, Etudes microscopiquesde l'urine, expér. t. I, p. 18l). Il est fort difficile, sinon impossible, de différencier au microscope le pus et le mucus. Cependant cette distinction étant parfois nécessaire à établir, nous dirons, avec l'auteur que nous venons de citer, que le pus offre en général plus de consistance que le mucus, qu'il est plus blanc, plus opaque, et contient plus de graisse ; les globules sont en général plus gros, plus nettement circonscrits. Le pus, traité par l'ammoniaque, se transforme plus promptement en matière gélatineuse. Si la chaleur et l'acide nitrique décèlent dans l'urine douteuse une certaine quantité d'albumine, en même temps que l'éther y fait reconnaître de la matière grasse, on pourra croire a l'existence du pus (Rayer). Mais, je le répète, la distinction n'est pas toujours facile, et d'ailleurs le pus et ie mucus sont souvent mélangés. Quand on veut s'assurer de la présence du sperme dans l'urine, c'est encore au microscope qu'il faut s'adresser. Dans les conditions ordinaires, le sperme rendu avec l'urine tombe au fond du vase et devient facilement reconnaissable par lesanimalcules qu'il présente. Mais si l'on a affaire à un homme épuisé par des pollutions répétées et anciennes, les spermatozoïdes disparaissent de la matière séminale, ou du moins ils ne s'y trouvent qu'en très-petit nombre et à l'état rudimentaire-, telle est l'opinion de M. Lallemand. Mais des micrographes , M. Mandl , par exemple , soutiennent qu'il y a toujours des animalcules dans les véritables pollutions; qu'ils peuvent être rares à la vérité, mais qu'en les cherchant au fond du vase où ils tombent par le fait de leur pesanteur, on finit par les trouver. Ainsi, tant que l'on n'a pas constaté par les moyens que la science moderne meta notre disposition, la présence des animalcules, on n'est pas er>

droit d'affirmer l'existence de pertes séminales. Toutefois, il faut être bien prévenu que certaines maladies semblent arrêter la production des zoospermes; c'est du moins ce qui résulte des recherches de M. Rayer, publiées par M. Vigla(Mém. cit.: Expér., t. I, p. 186). Quant au fait des altérations éprouvées par ces petits êtres microscopiques, on ne saurait les révoquer en doute^, trop d'observateurs exacts l'ont constaté; quelquefois ce sont de petits corpuscules brillants semblables entre eux, sept à huit fois pins petits que les globules de mucus, mobiles quand on les observe peu de temps après leur émission, et atteignant seulement le volume de la tête des animalcules ordinaires ([.allemand, Des pertes séminales involontaires). D'autres (MM. Nasse, Mandl), les ont vus transformés en stries filamenteuses. Enfin, le docteur Blumenfeld a vu seulement les vésicules de germes qui doivent donner plus tard naissance aux zoospermes (Hermann Kaula, De la spermatorrhée, thèse. Paris 1846, p. 47 et suiv.). Les recherches dont nous parlons sont donc souvent très-difficiles, et exigent que l'on y revienne à plusieurs reprises.

On a parlé de vers trouvés dans les urines ; la fraude ou divers accidents tout fortuits, qui avaient introduit quelques-uns de ces animaux dans le vase où était contenu le liquide, ont pu induire en erreur des observateurs inattentifs; ajoutons enfin que plusieurs fois on a pris pour des vers des caillots fibrineux qui s'étaient moulés dans les uretères, dans l'urètre, des filaments muqueux concrets ou de fausses membranes roulées. Cependant il existe un certain nombre de faits trèsauthentiques, démontrant que des espèces particulières d'helminthes peuvent se former dans les reins et être expulsées par l'urètre. Ainsi le strongle géant a été rencontré plusieurs fois dans les urines, et M. le

docteur Ségalas en a relaté, d'après le docteur Artaud, un exemple fort remarquable (Acad. de méd., séance du 27 janvier 1845). M. Lawrence a constaté l'issue de vers qui paraissent des spiroptères ou de jeunes strongles. Des vers intestinaux peuvent aussi se frayer un passage de l'intestin dans la vessie et être rendus par l'urètre; chez la femme, des ascarides vermiculaires passés de l'anus à la vulve ont été chassés avec les urines (Lhéritier, Ouv. cit., p. 491). La présence des vers dans l'urine ne doit donc pas être immédiatement rapportée à une supercherie et exige que le chirurgien porte sérieusement son attention sur l'état des voies urinaires.

Des fausses membranes formées dans la vessie en sont chassées en même temps que le liquide renfermé dans ce réservoir. Cet accident se montre dans certaines formes de cystite et notamment dans celle qui succède à l'action des cantharides. Nous avons déjà signalé ce fait dans la seconde édition de notre Traité de bandages (1 839) : « J'ai vu, disais-je, un vésicatoire de deux pouces carrés, sur la poitrine d'une jeune fille de vingt ans, causer une violente irritation de la vessie, et, au bout de dix heures environ, elle a rendu par les urines des flocons de fausses membranes. » (Ouv. cit., T. II, p. 183.) Depuis lors, des faits de ce genre ont été rapportés et décrits avec soin par M. Morel-Lavallée et quelques autres observateurs.

D'après des recherches récentes de M. Andral (Acad. des se, juin 1818), l'acidité naturelle des urines est très-rarement abolie ou transformée en alcalinité; ce dernier cas n'a lieu que quand, après son séjour dans la vessie, l'urine s'est trouvée mêlée avec du pus et qu'elle a subi un commencement de décomposition qui la rend ammoniacale; autrement celle qui est sécrétée par les reins est toujours acide. Elle

ne devient alcaline que par l'usage de boissons chargées de sels alcalins ou d'une nourriture exclusivement herbacée, ou enfin, dans quelques cas, dans les premiers temps de la convalescence, quand on commence à donner des aliments.

L'albumine se rencontre dans l'urine, dans l'affection granuleuse des reins décrite pour la première fois par Bright, et aussi dans la scarlatine, la scrofule, etc.; les matériaux de la bile y existent manifestement dans les cas d'ictère ; et le sucre, ainsi que nous l'avons dit plus haut, dans le diabète sucré ou glucosurie. Diverses matières grasses, du chyie même y ont été reconnus; différents acides, du soufre, du phosphore y ont été rencontrés dans des conditions fort diverses. Ajoutons que le passage des matières toxiques ou médicamenteuses dans les urines est, depuis plusieurs années, le sujet de recherches suivies delà part d'une foule d'observateurs, parmi lesquels se distinguent MM. Orfila, Danger et Flandin, Gélis, Laveran et Millon, etc

Dans une observation d'urine colorée en bleu, chez un individu atteint d'anévrisme du cœur avec hydropisie, l'analyse a fait reconnaître la présence de Yindigo. (Gaz. méd., mars 1850, p. 225.)

Nous n'insisterons pas plus longtemps sur les altérations chimiques de l'urine; il nous faudrait à cet égard entrer dans des détails d'analyses qui ne sont pas de notre ressort, et d'ailleurs les affections que présentent ces lésions appartiennent plutôt à la médecine qu'à la chirurgie. Pour ceux qui seraient désireux d'étudier à fond ces questions, nous les renverrons au mémoire déjà cité de MM. Rayer et Vigla dans le tome Ier de l'Expérience; au premier volume des Maladies des reins, par M. Rayer ; à la Séméiotiqae des urines, par M. A. Becquerel ; à l'ouvrage déjà cité de

M. Lhéritier, où ils trouveront tous les renseignements qu'ils peuvent désirer.

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