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DE LA SUEUR

La sueur n'est autre chose que la transpiration cutanée, devenue assez abondante pour se ramasser en gouttelettes, plus ou moins visibles à la surface de la peau. Plusieurs chimistes distingués, MM. Thénard, Berzélius, Anselmino, ont analysé la sueur, et suivant les deux premiers elle est formée d'une grande quantité d'eau, d'un peu d'acide acétique et lactique, de chlorure de sodium et de potassium, d'une matière animale, de phosphate terreux et d'une trace d'oxide de fer. Suivant le dernier, cent parties de sueur évaporée à siccité ont laissé depuis 0, 5 jusqu'à I, 4 de résidu sec. Ce résidu contient sur cent parties : osmazome, acide acétique libre et acétate de soude, 29 ; osmazome et chlorure de potassium et de sodium, 48 5 matière animale solubledans l'eau seulement, 21 ; matière animale insoluble dans l'eau et l'alcool avec phosphate de chaux et traces d'oxide de fer, 2. (Lassaigne, Abrégé élém. de chimie, t. H, p. 625, 4e édit.)

C'est, dit-on, à la matière animale qu'elle renferme que la sueur doit de se putréfier facilement et de tacher le linge. On voit aussi que, contenant des acides libres, elle doit colorer en rouge le papier de tournesol, bien que parfois elle soit alcaline. La sueur est modifiée ou altérée de diverses manières dans les maladies.

La sécrétion est parfois augmentée, surtout dans certainesaffeclionsinflammaioires aiguës, commedans le rhumatisme et la pneumonie 5 dans les fièvres intermittentes elle constitue un stade spécial de la

maladie. Parmi les affections chroniques, la phlhisie est remarquable par les sueurs abondantes qu'elle détermine. On rencontre aussi ce phénomène dans certaines fièvres graves, comme la fièvre typhoïde, la morve, les résorptions purulentes. Il est une maladie ordinairement épidémique dont le caractère prédominant est une transpiration prodigieusement abondante, c'est la mette.

La sueur est considérablement diminuée ou supprimée, dans plusieurs affections chroniques, telles que le diabète, les hydropisies, les maladies de la moelle épinière, Fichthyose, etc. ; on la dit salée, amère, acre, ou bien fade, nauséeuse dans certains cas.

Sa consistance est le plus souvent aqueuse, ténue, surtout dans les phlegmasies aiguës, là où elle est très-abondante; quelquefois, au contraire, elle est ouctueuse, grasse au toucher, comme dans l'ictère et dans certains cas particuliers. (Y. Planque, art. Sueur.) Elle est visqueuse, collante dans le choléra, la péritonite suraiguë, les hernies étranglées, les gangrènes internes et au moment de l'agonie. Dans ces cas elle est ordinairement froide. Chez les goutteux on a recueilli à la surface de la peau une substance pulvérulente composée d'urates et. de phosphates.

La couleur de la sueur recueillie sur le linge a, ie plus souvent, une teinte jaune sale, mais d'autres fois on a vu des colorations de nuances différentes. Elle est manifestement jaune dans l'ictère et M. Orfila y a reconnu alors les éléments de la bile. Cette coloration a été aussi observée dans la fièvre jaune. On cite quelques exemples de sueurs vertes. (Borelli, cent. I!, obs. 56, et Planque, toc. cit.). Pricharda vu, chez une jeune fille tombée dans le marasme, h ia suite d'une affection rhumatismale persistante, une sueur des pieds de couleur verte, dans laquelle l'analyse dé-

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montra une gélatine siliceuse mêlée de cuivre en assez grande quantité : cette jeune fille vivait de lait, bouilli dans un vase de cuivre. (Journ. des conn. méd.~ chir., t. I, p. 252.)

Les cas de sueurs bleues sont plus nombreux encore. (Planque, toc. cit.]; Archives gén. de méd., t. XXVI, p. 453; Julia de Fontenelle, Journal de chimie, t. I: Lhéritier, Traité de chimie path., p. 607 et suiv.) Dans plusieurs de ces cas et notamment dans ceux rapportés par M. Lhéritier et observés par le docteur Bleifuss sur lui-même et sur un de ses confrères, il y avait en même temps affection chronique plus on moins grave du foie. Ces transpirations étaient habituellement partielles (des pieds, du ventre, des aisselles et surtout du côté droit). L'analyse faite dans un cas n'a rien fourni de bien précis, sauf la présence de l'ammoniaque (Lhéritier, loc. cit., p. 607).

On a aussi parlé de sueurs noires ou noirâtres (Planque, l. c, Zacutus Lusilanus, Mb. in, obs. 73). Tout récemment, M. Gibert a fait à l'Académie de médecine (séance du 20 août T 850) un rapport sur un cas de sueur bleue, puis noire, de la face, survenue chez une femme à la suite d'une toux convulsive très-opiniâtre, et il a expliqué ce phénomène par la présence de la matière colorante du sang. Cette explication se rattache très-probablement aux faits de ce genre. On sait d'ailleurs que dans la fièvre jaune, où les hémorragies sont si communes, la sueur offre quelquefois une teinte noirâtre.

On a parlé de sueurs roses dans la goutte 5 les sueurs rouges ou sueurs de sang paraissent constituées par une exhalation sanguine, et se rapprochent des hémorragies. Maur. Hoffmann dit avoir vu une sueur couleur de vermillon (Planque, loc. cit.).

L'odeur de la sueur est généralement nauséabonde,

souvent aigre, quelquefois fétide, comme dans les fièvres graves, mais surtout dans la sueur des pieds chez certaines personnes. On lui a trouvé une odeur spéciale de moisissure dans la rougeole, la scarlatine, la variole -, une odeur de souris dans les fièvres graves et les affections cérébrales. Ou doit souvent l'attribuer à ce que les malades urinent dans leur lit; la sueur a parfois l'odeur de paille pourrie, dans la suette (Rayer, Monogr. sur la suette), et certains observateurs modernes l'expliquent par l'état de la literie et surtout des paillasses. Chez les enfants à la mamelle et chez tes femmes en couches, elle a souvent une odeur aigre. On y a trouvé, plusieurs fois, une exhalaison analogue à celle du musc ; M. Rayer en a vu un exemple {Traité des mal. de la peau, t. il I, p. 547).

Les altérations chimiques de la sueur sont très-peu connues, vu surtout la difficulté de se la procurer en assez grande quantité. Tout ce que i'on sait, c'est qu'elle est généralement acide; qu'elle prend quelquefois une réaction alcaline, due, suivant Parmentier et Beyeux, à la présence de l'ammoniaque. Mais les chimistes ont fait observer que cette ammoniaque pouvait être le résultat dune putréfaction très-rapide, survenue dans une sueur qui aurait été sécrétée acide. Dans ces cas, cette alcalinité serait due à la prédominance, dans la sueur, des produits de la sécrétion sébacée.

Nous avons dit que M. Orfila y avait reconnu les matériaux de la bile dans le cas d'ictère {Eléments de chimie, t. II). Jordan y a trouvé de l'acide phosphorique dans le cas de goutte ; souvent même les urates et les phosphates se déposent à la surface de la peau, en poudre brillante. La sueur, au dire de M. Anselmino, est quelquefois albumineuse dans les fièvres rhumatismales (Lhéritier, p. 609).

L'existence des sueurs laiteuses est fortement controversée. Cependant on ne voit pas pourquoi les matériaux de la sécrétion lactée ne se trouveraient pas dans !a transpiration, comme on y a trouvé ceux de la bile. Il faut en dire autant des sueurs urineuses qui peuvent fort bien ne pas toujours être rapportées à ce que le sujet, atteint de rétention d'urine, aurait uriné dans son lit par regorgement, et donné l'odeur de ce liquide k ses draps et k son linge de corps.

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