MARCHE DES MALADIES
identité. Je reviendrai sur cette erreur à l'occasion de la terminaison des maladies.
L'accroissement est une phase qui manque souvent dans certaines maladies. Ainsi, une affection nerveuse peut n'être jamais plus grave et plus intense qu'à son début. 11 en est de même pour beaucoup de lésions physiques, pour les plaies, les fractures, les luxations, les entorses, les hernies 5 ou si elles s'aggravent, c'est souvent par le fait de complications d'inflammation, de suppuration, d'hémorragie, d'affections nouvelles, qui s'ajoutent à la maladie primitive, sans être un accroissement inévitable et forcé de cette dernière. Cet augment est naturel et trèscommun, au contraire, dans les inflammations, dans les hydropisies, dans les maladies organiques, dans les affections constitutionnelles ou les accidents, et les symptômes qui s'ajoutent à la maladie, pendant son cours, en sont des phénomènes propres, des accidents ordinaires et prévus.
Cette phase de l'accroissement se partage, dans certaines maladies, en plusieurs périodes distinctes que l'on désigne aussi, parfois, sous les noms de degrés, comme dans la pneumonie, parce que les progrès du mal l'aggravent incessamment, et en rendent les symptômes de plus en plus prononcés.
La période qu'on a désignée sous le nom d'état est celle dans laquelle les maladies, parvenues au développement complet de leurs symptômes, persistent quelque temps, sans faire de progrès ni en bien ni en mal, sans se modifier ensuite, s'aggraver, ou se guérir. Lorsque cet état vient à se prolonger plus que de coutume, on dit alors que la maladie est stationnaire.
La maladie est chronique lorsque ses symptômes sont peu intenses et qu'elle marche lentement vers sa ter-
minaison, aigûe dans le cas contraire, et même subaigue lorsqu'elle tient une sorte de milieu entre ces deux extrêmes. Mais ces dénominations, surtout la dernière, s'appliquent plus particulièrement aux inflammations et sont surtout relatives, comme nous le démontrerons plus bas, à la marche plus rapide ou plus le:* te qu'affecte la maladie dans d'antres cas.
Le déclin est, comme l'indique l'expression même, la diminution graduelle d'une maladie qui baisse. Le déclin est marqué par la diminution des symptômes et l'extinction de quelques-uns.
TeEa£t,aùisaï8.âS02a «les suaaîacBies.
La terminaison des maladies est une période de leur marcbe beaucoup plus variée pour chacune qu'on ne Je croirait, à la manière un peu légère avec laquelle ce point de leur histoire a été traité par les pathologistes. Je devrai donc m'attacher à y apporter plus de soin. Quelquefois la même affection peut se terminer par la guérison, et la guérison se faire de plusieurs manières différentes, par résolution, par suppuration, ulcération et cicatrisation, par des communications singulières entre des organes creux, par des crises diverses, par chronicité, par métastases, par infirmité. Les maladies, enfin, se terminent, souvent par la mort, et la mort s'accomplit elle-même par beaucoup de mécanismes divers. Je ne résoudrai pas assurément toutes les difficultés que soulève cette terminaison, mais du moinsje les tirerai du néant ou
de l'oubli, je les poserai et je les aborderai franchement.
La terminaison des maladies est absolue ou relative. Absolue, c'est la guérison entière du malade ; relative, c'est la disparition de la maladie , qui est remplacée par une autre ou convertie en une autre, quelquefois fort différente et beaucoup plus grave. Alors il n'y a point avantage pour le malade qui se trouve dans un élat plus périlleux. On a des exemples de conversions graves d'une maladie dans la suppuration, la gangrène, les métastases de natures différentes, qui peuvent terminer les inflammations, le rhumatisme, la goutte, et devenir fatales au malade. On peut continuer à désigner ces changements de maladie sous le nom de terminaison, mais il faut convenir qu'ils ne servent souvent qu'à terminer la vie du malade. Cette explication donnée sur celte expression, on saura ce qu'elle signifie, et nous pourrons l'employer sans craindre d'équivoque.
Mais j'y ajouterai une autre remarque. Souvent on confond la nouvelle maladie avec la première qu'on dit terminée, quoiqu'il y ait entre l'une et l'autre une différence profonde et même une différence de nature. C'est là une inconséquence. Si la première est terminée par la seconde, la seconde ne peut être la même maladie que la première.
Veut-on des exemples de cette inconséquence et des erreurs qui en ont été la suite: j'en citerai deux.
Comme la suppuration succède ordinairement à l'inflammation, comme la suppuration paraît toujours accompagnée d'inflammation, dès qu'on voit la suppuration on en conclut que la maladie est une inflammation, et on en a même généralement conclu qu'il n'y a jamais de suppuration sans inflammation. Eh bien, de ces deux conclusions la première est in-
exacte, au moins dans l'expression, car il y a à la fois inflammation et suppuration , et non inflammation seulement; la seconde est très-hasardée. En effet, beaucoup d'observateurs anciens et des observateurs modernes ont, vu de la suppuration sans inflammation, ne fût-ce que dans les abcès froids et métastatiques, et personne ne peut raisonnablement affirmer que les globules microscopiques qui caractérisent le pus ne puissent être sécrétés que par des tissus enflammés.
Le second fait dont je veux parler est celui de la dégénération cancéreuse. Les anciens avaient remarqué que le cancer est souvent précédé d'un squirre bénin qu'ils appelaient latent, parce qu'il n'était point accompagné des graves symptômes du cancer. C'était une dégénération précancéreuse qu'ils ne confondaient point avec le cancer. Depuis, les auteurs modernes, et surtout Laennec, égaré par une erreur de logique, qu'il me soit permis de le dire, malgré le respect que je porte à son génie, en sont venus à donner le nom de cancer à deux dégénérations, le squirre et l'encéphaloïde,qui précèdent souvent le cancer, bien qu'elles ne soient pas accompagnées d'abord des symptômes graves qui le caractérisent. Ces dégénérations sont au cancer quelque chose d'analogue à ce que l'inflammation est à la suppuration, le phlegmon à l'abcès, le tubercule cru au tubercule ramolli, des maladies bénignes qui ne deviennent redoutables que lorsqu'elles s'enflamment, se ramollissent, suppurent et s'ulcèrent, en un mot, dégénèrent en cancer. On me dira : ce sont deux périodes de la même maladie; à cela je réponds seulement, pour le moment : ce sont deux états morbides différents qui n'offrent ni les mêmes caractères anatomiques, ni les mêmes symptômes, qui ne présen-
tent pas les mêmes indications thérapeutiques, ainsi que nous le verrons dans l'histoire des maladies générales. Or, deux états morbides différents ne doivent pas être confondus sous un nom identique. On peut marquer leur analogie, quand ils en ont, par une expression générique commune, mais il faut au moins qu'une épithète les distingue. D'ailleurs, leur succession ne prouve point leur identité ; à la rigueur, elle prouve précisément le contraire, car la succession rompt l'identité absolue.
Ainsi ce serait certainement une fausse pensée que de croire à l'identité de divers états morbides, par cela seul qu'ils succèdent l'un à l'autre. Une semblable idée entraînerait nécessairement, des conséquences fâcheuses pour la pratique, et c'est presque toujours ce qui arrive quand la théorie est fausse. La terminaison , ou la conversion d'une maladie en une autre, ne se fait pas toujours de la même manière. Elle s'accomplit tantôt graduellement, tantôt brusquement, tantôt facilement, tantôt par une sorte d'orage ou de crise qui peut guérir ou tuer le malade. Lorsqu'elle se fait par la santé, la santé succède parfois immédiatement à la maladie, du jour au lendemain, en quelque sorte, ou plus brusquement encore. Les affections légères , les névralgies ou douleurs nerveuses, les hémorragies offrent des exemples de ces terminaisons brusques.
Mais, dans beaucoup d'autres, il faut du temps, une ou plusieurs semaines, et l'économie, affaiblie par une affection grave ou longue, ne revient à la santé qu'en reprenant, peu à peu, sa puissance et son activité. C'est la convalescence, terrain neutre, état intermédiaire à la santé et à iamaladie,etquin'estprécisément ni l'une, ni l'autre, en sorte que la fin de la maladie et le commencement de la convalescence se confondent
souvent, sans qu'on puisse positivement les distinguer l'un de l'autre. Cependant !a convalescence devient évidente et se reconnaît à la disparition à peu près complète des symptômes caractéristiques de la maladie qui a précédé, ou du moins à leur diminution extrême.
Les crises sont des orages, des aggravations, des perturbations de la maladie ou des phénomènes de l'économie qui précèdent parfois le retour à la santé, d'autres fois des accidents terribles et même mortels. Ainsi, ce sont des exhalations, des sécrétions folliculaires ou glandulaires augmentées et parfois perverties, sur la peau, dans les membranes muqueuses, séreuses, synoviales, dans le tissu cellulaire ; des hémorragies, des troubles dans l'innervation, des éruptions cutanées et même d'autres accidents morbides qui peuvent amener la mort.
Des auteurs ont beaucoup discuté pour prouver, les uns, que les crises sont la cause du retour à la santé, quand la santé leur succède, les autres, qu'elles en sont l'effet. Nous croyons qu'on a attaché trop d'importance à ce point de théorie. Les crises ou les phénomènes critiques font partie des symptômes, des phénomènes qui constituent les maladies; ils peuvent être favorables ou nuisibles, concourir à sauver le malade ou à le tuer. On peut les regarder comme un symptôme qui se manifeste à la terminaison de la maladie, mais non comme l'effet de la santé qu'elles précédent, car un effet ne saurait précéder sa cause.
Enfin, les crises ne s'observent guère que dans les maladies aiguës. Cependant on en voit dans les maladies chroniques. C'est ainsi que des hydropisies finissent brusquement par des sueurs, des diarrhées, des excrétions urinaires abondantes et excessives.
La chronicité est la conversion d'une maladie aiguë à marche rapide, à symptômes intenses, en maladie
chronique ou à marche lente et à symptômes peu prononcés. Cette métamorphose est fort commune dans les inflammations. Elle est caractérisée par la diminution de l'intensité, de la rapidité de la marche des symptômes.
La métastase, fxsTaçoco-jç, de asraçaco, je transporte, consiste dans l'apparition d'une maladie sur une partie plus ou moins éloignée de l'affection primitive, immédiatement avant ou après la disparition de cette maladie première. Les anciens ont ainsi appelé ce phénomène parce que, dans leurs opinions humorales, ils croyaient que la seconde tenait au transport d'une humeur morbide, de la partie souffrante sur celle qui s'affectait ensuite. On sait, depuis longtemps, que cette idée est sans fondement, mais elle n'en signale pas moins un fait fort remarquable, que le retour d'un organe à la santé ne s'accomplit souvent qu'aux dépens d'un autre organe. Il y a même des personnes qui ne jouissent presque jamais d'une santé complète, qui ne cessent de souffrir dans une partie que pour souffrir dans une autre, et qui se regardent comme bien portantes, quand l'organe dont elles souffrent ne leur cause que des peines légères et très-supportables. C'est ce que l'on observe surtout dans les diathèses rhumatismales , dartreuses, dans certaines affections nerveuses, chez les femmes, chez les hommes de cabinet, qui font peu d'exercice et ne vivent en quelque sorte qu'à moitié. D'ailleurs, souvent ces existences valétudinaires , habituellement souffreteuses, se prolongent plus longtemps, commi si ces petites maladies, à l'exemple d'un exutoire, servaient à l'entretien et à la conservation de la vie. Cependant, quand la métastase est plus grave que la maladie qui l'a précédée, quand surtout elle affecte un organe très-important, elle peut être beau-
coup plus nuisible qu'utile, et même entraîner une mort plus ou moins prompte, si l'on ne peut la faire disparaître. On y parvient quelquefois sûrement, en rappelant la maladie primitive; mais l'art ne le peut pas toujours.
Il y a des maladies qui, loin de guérir, se prolongent indéfiniment. Telle est ïinfmnité. C'est une affection stationnaire, incurable, qui prive l'économie de la fonction d'un organe, ou du moins gêne cette fonction. Exemples : cécité, surdité, mutisme, altération de la prononciation par destruction du voile du palais, claudication par luxation ancienne non réduite, ankilose, etc., etc.
La mort termine les maladies et la vie par des mécanismes qui, pour se répéter incessamment sous nos yeux, n'en sont pas moins très-mal connus. Et l'ouvrage si séduisant de Bichat sur la vie et la mort ne nous éclaire guère plus sur les causes et les divers mécanismes de la mort que sur les causes et les conditions delà vie. C'est donc encore un nouveau sujet de recherches, et il faut l'étudier dans toutes les fonctions, et au moins dans les principales divisions naturelles des maladies pour arriver à le connaître. C'est ainsi que nous allons procéder, tout en nous circonscrivant dans les limites les plus étroites.
Mais disons d'abord que la mort ne consiste pas seulement dans la perte du sentiment, du mouvement, de la connaissance et de l'expression, dans la cessation de la respiration et des battements du cœur. Un porc égorgé, un bœuf abattu, un lièvre mort, mis dans la gibecière, un noyé qui est resté sous l'eau pendant dix minutes, un enfant mort-né peuvent se ranimer au bout d'une demi-heure et davantage de la prolongation de ces morts apparentes. Ce n'est donc pas là une mort réelle. Celle-ci consiste dans l'a-
néantisseinent du principe de la vie et de tous ses phénomènes. Tant qu'il en subsiste une lueur, le feu n'en est pas éteint et peut se rallumer. Mais souvent cette lueur subsiste quelque part dans le foyer, sans qu'on puisse l'y apercevoir, et c'est alors qu'on observe de ces résurrections qui semblent miraculeuses, parce que l'on avait légèrement conclu de la mort apparente à la mort réelle. On n'est certain que la mort est complète et entière que lorsque la vie, abandonnant les corps qui en ont joui, comme un maître en mourant, ses esclaves, les laisse passer sous l'empire d'un autre maître, les lois physiques, qui les décomposent par la putréfaction. Tant qu'on ne voit pas de marques évidentes de cette dissolution, ou au moins de raideur cadavérique, la mort est douteuse quoiqu'elle puisse être réelle.
Ajoutons, non pour faire un paradoxe, mais pour nous déshabituer de ces conséquences auxquelles nous nous laissons trop souvent entraîner, et pour être mieux compris dans ce que nous allons dire, que le supplicié dont la tête vieut de rouler sur l'échafaud n'est point encore mort. Et la preuve, c'est que pendant douze ou quinze heures on y excite des contractions par l'électricité, on ranime en apparence d'horribles passions dans cette tête de cadavre séparée de son corps, et des mouvements dans les membres, le cœur et les intestins, comme l'ont prouvé les expériences de Nysten pour faire suite à celles de Bichat sur la vie et la mort, et celles d'André Ure, citées dans le Journal de Férussac. Mais si ce supplicié n'est encore frappé que de mort apparente ; si cependant il ne peut pas revenir à la vie, comme certains pendus que l'on peut ranimer, c'est qu'il y a chez lui des lésions incurables de la moelle, des nerfs, des artères, etc., qui n'existent pas chez l'asphyxié.
La mort n'étant entière et réelle que lorsque tous les phénomènes de la vie et leur principe sont éteints, ou conçoit qu'il est bien difficile et probablement impossible qu'elle soit instantanée en réalité; je crois même qu'elle ne l'est jamais qu'en apparence. Ainsi dans le cas qui approche le plus de la mort instantanée, dans la mort par écrasement sous une .avalanche de neige qui renverse et met en pièces : arbres, maisons, bêtes et gens, sous un éboulement de terres ou de maison, etc., les os du crâne, de la poitre et des membres peuvent être cassés, broyés en grande partie, mais il restera presque toujours quelques parties où la circulation capillaire continuera , quelques portions de peau où les poils rasés pourront pousser, comme le fait la barbe après le dernier soupir, quelques chairs palpitantes, quelques muscles susceptibles de se contracter jusqu'au refroidissement de la mort, comme ils le font dans une jambe amputée sous une simple irritation mécanique ou physique, telle que celle de l'air froid.
11 suit de là, que la mort est un phénomène complexe qui ne s'accomplit jamais que par l'extinction successive de tous les phénomènes de la vie et de leur principe. Ces observations générales étaient indispensables pour étudier et faire comprendre les divers mécanismes de la mort, si elle s'accomplit en effet par différents mécanismes.
Lorsqu'on réfléchit à l'influence réciproque de chacune des fonctions les unes sur les autres et sur la vie, d'après les données positives fournies par les expériences sur les animaux, et par les maladies des animaux et de l'homme, on remarque d'abord que leur influence n'est pas égale; que la suspension ou l'arrêt des unes amène plus sûrement et plus promptement la mort que l'arrêt ou la perturbation des
autres; que toutes peuvent commencer la série des suspensions successives de fonction, dont elle est le résultat définitif, ce qui produit autant de mécanismes de mort différents à leur principe; que lés plus importantes fonctions, la respiration, la circulation du cœur et' des vaisseaux, moins les capillaires et les veines, la décident ou la déterminent définitivement par leur concours; et que les dernières qui s'arrêtent, la circulation des vaisseaux capillaires et des veines, la calorification et les sécrétions, sont toujours les mêmes. Il en résulte que la mort se fait par un mécanisme terminal qui est toujours analogue. C'est, donc par le mécanisme initial que nous pouvons et que nous devons distinguer les divers mécanismes de la mort pour nous bien entendre. Je serai obligé, dans ce que je vais en dire, de supposer bien connus les faits de physiologie dont ils sont déduits. Sans cette supposition nécessaire, je serais forcé d'entrerdans de longues discussions physiologiques qu'on pourrait trouver déplacées dans cet ouvrage. Commençons maintenant par l'examen de l'influence des sensations sur la production du phénomène complexe de la mort.
La paralysie des sensations extérieures entraînerait la mort indirectement par insensibilité, en suspendant l'exercice de l'intelligence et des soins qu'elle prend pour la conservation du corps, si un cas semblable pouvait se réaliser. C'est cependant, en partie, par ce mécanisme qu'elle a lieu chez de malheureux paralytiques qui se brûlent sans le savoir, et qui pourraient quelquefois encore se soustraire à la brûlure s'ils la sentaient.
La mort peut-elle avoir lieu par la douleur? Je le crois, mais je ne connais pas de fait qui le prouve incontestablement. Les martyrs qui ont été soumis à
des supplices affreux les supportaient souvent sans se plaindre et souvent même avec joie, parce que leur espril était exalté par la foi; les criminels qui dans les siècles passés subissaient les plus horribles tortures les souffraient à plusieurs reprises, quelquefois à plusieurs jours de distance, et ne mouraient que lorsqu'on les tuait par la décollation, la strangulation, le feu, l'écartèlement. J'ai vu les brûlures les plus étendues et les plus graves donner lieu à d'atroces douleurs et cependant les malades vivre plusieurs jours, une semaine ou davantage, et je ne les ai jamais vus succomber avantledévelopperaentd'une fièvre intense et de l'inflammation.
Dnpuytren cependant a souvent prétendu que les opérés qu'il perdait immédiatement après l'opération avaient succombé à la douleur. Je crains bien qu'il n'ait inventé sa théorie que pour atténuer sa responsabilité d'opérateur. Dans tous les cas il ne fournissait pas de preuve incontestable de sa doctrine.
Quoi qu'il en soit, on peut concevoir par la pensée des douleurs si étendues et si atroces que je n'oserais pas nier que la mort ne pût être produite par la violence de la douleur; mais j'affirme que si, comme je le crois, le fait a lieu, il est fort rare; et il reste encore à se demander si la mort arrive immédiatement sous l'influence de la douleur ou si elle ne serait pas l'effet de l'innervation ou de la respiration suspendues par la douleur?
La diminution ou la perte de l'intelligence seule ne paraît guère susceptible de causer la mort par ellemême. On voit des fous et des idiots vivre fort longtemps, même sans que leur santé physique soit altérée. Il y en a cependant qui succombent sans altération matérielle appréciable. Je crois qu'alors c'est par l'intermédiaire de l'innervation, de la nutrition
et peut-être de la calorification qui s'affaiblissent lentement. Du moins, il est certain qu'alors ils perdent leur force musculaire, leur embonpoint, leur chal.eur naturelle, et que la nutrition et la calorification sont, en partie du moins, sous la dépendance de l'innervation.
Il n'en est pas de même des maladies de l'affectivité, des passions. On en a vu causer des morts subites. Nous en citerons plus loin des exemples, en parlant de l'influence des causes morales ou des passions, dans l'article consacré à l'étiologie des maladies. Il est très-probable que dans ces cas la mort arrive par l'intermédiaire de la syncope, ou, au contraire, de l'apo* plexie, d'une congestion cérébrale, en un mot, par une lésion de la circulation et de l'innervation. Du moins il n'est pas rare de voir des gens frappés d'apoplexie, de syncope, en apprenant une mauvaise nouvelle. Nous en citons plus bas des exemples. Pour caractériser ce mécanisme par sa cause première, comme tous ceux que nous allons distinguer, je l'appelle mort par émotion.
L'inneruation, qui parait agir sur tous les organes, même sur ceux qui échappent à la volonté, sur le poumon, le cœur, les vaisseaux, les glandes et tant d'autres, produit-elle la mort par elle-même, immédiatement ou par l'intermédiaire d'autres fonctions? Il est impossible que ce ne soit pas par l'intermédiaire des fonctions importantes qu'elle tient sous sa dépendance. Je suppose donc que c'est par le défaut d'artérialisation du sang dans les poumons et par l'affaiblissement de la circulation, de la nutrition, de la calorification, que l'innervation agit dans tous les organes, et c'est la mort par innervation. (Voy. Legallois ? Fiourens, Longet, etc.)
La musculation peut causer la mort par son im-
2ok CHAPITRE IX.
puissance dans la paralysie , en nous livrant, sans défense aux dangers que nous pouvons encourir, en nous empêchant de satisfaire à tous les besoins de la vie. C'est la mort par paralysie du mouvement. Elle s'accomplit alors, très-indirectement, comme dans la paralysie de la sensibilité. La musculation peut aussi tuer dans un effort par la rupture du cœur, de l'aorte, des capillaires du cerveau, etc., ce qui rentre dans les effets de l'effort. (Voy. l'Etiologie.)
La voix peut aussi produire la mort par le même mécanisme dans les grands cris et la violence de la parole.
La faim parait tuer plutôt encore par les souffrances que par le défaut d'alimentation et de digestion, car les malades, privés d'appétit, que la faim ne tourmente point, vivent des mois entiers sans prendre d'aliments, taudis que les malheureux en proie aux tortures de la faim succombent en huit ou dix jours au plus. Cependant la diminution du sang, l'affaiblissement de la circulation et des sécrétions, de la nutrition et cle la calorification, ne permettent pas de douter que le mécanisme de la mort par la faim ne s'accomplisse en même temps par l'intermédiaire de la circulation, de la nutrition, de la calorification et de l'épuisement des humeurs nécessaires à la vie. (Voy. surtout les expériences de M. Collardde Martigny, dans le Journal de M. Mayendie, t. VIH; de M. Chossat, Recherches sur l'inanit., Paris, 184 3, -etc.)
La cessation de la respiration paraît causer promptement la mort par l'intermédiaire d'un sang veineux et insuffisant que la circulation envoie aux organes, et qui probablement n'entretient pas l'activité des fonctions indispensables à la vie, comme l'innervation. Cette mort a donc lieu par défaut d'air, c'est ce que l'on nomme asphyxie, parce qu'alors le pouls devient de plus en plus insensible et de plus en plus
incapable de porter le sang à tout le corps, au point que le mourant paraît privé de pouls. La respiration est plus ou moins empêchée par le défaut d'expectoration des fluides, parfois écumeux, qui obstruent les bronches, chez un grand nombre de moribonds. (Voy. Piorry, Mém. cités, p. 323, Paris, 1835.)
En introduisant des poisons dans l'économie, Yabsorption peut causer la mort par empoisonnement, au moyen de la circulation qui répand les poisons dans tous les organes. Mais c'est seulement lorsqu'ils y sont parvenus qu'ils produisent la mort. D'ailleurs tout porte à croire qu'ils n'agissent pas sur tous de la même manière, et qu'ils causent des troubles particuliers qui sont, en définitive, la cause immédiate ou prochaine de la mort; mais nous sommes loin de les connaître ausssi bien qu'on peut le désirer.
La circulation cause promptement la mort, par défaut de sang, en se suspendant, s'affaiblissant et cessant de porler à l'encéphale et à la moelle une quantité de sang suffisante, comme cela arrive dans la syncope, les ruptures du cœur, des artères, dans les hémorragies considérables, et nul ne paraît plus immédiatement mourir que le cerveau et les centres nerveux. Cependant, si l'hémorragie s'arrête, que le système capillaire, qui est le réservoir commun du sang, rapporte assez tôt une suffisante quantité de sang au cœur, la vie peut se ranimer et prouver que le cerveau et les centres nerveux n'étaient pas morts et ne périssent pas aussi promptement qu'on pourrait le croire. Peut-être même l'innervation concourt-elle alors à entretenir la circulation capillaire.
Les sécrétions ne peuvent guère causer la mort par leur suspension. On ne les voit pas se suspendre toutes à la fois. Mais elles peuvent déterminer lentement
la mort en épuisant leur source commune, les humeurs indispensables à la vie, et il faut pour cela qu'elles soient portées très-loin. C'est ce qui arrive dans les maladies accompagnées de sueurs cl de diarrhées colliquatives considérables, dans le choléra, dans le diabète sucré ou la glucosurie, en un mot dans les sécrétions excessives par la quantité de leur produit. La mort est causée alors par des sécrétions épuisantes des humeurs et surtout du sang. Les sécrétions bronchiques concourent, avec le défaut d'expectoration, à amener la mort dans beaucoup de maladies.
La nutrition peut-elle se suspendre par elle-même, et la mort peut-elle être le résultat de la suspension de la nutrition? Quoique l'amaigrissement paraisse du dans la plupart des cas à la diminution de la graisse, quoiqu'il soit très-difficile de savoir alors si la substance et le parenchyme des organes diminuent euxmêmes, par suite d'une réparation insuffisante ou nulle, je crois pourtant, sans l'affirmer, que lorsque la diminution du poids du corps entraîne la diminution des forces et de l'activité des organes, il y a réparation nutritive insuffisante ou nulle. Et je pense qu'alors la mort se fait lentement et toujours par l'intermédiaire des fonctions les plus importantes : l'innervation, la respiration, la circulation et lacalorification qui s'arrêtent à leur tour, après s'être graduellement affaiblies; la mort a lieu alors faute de nutrition.
La diminution, la suspension de lacolorification, ou son iusuffisance proportionnellement au froid extérieur, détermine la mort par l'intermédiaire des sensations qu'elle engourdit, de l'intelligence qu'elle endort, de l'innervation qu'elle paraît affaiblir et paralyser, car les muscles deviennent impuissants; de la respiration qu'elle diminue , de la circulation qui se ralentit, comme le démontrent l'influence du froid (voy. Étio-
logie) et l'observation des animaux hybernants ; alors la mort arrive par refroidissement.
L'insuffisance de la résistance mécanique de nos solides aux violences extérieures qui les coupent, les brisent, les ouvrent et les blessent d'une manière quelconque, amène la mort par l'intermédiaire des fonctions d'innervation, de respiration, de circulation que ces blessures gênent ou empêchent, et souvent par les maladies qu'elles déterminent. C'est la mort par blessure, par lésion physique.
La génération ne produit guère la mort que lentement, par l'intermédiaire de l'innervation, de la nutrition et d'autres fonctions, qu'elle affaiblit par des jouissances trop répétées et par les pertes séminales. Quoique les jouissances affaiblissent beaucoup, on ne peut nier que ces pertes séminales y concourent ; cet affaiblissement survient, lors même que les pertes sont spontanées et ont lieu sans coït et sans volupté, ainsi qu'on peut le voir par les observations concordantes de M. Lallemant et d'autres auteurs. C'est la mort par volupté et par spermatorrée.
La reproduction de la continuité dans les tissus divisés, dans les foyers de suppuration ouverts, qui est, comme la précédente, une fonction de reproduction mal à propos oubliée par les physiologistes, malgré sa haute importance et sa grande utilité, devient dans certains cas, lorsqu'elle se suspend ou ne se fait pas, une cause de mort par l'intermédiaire d'une sécrétion purulente prolongée ou excessive. C'est la mort par défaut de cicatrisation.
Ainsi, comme je l'ai déjà dit en commençant, il résulte de l'examen de l'influence des fonctions les unes sur les autres, que les unes ont plus d'influence que les autres dans la production de la mort, qu'elles peuvent toutes en devenir la cause par un mécanisme
initial différent, mais qu'elles l'achèvent en définitive par un mécanisme terminal fort analogue, par la cessation des fonctions les plus importantes.
On a dû observer aussi que la mort arrive par l'arrêt d'une première fonction, qui entraine bientôt l'arrêt des plus nécessaires et enfin de toutes. La vie cesse alors, comme le mouvement clans un système de rouages engrenés les uns dans les autres, où un premier rouage devenant immobile plonge tous les autres dans une éternelle immobilité.
Mais il ne suffit pas d'avoir recherché physiologiquement, dans le mécanisme des fonctions, par quel changement dans ces fonctions la mort peut arriver; il faut maintenant rechercher, analyser les phénomènes de la mort dans les maladies, pour savoir si elle s'accomplit réellement par les divers mécanismes que nous avons découverts dans notre première étude.
Nous serons très-bref pour ne pas empiéter sur la pathologie, de moins en moins générale, et de plus en plus spéciale, qui doit faire suite à ce premier traité.
La première classe de maladies qui.se présente à notre examen est celle des inflammations. Par quel mécanisme entraînent-elles la mort? Pour le comprendre plus facilement, commençons notre examen par celles des parties les moins nécessaires à la vie.
Les parties dont les fonctions sont les moins importantes à la vie, les doigts, la main, lavant-bras, d'un seul côté, ou leurs jointures, atteintes d'une inflammation aiguë, intense, dune brûlure, d'un phlegmon , qui occupe toute leur étendue, troublent la circulation, la digestion, quelquefois l'intelligence par du délire, et ne causent peut-être jamais la mort avant la suppuration, qui est une autre maladie. Je crois pouvoir en conclure que l'inflammation aiguë,
d'une étendue même considérable, ne cause pas la mort par elle-même, au moins dans la grande majorité des cas. Cependant, comme elle trouble la circulation, lacalorification et même d'autres fonctions, je crois qu'elle le fait par l'intermédiaire de l'innervation et de ces dernières fonctions.
Lorsque l'inflammation affecte le péritoine dans une très-grande étendue , la mort en est souvent et promptement la suite. Comment cela se fait-il? Aux troubles de la digestion, de la respiration, de la circulation, de i'intelligence et de l'innervation, qui se manifestent, il est évident qu'elle porte le désordre dans les fonctions les plus importantes à la vie, et j'en conclus que c'est par l'intermédiaire de ces fonctions qu'elle cause la mort, bien que je ne puisse pas m'en rendre un compte aussi évident et aussi précis que je le désirerais; il y a lieu d'examiner si ce n'est pas par les sécrétions et l'écume bronchiques.
Dans les inflammations de l'encéphale ou des méninges, du poumon et des deux plèvres, de l'endocarde ou de l'aorte, etc., le mécanisme de la mort me paraît être analogue au précédent et devenir plus évident encore par l'altération plus directe et plus immédiate de l'innervation , de la respiration et de la circulation. Or, ce mécanisme est le mécanisme définitif général de la mort, auquel nous a conduit l'analyse physiologique des troubles des fonctions qui la produisent. Il y a lieu encore d'examiner l'état des sécrétions bronchiques, car il y a là une idée mère qui me paraît féconde, tant le râle est commun chez les mourants.
Mais, i pour suivre la règle que je me suis imposée en distinguant et caractérisant les divers mécanismes de la mort d'après le fait initial de la succession des phénomènes qui la déterminent, je désignerai le
mécanisme que je viens d'indiquer sous le nom de mort par inflammation.
La suppuration étant presque toujours accompagnée d'inflammation, comme elle en est presque toujours précédée, a beaucoup plus d'influence pour produire la mort. Elle la détermine ordinairement à la longue, par une suppuration épuisante, aidée souvent d'une diarrhée colliqualive et probablement de la phlegmasie qui l'accompagne.
Les dégénérations et formations morbides ne paraissent pas généralement causer la mort par elles-mêmes. Les unes la déterminent peut-être en'partie, par les souffrances, par la suppuration et l'épuisement, comme les dégénérations cancéreuses qui la produisent à la longue, dans quelque lieu qu'elles se manifestent. Les autres paraissent la déterminer, comme les tubercules dans les poumons, par l'obstacle qu'elles apportent à une fonction importante et circonscrite, par l'épuisement suppuratoire, diarrhéïque et sudoral. quelquefois même par hémorragie.
Toutes les maladies qui se rattachent au système nerveux : les lésions de la sensibilité, de la perceplivilé et de l'affectivité, quand elles causent la mort, le font probablement par L'intermédiaire de l 'innervation , aidée souvent du concours d'une inflammation.
Les hémorragies extérieures, qui versent le sang hors de l'économie, quand elles sont abondantes, produisent la mort par l'insuffisance ou L'épuisement du sang.
Les hydropisies ne la déterminent point par ellesmêmes, c'est-à-dire sans gêner au moins une fonction importante.
Le mécanisme de la mort par les affections constitutionnelles diffère beaucoup dans son commencement et dans la manière dont il procède dans chacune. Il y a moins de différence dans la manière
dont il s'accomplit dans les fièvres essentielles.
Les lésions physiques ou chirurgicales ne causent guère la mort que par l'inflammation, la suppuration, qui les compliquent souvent, et par quelques empêchements fonctionnels qu'elles déterminent mécaniquement. Cependant, les plaies des organes circulatoires la causent surtout, par des hémorragies qui l'amènent, par l'épuisement du sang.
Nous avons vu plus haut, dans notre étude physiologique de la mort, que les empoisonnements la produisent par l'intermédiaire de l'absorption, de la circulation, de l'innervation; la pathologie confirme à cet égard les expérimentations.
Je ne prétends pas avoir distingué tous les mécanismes de mort distincts. Ce serait déplacé dans la pathologie générale. J'ai voulu défricher un champ encore inculte, malgré le livre de Bichat ; j'ai voulu en montrer l'étendue, en marquer les principales questions pour que chacun puisse les reprendre et les creuser. Recherches anatomiques, physiologiques, expérimentations, observations pathologiques, tout est à faire. Mais les poumons, les bronches, la respiration, les sécrétions bronchiques et l'expectoration méritent surtout d'être étudiés. L'idée de M. Piorry réclame bien des études et des preuves, mais elle me paraît assez importante pour qu'on ne se laisse pas arrêter par les difficultés. Il faut surtout la confronter avec les maladies épuisantes, consomptives, suppuration, diarrhées, diabète, choléra, etc.
Durée des maladies.
Comme il est souvent difficile de déterminer le moment où commence et où finit une maladie, parce que celle-ci commence et finit fréquemment en même temps qu'il y a un peu de gêne dans l'économie, sa du-
2ij2 CHAPITRE IX.
rée précise est, quelquefois assez difficile à déterminer. Mais s'il n'y a pas imminence de danger, et nécessité d'un prompt traitement dans la manifestation de ces légers symptômes, on peut regarder la maladie comme n'existant pas encore ou n'existant plus.
Considérée d'une manière générale, la durée des maladies est variable et variée dans les affections chirurgicales, comme dans les maladies médicales. Parmi les premières, celles dont la durée est le plus régulière sont les fractures simples, quoiqu'elles varient de vingt jours à deux mois, depuis celles des plus petits os jusqu'à celle du fémur, qui est le plus gros et le plus long à se consolider. Cette durée est plus régulière dans les lièvres éruptives simples, telles que la variole, la vaccine, qui durent de s ingt-cinq à trente jours, dans la varioloïde, la varicelle, etc., qui existent un tiers ou même la moitié moins de temps. Sous le rapport de la durée, on désigne sous le nom d'éphémères celles qui finissent en un, deux ou trois jours. Celles qui se prolongent d'une h quelques semaines sont courtes, d'un à plusieurs mois sont longues, d'une à plusieurs années sont très- longues, comme les tumeurs lacrymales, la cataracte, la nécrose, etc. 5 celles qui ne se guérissent pas, comme la plupart des hernies, se confondent avec les infirmités, surtout si elles gênent peu et font peu souffrir.
On distingue encore les maladies de même nature et de même espèce, comparées les unes aux autres sous le rapport de la durée et de l'intensité des symptômes, en aiguës, qui sont courtes et vives, en subaiguës, qui sont plus longues et moins vives, en chroniques, qui sont très-longues et accompagnées de symptômes peu prononcés. Ainsi lesmaladies longues, qui, comme le cancer et la phlhisie, durent fort longtemps ordinairement avant de causer la mort, d'une à plusieurs an-
nées, sont aiguës lorsqu'elles entraînent la mort en un ou deux mois. Il en est de même des arthrites complexes. Elles peuvent nécessiter une amputation au bout, de quelques mois, tandis qu'ordinairement elles ne la réclament qu'au bout d'une ou plusieurs années.
Pourquoi ces épithètes? c'est que l'on compare alors les affections de même nature sous le rapport de leur durée et de l'intensité de leurs symptômes. C'est donc d'après leur espèce, leurintensité et leur duréerelatives qu'on les appelle chronique ou aiguë? Voilà, je crois, la véritable idée qu'il faut se faire de ces expressions et des affections elles-mêmes. Hors de là, tout est confusion dans le langage et dans les choses. Et en général, lorsqu'il y a confusion dans le langage, c'est qu'il y a confusion dans les idées. Le langage réfléchit toujours les idées que nous avons des choses, et il ne saurait être clair quand nos idées sont obscures et vagues.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Ge n'est point par une vaine prétention à l'érudition littéraire que je rappelle cette maxime si vraie, mais parce que, sons sa forme poétique, elle se grave plus profondément dans la mémoire.
On désigne aussi quelquefois des affections courtes sous le nom de maladies aiguës, et des affections longues sous le nom de maladies chroniques, par cela seul qu'elles .sont courtes ou longues. C'est un abus de langage dû à la confusion d'idées dont je parlais tout à l'heure. Les épithètes de longue et de courte suffisent pour exprimer le caractère de la longueur et de la brièveté des maladies, et ne suffisent pas pour indiquer qu'une maladie est caractérisée en
même temps par la longueur de sa durée, et. par l'intensité ou le peu de développement de ses symptômes. Aussi, quand on ne confondra pas les maladies simplement courtes ou longues avec celles qui sont aiguës et chroniques, on n'en confondra pas les dénominations distinctives.
La durée des maladies offre un autre caractère bien remarquable, c'est que tantôt elle est continue et sans interruption, depuis son commencement jusqu'à sa terminaison; d'autres fois, au contraire, elle présente des interruptions ou des intermittences, en sorte qu'on dit les maladies continues, intermittentes.
Les maladies continues sont les plus nombreuses et les plus communes. On distingue dans quelques-unes des diminutions plus ou moins régulières dans la continuité de leurs symptômes qui leur a mérité le nom de rémittentes. Ces expressions ne s'appliquent guère qu'aux fièvres qui offrent des rémissions dans l'intensité de leurs symptômes et de leur cours^ Le retour de l'intensité de leurs symptômes constitue des exacerberions, c'est-à-dire des augmentations d'intensité. On les appelle encore des paroxysmes. Dans les maladies aiguës, ces exacerbations se manifestent souvent le soir et pendant la nuit.
Les maladies intermittentes sont nombreuses, quoiqu'elles le soient moins que les affections continues. On ne désigne guère sous cette dénomination que les fièvres dites intermittentes; mais il y a beaucoup d'autres affections qui sont intermittentes : telles sont la goutte, le rhumatisme, les scrofules, certaines affections nerveuses, des maladies de peau, et d'autres encore.
Les maladies intermittentes sont régulières ou irrégulières. Les maladies régulières sont périodiques et reviennent pendant un certain temps : tous les jours,
comme les fièvres quotidiennes, tous les deux jours, comme les fièvres tierces, tous les trois jours, comme les fièvres quartes, quelquefois même tous les mois ou tous les ans, pendant plusieurs années, suivant certains auteurs.
Cette périodicité mathématique qu'on n'observe dans aucun phénomène de la vie, aussi régulière que dans les fièvres intermittentes, si ce n'est dans les battements du cœur, des artères, les mouvements de la respiration, et quelquefois dans la menstruation, est assurément un phénomène remarquable. Ces retours portent dans les fièvres le nom d'accès. Plus de détails sur l'ordre et le type de ces accès, dans les fièvres quotidienne double, double tierce, triple tierce, double quarte, triple quirte ou tierce doublée, quarte doublée, appartiennent à l'histoire des fièvres et non à la pathologie générale.
Les maladies intermittentes irrégulières sans type ou atypiques ont leur durée interrompue, leurs symptômes suspendus, pour reparaître tout à coup après plusieurs mois, plusieurs ou un grand nombre d'années, comme dans l'ostéite, dont j'ai vu les intermissions durer quatre, huit, dix, quarante ans, ainsi que je le prouverai à l'article de l'ostéite.
Ces retours de maladies qui avaient disparu sont des récidives. Leur nomenclature variée sent la barbarie, et prouve que les nomenclateurs qui en sont les auteurs, n'ont vu que les caractères particuliers de chacune de ces récidives, et n'ont pas été frappés par ce qu'elles ont de commun et dégénérai. Ainsi la réapparition des symptômes des fièvres intermittentes a reçu le nom d'accès; celle de beaucoup d'affections nerveuses, comme l'épilepsie, l'hystérie, le nom d'attaque, parce qu'elle est brusque; le retour des symptômes inflammatoires de la scrofule
dans diverses parties du corps, des douleurs avec ou sans inflammation dans le rhumatisme constitutionnel, des dartres dans les affections dartreuses, n'a pas reçu de nom particulier.
Ce réveil des maladies n'ayant pas suffisamment fixé l'attention des observateurs, je veux m'y arrêter un instant et les montrer dans quelques affections. On l'observe dans des maladies inflammatoires, des érysipèles, des furoncles, des ostéites. Les affections disparaissent, parfois les symptômes disparaissent seuls, moins les lésions matérielles, comme dans l'ostéite, pour se réveiller plusieurs années de suite, comme on le voit dans les trois maladies citées, ou après plusieurs années.
Elles se réveillent parfois sous l'influence d'une cause connue, mais aussi sans cette circonstance et en apparence spontanément.
On l'observe dans de simples douleurs nerveuses, dans les névralgies, dans de simples douleurs dites rhumatismales qui sont causées par le froid, sont sans phlegmasie, et qui ont tant d'analogie avec les douleurs nerveuses et les névralgies, que le froid peut les produire, et la chaleur les soulager et les guérir toutes. On l'observe encore dans les douleurs consécutives aux lésions physiques ou mécaniques, aux contusions, aux plaies, aux entorses, aux fractures, aux luxations, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire plus haut.
De la convalescence et des symptômes consécutifs aux maladies.
Nous avons déjà dit en parlant de la terminaison des maladies qu'elles se terminent souvent par la convalescence; que la convalescence est un état intermédiaire à la maladie et à la santé 5 qu'il est im-
TERMINAISON DES MALADIES. 2/l7
possible de déterminer précisément le moment où la maladie finit, où la convalescence commence; qu'on reconnaît cependant la convalescence à la disparition des symptômes caractéristiques des maladies. Ajoutons qu?on reconnaît encore la convalescence à l'afiaiblissement des forces des organes musculaires, à l'irritabilité, à la susceptibilité des organes sensibles, à l'impuissance et à la diminution d'énergie des autres dans l'accomplissement de leurs fonctions particulières, quand la maladie a porté son action directe ou sympathique et indirecte sur plusieurs organes.
Lorsque la maladie n'a occupé qu'une partie ou un ensemble bien circonscrit de parties, c'est dans ces parties qu'on observe les symptômes de faiblesse, de sensibilité, de susceptibilité ou d'impuissance qui se remarquent dans la convalescence. Ainsi, à la suite de la fracture simple d'un membre, ce membre est plus faible ; à la suite de l'inflammation des yeux, ces organes sont plus sensibles et. plus susceptibles à l'action de la lumière. Par suite de cette susceptibilité, la convalescence est sujette à des retours de la maladie que l'a précédée.
Les phénomènes consécutifs aux maladies sont les symptômes qui sont indépendants de ceux dont nous venons de parler, et qui ne font point partie des symptômes caractéristiques de la maladie qui les a précédés. Tels sont la rigidité des articulations consécutives aux fractures, les douleurs consécutives aux fractures, aux contusions, aux entorses, aux luxations, aux blessures, en un mot, etc., la chute des cheveux à la suite d'une foule de maladies.
On désigne sous le nom de rechute le retour dune maladie qui n'est pas entièrement guérie.
Des influences individuelles ou étrangères à l'individu qui agissent pendant le cours des maladies peu-
vent les apaiser, en diminuer les symptômes et favoriser une terminaison heureuse, ou les aggraver et amener une terminaison plus ou moins funeste. D'autres leur impriment des modifications beaucoup moins intéressantes parce qu'elles ne les diminuent ni ne les aggravent, et n'ont pas d'influence sur la nature de leur terminaison.
Les influences défavorables et dangereuses méritent beaucoup d'attention, parce qu'elles nous montrent celles que nous devons éloigner et prévenir dans le cours des maladies pour ne pas les aggraver.
Les influences favorables à la guérison nous intéressent également, parce qu'elles nous fournissent des renseignements sur le traitement et éclairent la thérapeutique. On ne saurait donc en faire une étude trop approfondie. C'est le but que nous chercherons à atteindre dans l'étiologie.
Causes des maladies. — Etiologie.
L'étiologie est la science des causes de nos maladies, de ktréxj cause, et de ào-yoç, discours. Nous y rattacherons, comme nous l'avons annoncé déjà, l'histoire des influences qui en modifient le cours, parce qu'elles viennent des mêmes sources, ont pour ainsi dire les mêmes agents, et qu'il est très-important de les connaître pour le traitement et l'hygiène des maladies; mais nous ne nous occuperons que de celles qui produisent des effets morbides, les modifient, et point de leurs effets non morbides.
Aux yeux du vulgaire, une cause est un fait qui en
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produit un autre que l'on nomme son effet. Cette définition n'est pas suffisamment claire parce que beaucoup de causes sont en même temps un effet. Ainsi je donne un coup de poing dans une vitre et je la brise. Le mouvement de mon poing est tout à la fois la cause de la fracture de la vitre et l'effet de la contraction de mes muscles. Or, il semble d'abord que la même chose ne peut être, par elle-même, à la fois deux choses opposées, comme une cause et un effet. En réalité, le principe que j'énonce est vrai et prouve l'insuffisance de la définition que je signale. Cette insuffisance provient de ce qu'une cause n'est qu'une chose relative, de ce que ce terme n'exprime qu'une idée relative, il faut donc reconnaître qu'en réalité une cause est tarelation d'un fait producteur av ec le f ait qu il produit. Le peu de développement donné à l'étiologie par les auteurs, l'obscurité qui règne si souvent sur les causes des maladies, sur les influences qui modifient ces dernières, les lumières que peuvent en retirer la pathologie, le diagnostic, le pronostic, la thérapeutique et l'hygiène, nous engagent à donner plus de développement à cette partie de la pathologie générale qu'aux précédentes.
Les différences des causes sont nombreuses par suite des différents points de vue sous lesquels on peut les envisager.
Relativement à leur nature elles sont mécaniques, comme les coups, les blessures par armes piquantes, tranchantes, contondantes, par forces distensives capables d'arracher, de déchirer les parties soumises à leur action; d'autres sont chimiques, parce qu'elles consistent dans des actions moléculaires sur nos tissus, comme celles des caustiques ; d'autres physiques, comme celles des impondérables, du calorique, de l'électricité, de la lumière; d'autres sont vitales.
Relativement à leur efficacité , ellessontprédisposantes, occasionnelles, déterminantes, principales ou auxiliaires, prochaines ou éloignées, médiates ou immédiates.
Les prédisposantes préparent l'économie au développement d'une maladie : ainsi la vieillesse prédispose aux fractures- l'enfance, la nourriture trop ou trop peu abondante, l'habitation dans certaines localités, sont des conditions de la vie qui prédisposent à une foule d'affections diverses. Et, quand on voit une influence générale comme le froid, déterminer beaucoup plus souvent, chez un individu, un rhumatisme plutôtqu'une entérite, chez un second une bronchite, chez un troisième des douleurs nerveuses, on ne peut s'empêcher de croire qu'il y ait chez chacun d'eux une susceptibilité particulière, qui les prédispose à telle maladie plutôt qu'à telle autre; on est encore irrésistiblement conduit à la même pensée chez toutes les personnes qui sont prises spontanément, du moins en apparence, d'une affection quelconque. Ainsi, outre les causes préparantes ou prédisposantes extérieures, il faut admettre aussi dans l'individu une aptitude spéciale à contracter une maladie déterminée de préférence à toute autre. Les occasionnelles produisent la maladie sur un sujet qui s'y trouve prédisposé. Ainsi le froid produit un rhumatisme chez une personne qui souffre souvent du rhumatisme. Un coup, une chute sur le genou feront naître une arthrite chronique, une tumeur blanche chez un individu scrofuleux. Les déterminantes suffisent seules à causer une maladie : tels sont les instruments vulnérantsqui font les plaies, les fractures. Les principales sont celles qui, parmi plusieurs autres causes, agissant simultanément ou successivement, se montrent les plus actives et les plus puissantes; les accessoires ou auxiliaires, celles qui, dans les mêmes circonstances, sont
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moins énergiques et ne font qu'aider les précédentes.
On désigne encore sous le nom de causes prochaines les changements intimes qui déterminent immédiament une lésion, comme l'engorgement sanguin des vaisseaux qui amène l'inflammation d'une partie ; et sous le nom de causes éloignées, le froid, le coup, l'action irritante qui a déterminé cet engorgement ; sous le nom de causes premières, ce même coup, cette même action irritante qui ont fait naître les premiers accidents, et sous celui causes secondaires lesactes vitaux qui lesont accomplis clans lesein des tissus. Les premières sont quelquefois aussi désignées sous le nom de médiates, parce qu'elles agissent par l'intermédiaire des secondes, qui sont immédiates.
Relativement à leur apparence. Il est des causes que tout le monde reconnaît, et qu'il est facile de constater : ce sont les causes évidentes. D'autres fois , la maladie se développe sans cause appréciable à laquelle on puisse la rapporter; les épidémies, par exemple., sont souvent dans ce cas. C'est alors que se fondant sur l'axiome qu'il n'y a pas d'effet sans cause, les auteurs ont donné carrière à leur imagination et ont cherché quelles étaient ces causes occultes qui en étaient la source.
Il est probable que si les causes des épidémies, des endémies même, sont souvent si difficiles à démontrer, cela tient à ce qu'elles dépendent d'une réunion d'éléments divers, à ce qu'on les cherche dans un ou deux éléments seulement, à ce que plusieurs de ces éléments peuvent suppléer les uns aux autres quand un ou plusieurs viennent à manquer. En général, d'ailleurs, la causalité des maladies est fort obscure; il est souvent impossible de la déterminer dans les cas spéciaux de la pratique, et il n'y a pas de problème qui demande plus de prudence et plus de cri-
tique. La clinique est, sous ce rapport, une excellente école de logique.
Lorsque les causes des maladies sont ignorées, malgré leur efficacité, et ne sont connues que par leurs effets, on les dit spontanées. Ne serait-il pas possible que la variabilité, une variabilité spontanée soumise aux lois qui régissent les maladies , fût un principe de la vie, et que, par leur tendance naturelle à se modifier et à changer, les organes vivants devinssent malades? Du moins, il est certain que, s'il y a toujours des causes étrangères aux organes vivants pour développer et modifier leurs phénomènes, il nous est, le plus souvent, impossible de les découvrir et d'en avoir la certitude. Cela n'empêchera pas de répéter qu'il n'y a pas d'effet sans cause-, mais cela ne le prouvera pas davantage. Quoi qu'il en soit, on désigne sous le nom de maladies spontanées les maladies qui se développent sans cause connue.
Par rapport à l'étendue de leur action, les causes sont dites locales si elles exercent leur action sur une partie circonscrite du corps, générales quand elles agissent sur toute l'économie. Sons le rapport de leur action, quelques-unes sont contagieuses par simple contact, comme la gale, la syphilis, le charbon.
Sous le point de vue de leurs effets, on peut encore partager les causes en plusieurs ordres : 1° eairritantes ou excitantes, qui augmentent les phénomènes vitaux dans les parties soumises à leur action ; 2° en sédatives», qui, au contraire, abaissent, diminuent, éteignent même la vitalité 5 3° en perturbatrices, qui produisent une modification, un trouble particulier dans les organes et dans leurs fonctions; en traumatiques ou vulnérantes, qui lèsent matériellement les tissus des organes; en infectantes et toxiques, qui empoisonnent et altèrent le
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sang, comme les principes épidémiques, certains principes endémiques, des aliments de mauvaise nature, les poisons ; en spécifiques, qui agissent d'une manière spéciale, comme la syphilis, la variole, la rougeole.
Enfin, sous le rapport de leur origine, les unes viennent de l'individu lui même, et sont individuelles, ou de l'extérieur de l'individu, et sont externes ou extérieures.
Toutes ces distinctions sont sans doute aussi ennuyeuses à parcourir pour le lecteur que pour nous; mais elles sont réelles et fondées : il faut donc les connaître.
De ces différentes distinctions des causes, quelle est celle qui doit être préférée pour l'exposition de leur histoire? Les auteurs modernes, et à leur tête M. Chôme), préfèrent généralement la distinction qui les partage : 1° en prédisposantes (générales ou individuelles) 5 2° en occasionnelles; 3° en déterminantes. M. Dubois (d'Amiens), dans sa Pathologie générale, y ajoute un quatrième groupe, les causes traumatiques ou vulnérantes.
A l'égard de cette classification , nous ferons remarquer que les causes prédisposantes et déterminantes se confondent souvent, dételle sorte qu'un même agent peut à la fois préparer l'économie à une maladie, et en même temps produire par lui-même certains désordres. Ainsi le froid prédispose à une foule d'affections différentes, et peut aussi en produire directement, comme les engelures, la congélation, l'ophthalmite, la pharyngite , etc. Une ligne de démarcation bien tranchée ne saurait être tracée entre les causes déterminantes et celles dites occasionnelles, puisque, dans bien des cas, il est impossible de savoir si réellement ces dernières ont agi exclusivement par elles seules, ou si elles ont agi à la suite
d'une action prédisposante. Pour ces raisons et d'autres encore, inutiles à déduire, et qui m'entraîneraient trop loin, je préfère étudier successivement celles qui proviennent de l'individu lui-même, puis celles qui viennent de l'extérieur. Alors, pas de confusion possible entre les unes et les autres. Cet ordre convient mieux aussi à l'histoire simultanée des causes et des influences qui modifient les maladies, et fait mieux pressentir les règles de thérapeutique et d'hygiène qui en découlent.