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INFLUENCE DES CAUSES MÉCANIQUES GÉNÉRALES

Les mouvements, les chocs et les pressions mécaniques auxquels les organes peuvent être soumis sont extrêmement variés ; ils sont la source d'accidents trèsrnombreux qui constituent le plus grand nombre des affections dites chirurgicales, telles que les plaies, les fractures, les luxations, les gangrènes, etc.; nous devons donc les étudier avec soin.

1° De la compression momentanée ou prolongée. — La compression, sans mouvement de la part des corps qui l'exercent, peut offrir différents modes que l'analyse doit distinguer pour leur assigner leur véritable rôle étiologique.

Compression lente et modérée. — Quand un bandage roulé, médiocrement serré, est appliqué sur un membre, et qu'on le renouvelle de temps en temps, la nutrition cesse de se faire avec la même activité dans la partie ainsi étreinte; elle diminue, et le membre ne recevant plus la même quantité de nourriture perd de son volume, s'atrophie (a privatif, T-pcocp-zj nourriture) dans le sens littéral du mot. Ce phénomène se voit très-fréquemment dans les hôpitaux, quand un membre a été renfermé pendant plusieurs mois, dans un bandage compressif méthodique , pour une fracture ou une tumeur blanche. Certains conscrits usent de cet artifice pour se faire exempter du service militaire. C'est à l'aide d'une compression pareille, mais plus forte encore, que les Chinois déforment d'une manière si bizarre les pieds de leurs femmes ; alors le gros orteil se détache seul à la partie antérieure du pied, les autres doigts sont repliés sous la plante du pied, à laquelle ils demeurent accolés. Le talon forme aussi un relief saillant en arrière; telle est la diffor-

mité qui passe pour une beauté dans le Céleste Empire; mais il ne faut pas disputer de goût avec les Chinois. Cette mode baroque est encore plus excusable que celle des Caraïbes et d'autres sauvages, qui déforment diversement la tête de leurs enfants.

C'était, dans les derniers siècles, un usage généralement adopté d'étreindre le torse des jeunes filles dans des corsets baleinés. Les médecins de cette époque ne manquèrent pas de s'élever contre cette pernicieuse habitude et d'en faire voir les dangers. Winslow s'est surtout occupé de cette question dans un mémoire inséré parmi ceux de l'Académie des scien- • ces (1741). Examinant la déformation du corps des femmes par l'emploi de ces appareils, il reconnut que les côtes inférieures étaient abaissées et courbées en bas et les parties cartilagineuses des côtes fortement recourbées ; en même temps le dos était aplati, les clavicules tirées en arrière par leur extrémité huméraie, et tellement saillantes à leur extrémité interne qu'elles semblaient prêtes à se luxer. La courbure naturelle du rachis était effacée et les côtes supérieures se trouvaient poussées en avant avec le sternum. Cette déformation et cette constriction permanentes entraînaient nécessairement de graves inconvénients du côté des viscères contenus dans la cavité de l'abdomen et de la poitrine. Dans un cas, observé par Ambroise Paré chez une dame de cour qui se faisait ainsi serrer trop fortement a pour vouloir montrer avoir le corps beau et gresle, » les fausses côtes chevauchaient les unes par dessus les autres. Le foie d'un côté, la rate de l'autre, se trouvaient refoulés vers la ligne médiane, et l'estomac, comprimé entre ces deux viscères, se trouvait redressé, en même temps qu'il était refoulé par le paquet intestinal que la partie inférieure du corps de baleines avait fait remonter»

De là, des ictères, des troubles de la digestion, des nausées, des vomissements, comme chez la dame dont parle Paré, qui rejetait tout ce qu'elle prenait; de là des indurations des viscères comprimés, dont Winslow constate la fréquence. Les troubles qui en résultaientpourla circulation dansles gros vaisseauxde l'abdomen se joignaient encore à la gêne du cours du sang dans le cœur et les gros vaisseaux de la poitrine, par suite de la déformation de la cage osseuse du thorax et du refoulement en haut du diaphragme. De là, encore, ces palpitations, ces anévrismes, ces dyspnées, ces affections de poitrine dont tant de femmes étaient atteintes. Ces accidents se montrent encore de nos jours, mais moins graves, chez de jeunes filles ou des femmes qu'un sentiment de coquetterie, bien mal entendue, porte à altérer leur santé, en se déformant la poitrine, pour paraître avoir la taille élancée.

Le trouble apporté à la circulation dans les parties comprimées a pour effet d'amener l'infiltration séreuse des parties situées au-dessous ; nous l'avons déjà dit.

A ces mêmes pressions lentes on peut rapporter les rougeurs et les plaques gangreneuses qui se forment si souvent sur les parties du corps comprimées entre les saillies osseuses et la place qui supporte le poids du corps. C'est ce que l'on voit se manifester au sacrum, aux trochanters, aux talons, parfois même au niveau des épines de l'omoplate, chez les individus retenus immobiles dans leur lit, par une blessure grave, une fracture, une paralysie, une affection typhoïde. Il faut noter que les escarres sont beaucoup plus communes dans ces deux derniers cas que dans les premiers. On s'en rend compte parla vitalité altérée des parties, que la gangrène qui se développe aux surfaces des vésicatoires dans les fièvres graves concourt à démontrer.

Compression forte. — Quand une partie quelconque du corps est soumise à une pression considérable, la peau rougit, s'enflamme, il s'y forme des ampoules, auxquelles succèdent parfois des ulcérations. L'on en voit souvent quand on lève le premier appareil des fractures. Enfin, quand la constriction est énergique et prolongée, on voit survenir la gangrène. C'est là un fait très-important à connaître pour les élèves ; car la compression ou les appareils corapressifs sont très-fréquemment employés dans la pratique chirurgicale ; il faut donc qu'ils soient bien prévenus des graves accidents qui peuvent résulter de la mauvaise application d'un appareil.

Lamotte, dans son Traité de chirurgie, rapporte avoir vu trois cas de gangrène des membres, à la suite d'appareils trop serrés appliqués par des rebouteurs. C'est là un accident qui n'est pas rare dans les campagnes, qui arrive même quand l'appareil a été appliqué par une main plus exercée. J'ai vu à l'hôpital Saint-Louis un malade qui me fut amené avec un sphacèle du bras droit, survenu après l'application, bien faite d'ailleurs, d'un bandage roulé, pour une fracture de l'humérus. — Voici un fait analogue et tout récent. Un enfant se fracture, en tombant, les deux os de l'avant-bras ; un médecin, appelé au moment même de l'accident, applique un bandage, puis quitte le malade et ne revient que le quatrième jour visiter l'appareil. L'avant-bras était gangrené en grande partie, la main très-tuméfiée, les doigts immobiles. Le petit malade porté à l'hôpital des Enfants, dans le service de M. P. Guersant, on put constater que, non-seulement la peau, mais même les muscles, étaient sphacélés à une grande profondeur. (Bulletin de thérap., mai 1846.)

De semblables accidents ont été observés par beau-

coup de chirurgiens. «Un jeune homme, dit Boyer, (Traité des mal. chir., t. I, p. 156), reçut à la jambe un coup de fusil chargé à petit plomb, qui lui fractura les os de cette partie. La fracture n'était pas comminutive. Le pansement fut fait avec un bandage roulé très-serré, et qui couvrait non-seulement la jambe, mais le pied. Les sucs nourriciers ne purent plus arriver dans le membre, son volume diminua considérablement ; la vie s'y éteignit et la gangrène sèche s'en empara Les muscles de ce membre étaient affaissés, noirâtres, et semblables à de la viande fumée, etc. »

On lit dans la nosographie chirurgicale de Richerand, l'observation bien connue du général Lafayette, auquel, pour une fracture du col du fémur, on avait appliqué la machine extensive de Boyer; l'attelle interne avait déterminé, dans la région de l'aine où elle appuyait mal à propos, une pression tellement forte qu'il s'y était développé une escarre gangreneuse. Persuadé qu'il devrait souffrir dans cette machine, le général avait enduré patiemment et sans se plaindre les douleurs que lui occasionnait une pression aussi énergique. Voici un cas publié dernièrement dans les Archives de chirurgie du Midi (février 1846), qui fait pendant à l'observation de Richerand. Un homme, entré à l'Hôtel-Dieu de Marseille pour une fracture trèsoblique du fémur, fut soumis à l'appareil extenseur de Boyer : appliqué le 7 février, il fut rétabli le 10 ; le 12, les pièces d'appareil étant salies, le chirurgien voulut les renouveler : on défit les bandes qui entouraient le pied et la jambe et l'on trouva de nombreuses escarres. La gangrène s'étendit de proche en proche et l'amputation devint indispensable. L'auteur fait remarquer qu'il avait eu le soin de placer des cardes de coton au niveau des points sur lesquels les

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lacs devaient presser. Enfin, il faut noter que le malade ne se plaignit pas d'éprouver de la douleur. Il y a, en effet, des individus très-patients qui souffrent sans mot dire, soit qu'ils pensent, comme Lafayette, qu'un appareil de fractures est en quelque sorte un instrument de tortures indispensables, soit qu'ils aient la sensibilité obtuse.

Les constrictions fortes produisent des effets différents dans les diverses régions du corps.

A la tête. J'ai soigné, en 1788, dit Percy, une jeune personne de quatorze ans, qui, devant communier pour la première fois, avait fait, dès la veille de la cérémonie, préparer ses cheveux, et s'était tellement serré la tête avec un bandeau, que le lendemain, après avoir passé la nuit dans des douleurs auxquelles la passion de la toilette la fit résister , les téguments formaient à la région syncipitale une tumeur haute de trois doigts, sur laquelle les cheveux ayant été coupés, je remarquai plusieurs taches gangreneuses. (Dict. des se. méd., art. Déligat., t. VIII, p. 241.) Le même auteur (ibid.) raconte que chez un canonnier auquel on venait de lier une artère anévrismatique à l'occiput, le bandage (Capeline) que Ton appliqua ayant été beaucoup trop serré, il en résulta d'abord ^ine gangrène profonde du cuir chevelu et plus tard la mort.

Au cou, les cravates, les cordons, les liens trop serrés gênant la circulation dans les veines jugulaires, amènent la turgescence de la face et des congestions cérébrales. « J'ai observé depuis plusieurs années, dit Winslow, que le resserrement du col par les cravates, les petits- rabats, les collets de chemise, etc., avait seul été la cause de maux de tête, des yeux, de maux de gorge, d'étourdissements, de vertiges, de menaces de syncope, de saignements du nez, etc. 3

Zlî2 CHAPITRE X. — CAUSES DES MALADIES.

que , faute d'attention à cette cause, on avait employé quantité de remèdes sans aucun succès, auxquelles incommodités j'ai souvent remédié, et quelquefois comme dans un clin d'œil, par le seul relâchement de ces sortes de brides, qui avaient empêché Je sang de revenir librement par les veines jugulaires. (Acad. roij. des se, 1740.) Dans leur article Cravate du Dictionnaire des sciences médicales, MM. Perey et Laurent disent que, dans les régiments où les soldats portaient des cols trop durs et trop serrés, ils ont observé souvent, outre les phénomènes de congestion vers la tète, des excoriations et même des abcès du cou, et enfin des engorgements glanduleux. Dans ces derniers temps, un chirurgien militaire fort distingué, M. ie docteur Follet a rapporté à l'action des cols, dont la troupe fait encore usage, des inflammations des ganglions du cou, que quelques personnes regardaient comme étant de nature scrofuleuse. {Gazette mêd., 1844, p. 540.) Tout en reconnaissant plusieurs causes à l'adénite et particulièrement le froid humide, M. Larrey, dans un travail récent, a reconnu que la disposition du col et du collet d'habit, ordinairement très-durs et trop serrés, jouaient là un grand rôle ; chose remarquable! les zouaves et les spahis, qui ont le cou nu et libre, n'ont présenté aucun exemple d'aclénité cervicale. (Acad. de méd., 16 avril 1850.) Un jeune homme pléthorique éprouva tous les symptômes de l'amaurose, à cause d'une cravate très-étroite dont il se serrait le cou habituellement (Wardrop). Si la constriction est encore plus forte, le larynx et le pharinx se ferment, il en résulte la suffocation, et l'individu meurt asphyxié par strangulation. Tel était autrefois chez nous, et tel est encore dans beaucoup de pays, le supplice de la pendaison, sauf les cas où le bourreau, perfectionnant

son horrible métier, luxe les vertèbres et détermine la compression de la moelle cervicale.

A la poitrine. Si la pression s'exerce sur le haut de la poitrine, l'action ne saurait être bien active; mais il n'en est pas de même à la partie inférieure. La poitrine peut être là si facilement et tellement resserrée que la suffocation en soit la conséquence. Déjà nous avons parlé des effets de l'action permanente des corsets, mais ici il s'agit d'une pression très-forte et momentanée. Paré rapporte qu'une jeune mariée était tellement serrée dans ses habits nuptiaux, qu'elle tomba morte faute de respiration, en sortant de l'autel. (Œuy., liv. XIV, chap. X.) Pelletan, dans sa Clinique, a rapporté un fait analogue relatif à une jeune actrice de l'Odéon qui était enceinte de sept à huil mois. Obligée de dissimuler sa grossesse, elle se fit sangler avec tant de force, au moment d'entrer en scène, qu'elle succomba.

Aux membres et d'abord à la verge, nous en avons cité des exemples précédemment. Aux doigts, des anneaux trop étroits causent des étranglements qui nécessitent une opération de chirurgie. Des chaussures trop étroites, outre qu'elles causent de la douleur, de la gêne dans la marche, sont encore la source d'une foule d'accidents tels que corps, oignons, œils de perdrix, ongles rentrés dans les chairs, chevauchement des orteils.

Aux jambes. Des jarretières trop serrées déterminent la stase du sang dans les veines du membre inférieur, où il a déjà assez de peine à remonter contre son propre poids -, aussi en résulte-t-il un gonflement œdémateux du membre, et quelquefois, à la longue, une dilatation variqueuse des veines. Mais on a beaucoup exagéré cette influence. Dans sa thèse sur les varices, M. Briquet a beaucoup insisté pour faire voir

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que les gens du monde portant, comme c'était encore la mode alors (1824), des culottes étroites etdesjarretières assez serrées, étaient incomparablement moins souvent affectés de varices que les ouvriers qui portent de larges pantalons et qui le plus souvent ne mettent pas de bas. Mais les ouvriers font bien plus d'efforts que les gens du monde et surtout que les oisifs.

Influence des chocs et des violences par instruments piquants, contondants, tranchants. — Toutes ces violences, lorsqu'elles agissent avec une force suffisante, lèsent nos tissus et causent, de la douleur, presque toujours de l'écoulement de sang au dehors ou à l'intérieur des tissus et des organes.

Les instniments piquants bien polis, très- aigus et très-grêles, comme les aiguilles à acupuncture, ne causent qu'une douleur modérée, un écoulement de quelques gouttes de sang ou point du tout, comme je m'en suis assuré sur moi-même, et on les enfonce impunément dans le poumon, le cœur, les artères, les nerfs de l'homme et même dans le cerveau, le cervelet et la moelle épinière des animaux (de l'Acupuncture, par Dantu, d'après la Cliniq. du prof. Gloquet, 1826, p. 235 et suiv.). Il est douteux que les aiguilles divisent réellement les tissus ; elles paraissent seulement en écarter les fibres et voilà probablement le secret de leur innocuité. Les instruments qu'on appelle piquants en chirurgie, sont en général des instruments qui, comme les épées, sont en même temps des instruments tranchants par leurs bords, et c'est pour cela qu'ils causent des blessures très-graves et des hémorragies abondantes ou mortelles.

Les instruments tranchants, lors même qu'ils sont très-acérés, présentent au microscope, sur leur bord tranchant, une suite de dentelures qui ressemblent

à celles de la scie. Appliqués perpendiculairement à. la peau, ils la divisent difficilement, mais si on leur imprime un mouvement de traction ou de progression, en même temps qu'on presse un peu le tranchant contre la peau, ils la coupent très-facilement. On en conclut que cela tient à ce qu'ils agissent par le mécanisme de la scie, en sciant, en lin mot. Quoi qu'il en soit, ils divisent les parties molles, et même les os, car on a vu des coups de sabre fendre les os du crâne de dehors en dedans, ou abattre un bras entier. La décollation s'est pratiquée et se pratique encore dans beaucoup de pays à l'aide d'une espèce de sabre très-lourd et très-fort, que l'on nomme coutelas, yatagan, etc. Ces instruments peuvent produire des plaies très-variées.

Les instruments contondants sont obtus, comme les bâtons, les marteaux, irréguliers et parfois anguleux comme les pierres, ou réguliers et arrondis comme les balles, les biscaïens et les boulets. Quand ils sont animés d'une force suffisante, ils peuvent produire une simple commotion mortelle ou non, une simple contusion avec ecchymose, ou déchirer la peau, et déterminer une plaie contuse plus ou moins grave et même mortelle, ainsi que les précédentes. Ces corps étrangers agissent en divisant les parties molles et Ses os par écrasement, les os en particulier en les pliant, les courbant lorsqu'ils sont droits, comme les os longs, les redressant lorsqu'ils sont courbes comme ceux du crâne.

Les chutes agissent en général comme puissances contondantes et produisent, par conséquent, des commotions, des contusions, des plaies contuses, des fractures, des luxations et même la mort. Cela se conçoit si facilement qu'il n'est pas nécessaire d'en citer des exemples. Mais ce qui ne se conçoit pas

aussi bien, c'est que des malheureux échappent à la mort en tombant de hauteurs extrêmement élevées, de 15, 20, 50 mètres de haut et même davantage. 11 est vrai que, dans presque tous ces cas, la puissance et la vitesse delà chute ont été arrêtées, amorties ou épuisées en grande partie, par des obstacles. Ainsi, j'ai vu dans ma jeunesse, dans le service de M. le professeur Koux, mon maître à l'hôpital de la Charité, un homme qui, étant tombé du haut des maisons de la place Vendôme (qui n'ont probablement guère moins de 25 mètres) sur l'auvent en toile tendue d'un marchand et de là sur le pavé, put sortir de l'hôpital, parfaitement guéri, au bout de quelques jours. Une femme, qui s'était précipitée d'un troisième étage dans la rue du Four, en fut quitte pour deux fractures graves des deux jambes, qui guérirent. Un cas plus curieux est celui de ce couvreur qui tomba du haut du dôme des Invalides sur un lit de gravats et de décombres sans se tuer. Mais la vitesse de sa chute fut modérée par les échafaudages à travers lesquels il passa et se heurta. lien éprouva néanmoins une rupture du diaphragme, avec hernie des viscères dans la poitrine. Malgré la gêne que lui causait cette lésion, il reprit son dangereux métier, tomba d'un mur de 7 mètres de haut et se cassa six ou sept côtes, qui commençaient à se consolider quand, tombant de son lit à l'Hôtel-Dieu pour la dernière fois, il mourut. Ainsi, tel qui échappe à une chute sublime, meurt d'une chute ignoble, en marchant et se cassant la jambe.

Les commotions sont des lésions souvent immatérielles ou invisibles qu'on suppose produites par l'ébranlement moléculaire des organes, ce que l'autopsie justifie dans quelques cas de commotion du cerveau. Ces commotions, ou plutôt leurs phénomènes, ne s'ob-

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servent guère que dans le système nerveux et peutêtre dans le système musculaire. On conçoit que des organes lourds et denses, comme la rate et le foie surtout, doivent y être sensibles aussi ; mais comme les troubles de leurs phénomènes ne sont pas très-distincts, ils sont aussi mal connus que ceux du système nerveux le sont bien. Cependant ceux-ci n'ont pas été distingués assez clairement, à notre sens, par les auteurs. Pour nous, la commotion peut se montrer à des degrés nombreux et divers qu'il faut distinguer d'abord parles fonctions lésées, pour les séparer nettement, et en donner une idée claire et générale. Il y a dans le premier degré trouble des sensations, étourdissement ou sensation illusoire de balancement, de tournoiement, etc., bluettes lumineuses (on n'y voit que dufeu, dit le peuple), bourdonnement des oreilles, bruit de pot fêlé, bruit illusoire de fracture; dans le deuxième , trouble de la musculation qui défaille , en sorte que l'individu chancelle ou tombe pour se relever aussitôt, sans perdre connaissance. Dans le troisième, qui est un peu plus fort, et qui entraîne toujours la chute par la suspension de la volition, il y a en outre perte de connaissance; mais l'expérience prouvant que ce degré peut offrir de très-grandes différences d'intensité, et se prolonger d'une minute à plusieurs heures, ou même plusieurs jours, je subdivise ce troisième degré en trois, que je caractérise par une perte de connaissance momentanée pour le troisième; de plusieurs heures dans le quatrième; deplusieun jours dans le cinquième, et par la mort immédiate dans le sixième.

Outre la commotion dont je viens de parler, les chocs et les chutes peuvent causer des commotions partielles de la moelle, des nerfs, et peut-être des muscles. Du moins j'ai vu des chutes de plusieurs

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pieds de hauteur sur le dos, suivies d'engourdissement de la sensibilité à la douleur, et d'impossibilité de se tenir debout, prolongés d'une à deux semaines. Forces avulsives ou arrachantes. — Les différentes parties du corps peuvent être saisies et entraînées par des puissances mécaniques avec une telle violence, que les liens qui unissent ces parties au reste du corps sont déchirés, rompus, et qu'elles en sont séparées pour toujours. Ce sont surtout les grandes machines que met en jeu l'industrie humaine, qui produisent ces effrayantes lésions. On en trouve plusieurs observations réunies dans les Mémoires de l'Académie royale de chirurgie. Un meunier a la main saisie par la roue de son moulin, et les trois derniers doigts, le petit, l'annulaire, le médius, sont arrachés. Un petit garçon, jouant près de la roue d'un moulin, est saisi par sa manche; la main, l'avant-bras, le bras sont successivement entraînés : le corps se trouve retenu par un obstacle, et le bras se sépare dans l'articulation scapulo-humérale. Le meunier Samuel AVood, dont on trouve partout la curieuse histoire, a eu dans une circonstance analogue le bras emporté avec l'omoplate. Ailleurs , c'est un enfant qui , voulant monter derrière un carrosse rapide, s'engage la jambe si malheureusement entre les rayons de la roue que le membre est arraché dans l'articulation du genou (Acad. dechir.ft. II, p. 56,in-86). Depuis, un grandnombre de faits analogues ont été recueillis; ainsi, il y a quelques années, les journaux politiques ont raconté qu'une jeune fille employée dans une fabrique, voulant arranger ses cheveux dans la salle aux machines, eut la chevelure prise par les dents d'une roue, qui lui arracha la totalité de la peau du crâne. La pièce pathologique a été présentée à l'Académie de médecine dans la séance du 1 4 mai 1 8 4 1 ; cet horrible

accident s'est encore renouvelé depuis. L'arrachement a encore eu lien dans d'autres circonstances. On cite plusieurs exemples de doigts mordus par des chevaux et arrachés. (Mém. de CAcad. de chir., loc. cit.) Lamlotte (de Valognes) a rapporté l'histoire d'un garçon de ferme qui, descendant d'une voiture, eut la peau des bourses arrachée par le manche brisé d'une fourche, auquel restèrent appendus le scrotum et une grande partie du dartos. Nous n'en finirions pas si nous voulions relaler tous les faits de ce genre. Ceux que nous avons cités suffisent pour faire comprendre le mécanisme de ces grandes avulsions.

Mécanismes des résistances organiques. — Toutes ces lésions ne s'accomplissent pourtant pas sans résistances, mais ces résistances sont peu connues. Il est vrai qu'elles ont été peu et imparfaitement étudiées aux os du crâne, par Hunaud, dans les Mémoires de CAradémie des Sciences, et dans chacun des systèmes d'os qui constituent le crâne, la face, le rachis, la poitrine, le bassin et les membres, par Bichat, dans son Anatomie descriptive, t. I. Malheureusement l'imagination ne saurait remplacer la logique dans des matières de cette nature. Nous avons dû par conséquent reprendre ce sujet. C'est ce que nous avons fait dans notre Analyse des phénomènes de la vie, en 1821 (Journal compl. des se. méd.), en étudiant les résistances mécaniques dans tous les solides et les fluides organiques, mais d'une manière fort abrégée et sans développement. Nous serons encore très-bref dans cet article, devant renvoyer les détails à la pathologie spéciale et à notre physiologie médicale.

Toutes les résistances de nos solides et de nos fluides aux forces compressives , impulsives et contondantes, ou distensives et avulsives dont nous venons de parler, peuvent se ramener à cinq mécanismes

généraux qui ont lieu par cohésion, par répulsion, par transmission, par mouvement décéder et par inertie.

Résistance par cohésion. — Elle ne s'observe que dans les solides; c'est la force d'union de leurs molécules. Elle s'oppose dans les tissus mous et durs aux instruments piquants et tranchants et résiste du côté de la convexité des os droits qui se courbent, de la concavité des os courbes, qui se redressent sous une pression ou un choc.

Résistance par répulsion . — C'est la force par laquelle les molécules de nos fluides et de nos solides tendent à conserver leur densité normale, et s'opposent à la condensation de leurs molécules. Cette résistance à la compression est très-grande dans nos fluides et dans nos tissus mous comprimés. Elle est plus faible en apparence dans les organes qui renferment des gaz-, mais dans les tissus mous gorgés de liquides qui peuvent fuir devant la compression, la résistance offre des modifications. C'est par suite de la grande résistance des tissus mous à la circompression que se produisent les hernies. Les os résistent énergiquement, par leur ressort et par leur cohésion , aux instruments piquants, tranchants, et aux chocs des instruments contondants. Lorsque la force mécanique lend à redresser un os courbe ou infléchi, les molécules de sa convexité résistent par ressort ; les molécules opposées, du côté concave, résistent par cohésion.

Résistance par transmission. — Elle a lieu par la transmission d'un choc aux parties voisines de la partie frappée, où ce choc va épuiser sa force et son mouvement. C'est ce que l'on observe dans le crâne, qui, frappé à son sommet, transmet le mouvement au rachis, etc., où il va s'épuiser. Les fluides et les organes mous, quoique moins bons conducteurs du mouvement, par suite de leur mobilité, résistent

aussi par ce mécanisme et surtout par le suivant.

Résistance par mouvement de céder ou mobilité. — C'est la résistance de l'humble roseau qui plie sans se briser sous le veut de l'orage et de la tempête. En cédant par sa flexibilité, il résiste avec plus de succès que le chêne superbe par sa cohésion et sa solidité. Les tissus mous sont les roseaux du corps, les os en sont la charpente de chêne ; aussi, tandis qu'un boulet brise un fémur en éclats, parfois la peau échappe a son action par son extensibilité, son admirable souplesse et sa cohésion.

Nos tissus et nos organes résistent aussi par leur force, que les physiciens appellent/orce d'inertie; mais la considération de cette force me paraît inutile pour nous. Les physiciens y rapportent même la résistance que j'ai désignée plus haut sous le nom de résistance par répulsion et qui joue un rôle appréciable dans les lésions mécaniques.

Ces résislances se combinent de diverses manières dans les diverses régions du corps où elles produisent des résistances complexes que nous indiquerons trèsbrièvement dans la pathologie spéciale, pour laisser à cet ouvrage le caractère clinique et pratique que nous tenons surtout à lui donner.

Influence des mouvements communiqués. — Sous ce titre nous voulons parler des mouvements extérieurs qui sont communiqués à l'homme sans violence. C'est ce qui les distingue des chocs ou des actions mécaniques dont nous venons de nous occuper.

1° V équitation exige certains efforts musculaires pour maintenir le corps dans la station droite; de là cette courbature, avec douleurs dans les masses sacro-lombaires et dans les cuisses, quand on a fait une longue course à cheval. Le frottement de la selle produit chez les personnes qui sont novices dans cet

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exercice, ou qui ont couru trop longtemps, des excoriations extrêmement douloureuses aux fesses et aux cuisses, des froissements des testicules qui peuvent léser gravement ces organes, ou causer la dilatation variqueuse des veines du cordon. Les secousses éprouvées par les intestins, et la contraction non interrompue des muscles du ventre dans la station à cheval, expliquent la fréquence des hernies chez les cavaliers. L'équitation, précisément à cause de ces secousses, surtout sur un cheval très-dur, est pénible et même dangereuse, chez les personnes atteintes d'hémorroïdes, d'affections graves, d'engorgements chroniques des viscères de l'abdomen, de maladies du cœur ou d'anévrismes des gros vaisseaux.

2° Voitures. — Les voitures douces et bien suspendues sont un moyen salutaire et agréable de promenade, dont les convalescents se trouvent en général fort bien, comme je l'ai éprouvé sur moi-même, en 1832, après l'attaque de choléra dont je faillis devenir la victime. Cependant il est des personnes qui, lorsqu'elles vont à reculons, en voiture très-douce d'ailleurs, ou même dans toute autre position, sont prises de nausées, d'envies de vomir et de vomissements quelquefois très-violents. Quand la voiture est mal suspendue ou pas du tout, et quelle occasionne de fortes secousses, elle peut causer de la céphalalgie, du trouble dans la digestion, mais si on s'y habitue elle procure un exercice très-fortifiant, qui serait au contraire dangereux dans certaines maladies viscérales, dans celles de l'utérus et chez les femmes grosses. Aussi a-t-on observé beaucoup d'avortements qui ne reconnaissaient pas d'autre cause.

3° V escarpolette donne des maux de cœur et des étourdissements, et beaucoup de personnes ne peuvent se livrer à cet exercice.

4° Les vaisseaux, quand ils sillonnent une mer agitée, éprouvent plusieurs mouvements qui n'ont pas été rigoureusement analysés parles auteurs; ils n'en reconnaissent que deux et, en réalité, il y en a trois : 1° le roulis ou l'inclinaison alternative latérale; 2° l'inclinaison alternative d'avant en arrière ou le tangage; 3° enfin, l'élévation et l'abaissement alternatifs du navire entier, lorsque la mer est agitée. Or, les deux premiers peuvent se passer sans que les axes du vaisseau changent de position, le premier ayant lieu autour de l'axe antéro-postérieur, le second autour de l'axe transversal. Mais, dans le troisième, le navire est tantôt élevé sur le sommet des vagues, tantôt précipité dans leur intervalle. L'ensemble de ces mouvements produit sur l'homme qui n'y est pas accoutumé des nausées, des vomissements opiniâtres excessivement douloureux, des sueurs froides, une indifférence profonde, en un mot, le mal de mer. Des trois mouvements du navire, le plus actif à produire et à augmenter le mal de mer, m'a paru être le troisième, particulièrement au moment de la précipitation du bâtiment dans l'intervalle des vagues. D'ailleurs on peut atténuer l'action des premiers en se plaçant au centre du vaisseau ou le plus près possible du centre. Ceci n'est pas sans importance, car le mal de mer produit des hernies et d'autres accidents graves par les efforts du vomissement.

Bien que le plus ordinairement le mal de' mer n'ait pas de conséquences fâcheuses, dit M. Londe, il a pourtant déterminé, par suite des efforts faits pour vomir, une hématémèse mortelle. M. Àllard cite, au dire de M. Forget, un cas d'encéphalite produit par le mal de mer, et M. Mesnard de Rochefort une gastro-entérite, par la même cause, qui fut suivie de mort. {Dict, de mêd. etdeciiir. prat. , arl.Maldemer, 1. XI, p. 348.)

klk CHAPITRE X. — CAUSES DES MALADIES.

INFLUENCE DES CORPS NON VÉNÉNEUX APPLIQUÉS A L'EX- TÉrieur (applicata).

Nous avons à considérer ici, l'action des substances appliquées sur le corps et agissant par leurs propriétés matérielles, abstraction faite de leur température qui a été étudiée à part, et de leurs qualités chimiques qui seront étudiées à propos des poisons, et enfin des effets qu'ils peuvent produire après avoir été absorbés, ce qui rentre aussi dans l'étude des poisons.

Les bains, les liquides et l'eau en particulier, déterminent par leur contact prolongé le gonflement, le ramollissement de l'épiderme et son détachement. C'est ce que l'on vit chez les malheureux naufragés de la Méduse; et l'eau de la mer leur causait d'horribles souffrances sur les parties dénudées d'épiderme. Quand ce contact n'est pas trop long, l'épiderme ramolli se sèche, se resserre, se fendille, et il en résulte aux doigts, si les lotions se répètent comme chez les débardeurs, les blanchisseuses et les cuisinières, des crevasses douloureuses. Les eaux destinées à teindre les cheveux sont ordinairement nuisibles à cause des substances caustiques qu'elles renferment, et dont la présence détermine des irritations et même, dit-on, des érysipèles du cuir chevelu.

Les cosmétiques solides, mous ou liquides, contre lesquels on a tant déclamé, sont rarement dangereux ; il faut cependant poser quelques exceptions. Ainsi tout d'abord, il faut rejeter ceux qui renferment des substances vénéneuses absorbables. On a dit que les blancs de fard dont on se sert dans les théâtres, renfermant de l'oxide de plomb, pouvaient amener les accidents de l'intoxication saturnine. Déjà, dans son intéressant ouvrage sur les maladies causées par le

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