MALADIES DE L'HOMME ET DES ANIMAUX
vautrer dans les bras de la syphilis, et en sortir sains et saufs. En général, chaque jour le domaine de la contagion tend à se restreindre. Les objets, grossis par la peur et par certains préjugés, ont été examinés de près ; et depuis les observations et les expériences d'une foule de médecins en Amérique sur la fièvre jaune, dans l'Orient sur la peste; depuis les recherches et les discussions persévérantes de Chervin contre la contagion de la fièvre jaune et même de la peste, la vieille doctrine, la doctrine des âges d'ignorance, ébranlée, n'est plus qu'une puissance déchue dans laquelle on n'a plus de foi, et qui finira, peut-être, par être chassée de tous les esprits dans un avenir prochain. D'ailleurs, l'inégale et la faible activité de leur principe contagieux, si elles en ont réellement un, en rend la vérification toujours très-douteuse. Et, dans le doute, il faut se garder d'affirmer qu'une maladie est transmissible si elle règne épidémiquement, parce que ce fait ébranle et bouleverse la société par l'effroi qu'il y répand, par les relations qu'il rompt et les hostilités qu'il crée entre les citoyens, même entre les membres d'une même famille.
Que penser de la contagiosité immédiate de la fièvre jaune et de la peste, lorsqu'on sait que des médecins ont couché avec les chemises et dans les draps mouillés par la sueur des fiévreux et des pestiférés; qu'ils ont héroïquement avalé les produits de leurs vomissements; qu'ils se sont inoculé le sang et le pus des bubons? D'abord, il faut s'incliner devant ces courages de tout genre, qui surpassent l'imagination et honorent divinement la profession qui inspire d'aussi héroïques dévouements. Ensuite, il faut reconnaître que la foi n'est plus possible, et que la sagesse commande de douter de la contagiosité immédiate de ces
affections, ou au moins de la regarder comme trèsfaible et rarement efficace.
Plusieurs maladies sont aussi contagieuses ettransmissibles des animaux à l'homme. Et sans parler de la rage, dont l'origine et les moyens de communication sont connus et appréciés depuis tant de siècles, des exemples, chaque jour répétés depuis les recherches de M. Rayer, sont venus prouver que la morve peut passer du cheval à l'homme. Un fait bien pénible, celui d'un jeune élève des hôpitaux, a fait voir que la contagion ne s'arrêtait pas là, mais que l'homme pouvait lui-même transmettre à son tour cette affreuse maladie à l'homme, sans qu'elle perdît de sa gravité.
Elles résultent du concours d'un plus ou moins grand nombre de causes, et particulièrement de plusieurs de celles que nous avons examinées dans les articles précédents. Nous pourrons donc nous borner maintenant à des indications rapides et sans explications détaillées. Nous devons étudier d'abord l'influence du globe terrestre par ses parties solides, par les eaux, par l'atmosphère ; puis, l'influence des astres et celles qui résultent du concours du ciel et de la terre, et qui produisent les climats d'où naissent les endémies et des épidémies. Enfin nous terminerons par l'étude de l'influence des professions et des institutions politiques.
Influence de la croûte de la tare. — La croûte du globe agit sur nous par ses formes extérieures ou géographiques, par ses formes unies, montagneuses ou escarpées, comme dans les hautes montagnes des Pyrénées, des Alpes, etc.-, par la nature solide et fixe, ou
molle, pulvérulente et sablonneuse de sa surface; par sa nature géologique, soit directement dans les chutes que nous faisons, soit par l'intermédiaire de l'air dont elle modifie les courants, soit par l'intermédiaire des eaux dont elle change la nature en s'y mêlant ou s'y dissolvant. Ainsi les chutes des roches élevées, sur les terrains durs, ou sur des roches nues, entraînent des accidents plus ou moins graves, et même la mort, tandis qu'elles sont en général moins redoutables et moins multipliées dans les terrains meubles ou mous des plaines, etc.
Influence des eaux. — En général, le voisinage des eaux exerce une grande influence. Cela est dû à leur température basse, au moins dans les pays tempérés ou froids, ordinairement réunie à l'humidité qu'elles entretiennent par leur dissolution dans l'air, et par les brouillards qui s'en élèvent. Il en résulte des rhumatismes, des névralgies, des odontalgies, quelques fois le scorbut et d'autres affections. C'est en partie pour cela que l'on comble les fossés dont les seigneurs entouraient leurs châteaux dans les temps de la féodalité, et que des personnes riches ont abandonné avec avantage, d'après mes conseils, de beaux logements a l'ouest et au nord de l'île Saint-Louis. Le voisinage des eaux est plus dangereux encore lorsqu'elles sont stagnantes, comme celles des marais, des étangs et des mares, et qu'il s'en élève des miasmes par suite de la putréfaction des matières végétales ou animales qui s'y décomposent. L'action de ces effluves est d'autant plus énergique que leur foyer est plus étendu, et que les miasmes s'en dégagent avec plus d'abondance. Il y en a qui, par l'air calme, étendent leur action à plusieurs lieues à la ronde, et qui, sous l'influence de vents favorables, agissent beaucoup plus loin encore. (Fodéré, Méd. lég. et hyg.
Zl78 CHAPITRE X. CAUSES DES MALADIES.
pub. y t. V, p. 152, 1813.) Il faut alors en être d'autant plus éloigné, pour n'en pas éprouver les pernicieux effets, que les foyers de ces miasmes sont plus considérables. Les eaux agissent aussi immédiatement sur nous par les matières qui y sont mêlées ou dissoutes, comme on peut le prévoir et comme nous l'avons déjà dit à l'article Boissons et ailleurs (p. 431).
Influence de l'atmosphère. — Nous avons déjà dit un mot de celle de la composition chimique de l'air; nous avons étudié les effets de sa température, de son électricité (p. 364, 395); il nous reste à parler de l'influence de sa densité, de ses courants ou des vents, et de son action par les matières qui peuvent y être dissoutes, mêlées ou suspendues.
De l'action de l'atmosphère par sa densité ou sa pesanteur. — 11 a été démontré par les expériences de Galilée, de Toriceili, de Pascal, de Bayle et de Mariotte, que l'air pèse, et qu'il presse à la surface de tous les corps qui y sont plongés. Par suite de l'épaisseur de l'atmosphère, la pression qu'il exerce à la surface d'un homme de moyenne taille a été évaluée à un poids de trente-trois mille six cents livres, environ seize mille kilogrammes. Il en résulte que si l'on diminue cette pression, qui agit également sur les animaux, en les plongeant sous une machine pneumatique où l'on fait le vide, ils se gonflent considérablement. Si au moyen d'une ventouse on fait le vide sur un point de notre corps, ainsi qu'on le pratique en chirurgie, ce point se gonfle d'autant plus que le vide est plus considérable. Il en résulte un afflux de sang qui cause de la douleur, la peau rougit, et si la ventouse est puissante, comme les grosses ventouses de M. Junod, les picotements, la douleur deviennent insupportables, la peau se couvre de points rouges, il se fait des ecchymoses dans son épaisseur, et des infiltrations
séreuses dans le tissu cellulaire, comme je m'en suis assuré sur moi-même et sur des malades sans qu'il en résultât autre chose que de la douleur.
Tandis que l'air dense et épais que l'on respire dans les plaines et dans les lieux bas ou profonds ne produit pas d'effets pénibles , l'air rare et plus subtil qu'on respire sur le sommet des montagnes élevées, où cet air est raréfié parce qu'il n'est comprimé que par les couches supérieures, et rarétiées elles-mêmes, de l'atmosphère, détermine des effets remarquables. Ils ont été analysés avec soin par les observateurs modernes, tant dans les ascensions aéronautiques que dans les ascensions sur les montagnes les plus élevées du globe.
Le premier effet appréciable est une fatigue excessive au moindre effort : « A douze mille pieds, dit M. de Saussure, dans le récit de son ascension sur le mont Blanc, mes guides, hommes robustes, n'avaient pas soulevé cinq ou six pelletées de neige qu'ils se trouvaient dans l'impossibilité de remuer; il fallait qu'ils se relayassent d'un moment à l'autre... Près de la cime, l'air est si rare que je ne pouvais faire quinze ou seize pas sans perdre haleine, j'éprouvais en même temps un commencement de défaillance qui me forçait à m'asseoir... Arrivé sur la cime, quand il fallut me mettre à disposer mes instruments et à les observer, je me trouvais à chaque instant obligé de suspendre mon travail. » En 1803, lorsque MM. de Humboklt, Bonpland et quelques seigneurs espagnols gravirent le Chimborazo, ils éprouvèrent, à la hauteur de quatre mille quatre cent quatre-vingt-deux mètres (treize mille huit cents pieds) un malaise trèsgrand avec des vertiges, des envies de vomir. Quelques-uns eurent des saignements des lèvres et des gencives \ les conjonctives se tuméfièrent.
Un fait également curieux, c'est l'accélération du pouls, qui, suivant les observations de Saussure, après quatre heures de repos, s'élève encore, du quart au double ou triple de ses battements.
En août 1844, MM. Martins, Bravais et Lepileur ayant tenté de nouveau l'ascension du mont Blanc, M. Lepileur étudia avec soin les phénomènes fonctionnels qui se montrèrent à cette élévation, et en fit le sujet d'une note adressée à l'Académie des sciences (séance du 21 avril 1845). Il a noté également l'anhélation, l'accélération du pouls, une fatigue des membres inférieurs, se dissipant rapidement dès que l'on cesse de monter, la diminution notable ou même la perte de l'appétit, le mal de cœur, les nausées, le vomissement, en un mot, un état analogue au mal de mer. Des observations faites, il résulte que l'accélération du pouls n'est pas en rapport avec la diminution de la pression atmosphérique. L'air raréfié contenant moins d'oxigène sous le même volume que l'air dense', la respiration, la circulation doivent s'accélérer, et la musculation défaillir comme dans la suffocation causée par les efforts de la course (v. p. 305).
L'air comprimé produit, en général, des effets inverses. Son action a été étudiée par MM. Junod, Pravaz et Tabarié, mais surtout par M. Triger, inventeur d'un appareil destiné à refouler l'air au fond des puits ou des mines, et qui donne jusqu'à trois atmosphères de pression. Dès les premiers coups de piston , douleur plus ou moins vive dans les oreilles; mais ils n'intéressent pas assez l'étiologie pour nous y arrêter. (Voy. d'ailleurs les comptesrendus de l'Académie des sciences, mars 1841 et février 1 8 1 5, et l'ouvrage tout récent du docteur Pravaz sur l'emploi médical de l'air comprimé. Paris, 1850.)