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CHAPITRE IV. — NOMENCLATURE DES MALADIES

t. I), ont. donné, sous le titre de Pathologie générale, des considérations dans lesquelles prédomine surtout la séméiotique, aujourd'hui si minutieusement étudiée.

Je n'entrerai ici dans aucun détail sur les opinions humorales, chémialriques, mécaniques, vitalistes que les médecins se sont faites sur la nature des maladies. Ce sont des hypothèses sans fin, qui montrent la défiance que doivent inspirer les raisonnements qui s'appuient plus sur les suppositions que sur les faits. Je ne puis cependant m'empêcher de signaler que nulle part, pas même dans Pinel, la vraie doctrine de l'essentialité des maladies universelles de l'économie n'a été clairement exposée, et que la plus grande des erreurs de Broussais a été de la méconnaître, au point de ne plus voir que des maladies locales dans l'économie.

9e la nomenelature et «le la syaioniiiaie des ■maladies.

La nomenclature des maladies est, comme toutes les nomenclatures des sciences et des arts, un ensemble réglé ou arbitraire des mots destinés à nommer les maladies. La bonté, la justesse des nomenclatures dépend d'abord de la perfection des sciences et des arts auxquels elles sont destinées. On ne peut pas créer des noms pour des choses que l'on ne connaît pas encore, et on ne peut pas non plus prétendre désigner convenablement des choses que l'on ne connaîtra bien que dans un temps plus éloigné.

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ture entière, un système méthodique de dénomination assujetti à des règles précises et invariables, pour une science ou pour un art quelconque, que de créer seulement quelques noms. Il faudrait pour le tenter que la science ou l'art fut tellement avancé, qu'on fût sûr qu'aucune découverte n'est capable d'y amener de ces révolutions qui obligent à en changer profondément la nomenclature.

Ces réflexions expliquent pourquoi la pathologie manque encore d'une nomenclature semblable, pourquoi sa nomenclature est fondée sur des principes divers, pris au hasard; pourquoi, parmi les maladies, les unes sont désignées par leurs causes, d'autres par leur siège, d'autres par une couleur, quelque symptôme saillant, le nom de l'auteur qui l'a le premier décrite et faitconnaître, ou d'après d'autres particularités de leur histoire.

Mais ne serait-il pas possible, ne serait-il pas raisonnable de tenter de créer une nomenclature méthodique, complète pour toutes les maladies, quand celle qui existe est par trop vicieuse et quand la science est déjà avancée ? Sans doute, si l'on pouvait espérer de la voir acceptée. Mais, alors dira-ton, qui réussira, si l'on n'essaie jamais? C'est juste; mais il faudrait, pour entreprendre cette tâche avec quelqu'espoir de succès, et ne pas s'exposer à multiplier les dénominations de la science sans utilité, se bien pénétrer des difficultés à vaincre et des conditions à remplir. Or, voici ces obstacles et ces conditions. En général, l'amour-propre humain ne se soumet pas volontiers à la nomenclature qu'essaie de lui imposer un auteur qui a peu d'autorité. Les anciens les repoussent parce qu'ils devraient apprendre une langue peu utile pour eux; les jeunes, parce qu'elle ne les dispense pas d'apprendre l'ancienne.

La première condition pour faire adopter une nouvelle nomenclature serait donc de composer un ouvrage supérieur sur la pathologie, un ouvrage qui fît autorité, qu'on iirait pour le fond, et dont on apprendrait la nomenclature par intérêt pour le livre. Il est. vrai que cette condition n'est pas aisée à remplir.

Quoiquel'amour-propre humain ne veuille pas plus se soumettre à un seul homme dans la république des lettres que dans la cité, il s'inclinerait probablement plutôt devant une nomenclature faite par une commission scientifique, nommée par une réunion considérable et considérée de savants distingués.

Une nomenclature, pour entraîner la grande majorité des suffrages, aurait d'ailleurs besoin d'être simple, claire, méthodique. Ses dénominations devraient être courtes, correctes, d'une prononciation et d'une combinaison faciles les unes avec les autres. Si elles manquaient aux premières de ces conditions, je doute qu'elles fussent bien accueillies.

Je crois d'ailleurs qu'une nomenclature nouvelle serait bien compromise, si elle portait sur la science entière et en bouleversait tout le langage. Ce serait à qui la critiquerait, la tournerait en ridicule. Il faudrait donc ne pas changer d'un seul coup toute la nomenclature, et se borner à y introduire de bons principes qui s'étendraient et se propageraient, peu à peu, avec le temps, comme le fait aujourd'hui le principe qui sert de fondement à la terminaison en ite, du nom des inflammations. v

Ces conditions remplies, il resterait à adopter une règle pour former les noms nouveaux, une ou plusieurs langues pour y puiser les éléments étymologiques de ces noms.

En général, on les tire du grec et on en fait des noms souvent affreux et inintelligibles pour un très-

grand nombre d'élèves. Il faut donc les éviter le plus qu'on le peut.

La langue latine, plus connue, fournit des noms plus clairs et peut-être moins barbares; mais ces noms exigent encore des connaissances qui manquent en partie à certains jeunes gens.

Je préfère notre langue maternelle. C'est à cette source, ou bien dans les mots grecs et latins francisés et popularisés depuis longtemps, qu'il faut puiser, parce qu'ils seront toujours beaucoup plus intelligibles pour le commun des esprits, et même, ordinairement, mieux accommodés à la prononciation, aux règles, en un mot, au caractère de notre langue. Des mots naturalisés dans un idiome en font partie; popularisés dans le nôtre, ils sont français et peuvent s'unir avec avantages à d'autres mots français ou francisés.

Ces règles observées, on n'a plus rien à faire pour assurer le succès de la nomenclature. Il n'y a pas de nomenclaturier qui puisse l'imposer par la force ou par cajolerie. J'ai vu Chaussier chercher à imposer la sienne aux élèves et aux candidats des concours. On la parlait en sa présence; mais dès qu'il ne fut plus là pour la soutenir de sa main paternelle, elle tomba et disparut. Si un auteur n'avait point de vergogne pour craindre le ridicule, il pourrait parler tout seul, et imperturbablement son langage au milieu de la multitude étonnée et moqueuse; s'il avait une position élevée, il pourrait même faire balbutier sa nomenclature par des gens jaloux de lui plaire; mais ce serait tout, et le malheureux auteur y perdrait beaucoup plus en considération que sa vanité n'y gagnerait. Il n'y a rien qui inspire plus de résistance et d'opposition que la vanité qui s'épanouit, et veut qu'on l'admire.

Si la nomenclature mise au jour est mauvaise, si les mots en sont démesurément longs, s'ils pèchent contre la grammaire et heurtent l'oreille, si ce sont des produits de l'accouplement monstrueux de deux langues étrangères l'une à l'autre , ce sera bien pis encore pour l'auteur; le haro sera général. Il ne lui restera qu'à se dire à lui-même qu'il est un génie incompris et à s'envelopper dans le manteau de sa gloire.

Mais alors, me dira-t-on, s'il est si difficile de réunir les conditions du succès, et si, après les avoir réunies, il est fort douteux de faire accepter une nomenclature entièrement nouvelle en pathologie, il n'y a donc rien à faire pour améliorer une nomenclature absurde et barbare?

Je ne dis pas cela. Mais je crois qu'il faut suivre le penchant de l'humanité pour le progrès, en fait de nomenclature, de langage; je crois qu'il faut ne modifier qu'en partie la nomenclature en usage, comme je l'ai dit tout à l'heure, en y introduisant graduellement des principes réglementaires raisonnables et des dénominations que l'application de ces principes rend de moins en moins choquants et plus supportables. C'est ainsi que les langues, qui sont des nomenclatures vulgaires, se forment et se perfectionnent, Ce sont d'abord des mots arbitraires tirés d'une foule de principes divers, que l'on modifie et que l'on unit sans règles raisonnables ; mais avec le temps ces principes sont créés par la raison, et quand ils sont parfaitement fondés on finit pas les accepter.

N'est-ce pas, en effet, ce qui arrive en pathologie ? Depuis que les dénominations pathologiques reposent sur la nature et sur le siège des maladies, la nomenclature ne s'enrichit-elle pas d'expressions nouvelles fondées sur ce double principe? Ces ex-

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