‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 19 sur 40 · SUR LA QUATRIÈME PROVINCIALE · texte numérisé non relu

SUR LA QUATRIÈME PROVINCIALE

Le Sommaire de Nicole pour la quatrième Provinciale est ainsi conçu : De la Grâce actuelle toujours présente, et des péchés d'ignorance. Il importe tout d'abord de dissiper une équivoque. On a vu dans V Introduction le sens précis que l'Eglise attache aux mots Grâce actuelle. La Grâce actuelle, c'est la Grâce telle qu'elle est donnée actuellement, c'est-à-dire depuis le péché originel, à tous les hommes. Ici, les Jésuites prennent le mot dans un autre sens. La Grâce actuelle, pour eux, est celle que Dieu envoie dans chaque occasion particulière. Au reste, les termes importent peu. Ce qu'il faut retenir, c'est la question qui est en jeu dans cette Provinciale : les conditions de la responsabilité morale.

Tous les moralistes ne sont pas absolument d'accord entre eux sur les limites exactes de la responsabilité. Mais ce qu'ils admettent tous, c'est que, pour qu'une action soit moralement imputable, il faut qu'elle ait été commise par un agent libre, et qu'on suppose plus ou moins éclairé sur les conséquences et la portée de ses actes. Là est précisément le point délicat, où Pascal se sépare des Jésuites.

Les Jésuites admettent, avec les philosophes, certaines resrictions à la responsabilité morale. Ils ne conçoivent pas qu'une action puisse être imputée, si celui qui l'a commise n'en voyait pas le mal. Mais ce n'est pas tout ; ils se croient tenus de faire, du côté de Dieu, qui coopère aux actions humaines, une réserve analogue. En effet, si Dieu, au moment où l'homme va pécher, ne fait rien, pour l'en détourner, ne semblet-il pas que, disposant de toute puissance et de toute autorité sur l'homme, il devienne, en quelque manière, auteur et complice du péché? Il faut donc, pour absoudre Dieu, supposer qu'à chaque tentation, il envoie à l'homme une grâce particulière qui lui permet d'y résister. En d'autres termes, il faut croire que la Grâce est toujours actuelle et présente.

Pour Pascal, fidèle en cela comme dans le reste au pur jansénisme, tous les péchés sont également imputables, car ils se rattachent tous au péché originel, qui en est la source et l'ori-

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