‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 2 sur 40 · Voir sur le chevalier de Méié · texte numérisé non relu

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d'intéressantes reeherclies de Sainte- Beuve. [l'ort-Boyal, 3= édition, tome III, appendice, p. 611 et suivantes.]

lire les Gasuistes, il ne put, comme dit Nicole, « retenir son indignation contre ces opinions monstrueuses, qui font tant de déshonneur au christianisme. » Il lui sembla qu'il n'y avait rien à la fois de plus pressant pour le bien de la rehgion, et de plus avantageux pour ses amis que d'étaler aux yeux des gens les décisions renfermées dans les livres de théologie morale. Dès la quatrième Pi^ovmctale, somparii est pris. Il s'attaque auxjésuites, et il engage contre euxcette longue lutte qui se poursuit dans toutes les lettres suivantes, jusqu'à la quinzième inclusivement. Les jésuites corrompent le christianisme en substituant l'autorité de leurs docteurs à celle des Pères de l'E^dise (lettre V) et de l'Evangile (lettre VI). Par la restriction mentale, par la direction d'intention (lettre VII), mais surtout par le probabilisme (lettres V et XIII] ils trouvent le moyen de proposer les plus détestables maximes sans pourtant se rendre odieux, ce qui est la suprême habileté de leur pohtique. Ainsi garantis contre les conséquences de leurs propres doctrines, ils enseignent que le chrétien peut faire son salut tout en vivant dans les péchés les plus honteux (lettres VI, VII, VIII, IX). Mais c'est peu que de renverser de la sorte la morale chrétienne. Ils vont jusqu'à ruiner le dogme, jusqu'à dispenser la créature d'aimer son Dieu, jusqu'à remplacer la religion et la foi par des pratiques toutes matérielles, qui ne vont pas à l'âme et qui n'en viennent pas Pourquoi s'elTorcent-ils d'aplanir la route devant le vice et le crime, sinon par un dessein arrêté de s'emparer des consciences, de s'asservir l'Eglise et le Pape, et de régner sur le monde; oubliant en cela que le véritable royaume du chrétien n'est pas sur la terre, et préparant pour eux-mêmes, comme pour ceux qui les écoutent, de terribles châtiments au jour du jugement dernier?

Telle est la matière des Provinciales, de la quatrième à la quinzième. La seizième lettre défend les religieuses de Port-Royal contre les méchants bruits que l'on répandait contre elles. La dix-septième et la dix-huitième reprennent la question de la grâce qui avait servi de point de départ à la querelle.

Je me propose, pour faciliter la lecture de la première et de la quatrième Provinciales, d'examiner rapidement la théologie janséniste de la grâce. Il ne s'agit ni de l'apprécier ni de la combattre, mais simplement de l'exposer et de jeter s'il y a moyen quelque lumière sur un point fort obscur. Je dirai ensuite mon sentiment sur la lutte de Pascal contre les casuistes: etj'essaiorai do dégager la pensée qui fait l'unité des Provinciales.

DE LA. THEOLOGIE DES PROVL\GIALES

La doctrine do la grâce* est dans un étroit rapport avec les deux dogmes fondamentaux du christianisme : celui du péché originel et celui de la rédemption. C'est ce qu'il faut bien comprendre.

Avant le péché, Adam vivait dans un état de parfaite innocence et d'entière sainteté. Cette innocence, cette sainteté, il ne les avait pas méritées. C'était un pur don de Dieu, une grâce que le Créateur avait faite à la créature. En vertu de cette grùce, toutes les puissances de l'âme humaine se tournaient spontanément vers le bien. Survient le péché qui rompt, pour ainsi dire, cette société de l'homme avec Dieu. Adam a voulu le mal : dès lors sa volonté désorientée ne sait plus où se prendre. Il lui faudra et il faudra à tous ses descendants, pour faire le bien, un secours particulier venu du ciel. C'est le Christ qui l'apporte aux hommes. Il paraît pour racheter et pour sauver le monde ; et il répand sur le monde sa grâce hbératrice. C'est cette grâce dont il s'agit en théologie. On l'appeUe grâce actuelle, pour la distinguer de la grâce d'avant le péché, et aussi grâce médicinale en tant qu'elle a pour objet de guérir les blessures faites à l'âme par le péché. On peut la détinir d'une façon très simple : « Un don interne et surnaturel fait par Dieu à la créature » raisonnable, en vertu des mérites de Jésus-Christ^. »

Cette grâce ainsi déliuie est absolument nécessaire à l'homme pour agir. Sans elle, il ne peut ni fai7'e, ni vouloir, ni môme souhaiter^. Est-ce à dire que l'homme soit absolument destitué de toute activité morale? Telle n'est pas la doctrine de l'Eglise. Le même homme qui, sans la grâce, ne peut rien, doit coopérer à la grâce, et joindre à l'impulsion divine son propre effort. Au reste, le Christ étant mort pour tous les hommes, sa grâce ne

1. Il n'est pas uisé de voir clair dans les inextricables diflicultés de cette question, et l'on risque fort de s'égarer, si l'on n'a un guide très sûr. Je me suis servi d'un livre qui ne saurait être suspect de trop abonder dans le sens de Pascal, puisqu'il est d'un Jésuite, professeur à Rome, le P. Perrone. C'est un Manuel ou Abrégé de Théologie, qui a pour titre

H Pnelectioiies Theologicse in c<>m-

pendiumredactss. » (- vol. in-8", Turin, 1872, 33« édition). Le second volume contient un Traité de la Grùce, qui

va de la page 133 à la page 223. — Je me suis aussi servi, mais en les contrôlant avec soin, des éclaircissements théologiques donnés par M.

l'abbé Maynard, dans son édition des Provinciales. — Le P. Perroue est un jésuite, mais il a fait un traité ex-professo. M. l'abbé Maynard a fait un ouvrage de polémique; c'est ce dont il faut se souvenir en le consultant.

l.Prxlect. TheoL, II, De Grat..

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