REMARQUES SUR LA TREIZIÈME PROVINCIALE
Les citations faites par Pascal dans la scpLicme lettre avalent été discutées avec soin dans le recueil des Impostures (voir les notes). La treizième lettre ne passa pas non plus sans réplique, et l'on trouve dans ce même recueil {p. 234 et suivantes de l'édition in-12) une Réponse à la treizième lettre des jansénistes. L'apologiste des Casuistes y discute encore, mais sans apporter de clartés nouvelles, la question de savoir si c'est Victoria ou Lessius qui a écrit le passage cité par Pascal dans la septième lettre, et reproduit dans la treizième. Je n'entre pas dans cette discussion, qui est bien compliquée, et qui ne présente pas, du reste, un grand intérêt.
On a remarqué à la fin de cette treizième lettre l'habile argumentation de Pascal. Quand il cite comme appartenant aux Jésuites des maximes condamnables, on lui en oppose d'autres, tirées d'autres docteurs du même ordre, et plus ou moins édifiantes. C'est, répond-il, parce qu'il vous faut à la fois de l'erreur et de la vérité. Vous servez les gens selon leur goût. — Il faut rapprocher de ce passage quelques lignes curieuses du Sixième Factum pour les Curés de l'aris, qui est aussi de Pascal.
« Quoi, mes Pères, toute l'Eglise est en rumeur dans la dispute présente. L'Evangile est d'un côté, et l'Apologie des Casuistes de l'autre. Les prélats, les pasteurs, les docteurs et les peuples sont ensemble d'une part, et les Jésuites, pressés de choisir, déclarent (p. 7) qu'ils ne prennent point de parti dans cette guerre. Criminelle neutralité ! Est-ce donc là le fruit de tous nos travaux que d'avoir obtenu des Jésuites qu'ils demeureraient dans l'indifférence entre l'erreur et la vérité, entre l'Evangile et l'Apologie, sans condamner ni lun ni l'autre? Si tout le monde était en ces termes, l'Eglise n'aurait guère profité, et les Jésuites n'auraient rien perdu. Car ils n'ont jamais demandé /.. suppression de l'Evangile. Ils y perdraient. Ils en ont affaire pour les gens de bien. Ils s'en servent quelquefois aussi utilement que des Casuistes; mais ils perdraient aussi si on leur ô tait l'Apologie, qui leur est si souvent nécessaire. Leur théologie va uniquement à n'exclure ni l'un ni l'autre, et à se conserver un libre usage de tout. Aussi on ne peut dire ni de l'Evangile seul, ni de l'Apologie seule qu'ils contiennent leurs sentim:. ts. Le dérèglement qu'on leur reproche consiste dans cet assemblage, et leur justification ne peut consister qu'à en faire la séparation, et à prononcer nettement qu'ils reçoivent l'un et qu'ils renoncent à l'autre... »
— La Réponse à la treizième lettre des Jansénistes relève
très vivement la critique de Pascal contre cette distinction entre la spéculation et la pratique, et montre qu'elle a été de tout temps d'un usage courant dans l'Eglise. Il paraît bien, du reste, que Pascal avait été trop loin ; car Nicole, dans sa Note
à la treizième Provinciale, fait une réserve : « On a de la
peine à s'empêcher de rire quand on lit les raisonnements puérils que \ Apologiste fait sur la distinction de spéculation et de pratique. Il prouve sérieusement qu'un grand nombre de théologiens se sont servis de cette distinction. Gomme si quelqu'un avait jamais douté que ces termes fussent en effet très communs dans l'école, ou que Montalte eût attribué aux Jésuites de les avoir inventés Personne ne les reprend de se
servir de cette distinction. Mais l'Université de Paris et Montalte se plaignent avec raison de ce qu'ils s'en servent pour excuser les meurtres. »
— Un jeune érudit, dont les travaux sur quelques points de l'histoire des sciences physiques et mathématiques sont bien connus, M. Charles Henry, a trouvé, dans un manuscrit appartenant à la BibUothèque de l'Université, une note curieuse sur Escobar. Ce manuscrit paraît être intitulé, autant qu'on en peut juger à travers une bande de papier qui recouvre le titre : Récit contenant les événements des six premiers mois de l'année 1656. Voici cette note.
« Depuis que les liCttres provinciales avaient commencé à se répandre par le royaume, l'avidité avec laquelle elles étaient recueillies faisait naître la curiosité de connaître deux personnes, savoir : celle de l'auteur de ces mêmes lettres (dont tout le monde désirait savoir le nom avec d'autant plus d'empressement qu'il s'étudiait davantage à le cacher), et celle du fameux Escobar, que l'on eût été chercher jusques en Espagne pour voir en lui le plus téméraire et le plus extravagant de tous les hommes, si la guerre, qui était alors entre les deux
couronnes, n'eût ôté la liberté du commerce
Cependant ce grand personnage, qui a fait porter son nom en France à tous les casuistes extraordinairement relâchés, était un homme si extraordinairement ignorant, que ceux des Français qui le virent depuis ce temps-là en Espagne eurent sujet de se repentir de l'excès de leur curiosité. Entre les autres, un Père Dutfait, de l'Oratoire, étant allé en Espagne pour un voyage de dévotion à Saint- Jacques, qu'il fit à pied depuis la Rochelle jusqu'à Saiut-Jean-de-Luz, aussi bien que les dernières lieues de son pèlerinage, après une heure de conversa-