‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 32 sur 40 · SUR LA TREIZIÈME PROVINCIALE · texte numérisé non relu

SUR LA TREIZIÈME PROVINCIALE

tion qu'il eut dans Valladolid avec cet illustre casuiste, n'en remporta presque rien que les marques de civilités avec lesquelles il le reçut. Car, comme ce prêtre ne savait pas l'espagnol, et croyait que la langue latine était l'unique moyen de traiter avec lui, le jésuite ?i'en avait nul usage et lui parlait sans cesse espagnol; de sorte que deux Français qui furent témoins de leur conversation, en eurent de la confusion pour lui, n'ayant ouï de lui dans tout cet entretien que deux ou trois mots de latin ; Haheo spiritum in Galliâ (?), et ceux-ci : Jansenistx scripserunt contra casus meos conscientiœ. Ainsi les deux Français qui accompagnaient le P. Dutfait et entendaient la langue espagnole et le parlaient très bien, furent obligés de prendre la parole pour le tirer de l'embarras où ils le voyaient, manque d'avoir l'usage de la langue latine, et surent de lui qu'il avait déjà écrit quatorze tomes de théologie morale, et qu'il y en avait quatre d'imprimés. »

Cette note a été publiée dans la Gazette anecdotique de M. G. d'IIeylli. (5^ année, n^ 10, 31 mai 1880.) Escobar était-il si foit embarrassé pour parler latin ? c'est un point qu'il serait malaisé d'éclaircir. En tout cas, le récit prouve combien la curiosité publique était excitée par les Provinciales, puisqu'on allait jusqu'en Espagne pour y voir Escobar. Escobar a, du reste, profité de toutes les manières du bruit que firent les Provinciales autour de son nom. Avant 165G, il avait eu (quarante et une éditions. On en fit une quarante-deuxième en 1656.

Voici le passage de la cinquième Provinciale où Pascal ménage à Escobar cette entrée en scène qui le rend tout de suite

ridicule Le bon Père jésuite, qui trahit tous les secrets de

l'ordre avec une naïveté si comique, va chercher dans sa bibliothèque, pour trancher une certaine diftîculté, un Escobar. « Eu voici la preuve, me dit-il, et Dieu sait quelle ! c'est Escobar. — Qui est Escobar, lui dis-je, mon Père? — Quoi! vous ne savez pas qui est Escobar, de notre société, — (comme il se rengorge en disant cela!) — qui a compilé cette théologie morale de vingt-quatre de nos Pères, sur quoi il fait dans la préface une allégorie de ce livre à celui de V Apocalypse, cjui était scellé de sept sceaux. Et il dit -. Jésus l'offre ainsi scellé aux quatre animaux : Suarez, Vasc^uez, Molina, Valentia, en présence de vingt-quatre jésuites, qui représentent les vingt-quatre vieillards. Il lut toute cette allégorie, qu'il trouvait bien juste, et par où il me donnait une grande idée de l'excellence de cet ouvrage. »

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