‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 33 sur 40 · REMARQUES SUR LA TREIZIÈME PROVINCIALE · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA TREIZIÈME PROVINCIALE

Et encore ce post-scriptum à la huitième Provinciale :

« J'ai toujours oublié à vous dire qu'il y a des Escobars de différentes impressions. Si vous en achetez, prenez de ceux de Lyon, où à l'entrée il y a une Image d'un Agneau qui est sur un Livre scellé de sept sceaux, ou de ceux de Bruxelles de 1G51. Gomme ceux-là sont les derniers, ils sont meilleurs et plus amples que ceux des éditions précédentes de Lyon, des années 1G44 et 1046. »

Escobar ne s'est jamais relevé du coup que lui a porté son Allégorie, les sept sceaux, les vingt-quatre vieillards et les cfiatre animaux Suarez, Vasquez, MoUna^ Valentia.

Ces quelques lignes ont été gâtées dans l'édition do 1059, où une main maladroite a ajouté ceci :

(( Depuis tout ceci on en a imprimé une nouvelle édition à Paris, chez Piget, plus exacte que toutes les autres. Mais on peut encore bien mieux apprendre les sentiments d'Escobar dans la Grande Théologie morale dont il y a déjà deux volumes in-folio imprimés à Lyon. Ils sont très dignes d'être vus pour connaître l'horrible renversement que les Jésuites font de la morale de l'Eglise. »

— On a souvent parlé de la collaboration érudite d'Arnauld e\ de Nicole aux Provinciales. Voici ce qu'on lit dans le Quatorzième tome des Essais de Morale, qui renferme « la vie de M. Nicole et l'histoire de ses ouvrages. » Il n'y pas de nom d'auteur mais on sait que le livre est de l'abbé Goujet.

« La première et la deuxième de ces Lettres furent faites au mois de janvier de cette année 1656, et M. Nicole les revit avec M. Arnauld, et corrigea seul la seconde, Il donna les mêmes soins à la sixième, à la septième et à la huitième. Peu de temps après, étant à l'Hôtel des Ursins, il y donna le plan de la neuvième, do l'onzième et de la douzième, Il revit aussi et corrigea la treizième et la quatorzième dans la Maison de M. Hamelin, conseiller du roi et contrôleur général des ponts et chaussées de France. M. Arnauld demeurait alors chez ce contrôleur, au Faubourg Saint-Jacques, au-dessus du Port-Royal de Paris. M. Nicole étant allé faire vers le même temps un court voyage à Vaumurior, cliez M. le duc de Luynes, il n'y abandonna pas le soin des petites Lettres (c'est le nom que l'on donnait alors communément aux Provinciales) et il y fournit la matière des trois dernières, c'est-à-dire de la seizième, de la dix-septième et de la dix-huitième. » (L. c. p. 61.)

— 0 mon Père («), il n'y a point de patience que vous ne meltiez à bout, et on ne peut ouïr sans horreur les choses ([ue je viens d'entendre. Ce n'est pas de moi-même, dit-il. Je le sais bien, mon Père. Mais vous n'en avez point d'aversion, et bien loin de détester les auteurs de ces m.aximes, vous avez de l'estime pour eux. Ne craignezvous pas que votre consentement ne vous rende participant de leur crime? Et pouvez- vous ignorer que S. Paul juge dignes de mort non seulement les auteurs des maux, mais aussi ceux qui y consentent.

Ne suffisait-il pas d'avoir permis aux hommes tant de choses défendues, par les palliations que vous y avez apportées ; fallait-il encore leur donner l'occasion de commettre les crimes mêmes que vous n'avez pu excuser, par la facihté et l'assurance de l'absolution que vous leur en offrez, en détruisant à ce dessein la puissance des prêtres, et les obligeant d'absoudre plutôt en esclaves qu'en juges les pécheurs les plus envieillis, sans aucun amour de Dieu (/>>), sans changement de vie, sans aucun signe de regret que des promesses cent fois violées, sans pénitence, s^ils nen veulent point accepter, et sans quitter les occasions des vices, s^ils en reçoivent de Vincommodité. Mais on passe encore au-delà, et la licence qu'on a prise d'ébranler les règles les plus saintes de la conduite chrétienne se porte jusqu'au renversement entier de la loi de Dieu. On viole le grand commandement qui comprend la loi et les prophètes. On attaque la piété dans le cœur ; on en ôte l'esprit qui donne la vie ; on dit que l'amour de Dieu n'est

[a] Ed. in- 8" de 1659. G mon Père, lui dis-je.

\b) Ed. in-S» de 1639 supprime : sans aucun amour de D'eu,

ioi :;

i02 EXTRAITS DES PROVINCIALES.

pas nécessaire au salut , et on va même jusqu'à prétendre que cette dispense d'aimer Dieu est ravantage que Jésus- Christ a apporté au monde. C est \e comble de l'impiété. Le prix du sang de Jésus-Christ sera de nous obtenir la dispense de l'aimer. Avant l'Incarnation on était obligé d'aimer Dieu; mais depuis que Dieu a tant aimé le inonde quil lui a donné son fils nniçue, le monde racheté par lui sera déchargé de l'aimer. Etrange théologie de nos jours. On ose lever « ranathème » que S. Paul prononce contre ceux qui n'aiment pas le Seigneur Jésus. On ruine ce que dit S. Jean, que qui n aime point demeure en la mort^ et ce que dit Jésus-Christ même, que qui ne l'aime point ne garde point ses préceptes. Ainsi on rend dignes de jouir de Dieu dans l'éternité ceux qui n'ont jamais aimé Dieu en toute leur vie. Voilà le mystère d'iniquité accompli. Ouvrez enfm les yeux mon Père, et, si vous n'avez point été touché par les autres égarements de vos Casuistes, que ces derniers vous en retirent par leurs excès. Je le souhaite de tout mon cœur pour vous et pour tous vos Pères, et prie (a) Dieu qu'il daigne leur faire connaître combien est fausse la lumière qui les a conduits jusqu'à de tels précipices, et qu'il remplisse de son amour ceux qui en dispensent les hommes (Z»).

Après quelques discours de cette sorte, je quittai le Père. Et je ne vois guères d'apparence d'y retourner; mais n'y ayez pas de regret; car s'il était nécessaire de vous entretenir encore de leurs maximes, j'ai assez lu leurs livres pour pouvoir vous en dire à peu près autant de leur Morale, et peut-être plus de leur Politique, qu'il n'eût fait lui-même. Je suis, etc. [Dixième Lettre.)

Mes Révérends Pères,

J'ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j'ai écrites à un de mes amis sur le sujet de votre Morale, où

[a) Ed. in-8» de 16b9 : El je prie.

[h) Ed. iu-S" 1659 : ceux qui oseut en dispenser les hommes.

EXTRAITS DES PROVINCIALES. i03

l'un des principaux points de votre défense est que je n'ai pas parié assez sérieusement de vos maximes ; c'est ce que vous répétez dans tous vos écrits, et que vous poussez jusqu'à dire que j'ai tourné les choses saintes en raillerie^.

Ce reproche, mes Pères, est bien surprenant et bien injuste. Car en quel lieu trouvez-vous que je tourne les choses saintes en raillerie ? Vous marquez en particulier le contrat Mohatra ' et V histoire de Jean cVAlba '^ Mais est-ce cela que vous appelez des choses saintes ?

Vous semble-t-il que le Mohatra soit une chose si vénérable, que ce soit un blasphème de n'en pas parler avec respect ; et les leçons du P. Bauny pour le larcin, qui portèrent Jean d'Alba à le pratiquer contre vous-même, sont-elles si sacrées que vous ayez droit de traiter d'impies ceux qui s'en moquent?

Quoi! mes Pères, les imaginations de vos écrivains passeront («) pour les vérités de la foi, et onnepourra se moquer des passages d'Escobar, et des décisions si fantasques et si peu chrétiennes de vos autres auteurs, sans qu'on soit accusé de rire de la Religion ? Est-il possible que vous ayez osé redire si souvent une chose si peu raisonnable? Et ne craignez-vous point, en me blâmant de m'ètre moqué de vos égarements, de me donner un nouveau sujet de me moquer de ce reproche, et de le faire retomber sur vous-même, en montrant que je n'ai pris sujet de rire que de ce qu'il y a de ridicule clans vos livres, et qu'ainsi en me moquant de votre Morale, j'ai été aussi éloigné de me moquer des choses saintes que la doctrine de vos Casuistes est éloignée de la doctrine sainte de l'Evangile ?

En vérité, mes Pères, il y a bien de la différence entre rire de la Religion et rire de ceux qui la profanent par leurs opinions extravagantes. Ce serait une impiété de manquer de respect pour les vérités que l'esprit de Dieu a révélées : mais ce serait une autre impiété de manquer de mépris pour les faussetés que l'esprit de l'homme leur oppose.

[a] D'autres exemplaires ia-4» : vos auteurs.

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