EFFETS DE LA PUBLICATION DES PROVINCIALES
Zèle des Curés contre la Morale des Casuistes : Sentiments de l'Assemblée générale du Clergé sur le même sujet.
Le grand applaudissement et l'approhation universelle que ces Lettres reçurent en France, vint particuUèrement
de ce qu'il y a peu de gens dans ce royaume qui soient prévenus et infectés des sentiments des Jésuites. Le crédit de ces Pères est grand et s'étend partout ; mais leur doctrine ne s'est pas répandue de même. Ils ne débitaient leurs maximes c[ue dans le coin d'un collège. S'ils les répandaient dans de gros volumes, personne ne les lisait : ils s'en servaient à la vérité à la ruine de quelques âmes dans les Trij}unaux secrets de la pénitence. Mais cependant le reste de l'Eglise se conduisait toujours selon ses règles. Elle conservait toujours les sentiments de piété qu'elle a appris des Pères, et elle en faisait le sujet ordinaire de ses instructions publiques .
Ce fut là la cause du soulèvement général que les Lettres de Montalte excitèrent d'abord en France. Tout le monde eut horreur des opinions monstrueuses qui y sont rapor-" tées. A peine même pouvait-on croire, en les voyant de ses propres yeux, qu'elles fussent jamais venues dans l'esprit de Théologiens Catholiques. Telle était la disposition non seulement du peuple et des simples, mais encore de la plus grande partie des Ecclésiastiques, des ReUgieux et principalement des Curés, qui par un bonheur particulier cà la France, ne se conduisent presque point par les décisions des Casuistes.
Les Curés de Paris célèbres dans tout le Royaume par leur science, et par leur piété, et qui sont la plupart Docteurs de Sorbonne, furent les premiers à s'élever publiquement contre ces excès. M. Rousse, Caré deSaint-Roch, leur Syndic, vénérable par son mérite, par son savoir et par son grand âge, en fit de grandes plaintes dans leur assemblée ordinaire du 12 mai I606. R fut d'avis que la compagnie chargeât qaelques-uns d'entre eux de vérifier sur les livres des Casuistes les propositions rapportées par Montalte; afin de demander en corps la condamnation de ses Lettres, si ces propositions n'étaient pas véritablement des Auteurs auxquels il les attribuait, ou la condamnation des Casuistes, si elles en étaient fidèlement extraites. Mais comme il y avait en ce temps-hà des troubles dans le Diocèse touchant la juridiction de l'Archevêque, ce dessein
ne put avoir alors son effet, et ils furent obligés d'en différer l'exécution.
Cependant les Curés de Rouen commencèrent à témoigner le même zèle contre ces nouvelles opinions. M. l'Abbé d'Aulnay, alors curé de Saint-Maclou, les combattit avec beaucoup de force dans quelques-uns de ses sermons. Les Jésuites s'en offensèrent étrangement, quoiqu'il ne les eût point du tout nommés. Ils se mirent tous en mouvement, ils menacèrent, ils firent grand bruit. Enfin le P. Brisacier, Recteur de leur collège de Rouen, poussa les choses si loin, qu'il présenta requête à Mgr l'Archevêque contre l'Abbé, comme si en décriant les Casuistes il eût calomnié la Société. Mais ces bons Pères ne prévoyaient pas la tompête que cette démarche inconsidérée devait leur attirer. Car tous les autres curés de la ville se joignirent aussitôt à leur confrère comme attaqués dans ane chose où ils avaient un intérêt commun. Et voici ce que '.'un d'entre eux rapporte du commencement de leur procédure dans une lettre qui a été imprimée.
(( Pour procéder, dit-il, mûrement en cette affaire, et ') ne s'y pas engager mal à propos, les Curés de Rouen ') délibérèrent dans une de leurs assemblées de consulter ') les Livres, d'où l'on disait qu'étaient tirées les propo- ) sitions et les maximes pernicieuses que M. le Curé de ) Saint-Maclou avait décriées dans ses Sermons, et d'en ) faire des recueils et des extraits fidèles : afin d'en de- ) mander la condamnation par des voies canoniques, si ) elles se trouvaient dans les Casuistes, de quelque qualité ) et condition qu'ils fussent ; et si eUes ne s'y trouvaient, ) abandonner cette cause, et poursuivre en même temps ) la censure des Lettres au Provincial qui aUéguaient ces ) doctrines et qui en citaient les auteurs. Six d'entre eux ) furent nommés par la compagnie pour s'employer à ce ) travail. Ils y vaquèrent un mois entier avec toute la fl- ) délité et l'exactitude possible : ils cherchèrent les textes
> allégués, et ils les trouvèrent dans leurs originaux et ) dans leur source mot pour mot comme ils étaient
> cotés : ils en firent les extraits et rapportèrent le tout
PASCAL. i.ES PitOVlNG. 6
à leurs Confrères dans une seconde assemblée, en laquelle, pour une pins grande précaution, fut arrêté que ceux d'entre eux qui voudraient être plus éclaircis sur ces matières, se rendraient avec les députés en un lieu où étaient les livres pour les consulter derechef, et en faire telle conférence qu'ils voudraient. Cet ordre fut ardé et les cinq ou six jours suivants, il se trouva jus-
qu'à dix ou onze Curés à la fois qui firent encore la re- )) cherche des passages, qui les collationnèrent sur les )) auteurs, et en demeurèrent satisfaits. Pouvait-on ap- » porter plus de circonspection en cette procédure, etc. »
Après cet examen, les Curés demandèrent par une requête qu'ils présentèrent à leur Archevêque, la condamnation de ces maximes corrompues. Mais ce prélat jugea à propos de renvoyer cette affaire à l'assemblée générale du clergé qui se tenait alors à Paris.
Cependant les Curés de Paris pensaient de leur côté aux moyens qu'ils prendraient pour arrêter cette contagion. Ils reçurent dans le temps une lettre de ceux de Rouen qui les priaient de les assister de leurs conseils et d^ntervenir avec eux pour la défense de l'Evangile. Non seulement ils se joignirent à eux, mais ils voulurent encore examiner par eux-mêmes les Livres des Casuistes. Ils firent des extraits des plus dangereuses propositions, et en demandèrent la condamnation, premièrement au grand vicare de Mgr l'Archevêque de Paris, et ensuite par son ordre à l'assemblée générale du clergé. Et afin de donner plus de poids à leur requête, ils l'appuyèrent de l'intervention d'un grand nombre d'autres Curés des villes les plus considérables du royaume, qu'ils avaient exhortés à s'unir à eux. Ils en avaient eu des procurations en bonne forme qu'ils conservèrent en original dans leurs registres, comme ils le témoignent eux-mêmes dans leur septième écrit, qui est intitulé Journal.
On peut voir ces écrits qui ont été imprimés avec leur Remontrance à V Assemblée générale du Clergé^ et les extraits qu'ils firent des prop()sitions des Casuistes. Et on doit moins res^arder ces (extraits comme un simple recneil
qiie comme une censure qu'ils en faisaient eux-mêmes. Car ils ne pouvaient dénoncer aux Évoques ces propositions comme condamnables et en solliciter la- condamnalion, qu'ils ne les eussent jugées auparavant dignes de censure et d'une censure telle qu'ils la demandaient. Or qui peut douter que ce jugement unanime de tous les Curés d'une Eglise aussi éclairée que celle de Paris ne fût d'un très grand poids, si on considère surtout que c'est aussi celui non seulement des Curés de Rouen, qui avaient commencé le procès, mais encore de plusieurs autres Curés du royaume qui s'étaient joints à eux.
Ainsi ceux qui composent le second ordre dans le sacerdoce ayant condamné par avance la doctrine des Jésuites et des Casuistes, et toutes ces mauvaises maximes que Montalte rapporte dans ses Lettres, il ne manquait plus rien pour les exterminer entièrement, sinon qu'elles fussent aussi condamnées par ceux qui ont la plénitude du Sacerdoce et de l'autorité, c'est-à-dire par les Evoques. On avait tout lieu de l'espérer de la disposition dans laquelle on voyait les prélats les plus considérables de l'assemblée, et des sentiments où tous les autres témoignaient assez ouvertement qu'ils étaient. Mais le peu de temps qui restait à l'assemblée, qui était près de se séparer, ne lui permit pas d'entrer dans l'examen de tant d'Auteurs. Mais si elle ne put pas satisfaire pleinement les désirs des Curés et des Évoques, en condamnant solennellement ces erreurs, elle voulut leur donner au moins un préjugé de ce qu'elle aurait fait, et faire connaître à toute l'Eglise quels étaient sur cela ses sentiments, en ordonnant qu'on imprimât aux dépens du clergé les Instructions de saint Charles Borromée pour arrêter par là, comme elle le témoigne elle-même, le cours de cette perte de conscience
Apologie des Casiiistes, Poursuites des Curés pour la faire condamner. Censures des Evoques et delaSorbonne.
Cette affaire ne fut pas alors poussée plus loin; ainsi les Jésuites eurent seulement la douleur de voir la Morale des Casuistes condamnée en plusieurs manières par l'Eglise. Car quoique cette condamnation retombât assez visiblement sur eux, cependant ils n'avaient point été condamnés nommément. C'est pourquoi après être sortis si heureusement d'un si grand périls ils devaient, s'ils eussent eu encore, je ne dis pas quelque reste de pudeur, mais un peu de prudence, ne pas s'attirer de nouveau la haine et l'indignation du public. Rien ne leur était plus facile. Ils n'avaient qu'à garder le silence. Personne ne les eût attaqués. Il y avait longtemps que Montalte avait cessé d'écrire. Les Curés n'avaient pas dessein non plus de rien entreprendre de nouveau. Mais la Société se confiant follement dans ses propres forces s'imagina qu'il n'y avait plus rien à craindre pour elle depuis que l'assemblée générale du clergé était séparée. Elle ne put donc s'empêcher de faire éclater son ressentiment contre Montalte, et de faire tous ses efforts pour rétablir l'honneur de ses Casuistes, que ce qui venait d'arriver, avait rendus extrêmement méprisables. Dans ce dessein, elle chargea un de ses écrivains de faire l'apologie des Casuistes. On sait que cet écrivain est le P. Pirot. Non seulement le bruit public lui attribua cette Apologie d'abord qu'elle parut : mais les Jésuites mômes l'ont avoué depuis, et les Curés de Paris le rapportent dans leurs écrits. Or le choix seul qu'elle fit d'un tel apologiste, fait assez voir combien elle est destituée de gens qui soient en état d'écrire d'une manière un peu supportable. Car si jamais homme fut incapable d'un ouvrage si important, c'était assurément le P. Pirot. Il n'a ni facilité pour écrire, ni élévation d'esprit, ni jugement, ni science, ni même aucune connais-
sance des choses les plus communes. Tout son mérite consiste à discourir sans fin de ce qu'il ne sait point, à oser avancer les calomnies les moins vraisemblables, et cà soutenir effrontément les opinions les plus fausses et les plus horribles. Enfin c'est un autre P. Brisacier; tant leur génie et leur fort sont peu différents ; si ce n'est que celuici a été un peu moins maltraité que le P. Pirot.
Cependant les Jésuites fiers de ce beau projet, ne purent le tenir secret, et comme s'ils eussent été assurés de la victoire avant même que le livre fût achevé, ils s'en vantaient publiquement et en triomphaient par avance. Lorsqu'il fut en état d'être imprimé, ils en demandèrent le privilège à M. le Chancelier et l'approbation aux Docteurs. L'un et l'autre leur fut refusé. Ils ne changèrent pas pour cela de dessein et sur la fin de l'année 1657, ils firent enfin paraître leur Apologie. Et pour n'être pas frustrés de la gloire qu'ils en espéraient, ils eurent soin de la débiter eux-mêmes dans leur collège de Clermont ^ à Paris. Ils en faisaient des présents aux principaux magistrats. Ils la louaient partout. Ils en parlaient à leurs amis comme du plus excellent ouvrage qui eût paru depuis les contestations.
Mais on ne les laissa pas longtemps dans cette agréable erreur. Il s'éleva un murmure secret aussitôt que ce Livre parut. Le public en témoigna ensuite ouvertement son indignation. Enfin les Curés de Paris et de Rouen se joignirent ensemble pour le réfuter et pour le déférer aux puissances ecclésiastiques. Tout cela changea bientôt les applaudissements que les Jésmtes se donnaient h euxmêmes dans une inquiétude terrible de ce qui arriverait : car ces savants Curés n'eurent pas plutôt reconnu qu'on soutenait de nouveau dans cette Apologie les maximes pernicieuses dont ils avaient demandé la censure aux Evêques, qu'ils se crurent obligés de secourir l'Eghse dans un péril si pressant. Ils s'en rendirent les dénonciateurs, ceux de Paris auprès des Grands Vicaires, et ceux de
l. Présentement de Louis le Grand. (Note de M"" de J.)
Rouen auprès de leur Archevêque, et en demandèrent l'examen et la condamnation.
Peu de temps après, laSorbonne, excitée par les plaintes que l'on faisait de toutes parts contre ce livre, prit aussi la résolution de l'examiner.
Les Jésuites commencèrent alors à avoir autant de crainte d'être condamnés de tous côtés, qu'ils avaient eu d'espérance de triompher de leurs adversaires. Ils voyaient que les écrits également solides et éloquents que publiaient les Curés de Paris et de Rouen, faisaient connaître atout le monde les erreurs, l'ignorance, et la témérité de leur Apologie et son impudence à corrompre les passages des Pères.
Cependant ils ne perdirent point courage. Et il faut avouer que ce fut une scène assez divertissante pour le public que de voir les différents mouvements qu'ils se donnèrent dans cette conjoncture. Tantôt ils voulaient se taire, et tantôt ils voulaient écrire. Quelquefois ils menaçaient, et ensuite on les voyait supplier. Mais leur but principal était toujours de brouiUer et de susciter de nouveaux troubles.
Néanmoins, ils tournèrent leurs plus grands efforts du côté des puissances qu'ils essayèrent de se rendre favorables. Mais soit qu'elles se trouvassent importunées de leurs entreprises, soit que la prudence ne leur permît pas de se déclarer les protecteurs d'une morale si décriée, le crédit et la faveur qui accompagnent toujours les Jésuites auprès des grands, les abandonna dans cette occasion. Ainsi, ils se sentirent tout d'un coup dépourvus du seul appui par lequel ils s'étaient soutenus jusque-là. Ils se virent exposés à plusieurs disgrâces qui ne pouvaient être que très sensibles à des gens si délicats. Elles leur auraient néanmoins été plus utiles qu'à personne, s'ils eussent pu supporter patiemment l'amertume salutaire de cette correction, au lieu de s'emporter comme des frénétiques contre ceux qui voulaient les guérir.
L'Eglise Galhcane trouva donc enfin un temps propre pour faire paraître combien elle avait d'horreur des
maximes abominables des Casuistes. Elle commença à s'élever de toutes parts avec liberté contre ces opinions monstrueuses. Elle les attaqua par les écrits de ses théologiens et par les remontrances do ses Garés. Elle les ruina enfin par les censures juridiques et les condamnations rigoureuses qu'en firent la plupart de ses Evoques.
M. l'Evêque d'Orléans et M. l'Evêque de Tulle ont celte gloire particulière d'avoir été les premiers de tous les Prélats qui aient condamné l'Apologie. Celui d'Orléans se servit de l'occasion que lui en présenta son synode général qui se tint le 4 juin 1658, et il fit, du consentement de son clergé, une censure de ce livre, qui fut publiée les fêtes de la Pentecôte de la môme année. Il y condamne l'Apologie comme contenant plusieurs très mauvaises et très pernicieuses maximes qui corrompent la discipline et les mœurs^ et introduisent un relâchement entièrement opposé aux règles de l'Evangile.
La censure de M. l'Evoque de Tulle contre la même Apologie est antérieure à celle de M. l'Evêque d'Orléans, mais comme elle ne fut pas imprimée aussitôt, on n'en eut connaissance que longtemps après. Ce prélat y avertit son peuple de se donner bien de garde du levain de ces nouveaux Pharisiens qui ^ à force de multiplier leurs interprétations sur la loi, l'ont toute corrompue, et plus ils ont voulu l'accommoder au sens ou au goût des hommes^ et plus ils ont éteint en clle^ autant qu'ils ont pu ^ tout l'esprit de Dieu.
Après les censures de ces deux Evoques , celle de la Sorbonne, que les Jésuites avaient bien pu différer parleurs intrigues, mais qu'ils n'avaient pu empêcher, fut enlin terminée. La faculté après y avoir noté en particulier dix propositions touchant les occasions prochaines, la simonie, l'homicide, l'usure, la calomnie, déclare en général que ce Livre est rempli « de plusieurs autres qu'elle » n'a pas dessein d'autoriser, et qu'au contraire le zèle )) qu'elle a pour le salut des âmes et l'intégrité des mœurs, )) fait qu'elle donne avis que cet ouvrage Apologétique est )) composé en telle sorte, qu'il induit aisément ceux qui le
» lisent, à chercher trop de prétextes de s'excuser dans les » péchés qui se commettent par une ignorance criminelle, )) à demeurer, et non sans péché, dans plusieurs occasions » prochaines de mal faire, à prendre part aux fautes d'au- )) Irui, à s'abandonner aux excès de la bouche, à ne point » satisfiiire selon l'esprit et l'intention de l'Eglise au » commandement d'ouïr la Messe, à retenir par fraude et » par injustice les biens du prochain, et cà faire plusieurs )) autres péchés. »
La censure de M. l'Archevêque de Sens parut peu de temps après : censure vraiment digne de ce grand Prélat. n l'accorda aux remontrances réitérées de tout son clergé. Elle fut dressée dans le Synode général de son diocèse, après un examen juridique et exact de l'Apologie. Elle fut publiée dans le même Synode du consentement de tous les Ecclésiastiques qui le composaient, et à la réquisition du Promoteur, le quatrième septembre 1658. Elle proscrit pareillement l'Apologie comme un livre qui fait un horrible renversement dans toute la doctrine des mœurs, ny ayant presque rien quil n'y altère et qu'il ny corrompe^ et elle en condamne en particulier trente-trois propositions, dont les premières qui renferment toute la doctrine de la probabilité, sont flétries de même que les autres par des qualifications également justes et modérées.
Cette censure futsuiviede deux autres non moins considérables, l'une de cinq Evêques de Gascogne distingués par leur science et par leur piété, savoir ; MM. les Evêques d'Alet, de Pamiers, de Comenge, de Bazas, et de Conserans. Ils y condamnent d'une manière très forte, quoiqu'on général, les maximes des Casuistes qui justifient, ou qui favorisent la simonie^ V homicide^ l'usure^ le larcin, la vengeance^ la sensualité^ le libertinage^ l'indévotion^ et plusieurs autres semblables, comme celles qui excusent les péchés d'ignorance, qui permettent de corrompre les Juges, de demeurer dans l'occasion du péché, et de coopérer à ceux des autres. Mais pour retrancher la source de tous ces dérèglements, ils condamnent particulièrement les deux principes sur lesquels toute la doctrine des Ga-
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SLiisies est appuyée, la probabilité et la direction d'intention.
L'autre censure fut celle des Vicaires Généraux de M. l'Archevêque de Paris qui ne fut publiée que le premier dimanche de l'Avent, quoiqu'elle eût été faite dès le vingt-troisième d'août. La doctrine de la probabilité, et les autres dogmes des Casuistes y sont condanniés par vingt-neuf censures si judicieuses, si équitables, et si solides qu'elles peuvent servir de règle pour les points les plus importants de la morale chrétienne.
On vit paraître ensuite comme une nuée de censures des plus illustres Evoques et Archevêques du Royaume, savoir : de MM. deNevers,deBeauvais, d'Angers, d'Evreux, de Rouen, de Lisieux, de Bourges, de Cahors, de Châlonssur-Marne, de Vence, de Soissons, et de Digne. Tous combattent dans un même esprit les mêmes relâchements, avec autant de science que d'éloquence. Tous les condamnent avec In même force et la même rigueur. Mais il n'y a rien qu'ils censurent plus sévèrement que la doctrine delà probal3ilité, que presque tous condamnent nommément. C'est ce que font principalement les Evoques de Vence et de Digne, dont les censures parurent les dernières. Car ils en expliquent les principes et les conséquences, ils les réfutent et les renversent de fond en comble.
Cependant les Curés signalèrent aussi leur zèle en différentes manières. Je ne dis pas seulement les Curés de Paris, qui publièrent les neuf écrits dont j'ai déjà parlé, et qui seront des monuments éternels de leur zèle, de leur vigueur, de leur doctrine, et de leur éloquence; mais encore les Curés de Rouen, d'Amiens, de Nevers, de Beauvais, d'Evreux, d'Angers, de Lizieux, et de plusieurs autres Diocèses qui prévinrent par leurs requêtes, qui ont été imprimées, les Censures de leurs Evoques, et qui donnèrent par là à l'Eglise des preuves éclatantes de leur science et delà pureté de leurs sentiments.
Enfin l'approbation et le consentement des autres Evoques et des autres Eglises, fut si unanime et si universel qu'il n'y eut personne qui réclamât contre tant de censures
et contre tant d'écrits répandus par toute la France. Personne ne s'en plaignit, à la réserve d'un seul Evêque', qui a été autrefois de la Société, et encore assure-t-on qu'il est revenu depuis au sentiment des autres. Personne ne pensa à prendre les intérêts des Jésuites, quelque grand que soit leur crédit. Personne n'entreprit de défendre les dogmes censurés : de sorte qu'on peut dire après ce commun consentement , qu'ils ont été condamnés par toute l'Eglise, comme l'ont été autrefois plusieurs hérésies et môme les plus grandes, qui souvent n'étaient condamnées que par le jugement d'une seule Eglise, confirmé par l'acquiescement de toutes les autres.
Moyens dont les Jésuites se servent pour défendre l'Apologie. Elle est condamnée à Rome.
J'ai déjà dit un mot en général des divers mouvements que les Jésuites se donnèrent pendant tout ce temps-là pour traverser la condamnation de leur Apologie, des troubles qu'ils excitèrent, des libelles diffamatoires qu'ils répandirent contre les Curés et les Evoques et particulièrement contre ceux de Gascogne contre lesquels leur haine était le plus envenimée. Mais la suite de cette narration m'oblige de rapporter ici en particulier quelques-uns des moyens injustes qu'ils employèrent pour défendre une cause qui ne pouvait l'être que par de semblables artifices.
Le premier fut de tâcher de décrier leurs adversaires. Et c'est ce que firent les Jésuites de Paris, à l'égard des Curés de la même ville. Ils jugèrent bien qu'il y aurait peu d'honneur pour eux à prendre ouvertement la défense de l'Apologie. Ils ne doutèrent pas que cette déclaration inutile ne ferait que les rendre odieux au peuple, qui, après tant de censures, ne regardait plus ce livre qu'avec horreur : ils
1. .M. deLevi de Veuladour, évoque de Mirepoix. (Note de M"'^ de J.).
eurent donc recours à l'artifice. Et pour soutenir la réputation chancelante de leurs Casuistes, ils tâchèrent de rendre suspecte la fidélité de ceux qui les avaient attaqués. Ils se servirent pour cela du septième écrit des Curés de Paris. Gomme dans le grand nombre de faits qu'ils y rapportent, il y en avait dont ils avaient omis ou changé quelques circonstances peu importantes, les Jésuites ramassèrent avec soin toutes ces fautes d'exactitude : ils leur donnèrent le nom d'impostures et en composèrent un mauvais lilielle sous le titre de Recueil de plusieurs faussetés^ etc. Ils répandirent cet écrit par toute la France. Et comme s'il eût été capable de faire oublier les avantages que les Curés de Paris venaient de remporter sur eux, ils se vantèrent partout avec une arrogance incroyable, d'avoir convaincu leurs adversaires d'être des calomniateurs publics.
Les Jésuites parurent pendant quelque temps presque consolés de tous leurs malheurs par le plaisir mahn qu'ils avaient eu de s'être vengés de ceux qu'ils en regardaient comme les auteurs. Car on ne peijt exprimer avec quel emportement ils avaient déchiré la réputation de ces illustres Curés. Ils les traitaient dans leur libelle de menteurs, de fourbes, cV imposteurs, de gens qui avaient perdu toute honte^ etc.W^ avaient eu soin de tirer de M. le Nonce et de quelques autres personnes de considération des certificats contraires en apparence au Journal des Curés, touchant ces circonstances frivoles qu'ils prétendaient que les Curés avaient mal rapportées. Ils s'imaginaient avoir engagé par là ces personnes dans leur parti. Ainsi ils se flattaient que ces excès demeureraient impunis, et que les Curés n'oseraient leur faire la moindre réponse de peur de se commettre avec ces puissances, a II faut, disaient-ils^ avec » confiance dans leur libelle, il faut ou qu'ils reconnaissent )) leurs calomnies, ou qu'ils portent la confusion que mé- )) ritent les calomniateurs. Il n'y a point de milieu. » Et dans un autre endroit : u les journalistes nous menacent